La Paracha Et Son Histoire: LEKH LEKHA - Réussir sa vie sans passer à côté de l’essentiel
Barouh Hachem, nous avons démarré un nouveau concept de la paracha et son histoire pour chabbat. Ce feuillet merveilleux rempli de beaux dvar torah et d'histoire vous permettra d'embellir votre table de chabbat.
En bref — Paracha Lekh Lekha Troisième paracha du livre de Béréchit, Lekh Lekha raconte l’appel de Hachem à Avraham, son départ vers la terre promise, sa séparation d’avec Loth et les premières étapes de son alliance avec D.ieu. Lue au mois de ‘Hechvan, elle invite à réfléchir à la confiance en Hachem, aux épreuves, à la responsabilité envers autrui et aux véritables priorités de la vie.
La paracha de Lekh Lekha débute au moment où Hachem s’adresse pour la première fois à Avraham et lui demande de quitter son pays pour se rendre vers une terre inconnue, où Il lui promet qu’il y trouvera la richesse, une descendance et les honneurs.
Cette mitsva fait partie des dix épreuves qu’Avraham Avinou traversera au cours de sa vie.
Selon certains avis, il s’agit de la première des dix épreuves d’Avraham Avinou ; pour d’autres, c’est lorsque Nimrod jeta Avraham dans une fournaise ardente, dont il fut miraculeusement sauvé.
Lekh Lekha va marquer le début du travail d’Avraham Avinou et de la relation de confiance qui va se construire entre HaKadoch Baroukh Hou et lui, d’où naîtra le klal Israël.
Mais pourquoi cette épreuve était-elle indispensable ? Quelle est son utilité ?
Paracha Lekh Lekha : les dix épreuves d’Avraham Avinou
Pourquoi dix épreuves étaient-elles nécessaires ?
Avraham Avinou avait déjà accepté d’être jeté dans une fournaise ardente pour HaKadoch Baroukh Hou : pourquoi avait-il besoin d’endurer dix autres épreuves ?
Dans la paracha Vayéra, il est écrit : « VéhaÉlokim nissa ète Avraham » – Hachem mit Avraham à l’épreuve.
Pour le comprendre, revenons sur l’épisode de la fournaise ardente.
A la fin de la paracha précédente, nous avons appris que Haran – le frère d’Avraham – était mort. D’après les Sages, quand Haran vit son frère Avraham jeté dans la fournaise, il se dit : « Si Avraham est sauvé, je suivrai son chemin. Mais si ce n’est pas le cas, je ne le suivrai pas. » A la vue du miracle, Haran déclara à son tour qu’il croyait en Hachem, et il accepta d’être jeté dans la fournaise. Mais contrairement à son frère, Haran mourut dans le feu. C’est de sa descendance que naîtra notamment Loth.
Mais pourquoi Haran n’a-t-il pas été sauvé ? Après tout, accepter d’être jeté dans le feu, et être prêt à donner sa vie pour HaKadoch Baroukh Hou représente un niveau spirituel extrêmement élevé. Pourquoi cela n’a-t-il pas suffi ?
La force d’une décision ferme : on ne peut pas construire sur des bases fragiles !
Cette idée se retrouve lors du don de la Torah au mont Sinaï. Lorsque les Bnei Israël déclarèrent : « Naassé vénichma » – Nous ferons et nous écouterons, ils exprimaient leur volonté d’accepter la Torah. Pourtant, les Sages enseignent que HaKadoch Baroukh Hou plaça la montagne au-dessus de leurs têtes, comme pour leur dire : « Soit vous acceptez la Torah, soit Je la renverse sur vous. »
Pourquoi était-ce nécessaire, alors qu’ils l’avaient déjà accepté ?
Le Maharal explique que, pour des choses aussi fondamentales, sur lesquelles repose l’existence du monde, on ne peut pas se contenter d’une bonne décision ou d’un simple élan de bonne volonté. Il faut apporter une réponse ferme, solide et définitive.
Avraham Avinou : une muraille et non une porte
Cette idée se retrouve dans le Chir Hachirim (8,8-9) : « A’hot lanou ketana… Im ‘homa hi, nivné aléha tirat kassef ; véim délet hi, natsour aléha loua’h arez » – Nous avons une petite sœur… Si elle est un mur, bâtissons dessus une tourelle d’argent ; et si elle est une porte, entourons-la d’un panneau de cèdre.
D’après certains commentateurs, ces mots concernent Avraham. Lorsqu’Avraham Avinou fut jeté dans la fournaise, les anges demandèrent à HaKadoch Baroukh Hou de le sauver. Hachem leur répondit, selon l’explication des Sages : « Si Avraham est comme une muraille, alors nous construirons sur lui une tour en argent. Mais s’il est comme une porte, nous ne ferons sur lui qu’un simple panneau de bois. » Autrement dit, si Avraham est ferme dans sa décision, solide comme une muraille, alors il méritera que l’on construise sur lui quelque chose de grand et de durable. Mais s’il est comme une porte, qui peut s’ouvrir et se fermer – changer de direction à tout moment – il est impossible de construire sur lui quelque chose d’aussi important.
Avraham Avinou répondit : « Ani ’homa véchadaï kamigdalot » – Je suis une muraille, et mes descendants comme des tours. »
Le mot « descendants » renvoie notamment à ‘Hanania, Michaël et Azaria, qui suivront eux aussi son chemin en acceptant d’être jetés dans une fournaise plutôt que de renoncer à leur foi.
Avraham Avinou affirmait ainsi que non seulement lui-même était « solide comme une muraille », mais que cette qualité se retrouverait également chez ses descendants. S’il n’avait pas fait preuve d’une telle détermination, il n’aurait pas mérité ce miracle. Car il est naturel que le feu brûle : pour que Hachem accomplisse un miracle et change sa nature, il fallait un mérite particulier. Et surtout, pour construire le klal Israël, il fallait une base solide : une décision ferme, sans hésitation ni compromis.
L’indécision – l’une des plus grandes difficultés de l’homme
Ce qui empêche le plus l’homme d’avancer est justement l’indécision.
Rav Dessler explique que c’est dans ce genre de situation qu’il est très difficile de surmonter les épreuves du yétser hara. Lorsqu’un homme est indécis, lorsqu’il reste bénoni, entre deux chemins, sans véritablement choisir, il est beaucoup plus vulnérable aux attaques du yétser hara. Il n’est ni totalement engagé dans un chemin ni totalement détaché d’un autre. Et cette hésitation permanente rend les épreuves encore plus ardues.
Eliyahou Hanavi face aux Bnei Israël sur le mont Carmel
Cette idée apparaît dans l’histoire d’Eliyahou Hanavi (Mélakhim I 18,19-37).
A cette époque, l’idolâtrie s’était énormément développée. Les prophètes de Baal étaient nombreux, et les Bnei Israël ne savaient trop vers quelle voie se diriger. D’un côté, ils servaient Hachem, mais de l’autre, ils se rendaient également auprès des prophètes de Baal. Eliyahou Hanavi décida alors de réunir tout le peuple d’Israël sur le mont Carmel pour une confrontation avec les prophètes de Baal : chacun préparerait un autel, et la vérité désignerait celui sur lequel descendrait le feu du ciel.
Le feu descendit sur l’autel d’Eliyahou Hanavi. Tout le peuple s’écria alors : « Hachem Hou HaElokim ! Hachem Hou HaElokim ! » Et les prophètes de Baal furent mis à mort.
Avant de commencer, Eliyahou Hanavi s’était exclamé : « Ad mataï atem poss’him al chté haséipim ? – Jusqu’à quand allez-vous hésiter entre deux partis ? Autrement dit : jusqu’à quand allez-vous rester entre deux chaises ? Choisissez ! Soit vous suivez Hachem, soit le Baal. Mais vous ne pouvez pas continuer à vivre dans cette hésitation permanente.
La nécessité de prendre une décision
Lorsqu’un homme ne prend pas le temps de se poser cette question et de décider véritablement quel chemin il veut suivre, il peut passer toute sa vie dans le doute, moitié engagé, moitié hésitant, sans jamais prendre une décision définitive. Et dans cette situation, les épreuves deviennent beaucoup plus difficiles.
Le yétser hara trouvera alors constamment des failles pour l’attaquer, car il n’a pas de véritable solidité intérieure. A l’inverse, lorsqu’un homme prend une décision ferme et qu’il sait clairement dans quelle direction il veut avancer, ses épreuves seront plus faciles à affronter.
Telle est la différence entre Avraham Avinou et Haran. Pour être sauvé de la fournaise, il fallait un mérite, mais également un avenir sur lequel construire.
Avraham Avinou avait cet avenir, grâce à sa fermeté et à sa détermination. Haran, en revanche, était resté dans l’hésitation. Il avait attendu de voir ce qui se passerait avant de se décider. Il ne possédait pas cette solidité sur laquelle se construit un avenir.
Loth : une vie marquée par l’hésitation
Cette caractéristique est également celle de Loth, le fils de Haran qui, au cours de sa vie, montra une certaine indécision. D’un côté, il était capable d’accomplir des actes de ’héssed extraordinaires, au point d’être prêt à mettre sa vie en danger pour accueillir des invités. Mais de l’autre, il choisit de s’installer à Sedom, un endroit profondément corrompu, dont les habitants avaient des comportements contraires aux valeurs d’Avraham Avinou. Loth oscillait entre deux directions opposées.
D’où l’importance de savoir parfois s’arrêter et de se dire : il faut décider, être ferme, cesser d’hésiter. L’indécision n’est pas seulement un mauvais chemin en lui-même : elle rend également toutes les épreuves beaucoup plus difficiles. Le yétser hara se renforce parce qu’il trouve une fissure dans laquelle il s’introduit pour attaquer l’homme. Mais lorsque celui-ci est ferme dans ses choix, cela ne lui est plus possible.
Pourquoi Hachem a-t-Il soumis Avraham Avinou à tant d’épreuves ?
Le Midrach compare Hachem à un potier. Pour vérifier la solidité de ses récipients, il les frappe. Pourquoi ? Parce qu’il sait que s’ils résistent aux coups, il pourra ensuite les vendre à un prix élevé. En revanche, les récipients fragiles, il ne les frappe pas, car ils risquent de se casser. De la même manière, HaKadoch Baroukh Hou soumet à des épreuves ceux qui sont capables de résister.
Pour construire quelque chose de grand, il faut des fondations solides. Et pour construire le klal Israël à partir d’Avraham Avinou, il fallait cette fermeté, cette solidité et cette détermination absolue.
C’est précisément ce que les dix épreuves permettront de révéler.
Une autre explication du Ramban
Selon le Ramban, les épreuves ont pour objectif de « léhotsi min hakoa’h el hapoël » : faire passer le potentiel en acte. En effet, l’homme possède parfois en lui des forces et des capacités extraordinaires, mais celles-ci peuvent rester cachées pendant très longtemps. L’épreuve permet justement de les dévoiler.
Une histoire illustre l’importance de savoir prendre une décision
En Allemagne, il y a plus de 150 ans, un enfant juif fut kidnappé et enfermé dans un monastère. Pendant longtemps, personne ne sut où il se trouvait. Jusqu’au jour où on découvrit sa cachette. Ses parents engagèrent alors les meilleurs avocats pour tenter de le récupérer. Le juge rendit finalement sa décision. « Je comprends la détresse des parents, mais tant qu’ils n’auront pas de preuves, je ne peux pas retirer l’enfant du monastère. Cependant, je leur accorderai cinq minutes seules avec le petit garçon, et s’ils parviennent à le convaincre qu’il est leur fils, je les autoriserai à le ramener chez eux. »
Les parents se précipitèrent chez rav Binyamin Tsvi Auerbach, le grand rabbin d’Halberstadt, et lui expliquèrent la situation. Ils lui demandèrent comment faire pour que l’enfant se souvienne d’eux. Rav Auerbach leur dit qu’il souhaitait les accompagner lors de leur visite. Dans un premier temps, l’Eglise refusa cette demande, mais grâce à ses bonnes relations avec les tribunaux, on le lui accorda.
Le jour de cette rencontre fatidique, les parents, accompagnés de rav Auerbach, entrèrent dans le couvent et furent conduits dans une petite pièce où le garçon les attendait. Devenu un chrétien convaincu, il n’avait guère d’intérêt à rencontrer ces juifs. Il n’était là que parce que le tribunal l’avait contraint à passer cinq minutes avec eux. Les parents se tournèrent vers le rabbin, qui leur demanda de se taire ; il prendrait la parole.
Soudain, rav Auerbach ôta son manteau, révélant un kittel d’un blanc immaculé. Il posa une kippa blanche sur sa tête et se tint face au garçon. Il ouvrit un mahzor et, d’une voix empreinte de ferveur et de dévotion, il commença à chanter les paroles de Kol Nidrei. La mélodie envoûtante emplit la petite pièce et sa voix résonna, tandis que l’air intemporel, chanté des centaines de milliers – des millions – de fois au cours des millénaires, semblait flotter dans l’air, suspendant le temps. Rav Auerbach continua de chanter et ne s’arrêta qu’après avoir terminé le passage. Trois minutes s’étaient écoulées – il en restait deux.
Le garçon était assis bien droit sur sa chaise, comme on le lui avait appris au monastère. Rav Auerbach le regarda droit dans les yeux et lui demanda : « Veux-tu venir avec nous et mériter les bienfaits de ce monde et de l’autre ? Ou préfères-tu rester ici, au monastère ? » Le visage du garçon était impassible, mais à ces mots, sa carapace se fissura.
Il sauta de sa chaise et se jeta dans les bras de sa mère. « Emmenez-moi d’ici ! Je ne peux plus rester ici une minute ! Je me souviens de cet air de la synagogue et je veux y retourner pour l’entendre à nouveau ! » Le garçon sanglota et quitta le couvent avec ses parents.
La sagesse du rav était de supprimer l’hésitation : elle résidait précisément dans sa manière de présenter les choses.
Il avait compris que le véritable danger était de laisser à l’enfant le temps d’hésiter. S’il avait commencé à discuter avec lui, à expliquer les avantages et les inconvénients de chaque éventualité, l’enfant aurait pu répondre : « Je ne sais pas… Je vais réfléchir… » Et là, tout aurait été perdu.
Le rav avait choisi de placer l’enfant face à une décision claire et immédiate, sans lui laisser la possibilité de rester dans le doute.
C’est exactement là le message que nous développons.
Lorsqu’un homme sait prendre une décision, qu’il est ferme dans ses convictions et qu’il sait clairement où il veut aller, il possède l’une des clés essentielles de la réussite.
A l’inverse, quand il hésite constamment, sans jamais choisir véritablement son chemin, il risque de passer à côté de ce qu’il aurait pu accomplir.
Le secret est donc de savoir trancher, et d’avancer avec détermination.
Rav Chakh et l’importance d’anticiper les conséquences de ses décisions
Rav Chakh se trouvait chez lui, quand un important donateur américain vint lui rendre visite. Habituellement, lorsqu’il se présentait, il était reçu avec tous les honneurs, en reconnaissance à sa générosité et aux efforts qu’il accomplissait pour soutenir la Torah. Mais ce jour-là, on lui annonça : « Nous sommes désolés, le rav a donné une consigne très claire : aujourd’hui, il ne reçoit personne. »
Quelques instants plus tard, un Admour, très connu, et à la tête de dizaines de milliers de hassidim, arriva à son tour. Lui aussi avait l’habitude d’être reçu immédiatement, et en priorité, lorsqu’il venait rendre visite à rav Chakh. Pourtant, on lui fit la même réponse : « Le rav a demandé qu’on ne fasse entrer personne. Il a un rendez-vous très important et ne souhaite être dérangé sous aucun prétexte. »
Très étonnés, les deux hommes commencèrent à discuter : « Mais qui peut bien être cette personne, pour que le rav refuse de recevoir quiconque, même dans des circonstances exceptionnelles ? » Ils décidèrent d’attendre pour découvrir qui allait sortir.
Quelques minutes plus tard, un homme vêtu très simplement, portant un débardeur, accompagné de sa femme, qui n’était pas non plus habillée selon les usages habituels de ce lieu, sortit.
Leur étonnement fut encore plus grand : comment ces personnes, qui semblaient éloignées du monde de la Torah, avaient-elles pu bénéficier d’un tel rendez-vous ?
Lorsqu’ils furent enfin reçus, ils demandèrent à rav Chakh : « Qui sont ces gens ? Qu’ont-ils de si particulier pour que vous ayez repoussé tous vos rendez-vous afin de les recevoir ? »
Rav Chakh leur expliqua : « Vous savez que je donne un cours à des personnes qui travaillent. Parmi elles se trouve un homme qui a un bureau de change. Hier soir, il a raconté qu’une famille israélienne, non pratiquante, était venue chez lui pour changer une importante somme d’argent. Leur maison en Israël avait été vendue, et ils comptaient s’installer en Afrique. Lorsque j’ai entendu cette histoire, je lui ai dit : ″Hors de question ! Je veux que tu me fasses venir cette famille demain matin.″
– Mais rav, je ne les connais pas particulièrement ! Ce sont simplement des clients !
– Tu vas les retrouver, et tu vas te débrouiller pour qu’ils viennent me voir. J’annule tous mes rendez-vous. Demain matin, je veux les recevoir.″
Mon élève a donc fait donc le nécessaire pour contacter cette famille. Et il leur a expliqué que je souhaitais personnellement les rencontrer. Et ils ont accepté de venir.
Je leur ai dit : ″ Peut-être n’avez-vous pas suffisamment réfléchi à la décision que vous êtes en train de prendre. Peut-être la vie est-elle difficile pour vous ici, en Israël. Peut-être traversez-vous des épreuves. Sans doute les difficultés que vous rencontrez vous incitent-elles à croire pouvoir trouver une meilleure situation ailleurs. Mais avez-vous réellement pensé à ce qui se passera lorsque vous serez là-bas ? Où vos enfants vont-ils étudier ? Qui vont-ils fréquenter ? Dans quel environnement vont-ils grandir ? Vous devez comprendre qu’en partant vivre là-bas, vos enfants risquent demain de se marier avec des non-juifs. Que restera-t-il de votre descendance juive ? Vous risquez de perdre toute la continuité de votre famille, tout ce que vous avez reçu et tout ce que vous auriez pu transmettre à vos enfants. Est-ce que cela vaut vraiment la peine ? Est-ce que les difficultés que vous rencontrez aujourd’hui justifient de prendre un tel risque pour l’avenir de votre famille ?″ »
Ces paroles touchèrent au plus haut point le couple. Rav Chakh leur avait fait prendre conscience de conséquences auxquelles ils n’avaient pas véritablement réfléchi. Ils comprirent que leur décision – qui leur semblait être la solution à leurs difficultés – risquait en réalité de leur faire perdre quelque chose d’infiniment plus précieux.
A la suite de cette rencontre, le couple décida de tout annuler : ils renoncèrent à leur départ pour l’Afrique, changèrent leur argent et entreprirent de racheter leur maison. Ils durent même la payer plus cher que le prix auquel ils l’avaient vendue. Mais cela n’avait plus d’importance à leurs yeux. Ils avaient compris que leur décision aurait pu avoir des conséquences irréversibles sur leur avenir et celui de leurs enfants.
Le message de Rav Chakh
Il arrive parfois qu’un homme prenne des décisions sans mesurer réellement ce qu’elles impliquent. Parce qu’il traverse des difficultés, qu’il est troublé, qu’il ne prend pas le temps de mettre les choses en perspective, il peut – ’has véchalom – risquer de tout perdre.
Rav Chakh avait compris que cette famille se trouvait à un moment décisif de son existence. C’est pourquoi il avait choisi d’annuler tous ses rendez-vous, même celui d’un grand donateur et d’un Admour hautement respecté, car à ses yeux, il y avait une urgence bien plus importante : sauver l’avenir juif d’une famille entière.
Avant de prendre une décision déterminante, il faut savoir ce qu’on possède, mesurer la valeur de ce qu’on risque de perdre et choisir son chemin avec lucidité et fermeté. On peut alors avancer sans se laisser entraîner par les hésitations et les difficultés du moment.
Il ne suffit pas d’avoir la chance de posséder quelque chose de précieux. Il faut également savoir le reconnaître, le préserver et aller jusqu’au bout pour ne pas le perdre.
[SUITE : répondez "continue"]
Paracha Lekh Lekha : pourquoi les épreuves doivent-elles être difficiles ?
Les dix épreuves d’Avraham Avinou
Selon de nombreux avis, la première épreuve est « Lekh lékha méartsékha oumimoladtékha… » – Quitte ton pays, ta terre natale, ta maison paternelle, et va au pays que je t’indiquerai.
HaKadoch Baroukh Hou demande à Avraham Avinou de tout quitter, de changer de pays et de partir vers une terre inconnue. Mais en même temps, Hachem l’encourage en lui promettant trois bénédictions : des enfants, la richesse et les honneurs.
A première vue, ces promesses semblent alléger considérablement l’épreuve. Avraham Avinou sait qu’en acceptant de suivre Hachem, il recevra de grandes bénédictions. Pourtant, la suite des événements nous peint une réalité bien différente.
Lorsqu’Avraham arrive en Erets Israël, une famine éclate. Il est contraint de descendre en Egypte. Où est donc la richesse qui lui avait été promise ?
Arrivé en Egypte, on lui prend sa femme Sarah. Heureusement, HaKadoch Baroukh Hou frappe le pharaon et sa maison de grandes plaies, l’empêchant ainsi de toucher Sarah. Finalement, le pharaon la libère et offre à Avraham de nombreux cadeaux et de grandes richesses. Mais Avraham a dû traverser une épreuve extrêmement difficile : on lui a pris sa femme.
Et les enfants promis, où sont-ils ?
Concernant la terre vers laquelle il doit se rendre, Hachem ne lui dévoile pas immédiatement sa destination. Pourquoi ?
Les Sages expliquent que c’est afin de lui octroyer une récompense pour chacun de ses pas. Car lorsqu’un homme sait où il va, même si le chemin est difficile, il est tout de même rassuré par le fait de connaître sa destination. Mais lorsqu’il avance vers l’inconnu, chaque pas est une épreuve supplémentaire.
Et si HaHadoch Baroukh Hou avait cherché à l’encourager, pourquoi lui fit-Il traverser autant de difficultés ? Pourquoi ne pas lui faciliter le chemin ? Pourquoi, au contraire, rendre les épreuves encore plus difficiles ?
Pour y répondre, commençons par une explication du Or Ha’haïm Hakadoch.
L’explication du Or Ha’haïm Hakadoch
Dans son commentaire sur le tout début de la Torah, le Or Ha’haïm Hakadoch pose une question qui ressemble beaucoup à la nôtre. Pourquoi Hachem a-t-Il placé Adam et ’Hava devant l’épreuve de l’arbre de la connaissance, le Ets Hadaat ?
A peine avaient-ils été créés, voici que Hachem leur impose une épreuve. Pourquoi était-ce nécessaire ?
Selon le Or Ha’haïm, Hachem sait que c’est en surmontant les obstacles que l’homme se construit. C’est précisément parce qu’il possède le libre arbitre et qu’il doit faire un choix face à une difficulté qu’il peut acquérir un véritable mérite. Quand il choisit le bien malgré l’épreuve, sa décision prend une tout autre valeur.
Mais cette idée peut être approfondie davantage.
Le Ramban : traduire un potentiel en acte
Le Ramban explique que le but des nissionot, des épreuves, est de permettre à l’homme d’exprimer les forces qui se trouvent en lui. C’est ce qu’on appelle : « Léhotsi min hakoa’h el hapoël » – Traduire un potentiel en acte.
L’homme possède parfois des forces extraordinaires, mais qui restent cachées au fond de lui. C’est l’épreuve qui lui permet de les révéler et de les transformer en réalité.
Cependant, une question demeure : pourquoi faut-il nécessairement passer par la difficulté ? Ne pourrait-on pas développer son potentiel dans la facilité ?
« Néfech amela amelalo » – L’effort crée l’attachement
Le roi Chlomo affirme (Michlei 16,26) : « Néfech amel amelalo… » – L’âme de celui qui travaille travaille pour lui-même...
Lorsqu’un homme fournit des efforts et se donne du mal, ce travail crée en lui un attachement particulier à cet objet. Il devient véritablement sien.
Cet enseignement se retrouve selon les Sages dans le premier Téhilim. Le roi David parle d’abord de la Torah en la nommant « Torat Hachem », la Torah de Hachem. Puis il emploie l’expression : « OuvTorato », dans sa Torah, celle de l’homme.
La Guémara (Avoda Zara 19a) explique cette différence : avant que l’homme ne s’investisse dans l’étude, la Torah est appelée la « Torah de Hachem ». C’est seulement après qu’il l’a étudiée, qu’il a travaillé et fourni des efforts pour la comprendre, qu’elle devient « sa » Torah.
Pourquoi ? Parce que le travail et l’investissement créent un lien profond entre l’homme et ce qu’il a acquis. La Torah qu’il a étudiée avec effort devient une partie de lui-même.
Ainsi, à travers le labeur, l’investissement et la difficulté, les choses deviennent véritablement nos propres acquisitions.
A l’inverse, une chose obtenue trop facilement ne crée pas le même attachement.
L’exemple du stylo ou de la montre
Prenons un exemple très simple. Un homme décide de s’acheter un objet de grande valeur : une belle montre, un stylo de marque ou tout autre objet.
Pour pouvoir se l’offrir, il a dû travailler, économiser et multiplier les efforts. Plus cet objet lui a demandé d’investissement, plus il y sera attaché. Il en prendra soin, le conservera longtemps et fera attention à ne pas le perdre. Et si, un jour, il l’oublie quelque part, il fera tout son possible pour retourner le chercher. Son attachement à cet objet lui rappellera immédiatement qu’il l’a égaré.
En revanche, combien de stylos bon marché sont oubliés sur des tables, dans des salles de cours ou dans des bureaux ? Pourtant, ces stylos ont eux aussi une valeur. Mais comme l’homme n’a pas eu besoin de fournir d’efforts particuliers pour les obtenir, il ne ressent pas le même attachement. Il reste, d’une certaine manière, étranger à cet objet.
C’est précisément ce qu’enseigne le principe : « Néfech amel amelalo »
L’effort crée l’attachement. Ce pour quoi l’homme s’investit devient une partie de lui-même.
Les trois cadeaux que Hachem a donnés à Israël
La Guémara Brakhot (5a) rapporte un enseignement de rabbi Chimon bar Yo’haï. Selon le Tana, HaKadoch Baroukh Hou a donné trois cadeaux précieux au peuple d’Israël :
La Torah
Erets Israël
Le Olam Haba
Ils ont un point commun : ils ne s’acquièrent qu’à travers les souffrances, les difficultés et les efforts, les yissourim. Pourquoi ? Parce que ce sont les choses les plus précieuses que possède le peuple juif. Et pour qu’elles deviennent véritablement une partie de nous, il faut que nous nous investissions pour les acquérir.
C’est l’effort qui crée cet attachement profond et durable.
Nous comprenons maintenant pourquoi HaKadoch Baroukh Hou a voulu qu’Avraham Avinou subisse autant d’épreuves. Hachem voulait construire le klal Israël à partir d’Avraham Avinou. Pour construire quelque chose d’aussi grand, important et éternel, il fallait que les fondations soient profondément ancrées. Et pour cela, il était nécessaire qu’Avraham Avinou acquière véritablement, par ses efforts, les qualités et les forces qui allaient devenir celles de ses descendants.
C’est pourquoi Hachem l’a soumis à de telles épreuves. Et c’est également pour cela qu’Il ne lui a pas immédiatement dévoilé la terre vers laquelle il devait se rendre. Ignorant sa destination, chaque pas demandait à Avraham Avinou un effort supplémentaire.
Plus l’épreuve était difficile, plus l’acquisition devenait majeure.
C’est ce que nous retrouvons (Béréchit 22,12) lors de la dernière épreuve, lorsque Hachem lui dit : « Ata yadati ki yéré Elokim ata » – Maintenant, Je sais que tu crains D.ieu. »
Les forces qui se trouvaient en Avraham Avinou devaient passer du potentiel à la réalité. Son Emouna, sa confiance et sa crainte de Hachem ne devaient pas rester des qualités intérieures, mais se manifester par des actes concrets. Et cela, afin qu’elles deviennent véritablement une partie de lui-même.
C’est à travers la difficulté et l’effort que l’homme acquiert profondément ce qu’il construit.
Un homme préfère une petite quantité qui lui appartient
Ce même principe se retrouve dans un autre enseignement de la Guémara (Baba Metsia 33a). Les Sages disent : « Adam rotsé békav chélo miticha kavin chel ’havéro » – Un homme préfère une seule mesure qui lui appartient plutôt que neuf appartenant à son prochain. Autrement dit : il aime mieux posséder une petite quantité produite ou acquise par son travail, plutôt qu’une quantité plus importante provenant d’autrui.
Rachi explique que c’est parce qu’il s’y est investi qu’elle est devenue chère à ses yeux. L’effort qu’il a fourni lui donne une valeur particulière.
Nous retrouvons ici exactement le même principe : ce qui donne à une chose sa véritable valeur, ce n’est pas uniquement ce qu’elle représente, mais aussi l’effort que l’homme a fourni pour l’obtenir.
C’est pour cela que HaKadoch Baroukh Hou voulait qu’Avraham Avinou subisse dix épreuves : afin que les qualités sur lesquelles allait se construire le klal Israël soient intégrées profondément, par l’effort, et deviennent une partie de lui-même.
« Véhéyé brakha » : devenir une source de bénédiction pour autrui
La bénédiction et la responsabilité d’Avraham Avinou
Lorsque HaKadoch Baroukh Hou demanda à Avraham Avinou de quitter son pays natal pour se rendre en Erets Israël, Il lui promit de nombreuses bénédictions. Hachem lui dit entre autres : « Vaagadéla chémékha, véhéyé brakha » – Je rendrai grand ton nom, et tu seras une bénédiction.
Les Sages expliquent qu’au début de la Amida, nous mentionnons la divinité qui guida les trois Patriarches : « Eloké Avraham, Eloké Itshak, véEloké Yaakov », mais à la fin de cette première bénédiction, nous ne rappelons qu’Avraham Avinou : « Baroukh Ata Hachem, Maguen Avraham ». C’est ce que signifie la promesse de Hachem : « Véhéyé brakha ». La bénédiction se conclura par ton nom.
Mais il existe une autre explication, qui permet de découvrir un enseignement particulièrement important.
Les mots « Véhéyé brakha » – Tu seras une bénédiction, ne représentent pas seulement une promesse : ils expriment également un devoir, une responsabilité. Mais quel est ce devoir ?
Rav Meïr Hadach : être une bénédiction pour son entourage
Rav Meïr Hadach rapporte une explication du Tossefot Rid. Les mots « Véhéyé brakha » signifient qu’Avraham Avinou devait transmettre aux autres la bénédiction et la bonté qu’il avait reçues. Autrement dit, il ne suffisait pas qu’Avraham soit lui-même béni : il devait également devenir une source de bénédiction pour tous ceux qui l’entouraient.
Cette idée apparaît aussi dans les écrits de Rabbi Yéhouda Hé’hassid, qui explique qu’un homme doit avoir une intention particulière lorsqu’il réussit dans la vie. Quand il reçoit une bénédiction, qu’il possède quelque chose ou qu’il connaît la réussite, il doit chercher à en faire profiter autrui.
Ainsi, HaKadoch Baroukh Hou bénit Avraham pour qu’il devienne lui-même une source de bonheur, de bonté et de bénédiction autour de lui.
Rav Meïr Hadach explique que tel est précisément le devoir de chaque homme : être une source de bonté, de joie et de sentiments positifs pour tous ceux qui l’entourent. Un homme doit chercher à faire du bien autour de lui, à réjouir les autres et à générer une atmosphère agréable.
C’est là un message fondamental !
Le Saba de Slabodka : un visage triste peut faire du mal aux autres
Rav Nathan Tsvi Finkel, le Saba de Slabodka, rencontra un homme qui se promenait, le visage fermé, et avec une expression particulièrement sévère. Il lui fit alors une remarque très forte : « Tu es comme un puits ou un obstacle placé au milieu du domaine public ! »
Pourquoi ? Parce qu’en affichant constamment un visage désagréable, cet homme répandait autour de lui une atmosphère de tristesse et de malaise. Sans même prononcer une parole, il pouvait faire du mal à ceux qu’il rencontrait.
Cette idée se retrouve dans les écrits de rabbi Eliézer de Metz. Il explique que, de la même manière que la Torah interdit de peiner autrui par ses paroles – onaat dévarim – il existe également une manière de les faire souffrir par le regard et l’expression du visage.
Quand un homme présente constamment un visage fermé ou renfrogné, il peut provoquer de la douleur chez ceux qui l’entourent. Et cela aussi représente une sorte de dommage causé à autrui. C’est pourquoi la bénédiction que Hachem donne à Avraham Avinou est en même temps une responsabilité : « Véhéyé brakha » : sois toi-même une bénédiction. Sois quelqu’un qui apporte de la bonté, de la joie autour de lui.
Le Gaon de Vilna : celui qui bénit autrui se bénit lui-même
Le Gaon de Vilna rapporte un enseignement extraordinaire tiré d’un verset du roi Chlomo (Michlei 11,25) : « Néfech brakha tédouchan » – L’âme généreuse jouira de l’abondance. Il explique que cela concerne un homme qui cherche constamment à bénir ceux qui l’entourent. Il souhaite sincèrement le bien d’autrui, il se réjouit de leur réussite et il cherche à leur apporter du bonheur. Il est exactement à l’opposé du jaloux.
L’homme qui bénit son entourage apporte de la joie, il les encourage et leur transmet une énergie positive. Il réjouit ceux qui l’entourent et leur procure du bien. En agissant ainsi, il devient lui-même une âme remplie de bénédictions.
A l’inverse, le roi Chlomo enseigne également (Michlei 14,30) : « Ourkav atsamot kina » – La jalousie est la carie des os. C’est-à-dire que la jalousie détruit intérieurement celui qui en souffre, alors que celui qui souhaite du bien à son prochain apporte la bénédiction et la joie.
Nous voyons donc à quel point il est important de cultiver un regard positif sur autrui, de se réjouir de son bonheur et de chercher sincèrement sa réussite.
Etre aimé dans le Ciel et apprécié des hommes
La Guemara (Brakhot 17a) rapporte un enseignement d’Abbayé, qui disait qu’un homme doit toujours chercher à répondre avec douceur, parler gentiment, apaiser la colère et chercher à faire régner la paix entre les hommes. Il doit faire régner la paix entre ses frères, ses proches, ses amis et avec toute personne qu’il rencontre, fut-ce même un non-juif.
Pourquoi ? « Afin d’être aimé dans le Ciel, apprécié sur terre et accepté par les créatures. » L’homme se doit donc d’adopter un comportement qui inspire la bonté, la douceur et la paix, être une personne dont la présence fait du bien à autrui, être quelqu’un sachant calmer les tensions, rapprocher les individus, encourager et apporter de la joie. C’est ainsi qu’il sera aimé de Hachem et apprécié de ceux qui l’entourent.
C’est précisément la manière dont agissait Avraham Avinou. Il ne se contentait pas de recevoir les bénédictions de HaKadoch Baroukh Hou. Il était lui-même une source de bénédiction pour tous ceux qui l’entouraient. Partout où il allait, il cherchait à apporter du bien, de la bonté et du bonheur.
C’est cela le véritable sens de « Véhéyé brakha » – Sois une bénédiction.
A l’inverse, un homme constamment désagréable, qui affiche un visage fermé, qui répand de la tristesse ou de la mauvaise humeur autour de lui, risque de faire du mal aux autres, parfois même sans s’en rendre compte. Ce comportement est à l’opposé de la bénédiction.
La Torah enseigne donc que chacun d’entre nous doit chercher à devenir une source de bien pour son entourage, faire en sorte que les personnes qui nous rencontrent repartent avec davantage de joie, de sérénité et de bonheur.
C’est la mission que Hachem confia à Avraham, et c’est aussi un enseignement pour nous : ne pas seulement recevoir la bénédiction, mais devenir soi-même une bénédiction pour autrui.
Etre une source de joie et de bénédiction
La Guemara (Taanit 22a) raconte l’histoire de rabbi Béroka, qui avait l’habitude de se rendre au marché de Bei Lefet, où il rencontrait parfois Eliyahou Hanavi. Un jour, il lui demanda : « Parmi toutes les personnes présentes dans ce marché, quelqu’un mérite-t-il le Olam Haba ?
– Non, aucun n’a ce mérite. »
Quelques instants plus tard, deux hommes arrivèrent. Eliyahou Hanavi déclara alors : « Ces deux-là sont des Bnei Olam Haba ! »
Très étonné, rabbi Béroka courut immédiatement vers eux pour leur demander : « Que faites-vous de si particulier pour avoir déjà mérité une part dans le monde futur ?
– Nous sommes des bouffons. Nous sommes bouffons et nous remontons le moral des tristes. Ou encore, lorsque nous voyons deux personnes se disputer, nous nous efforçons de les réconcilier. »
Voilà ce qui leur avait valu un mérite aussi extraordinaire.
Réjouir autrui, lui apporter du bonheur et rétablir la paix entre les hommes leur avait permis de mériter le Olam Haba.
Ainsi, apporter de la joie autour de soi possède une valeur immense.
Mordékhaï Hatsadik – rechercher activement le bien de son prochain
Cette même idée apparaît dans une explication du Ibn Ezra concernant Mordékhaï Hatsadik.
Il est écrit à propos de Mordékhaï, à la fin de la Méguilat Esther (10,3) : « Dorech tov léamo » – Il recherchait le bien de son peuple.
Ibn Ezra souligne une différence fondamentale entre deux comportements. Il y a celui qui fait du bien lorsqu’on vient le solliciter. On lui demande de l’aide, il accepte, un service, il le rend volontiers. C’est déjà une très belle qualité.
Mais Mordékhaï Hatsadik allait encore plus loin. Il n’attendait pas qu’on vienne lui demander de l’aide : il recherchait les occasions de faire du bien. Il allait vers les autres, cherchait à connaître leurs besoins et s’efforçait de leur apporter ce qui pouvait leur être utile. C’est cela le sens de « Dorech tov léamo ». Il ne se contentait pas de répondre aux demandes. Il recherchait activement le bien de son peuple.
Cet enseignement est essentiel : un homme ne doit pas seulement être prêt à faire du bien lorsqu’on le lui demande, il doit chercher comment apporter de la bonté, de la joie et de la bénédiction autour de lui. C’est précisément le sens de la bénédiction adressée à Avraham Avinou : « Véhéyé brakha » – Sois toi-même une source de bénédiction.
Paracha Lekh Lekha : Loth et le danger de s’attacher à l’argent
Pourquoi Loth se sépara-t-il d’Avraham Avinou ?
Dans cette paracha, un enseignement découle de l’histoire de Loth, le neveu d’Avraham.
Avraham Avinou ne pouvait plus accepter le comportement des bergers de Loth : ceux-ci laissaient leurs troupeaux brouter dans des champs étrangers, sans se préoccuper du fait qu’ils causaient un préjudice à leurs propriétaires. Avraham finit par dire à Loth : « Hipared na méalaï » – Sépare-toi de moi.
Nous aurions pu nous attendre à ce que Loth insiste pour rester auprès de son oncle. Après tout, il avait le mérite de vivre aux côtés d’un homme extraordinaire, d’apprendre de lui et de bénéficier de son influence spirituelle. Mais Loth ne chercha pas à rester. Bien au contraire, il accepta immédiatement. Et en s’éloignant d’Avraham, il se séparait également de Hachem.
Les Sages expliquent que Loth, en partant, exprimait son refus de rester attaché au D.ieu d’Avraham. Et il choisit de s’installer à Sedom, ville connue pour la méchanceté et les péchés de ses habitants. La Torah dit à leur sujet : « Véanché Sedom raïm vé’hataïm laHachem méod » – Or, les habitants de Sedom étaient pervers et pécheurs devant Hachem, à un haut degré. C’est-à-dire qu’ils fautaient dans leur rapport avec l’argent et dans leur comportement.
Une question se pose alors : comment Loth, qui avait grandi aux côtés d’Avraham, put-il s’éloigner à ce point ? Comment expliquer qu’il ait fini par quitter cette voie et se soit retrouvé écarté de l’histoire du klal Israël ?
D’autant que, dans la paracha suivante, Eliézer, le serviteur d’Avraham, atteignit un niveau spirituel extraordinaire, au point que certains enseignements affirment qu’il entra vivant au Gan Eden. Pourquoi Eliézer réussit-il à accéder à une telle élévation, alors que Loth, pourtant le neveu d’Avraham, s’en éloigna-t-il tellement ?
Le désir d’argent : une épreuve particulièrement dangereuse
Loth présentait un défaut de caractère extrêmement grave : un attachement excessif à l’argent.
Dans les Hilkhot Techouva, le Rambam explique que l’homme ne doit pas faire Techouva uniquement sur ses actions délictueuses, mais aussi sur ses mauvais traits de caractère. Parmi ces défauts, le Rambam cite notamment : « ’hèmdate hamamon » – le désir excessif d’argent.
Bien entendu, l’argent est un outil très important. Il permet à l’homme de vivre, de subvenir aux besoins de sa famille, d’aider autrui et d’accomplir de grandes choses. Le danger apparaît lorsque l’argent cesse d’être un moyen et devient un but. Quand un homme commence à aimer l’argent pour l’argent, à s’y attacher et à en faire le centre de son existence, il développe un défaut de caractère particulièrement pernicieux. Et cela peut l’amener progressivement à commettre des fautes.
Le Méssilat Yécharim : l’argent pousse l’homme à s’accorder des dérogations
Le Méssilat Yécharim (chap.10) rapporte un enseignement de la Guemara (Baba Batra 165a) : « Rov baguézel » – La majorité succombe dans les questions de vol. Cela ne signifie pas nécessairement que la majorité des hommes vont voler directement de l’argent ou des objets appartenant à autrui. Il s’agit de toutes les situations dans lesquelles l’homme manque d’honnêteté dans ses affaires financières.
Pourquoi cette transgression est-elle si répandue ? Parce que lorsqu’un homme désire fortement quelque chose, il commence à se trouver toutes sortes de justifications pour se permettre de l’obtenir. Il se convainc que ce qu’il fait est autorisé. Il trouve des arguments pour expliquer pourquoi il aurait le droit de prendre cet argent ou de profiter de cette situation.
Et c’est précisément ce qui arriva à Loth.
Comment Loth a-t-il justifié le comportement de ses bergers ? Loth savait que la terre d’Israël avait été promise par Hachem à Avraham. Mais il se disait : « Avraham n’a pas d’enfant. Je suis actuellement son seul héritier. Par conséquent, cette terre finira par m’appartenir. »
Loth en conclut que ses troupeaux pouvaient brouter dans les champs d’autrui. C’était bien entendu une erreur : la terre avait été promise à Avraham, mais elle ne lui appartenait pas encore. Loth n’avait donc pas le droit de laisser ses animaux profiter de ces champs.
Nous voyons comment son désir d’argent le conduisit à se fabriquer une « autorisation » personnelle.
Tel est le danger décrit par le Méssilat Yécharim. Même un homme qui, dans d’autres domaines, se comporte honnêtement peut finir par trébucher lorsqu’il s’agit d’argent, car lorsqu’il désire profondément quelque chose, il risque de perdre son objectivité et de se convaincre que ce qu’il fait est permis. Le véritable danger n’est pas seulement le désir d’argent, mais la capacité de ce désir à déformer le jugement de l’homme.
Pourquoi Loth choisit-il Sedom ?
Nous comprenons maintenant pourquoi Loth décida de s’installer à Sedom. Cette région était particulièrement fertile et prospère. Là il pouvait développer ses richesses et accroître ses possessions. Malgré la corruption morale de ses habitants, Loth choisit donc d’y vivre. Son attachement à l’argent était devenu plus fort que les considérations spirituelles et morales qui auraient dû guider son choix.
Cette même attitude sous-tend ce qui se passa lors de la guerre des rois. Alors que les habitants de Sedom étaient menacés et que beaucoup prirent la fuite, Loth resta attaché à ses biens. Selon une explication, il ne voulait pas abandonner ses richesses. C’est ainsi qu’il finit par être capturé et fait prisonnier. Son amour de l’argent l’avait conduit à mettre sa propre liberté en danger.
« Vayitmahmah » : Loth tarde à quitter Sedom
Cette même faiblesse transparaît dans la paracha suivante, lorsque les anges vinrent sauver Loth avant la destruction de Sedom. Ils lui annoncèrent que la ville allait être détruite et qu’il devait immédiatement quitter les lieux avec sa famille. Il s’agissait d’une question de vie ou de mort. Chaque instant comptait. Et pourtant, la Torah dit : « Vayitmahmah » – Il tarda.
Loth hésitait à partir. Pourquoi ?
Les Sages expliquent qu’il avait du mal à abandonner son argent et ses biens. Alors qu’il savait que sa vie était en danger, son attachement à ses possessions le retenait. Les anges durent finalement le saisir par la main, ainsi que sa femme et ses filles, pour les faire sortir de la ville.
Et nous connaissons la suite de l’histoire ! La femme de Loth se retourna pour regarder Sedom et fut transformée en statue de sel. Si Loth était parti immédiatement, sans s’attarder, peut-être que les événements se seraient déroulés autrement : il est même possible que sa femme ne se serait alors pas retournée. Mais son attachement à l’argent avait une fois de plus pris une place démesurée. Et finalement, Loth perdit presque tout.
L’argent a-t-il toujours été la motivation de Loth ?
Certains commentateurs vont encore plus loin, et s’interrogent sur les véritables intentions de Loth lorsqu’il décida de suivre son oncle Avraham. Etait-il réellement animé par une volonté sincère de s’attacher à Avraham et à son enseignement ? Ou dès le départ, ses motivations étaient-elles intéressées ?
Selon une explication, Loth se disait : « Avraham est déjà âgé, et il n’a pas d’enfant. Si je reste auprès de lui, je finirai par hériter de toutes ses richesses. » Ainsi, même son attachement initial à Avraham Avinou aurait été influencé par son désir d’argent.
Nous voyons à quel point la passion de l’argent peut devenir dangereuse lorsqu’elle dirige les choix de l’homme.
Quand l’argent prend la place de l’essentiel
Ce sujet concerne chacun de nous. Il arrive qu’un homme accorde une place tellement importante à l’argent qu’il finit par le privilégier au détriment de choses bien plus essentielles. Il peut négliger sa famille, ses enfants, leur éducation, ses responsabilités ou ses devoirs, simplement parce qu’il est trop absorbé par la recherche de la réussite matérielle.
Bien entendu, il est nécessaire de gagner sa vie. Mais il faut toujours se rappeler que l’argent est un moyen, et non une finalité. Lorsqu’un homme inverse cet ordre et sacrifie l’essentiel pour l’argent, les conséquences peuvent être extrêmement graves.
Une histoire particulièrement bouleversante illustre cet enseignement.
L’histoire des deux sacs : ne pas se tromper sur l’essentiel
Après la Shoah, une rescapée monta en Erets Israël. Pendant toute la traversée en bateau, elle répétait sans cesse la même question à ceux qui l’entouraient : « Avez-vous vu mon sac ? Où est mon sac ? » Les passagers ne comprenaient pas de quoi elle parlait. Pourquoi posait-elle continuellement cette question ?
Au début, ils pensèrent que cette femme avait simplement perdu un bagage. Mais très vite, ils remarquèrent que cette question revenait constamment, comme si elle était profondément perturbée par quelque chose.
Lorsqu’elle arriva en Israël, son comportement ne changea pas. Là où elle s’installa, elle continua à demander régulièrement : « Où est mon sac ? Avez-vous vu mon sac ? » Les membres de sa communauté, inquiets, décidèrent d’aller trouver le rav. Ils lui expliquèrent : « Il y a une femme qui a une attitude étrange. Elle demande sans arrêt où se trouve son sac. Nous ne comprenons pas ce qu’elle cherche. »
Le rav la reçut pour essayer de comprendre ce qui lui était arrivé. Et cette femme lui raconta une histoire bouleversante.
Le drame du ghetto de Varsovie
Lorsque les Allemands parquèrent les juifs dans le ghetto de Varsovie, cette femme s’y trouvait avec son bébé. En vue d’une fuite éventuelle, elle avait préparé deux sacs. Dans le premier, elle avait placé des draps et des couvertures, à l’intérieur desquels elle comptait cacher son bébé. Dans le second, elle avait rassemblé ce qu’elle possédait de plus précieux : de l’argent, des diamants et d’autres objets de valeur.
Un jour, les Allemands arrivèrent, et la femme dut prendre la fuite. Tout se passa en quelques instants. Elle n’eut pas le temps de réfléchir et elle ne pouvait pas emporter les deux sacs. Dans la panique, elle en attrapa un et se sauva. Mais lorsqu’elle fut suffisamment éloignée, elle réalisa avec horreur qu’elle s’était trompée. Au lieu de prendre le sac dans lequel se trouvait son bébé, elle avait emporté celui qui contenait son argent et ses diamants.
Elle tenta de retourner, mais il était trop tard. Elle ne retrouva jamais son enfant. Depuis, cette scène ne cessait de la hanter. Même des années plus tard, après avoir survécu à la Shoah et être arrivée en Erets Israël, elle répétait sans cesse : « Où est mon sac ? Où est mon bébé ? »
Elle cherchait encore ce sac qu’elle avait laissé derrière elle, celui qui contenait ce qu’elle avait de plus précieux au monde.
La morale du rav : ne pas prendre le mauvais sac
Lorsque le rav entendit cette histoire, il fut profondément bouleversé. Lors d’une séouda chlichit, il rapporta ce récit et en tira un enseignement extrêmement fort. Il arrive qu’un homme se trompe lui aussi de sac. Bien entendu, il ne s’agit pas de la même situation tragique, mais le message doit nous faire réfléchir.
Un homme peut passer sa vie à courir après l’argent, à développer ses affaires, à chercher à gagner toujours davantage. Il travaille sans cesse, s’investit énormément et consacre toute son énergie à accumuler des richesses. Mais pendant ce temps, il peut oublier ce qui est véritablement essentiel : consacrer du temps à ses enfants. Il néglige leur éducation, leur développement et les moments précieux qu’il aurait dû partager avec eux. Il finit par s’occuper davantage du sac rempli de diamants que de celui contenant son enfant. Et lorsqu’il réalise son erreur, il est parfois trop tard pour récupérer les années perdues.
Tel est la morale de cette histoire : dans la vie, il faut faire attention à ne pas se tromper de sac. L’argent est important, mais il ne doit jamais prendre la place de ce qui possède une valeur infiniment plus grande.
La famille, les enfants, leur éducation, la Torah et les valeurs que nous devons leur transmettre sont des trésors qu’aucune richesse matérielle ne pourra remplacer.
C’est l’erreur que nous retrouvons chez Loth. A force de privilégier l’argent, il finit par s’éloigner d’Avraham, s’installer à Sedom et mettre en danger tout ce qu’il possédait réellement de précieux.
Un homme doit donc toujours savoir distinguer ce qui est essentiel, afin de ne jamais sacrifier l’irremplaçable.
Jusqu’où peut aller la probité dans les questions d’argent ?
Avraham Avinou refusa l’argent du roi de Sedom, après que celui-ci eut récupéré ses richesses. Pourquoi ? Parce qu’il s’est dit : « Hachem m’a promis de m’enrichir. Je ne veux pas que l’on puisse penser que c’est par cet argent que je suis devenu riche. »
Grâce à cela, il reçut une récompense extraordinaire : les Bnei Israël méritèrent de recevoir les lanières des Tefillin. Mais pourquoi une telle récompense ? Chez Avraham Avinou, le désir d’argent n’existait pas. Il n’était pas attaché aux biens matériels.
En revanche, Loth avait une forte attirance pour l’argent. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il laissait ses animaux brouter dans les champs d’autrui. Et lorsqu’Avraham souhaita se séparer de lui, Loth choisit de s’installer à Sedom, alors qu’il savait que ses habitants étaient des réchaïm.
Pourquoi ? Parce qu’il était très attaché à l’argent, comme nous l’avons développé précédemment.
Une histoire extraordinaire démontre justement comment l’honnêteté peut dépasser le désir d’argent.
Daniel et David : une histoire d’honnêteté et de générosité
David et Daniel étaient deux très bons amis. Ils vivaient en Pologne et, pour subvenir à leurs besoins, ils travaillaient très dur dans un abattoir.
Daniel avait de grandes ambitions. Il voulait réussir dans la vie et aller plus loin. C’est pourquoi, chaque jour, après son travail épuisant, il étudiait la comptabilité. Il progressa énormément au point d’entrer dans le monde de la banque. Petit à petit, il connut une réussite extraordinaire, jusqu’à devenir lui-même directeur de banque et acquérir une belle fortune.
Malgré toute cette richesse, Daniel resta un homme profondément attaché à la Torah et surtout très généreux. Lorsqu’une mitsva se présentait à lui, il ne la refusait jamais.
De son côté, David continua à travailler à l’abattoir. Les années passèrent, jusqu’au jour où sa fille arriva en âge de mariage.
On lui proposa un très bon parti, un voisin, un véritable génie en Torah, issu d’une grande lignée de rabbanim. Pour David, cela représentait un immense honneur. Seulement, il y avait un problème : la famille demandait une dot très importante, somme que David ne possédait absolument pas.
Mais comme il voulait que ce mariage se conclue, il accepta. Toutefois, quand il commença à réunir l’argent, il se rendit compte que sa situation était très compliquée.
Un jour, quelqu’un lui dit : « Pourquoi ne vas-tu pas voir ton ancien ami Daniel ? Vous étiez tellement proches autrefois ! Aujourd’hui, il est directeur de banque, et il est très riche. Va le voir, je suis certain qu’il pourra t’aider ! »
David décida donc de lui rendre visite. Lorsqu’il arriva chez Daniel, celui-ci l’accueillit avec une immense joie, contrairement à certaines personnes qui, une fois fortunées, oublient leurs anciens camarades. Il l’invita même à déjeuner chez lui. Pendant le repas, David lui expliqua sa situation : le mariage de sa fille, le jeune homme extraordinaire qu’on lui avait proposé et les difficultés pour réunir la dot.
Daniel écouta attentivement. Au cours de leur conversation, David lui rappela un ancien souvenir : « Te rappelles-tu que lorsque nous étions jeunes, j’avais un très beau canif que tu aimais beaucoup. Tu en avais tellement envie que tu m’avais demandé de te le donner ou de te le vendre. Et moi, je te l’ai offert avec grand plaisir. A l’époque, tu m’as dit : ″Tu verras, un jour, je te rembourserai ce canif !″ »
David racontait cela simplement, juste pour évoquer un souvenir de leur jeunesse, sans aucune arrière-pensée. Mais à ces paroles, Daniel pâlit. Il resta silencieux, plongé dans ses pensées. Après quelques instants, il dit à David : « Ecoute, c’est avec grand plaisir que je veux t’aider. Reviens demain, à la même heure, et je te dirai ce que je peux faire pour toi. »
David le remercia et partit.
Après le départ de son ami, Daniel fut profondément perturbé. Il alla trouver sa femme et lui dit : « Je crois que nous allons perdre beaucoup d’argent ! Je suis face à un très grand problème. Peut-être même que nous avons tout perdu ! »
Etonnée, sa femme lui demanda : « Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi dis-tu cela ? »
Daniel lui raconta alors l’histoire du canif. Et il lui expliqua : « Quand nous étions jeunes, David m’a donné ce canif et je lui ai promis qu’un jour, je le lui paierais. Mais je ne l’ai jamais fait ! A présent, je me pose une question : puisque je lui dois cet argent, il est probable que, lorsque j’ai investi mes premiers roubles, une partie lui appartenait. Et si c’est le cas, il est peut-être, d’une certaine manière, associé à mes premiers investissements ! Peut-être qu’aujourd’hui, une grande partie de ma fortune lui revient ! »
Cette pensée bouleversait complètement Daniel. Il ajouta : « Je veux être parfaitement honnête. S’il s’avère que cet argent appartient à David, je suis prêt à lui donner tout ce que je lui dois, même si cela signifie fermer ma banque et perdre ma fortune ! »
Sa femme essaya de le rassurer : « Calme-toi, voyons ! Avant de prendre une décision, va voir le rav. Pose-lui ta question et tu verras ce qu’il te répondra. »
Daniel décida donc d’aller consulter ce rav. Habituellement, partout où il se rendait, il était accueilli avec beaucoup d’honneurs et de respect, en raison de sa grande richesse et de sa générosité. Mais cette fois, il se mit à pleurer et raconta toute son histoire. Le rav l’écouta attentivement, puis lui répondit : « Tu n’as aucune raison de t’inquiéter ! Même si tu avais une dette envers ton ami, il ne serait pas pour autant associé à tes investissements. L’argent que tu as gagné t’appartient entièrement. Et dans ton cas, c’est encore plus simple : ton ami t’avait offert ce canif en cadeau, sans te demander de le rembourser et sans poser aucune condition. Tu ne lui dois donc même pas le prix du canif ! Bien entendu, si tu souhaites lui offrir un beau cadeau pour le remercier, tu peux le faire. Mais d’après la Halakha, tu ne lui dois rien. Toute ta fortune t’appartient. »
Ces paroles rassurèrent énormément Daniel. Il comprit qu’il n’avait aucune dette envers son ami et qu’il n’était pas obligé de lui donner une partie de sa fortune. Cependant, il décida de l’aider d’une manière extraordinaire. Le lendemain, comme prévu, David revint chez Daniel. Et là, à sa grande surprise, Daniel lui remit une forte somme : 100 000 roubles.
Devant la surprise de David, Daniel lui expliqua : « Voilà, sur cette somme, 20 000 sont destinés au mariage de ta fille, comme tu me l’as demandé. Je suis très heureux de pouvoir t’aider à accomplir cette grande mitsva. Tout le reste, je te l’offre pour une autre raison : en souvenir de notre amitié et en reconnaissance de ce que tu as fait pour moi lorsque nous étions pauvres. A l’époque, tu m’as offert ton canif avec générosité, gratuitement, sans rien attendre en retour. Aujourd’hui, je veux te donner suffisamment d’argent pour que tu puisses ouvrir ta propre affaire, réussir dans la vie et ne plus connaître les difficultés financières que tu traverses. »
C’est une histoire extraordinaire, rapportée dans le Hanaf Ets Avot, et qui témoigne jusqu’où peut aller l’honnêteté d’un homme.
Daniel était prêt à renoncer à toute sa fortune s’il s’avérait qu’une partie de son argent appartenait à quelqu’un d’autre. Et même lorsqu’il apprit qu’il ne devait absolument rien, il choisit de faire preuve d’une immense générosité et d’une profonde gratitude envers son ami.
Cette histoire enseigne jusqu’où un homme véritablement honnête peut aller loin dans son souci de respecter l’argent d’autrui, mais aussi dans sa reconnaissance envers ceux qui lui ont fait du bien.
Questions fréquentes sur la Paracha Lekh Lekha
Où se trouve la Paracha Lekh Lekha dans la Torah ?
La Paracha Lekh Lekha se trouve dans le livre de Béréchit, de 12,1 à 17,27. Elle est la troisième paracha du cycle annuel de lecture de la Torah, après Béréchit et Noa’h.
Que signifie « Lekh Lekha » en hébreu ?
L’expression « Lekh Lekha » signifie littéralement « Va pour toi » ou « Va vers toi ». Selon l’explication de Rachi, cet appel comporte aussi la promesse que ce départ sera bénéfique pour Avraham.
Quelle est la Haftara de Lekh Lekha ?
La Haftara de Lekh Lekha est tirée du livre de Yéchayahou (Isaïe 40,27 à 41,16), selon le rite le plus répandu. Elle évoque notamment Avraham et la confiance que le peuple d’Israël doit placer en Hachem.
Quels événements importants trouve-t-on dans Lekh Lekha ?
La paracha raconte notamment la descente d’Avraham en Égypte, la séparation d’avec Loth, la guerre des rois et l’alliance entre les morceaux. Elle présente également le changement de nom d’Avram en Avraham et la mitsva de la Brit Mila.
Pourquoi Avram devient-il Avraham ?
Dans Béréchit 17,5, Hachem annonce qu’Avram portera désormais le nom d’Avraham. Ce changement accompagne la promesse qu’il deviendra le père d’une multitude de nations et marque une nouvelle étape de son alliance avec Hachem.


