28/10/2026 · 18 min
Paracha Vayéra : le ‘hessed d’Avraham, avoir le cœur tourné vers les autres
Rav Yitshak Shnéor
Roch Yéchiva | Fondateur
Résumé de l'enseignement
Dans ce cours sur la paracha Vayéra, Rav Chneor distingue deux niveaux de ‘hessed. Répondre à quelqu’un qui nous demande de l’aide est déjà une qualité, mais elle peut venir de la pitié, de la politesse ou même de l’intérêt. Le vrai ‘hessed, celui d’Avraham Avinou, consiste à avoir le cœur tourné vers les autres : chercher soi-même les occasions de faire du bien, sans attendre qu’on nous sollicite, et y prendre plaisir.
S’appuyant sur le Rav Dessler, la Messilat Yecharim et l’épisode d’Eliézer et Rivka, le Rav montre que celui qui donne ressemble à HaKadoch Baroukh Hou, qui a bâti le monde par le ‘hessed. Il explique pourquoi Avraham, au troisième jour de sa mila, cherchait encore des invités, et pourquoi Iyov, qui accueillait pourtant tous ceux qui frappaient à sa porte, n’atteignait pas la moitié de son niveau. Une histoire vraie autour d’un café au lait montre comment cette qualité peut transformer la vie de couple.
Les points clés
Répondre à une demande d’aide est un premier niveau, mais il peut venir de la pitié, de la politesse ou de l’intérêt.
Le vrai ‘hessed, c’est avoir le cœur tourné vers les autres et chercher soi-même les occasions de faire du bien.
Celui qui donne ressemble à HaKadoch Baroukh Hou, qui a construit le monde par le ‘hessed.
Le ‘hessed apporte des fruits dès ce monde-ci, sans rien retirer de la récompense du monde futur.
Avraham allait chercher ses invités et leur donnait mieux que ce qu’ils avaient l’habitude de recevoir.
Le travail commence à la maison : penser à faire du bien à son conjoint plutôt que de lui réclamer.
Transcription complète
Les deux niveaux du ‘hessed
Il existe deux notions de ‘hessed. La première consiste à répondre à un appel : quelqu’un nous demande de l’aide, et nous répondons présent.
C’est déjà du ‘hessed. Mais rien ne garantit que ce geste vienne de la midat ha’hessed. Il peut naître de la pitié, de la politesse, ou même d’un calcul : aider aujourd’hui pour être aidé demain.
Avoir le cœur ouvert est un niveau. Avoir le cœur tourné vers les autres en est un autre : c’est le vrai niveau du ‘hessed, une attention constante et une volonté de faire du bien autour de soi.
L’exemple de la maison en désordre
Un homme rentre le soir. D’habitude, la maison est impeccable ; ce soir-là, tout est en désordre. Il ne s’énerve pas contre sa femme, et c’est déjà bien.
Mais se dit-il : « Elle est peut-être fatiguée, c’est à moi de le faire » ? Toute la différence est là.
Tant qu’il n’y a pas d’appel au secours, beaucoup ne voient aucun besoin. Comme l’enseigne le Rav Wolbe, nous passons peut-être chaque jour devant de nombreuses occasions de ‘hessed sans même les remarquer.
Le ‘hessed, colonne vertébrale de la Torah
Le ‘hessed est la colonne vertébrale de toute la Torah et de toute la avodat Hachem. La Torah elle-même est appelée Torat ‘hessed, et le monde repose sur trois piliers : la Torah, la avoda et la guemilout ‘hassadim.
Le ‘hessed, c’est la volonté de donner, au point d’éprouver du plaisir à faire du bien.
HaKadoch Baroukh Hou fait du bien à l’homme chaque jour. Il a bâti le monde sur ce principe : « Olam ‘hessed yibané », le monde est construit par le ‘hessed. L’homme, lui aussi, se construit en donnant.
Une question à se poser
Chacun affirme que le ‘hessed est précieux à ses yeux.
Mais la vraie question est : à quand remonte mon dernier acte de ‘hessed ? Quelques heures, quelques jours, quelques semaines ?
Celui qui donne ressemble à HaKadoch Baroukh Hou
Selon le Rav Dessler, celui qui donne s’élève à un niveau de ressemblance avec HaKadoch Baroukh Hou, Celui qui verse, le machpia.
Il quitte la catégorie de celui qui a le mauvais œil, qui veut toujours prendre. Il entre dans l’esprit de la netina et devient un canal de bien pour son entourage.
Il répare aussi ses midot. Car les mauvaises midot naissent de la logique du « moi d’abord », source de toutes les disputes : entre voisins, dans la vie publique, et même entre associés qui étaient comme des frères.
Rivka et les chameaux d’Eliézer
Lorsqu’Eliézer cherche une épouse pour Its’hak, il fixe un signe : la jeune fille à qui il demandera à boire devra proposer d’elle-même d’abreuver aussi ses chameaux.
Répondre à une demande relève de la gentillesse et de la politesse, et c’est déjà rare.
Mais proposer davantage que ce qui est demandé révèle un cœur qui cherche les occasions d’aider. C’est ce supplément qui fait de Rivka une matriarche.
Une récompense dès ce monde-ci
La michna « Elou devarim » enseigne que certaines mitsvot, dont la guemilout ‘hassadim, donnent leurs fruits dans ce monde, tout en laissant le capital intact pour le monde futur.
Celui qui donne gratuitement reçoit gratuitement : c’est mesure pour mesure.
Le Zohar Hakadoch ajoute que la simple pensée de faire du ‘hessed éveille dans le Ciel la décision de pourvoir aux besoins de cet homme.
Avraham et Iyov : deux portes ouvertes
Pourquoi Avraham cherchait des invités
Au troisième jour de sa mila, Avraham souffre. Hachem fait briller un soleil brûlant pour que personne ne vienne le déranger.
Avraham guette malgré tout les invités. Pourquoi, si personne n’a besoin de lui ? Parce que pour lui, une journée sans faire de bien est une journée perdue.
Loth, lui, était prêt à risquer sa vie pour ses invités, comme il l’avait appris chez Avraham. Pourtant, il a vécu des années à Sedom sans en recevoir aucun. Il savait répondre aux besoins ; il ne les cherchait pas.
La moitié du ‘hessed d’Avraham
Iyov et Avraham ont tous deux ouvert leur porte au public. Iyov servait à chacun ce qu’il avait l’habitude de manger.
Pourtant, il lui est dit qu’il n’a pas atteint la moitié du ‘hessed d’Avraham.
Car Iyov attendait qu’on frappe à sa porte, alors qu’Avraham sortait chercher ses invités. Iyov donnait à chacun ce dont il avait l’habitude ; Avraham offrait mieux.
Répondre aux besoins et chercher à faire du bien sont deux niveaux différents.
Commencer par sa propre maison
L’histoire du café au lait
En Israël, un homme traverse une crise grave dans son couple et part réfléchir à Tibériade. Le Rav de la ville l’héberge.
Le lendemain, il le voit préparer un café au lait pour sa femme, et en conclut qu’elle est malade. Le Rav lui répond que, depuis vingt ans, il lui prépare un café au lait chaque matin avant de partir.
L’homme comprend alors la source de ses disputes : il ne pensait qu’à réclamer, jamais à donner. Il rentre chez lui.
Un très haut niveau de ‘hessed
Un homme s’est vu offrir une part importante d’une grande société, une opportunité qui lui revenait personnellement.
Plutôt que de la garder pour lui, il a choisi d’y associer son associé à parts égales, simplement pour ne pas lui faire de peine. C’est un niveau de ‘hessed extraordinaire.
Réveiller la midat ha’hessed
Le Rav Dessler enseigne que celui qui entre dans cette dynamique finit par éprouver plus de plaisir à donner qu’à recevoir. Sentir la joie et le soulagement de l’autre devient sa vraie récompense.
C’est la leçon d’Avraham Avinou, dont le ‘hessed est la marque : « Titen émet léYaakov, ‘hessed léAvraham ».
Répondre aux demandes est déjà un niveau, et il n’est pas facile. Mais le vrai travail du ‘hessed commence lorsque l’on cherche à faire du bien sans aucun intérêt.
Et le meilleur endroit pour commencer, c’est chez soi.
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