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La Paracha Et Son Histoire: KI TAVO - Reconnaissance, alliance et bénédiction

28 août
19 min de lecture

Barouh Hachem, nous avons démarré un nouveau concept de la paracha et son histoire pour chabbat. Ce feuillet merveilleux rempli de beaux dvar torah et d'histoire vous permettra d'embellir votre table de chabbat.


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Premier sujet : Les bikourim

Dans la paracha Ki Tavo, la Torah ordonne que, dès notre arrivée en Erets Israël et que nous avons une terre en notre possession, de marquer les premiers fruits qui pousseront dans notre verger par un signe, un petit ruban. Ces premiers fruits devaient ensuite être amenés à Jérusalem, au Beit Hamikdach, et présentés au Cohen.

Cette mitsva était accomplie avec beaucoup de ferveur. On peignait d’or les cornes des taureaux, et on avançait au son d’instruments de musique. Dès que les agriculteurs atteignaient Jérusalem, les commerçants fermaient leurs magasins et sortaient pour les accueillir, et ils les escortaient jusqu’à leur arrivée au Beit Hamikdach.

Le Cohen faisait avec ces fruits la Tenoufa, un balancement, devant le Mizbéa’h.

Si celui qui les avait amenés avait effectué ce prélèvement entre Chavouot et Souccot, période où tout le monde procède à la récolte de ses fruits et se réjouit, il devait lire un texte particulier pour remercier Hachem, en proclamant à voix haute : « Je ne suis pas kafouï tova, je ne suis pas ingrat. » En même temps qu’il rendait grâce à Hachem pour sa terre, il Le remerciait pour toute l’histoire du peuple juif : depuis Yaakov, qui résida chez Lavan et que Lavan voulait tuer, jusqu’au moment où Hachem le sauva, puis toute la descente en Egypte, jusqu’à l’entrée en Erets Israël.

Il remerciait donc à Hachem pour cette belle terre et il disait : voilà, j’ai apporté ces fruits pour rendre grâce à HaKadoch Baroukh Hou.

Selon le Midrach (Béréchit Rabba 1,4), le monde a été créé pour trois choses : la Torah, le peuple d’Israël et la crainte de D.ieu. Pour ces trois choses, le mot « réchit », le « commencement » est employé.

Qu’y a-t-il de si important dans ce petit remerciement symbolisé par ce que chacun venait apporter, pour dire que le monde a été créé pour cela ?


 L’importance de la reconnaissance

Cet homme devait dire : « Je ne suis pas ingrat, je suis reconnaissant. » C’est la base de tout le service de HaKadoch Baroukh Hou.

Le ‘Hovot Halevavot, au début du Chaar Avodat HaElohim, mentionne que la première chose qui conduira un homme à véritablement servir HaKadoch Baroukh Hou est de réaliser toutes les bontés qu’Il lui a accordées, à l’infini, et combien il Lui est redevable.

La nature de l’homme est de fuir la reconnaissance. Et ceci pour deux raisons, comme l’explique Rav Wolbe : d’abord, l’homme ressent souvent que tout lui est dû. Alors, plutôt que de rendre grâce, il va se plaindre, parce qu’il estime qu’on lui doit tout. Mais on ne lui doit absolument rien, tout ce qu’il reçoit est un cadeau de HaKadoch Baroukh Hou. Ensuite, l’homme n’aime pas se sentir redevable. Cela touche à l’un de ses défauts : vouloir toujours prendre. Quelqu’un qui veut toujours prendre et recevoir, qui ne pense qu’à lui-même, a du mal à exprimer ses remerciements et à se sentir obligé. Et cela constitue la racine de tous les mauvais traits de caractère.

La reconnaissance est donc à la base de toute la Avodat Hachem.

C’est pour cela que nous mentionnons la sortie d’Egypte dans de nombreuses mitsvot. En nous rappelant que Hachem nous a fait sortir d’Egypte et nous a libérés de l’esclavage, cela nous donnera l’envie de Le remercier et de Le servir.

Pour Rav Wolbe, être reconnaissant n’est pas seulement un bon trait de caractère : c’est un devoir, une exigence. Et pas uniquement envers son prochain, c’est également la responsabilité de tout homme : ressentir l’obligation de remercier et de rendre à celui qui a donné.

La reconnaissance unit les hommes entre eux, tout comme elle unit l’homme à son Créateur.

C’est pour cela qu’il est écrit que celui qui envoie un cadeau à son ami doit le prévenir. Rachi explique qu’ainsi, cela ajoutera de l’amour et de l’amitié entre les individus.

Ainsi après avoir récolté, l’homme ne doit pas penser : « C’est moi qui ai tout fait, c’est moi qui mérite tout, et tout m’est dû. »

Il doit donc amener ce panier de fruits devant HaKadoch Baroukh Hou et Lui exprimer sa reconnaissance : je sais que tout vient de Toi.

Et puisque tout vient de Lui, nous devons Le remercier et Le servir.

Il était important de le proclamer à voix haute, parce que la nature humaine entraîne justement dans le sens inverse.

Cette reconnaissance est si fondamentale que Moché Rabbénou refusa de frapper le Nil et la terre, parce qu’ils lui avaient rendu service. Le Nil l’avait porté lorsqu’il était bébé et qu’il y avait été déposé ; et la terre l’avait aidé à cacher l’Egyptien. Moché Rabbénou ne voulut donc pas manquer de reconnaissance, même envers la matière.

Rav Dessler explique que les sentiments d’un homme sont aussi fragiles que les cordes d’un violon ou d’une guitare. S’il ne travaille pas pour développer ce sentiment de reconnaissance, il risque d’abîmer les cordes et la mélodie ne sera alors plus la même. Même à l’égard d’un objet – simple matière – il faut conserver cette reconnaissance. Comme il est dit (Baba Kama 92b) : « Si tu as bu à un puits, ne le recouvre pas de pierres. »

En effet, cela pourrait fragiliser cette reconnaissance qui est essentielle, puisqu’elle constitue un moteur pour remercier et servir HaKadoch Baroukh Hou.

C’est donc pour cela que l’un des buts de la Création – que l’homme reconnaisse son Créateur et L’en remercie – est exprimé dans cette mitsva : venir et remercier HaKadoch Baroukh Hou.

De là, on comprend que c’est à partir du moment où l’homme se sent redevable envers HaKadoch Baroukh Hou qu’il va pouvoir Le servir et accomplir tous Ses commandements.

Selon le Méssilat Yécharim, l’un des chemins permettant d’arriver à l’amour de HaKadoch Baroukh Hou est précisément la reconnaissance.

Si un homme réalise combien Hachem lui fait du bien depuis sa naissance jusqu’au dernier jour de sa vie, combien de bienfaits Il lui a accordés, alors il pourra comprendre à quel point il Lui est redevable.

Celui qui traverse des difficultés – comme la pauvreté – Hachem l’aide à tenir et à s’en sortir. Même le malade peut Le remercier de l’aider à supporter sa maladie et ses difficultés.

Il n’existe donc personne qui ne puisse pas se sentir infiniment redevable envers son Créateur, HaKadoch Baroukh Hou.

A travers la mitsva des bikourim, l’homme apprend précisément à ressentir et à exprimer cette reconnaissance.

La mitsva des bikourim vient immédiatement après la paracha qui évoque la mitsva de me’hiat Amalek, l’obligation d’effacer le souvenir d’Amalek.

Le Maharal explique que le peuple d’Israël représente le réchit, le commencement. 

Lorsqu’un homme plante du blé, son but n’est pas d’obtenir la paille, mais le blé qui poussera à la fin. Amalek représente la paille, tandis que le peuple d’Israël, c’est le blé. Lorsqu’il reconnaît que la Création n’est pas séparée de HaKadoch Baroukh Hou, qu’elle n’est pas indépendante de Lui, mais qu’au contraire, elle est là pour Le servir, il accomplit alors le but même de la Création.

Quand le am Israël amène le commencement, le réchit, c’est-à-dire le début de sa récolte à HaKadoch Baroukh Hou, il témoigne justement que la matière n’est pas séparée de Lui.

Le Sfat Emet explique que Hachem aurait pu créer un monde dans lequel tout le monde Le connaîtrait. Mais Il a voulu que ce témoignage soit porté à la connaissance des créatures par les Bnei Israël, qui représentent le commencement du monde et son but.

C’est pour cela que lorsqu’ils entrent en Erets Israël et amènent les bikourim, ils ne font pas que reconnaître HaKadoch Baroukh Hou : ils dévoilent et affirment Sa royauté dans le monde.

Par cette action – en apportant les premiers fruits de leur récolte – ils déclarent que rien n’est séparé de HaKadoch Baroukh Hou. Tout vient de Lui et tout revient vers Lui.

C’est pour cela que les bikourim ont été remplacés par la Tefila, car dans la prière, nous témoignons que rien n’existe en dehors de HaKadoch Baroukh Hou et que rien n’est séparé de Lui.

Ainsi la mitsva des bikourim n’est pas simplement une mitsva qui dépendrait d’une autre chose. C’est une mitsva en elle-même, qui exprime que la terre appartient à Hachem, que toute notre réussite vient de Lui et que notre unique souhait est de tout ramener vers Lui.

C’est pourquoi les bikourim sont appelés « réchit » – commencement – car ils dévoilent, à travers ce commencement, le but de toute la Création et la raison pour laquelle elle a été créée.

A partir de là tout s’enchaîne, comme l’affirme le Maharal.

Le monde a été créé pour quelque chose qui est à la fois son but et son commencement. La Torah est ce commencement, et c’est d’elle que tout découle. C’est d’elle que provient toute la perfection de la Bria, de la Création, et c’est également elle qui vient la compléter.

Lorsque nous accomplissons cette Torah et que nous nous rendons au Beit Hamikdach, nous dévoilons cette réalité par nos actions. Nous affirmons ainsi le véritable but de la Création du monde.

A l’inverse, Amalek – sur lequel il est écrit « réchit goyim Amalek » – a voulu créer un autre commencement, totalement séparé de HaKadoch Baroukh Hou. C’est précisément pour cela qu’il est voué à l’extermination et qu’il n’a pas sa place dans le monde.

Une raison supplémentaire permet de comprendre pourquoi les bikourim représentent le but du monde.

Dans le Midrach Tan’houma, il est rapporté que, lorsque Moché Rabbénou vit que la mitsva des bikourim s’arrêterait un jour, cela l’inquiéta. Il instaura donc les trois Tefilot, qui allaient remplacer les bikourim.

Mais comment les Tefilot peuvent-elles remplacer les bikourim?

Le Baal Hatourim fait remarquer l’absence de la lettre Samekh dans le passage qui traite des bikourim,. En revanche, figure un mot qui vient combler ce manque : « téné », le panier, dont la valeur numérique est 60, comme celle du Samekh.

Pourquoi n’y a-t-il pas de Samekh dans les bikourim, et en quoi le panier le remplace-t-il ?

Le livre Mima’amakim l’explique ainsi.

La forme du Samekh symbolise quelque chose qui tourne en rond, vision de certaines nations sur le monde : il n’aurait ni commencement, ni fin, ni véritable but. Il tournerait sur lui-même. Ceux qui naissent doivent subvenir à leurs besoins, y passer une certaine période, puis s’en aller. Il n’y aurait donc ni de commencement ni d’objectif particulier.

Mais le peuple d’Israël a pour vision le Vav, qui a la forme d’une ligne, avec un début et une fin. C’est toute la notion de réchit : le monde a été créé avec un but.

Hachem a créé le monde afin d’accorder le maximum de bonté à l’homme. Comme l’explique le Ram’hal dans son Da'at Tevounot (paragraphe 18) : « ‘Hok hatov léhétiv », la nature du Bien est de faire du bien.

Mais pour que celui-ci soit parfait, il faut que l’homme passe par ce monde, qu’il y acquière des mérites, qu’il surmonte les épreuves et les difficultés, afin de pouvoir obtenir un mérite éternel dans le monde futur.

C’est pour cela que les bikourim sont appelés « réchit », le commencement.

Le Samekh n’apparaît justement pas dans le passage qui traite des bikourim, car ceux-ci viennent enseigner que la vie ne tourne pas en rond, sans but.

Lorsqu’un homme réussit – que son verger donne des fruits, que ses efforts sont couronnés de résultats – il doit se souvenir que le monde a un but. Il n’est pas là uniquement pour subvenir à ses besoins et avoir de quoi manger. Au contraire, il va commencer par apporter les bikourim, la ‘halla, donner le maasser. Chaque chose possède un objectif : acquérir des mérites et donner un véritable but à ce qu’on a.

Or ce témoignage se fait précisément à travers le panier, qui est un kéli, un récipient. A l’intérieur, se trouve ce que l’homme reçoit du Ciel. Mais l’homme doit le remplir et lui donner un objectif : l’amener au Beit Hamikdach et parvenir grâce à lui à un certain but.

C’est donc pour cela que le passage des bikourim ne comporte pas la lettre Samekh. Les bikourim viennent ramener tout ce que l’homme reçoit à sa racine.

Et la Tefila a ce même esprit. Dans nos prières, nous remercions HaKadoch Baroukh Hou pour tout ce qu’Il nous a donné. Nous prions, nous implorons, nous demandons la Guéoula, le Beit Hamikdach. Nous rappelons également chaque jour que la Création se renouvelle, que le monde se remet constamment en place, et que HaKadoch Baroukh Hou fait revivre la Création. C’est ce que nous exprimons dans la brakha de Yotser haméorot.

D’ailleurs, dans la Torah, le Samekh apparaît pour la première fois au moment de la création de la femme. Car dès qu’on donne un objectif à la vie, s'enclenche véritablement le sens de la Création.

Le but de toute chose existe lorsqu’elle possède une direction, un objectif. Ainsi, quand avant même de profiter de sa récolte, l’homme commence par en apporter les prémices à HaKadoch Baroukh Hou, cela vient lui rappeler que toute chose matérielle possède un objectif, et qu’il faut toujours la ramener vers sa racine.

A la fin du passage sur les bikourim, il est écrit (Dévarim 26,11) : « Vessama’hta bekhol hatov » – Tu te réjouiras de tout le bien que Hachem t’a donné. Rachi explique selon le pchat : tu te réjouiras de toute la bonté que Hachem t’a donnée.

En effet on n’amène les bikourim que pendant la période de joie, entre Chavouot et Souccot, durant laquelle l’homme se réjouit de tous les cadeaux que HaKadoch Baroukh Hou lui a accordés.

Cela signifie que ce n’est qu’après avoir exprimé sa reconnaissance et reconnu la source de la bénédiction, que l’homme peut réellement profiter de tout ce qu’il possède.

Comme cela est rapporté dans le Ramban et le ‘Hinoukh : les bikourim amènent une brakha extraordinaire. Dès que l’homme reconnaît la source de sa réussite et exprime sa reconnaissance, il ouvre les canaux de la bénédiction.

Avant qu’un homme récite une brakha sur la nourriture, celle-ci ne lui appartient pas véritablement, comme il est écrit (Téhilim 24,1) : « LaHachem haarets oumeloa » – A Hachem appartient la terre et tout ce qu’elle contient. Il est écrit ensuite : « Vehaarets natan livné Adam » – Et la terre, Il l’a donnée aux hommes. Hachem nous a ainsi donné la possibilité d’en profiter.

Pour le Sforno « Vessama’hta bekhol hatov » – Tu te réjouiras de tout le bien que Hachem va te donner veut dire qu’avoir effectué tous les prélèvements va apporter la bénédiction. Comme il est dit (Taanit 9a) : « Asser bichvil chetitacher » – Prélève le maasser afin de t’enrichir. Ainsi, en accomplissant les mitsvot de la ‘halla, du maasser et des bikourim, on pourra véritablement se réjouir, car on en retirera une abondance extraordinaire.

Cette idée se retrouve également dans l’introduction du commentaire Rabbénou Be’hayé sur cette paracha, où il rapporte un verset de Michlé (3,9-10) : « Kabed ète Hachem méhonekha ouméréchit kol tevouatekha… » – Honore Hachem avec tes biens et avec les prémices de toute ta récolte, et alors tes greniers se rempliront d’abondance et tes caves déborderont de vin.

Rabbénou Be’hayé explique qu’en accomplissant ces mitsvot, HaKadoch Baroukh Hou bénira l’homme dans tout ce qu’il entreprendra et il ne lui manquera rien, car « Yech mefazer venossaf od » – Celui qui distribue et donne reçoit encore davantage.

Mais le Or Ha’haïm Hakadoch apporte une autre explication. Le « hatov » – le bien – fait référence à HaKadoch Baroukh Hou, qui représente la bonté parfaite, et aussi à la Torah. Le Or Ha’haïm Hakadoch nous livre alors un message extraordinaire : si les hommes connaissaient la douceur et le plaisir que procure la Torah, ils deviendraient fous d’amour pour elle et couraient après elle. Tout l’argent et tout l’or du monde n’auraient alors plus aucune valeur à leurs yeux. Car la Torah contient toute la bonté du monde.

La Torah nous dit ainsi : après avoir obtenu ta récolte, après avoir acquis une certaine tranquillité matérielle, va maintenant rechercher la véritable bonté, et c’est l’étude de la Torah.

Le Or Ha’haïm Hakadoch parle de « metikout vearevout », de cette douceur et de ce plaisir extraordinaires que procure la Torah.

Il est également écrit au nom de rabbi Avraham que l’un des objectifs essentiels de la Torah est que l’homme se délecte de son étude, qu’il ressente du plaisir et du bonheur lorsqu’il l’étudie. Ressentir cette joie et ce plaisir dans l’étude est aussi considéré comme une mitsva.

Le Or Ha’haïm Hakadoch a vécu lui-même selon ce principe.

Pendant quelques mois dans l’année, il s’occupait de la fabrication de bijoux. Dès qu’il avait gagné suffisamment d’argent pour subvenir à ses besoins, il s’arrêtait pour étudier la Torah, jusqu’au moment où il n’avait plus le choix et devait recommencer à travailler.

Un jour, le roi eut besoin de bijoux pour le mariage de sa fille. Comme il avait entendu parler de la beauté de ceux que confectionnait le Or Ha’haïm Hakadoch, il lui demanda de s’en charger. Le rav lui répondit : « Je ne pourrai pas le faire tout de suite, seulement dans quelques mois.

–Mais c'est pour maintenant que je les veux !

– En ce moment, je me consacre à l’étude de la Torah. »

Le roi le fit alors jeter dans une fosse aux lions. Mais les lions ne lui firent aucun mal. Ils s’allongèrent à ses pieds sans l’attaquer.

Le roi comprit alors la grandeur du rav. Mais surtout, que le Or Ha’haïm Hakadoch ne voulait pas abandonner cette Torah, qui lui procurait un bonheur exceptionnel, simplement pour gagner un peu plus d’argent.


Deuxième sujet : Les malédictions

Moché Rabbénou prononça quatre-vingt-dix-huit malédictions devant les Bnei Israël dans le cas où ils abandonneraient l’Alliance qu’ils avaient contractée avec Hachem et la Torah. Et cela, en plus des quarante-neuf malédictions mentionnées dans la paracha de Be’houkotaï, dans le livre de Vayikra.

Pourquoi donc Moché Rabbénou a-t-il doublé le nombre de malédictions. D’autant plus que dans ces malédictions, est dissimulé vingt-six fois le Nom de Hachem. Il y a même une vingt-septième fois, justement pour que tout cela soit rempli de miséricorde.

Ces malédictions sont toujours lues deux semaines avant Roch Hachana, afin d’accomplir le principe de « Tikhla chana vékilélotéha », que l’année se termine avec ses malédictions.

Il existe même une ségoula hassidique de bien écouter les malédictions, pour témoigner précisément que nous sommes prêts à accepter l’Alliance et qu’ainsi nous nous débarrassons de toutes ces malédictions.

Le Chabbat précédant Roch Hachana suivra ainsi le principe de « Ta’hel chana bébirkhotéha », que l’année commence avec ses bénédictions, créant une séparation entre les malédictions et Roch Hachana.

Mais quel est le véritable sens de ces malédictions ?

Il est écrit qu’avant que les Bnei Israël ne commettent la faute du Veau d’or, Hachem avait conclu une alliance avec eux en les aspergeant du sang d’un korban. Cette alliance n’avait alors pas eu besoin d’être accompagnée de malédictions.

La notion d’alliance possède un sens extrêmement profond. Le Gaon de Vilna explique qu’elle est appelée « koret brit ». Pourquoi emploie-t-on cette expression ? C’est comme quelqu’un qui tranche une partie de lui-même pour la donner à l’autre et créer ainsi une alliance inséparable. Ce qui signifie qu’il est prêt à mettre en jeu tout ce qu’il a afin de créer un lien qui ne pourra jamais être rompu.

Après la faute du Veau d’or, une alliance simple ne pouvait plus être contractée. Il fallait que les Bnei Israël soient prêts à accepter de donner quelque chose parmi ce qu’ils avaient de plus cher.

Ces malédictions ne sont donc absolument pas négatives pour le klal Israël, comme Moché Rabbénou le formule au début de la paracha suivante : « Atem nitsavim hayom » – Vous vous tenez debout, stables et forts, aujourd’hui.

Il veut leur expliquer que les souffrances ne sont pas là pour les détruire, elles leur permettront de tenir debout, d’assurer leur éternité et d’être toujours présents devant HaKadoch Baroukh Hou.

Les malédictions ne viennent donc pas, ‘has véchalom, d’un manque d’amour.

Elles expriment le fait qu’en aucun cas une séparation ne doit pouvoir exister entre le peuple d’Israël et HaKadoch Baroukh Hou. D’autant que le peuple d’Israël était prêt à accepter les choses les plus difficiles afin de maintenir cette alliance.

Une alliance est par conséquent une union mise en place afin que rien ne puisse jamais l’annuler.

Cette idée se retrouve dans le mariage. Des sommes d’argent sont mentionnées dans la Kétouba au cas d’un divorce, non parce qu’on souhaite punir le mari, mais au contraire, parce qu’à travers cela, il témoigne combien il est prêt à s’engager afin de ne jamais se séparer de sa femme, « échet britékha », la femme de ton alliance.


Le Midrach raconte qu’une jeune fille qui se trouvait dans un lieu désert tomba dans un puits. Elle commença à crier.

Un jeune homme, qui passait à proximité, lui demanda : « Es-tu un être humain ou un démon ?

 – Je suis une jeune fille et j’habite dans telle ville.

 – Si je t’aide, me promets-tu de m’épouser ?

 – Je te le promets. »

Lorsqu’elle remonta, le jeune homme voulut fauter avec elle. Elle lui dit alors : « Mais tu es juif, tu crois en Hachem ! Pourquoi faire les choses ainsi ? Marions-nous comme il se doit. » Il accepta. Et ils décidèrent alors de conclure une alliance. Comme il y avait à cet endroit une belette et un puits, ils se dirent : « La belette et le puits seront nos témoins. » Ils se séparèrent, et chacun retourna chez lui. Mais le jeune homme ne respecta pas son engagement. Il se maria avec une autre femme et eut deux enfants. Au cours des années, l’un d’entre eux tomba dans un puits, et l’autre fut tué par une belette.

Quand son épouse réalisa ce qui s’était produit, elle dit à son mari : « Je suis prête à accepter le décret divin, mais il y a ici quelque chose d’étrange. Tu dois m’avouer pourquoi nos enfants sont morts précisément de cette manière. » Il lui raconta alors l’alliance qu’il avait conclue autrefois et qu’il n’avait pas respectée. Cette histoire démontre la force d’une alliance : mettre en place des choses extrêmement fortes afin qu’il ne puisse jamais y avoir de séparation.


L’alliance est en réalité une brakha.

C’est pour cela que, dans cette alliance, Moché Rabbénou mentionne vingt-six fois le Nom de Hachem, afin de faire reposer la plus grande miséricorde sur le klal Israël.

Et lorsqu’un homme écoute les malédictions et accepte de s’engager envers Hachem à tout prix, il peut alors être comblé des plus grandes bénédictions.

Bé’ezrat Hachem, que nous méritions une année de bonheur : « Tikhla chana vekilélotéha, ta’hel chana oubirkhotéha » – Que se termine l’année avec ses malédictions, et que commence la nouvelle année avec ses bénédictions !


L’histoire du chien noir

Une histoire qui montre comment la précision dans les mitzvot peut sauver un homme de tous les malheurs et de toutes les klalot. Deux talmidé hakhamim arrivèrent un jour dans une ville. Ils pensaient passer le Chabbat chez le Rav, en espérant également que celui-ci pourrait les aider pour leur institution. Mais en chemin, ils rencontrèrent des gens qui les invitèrent chez eux et qui s'occupèrent vraiment très bien d'eux.

Le vendredi matin, les deux talmidé hakhamim leur dirent :

« Nous allons aller chez le Rav. »

Mais leurs hôtes leur répondirent :

« Pas du tout ! Vous restez chez nous.

 Nous allons vous faire passer un Chabbat encore plus parfait que celui que vous auriez passé là-bas, et même financièrement, nous vous aiderons davantage que le Rav. »

Ils acceptèrent donc de rester. Ils virent alors que les préparatifs du Chabbat dépassaient toutes les proportions. On faisait énormément de courses dans toutes sortes de magasins. Puis, les plats étaient préparés les uns après les autres, en très grande quantité, d'une manière presque exagérée.

Très gênés, ils allèrent voir ceux qui les avaient invités et leur dirent :

« S'il vous plaît, ne vous dérangez pas autant pour nous ! »

Leurs hôtes leur répondirent : « Non, non, ne vous inquiétez pas. Ce n'est pas pour vous que nous nous dérangeons autant. Notre père nous a transmis le respect et l'honneur du Chabbat à un niveau inimaginable. Asseyez-vous, nous allons vous raconter l'histoire de notre père. »

Leur père était un colporteur qui vendait des bijoux. Il avait environ cent dinars de budget et faisait le tour des villages pour vendre sa marchandise. Il était très apprécié de tous. Il partait le dimanche et revenait le jeudi après-midi. Ensuite, il préparait un très beau Chabbat et consacrait presque tous ses bénéfices à l'honneur du Chabbat.

Un jeudi, ses enfants l'attendirent, mais leur père ne rentra pas. Le vendredi passa, puis le Chabbat, puis le dimanche. Ce n'est que le dimanche soir qu'ils entendirent enfin une charrette arriver. Leur père était là, accompagné d'un énorme chien noir.

Au début, ils eurent très peur. Mais dès que leur père arriva, le chien remua la queue puis repartit vers la forêt.

Après trois jours d'inquiétude pendant lesquels ils n'avaient rien pu faire d'autre que prier Hakadoch Baroukh Hou, les enfants se précipitèrent vers leur père et lui demandèrent ce qui s'était passé.

Le père leur raconta alors son histoire.

Il avait terminé sa tournée le jeudi et s'apprêtait à rentrer chez lui lorsqu'un Arabe qu'il ne connaissait pas l'interpella :

« Viens chez moi. J'ai des objets très intéressants à te vendre. Tu pourras gagner beaucoup d'argent. »

Il le suivit. Mais lorsqu'il arriva chez cet homme, celui-ci se jeta sur lui, l'attacha avec des ficelles et lui prit tout son argent.

Puis il lui dit : « Tu vois ce gros chien noir ? Il a déjà dévoré beaucoup de personnes. Dans quelques minutes, toi aussi, tu vas être dévoré par mon chien. »

Le Juif ne savait pas quoi faire. Il pensa alors : « Nous sommes presque au Chabbat. Je vais lui demander de me laisser passer le Chabbat. »

Il se tourna vers l'homme et lui dit : « Écoute, fais de moi ce que tu veux. Mais s'il te plaît, attends jusqu'à samedi soir. Enferme-moi où tu veux. Apporte-moi simplement le pain et l'eau qui se trouvent dans mes sacs. Laisse-moi passer une dernière journée de Chabbat. »

L'autre accepta. Il l'enferma dans une chambre sans fenêtre, lui apporta son pain et lui dit :

« Samedi soir, je reviendrai et je m'occuperai de toi. »

Le Juif passa alors son Chabbat enfermé dans cette pièce. Il fit ses tefilot. Lorsqu'arriva le Kiddouch, il dit à Hakadoch Baroukh Hou :

« Je n'ai pas de vin, alors je fais le Kiddouch sur de l'eau. »

Lors de la première seouda, il pria par le mérite d'Its'hak Avinou. Lors de la deuxième, par le mérite d'Avraham Avinou. Lors de la troisième, par le mérite de Yaakov Avinou.

Même à la sortie du Chabbat, il fit une petite seouda reviit, la dernière seouda que l'on fait après Chabbat, et pria par le mérite d'Eliyahou Hanavi et de David Hamelekh pour qu'Hachem l'aide et le sauve.

Il s'endormit alors d'un sommeil profond.

Dans son rêve, il vit cinq grands hakhamim. Chacun disait :

« Moi, je vais le sauver ! Il a prié par mon mérite ! »

Soudain, il se réveilla en entendant la porte s'ouvrir. L'Arabe était revenu avec son grand chien pour que celui-ci le dévore.

Mais il se passa quelque chose d'incroyable.

Au lieu de se jeter sur le Juif, le chien se jeta sur l'Arabe et le tua.

Le Juif comprit qu'un immense miracle venait de se produire. Il pensa que c'était certainement grâce aux cinq hakhamim qu'il avait vus dans son rêve. Il prépara rapidement ses affaires pour rentrer chez lui.

Mais il vit alors le chien s'approcher de lui et tirer sur ses vêtements, comme s'il lui disait :

« Viens avec moi. »

Il suivit le chien jusqu'à un endroit où celui-ci commença à creuser. Là, il découvrit des diamants, des bijoux et des pièces d'or. Le chien semblait lui faire signe de tout prendre.

Il comprit qu'il se trouvait au cœur d'un miracle. Il partit chercher une charrette et récupéra tout l'argent et tous les objets que cet homme avait volés aux nombreuses personnes qu'il avait fait tuer. Il mit tout sur la charrette, recouvrit le chargement avec des sacs de blé et prit le chemin du retour.

Le chien l'accompagna pendant tout le trajet.

Lorsqu'ils arrivèrent enfin devant sa maison, le chien remua la queue puis repartit vers la forêt.

Le père conclut alors son récit :

« Depuis ce jour-là, j'ai compris que j'avais été sauvé grâce au fait d'avoir respecté le Chabbat jusqu'au bout. Toute ma vie, j'ai donné énormément pour l'honneur du Chabbat. »

C'est pourquoi leur père leur avait ordonné de ne jamais économiser sur l'honneur du Chabbat et d'y mettre le maximum d'énergie. Et c'est ce qu'ils continuaient à faire jusqu'à ce jour.

Les deux talmidé hakhamim passèrent finalement un Chabbat exceptionnel. Ils furent impressionnés par ce miracle et par cette histoire, et furent merveilleusement accueillis par cette famille.

Ils virent ainsi que, même dans les plus grands dangers, lorsqu'un homme accomplit les mitzvot avec fidélité et jusqu'au bout, elles peuvent être pour lui une immense protection.

 
 

🌍Saint Mandé

📖 Paracha : Noaḥ / נח

🕯️ Chabbat : 18:41 → 19:45

📅 Date : 6 Heshvan 5787

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