La Paracha Et Son Histoire: VAYERA - La véritable grandeur de l’homme : donner plutôt que recevoir
Barouh Hachem, nous avons démarré un nouveau concept de la paracha et son histoire pour chabbat. Ce feuillet merveilleux rempli de beaux dvar torah et d'histoire vous permettra d'embellir votre table de chabbat.
En bref — Paracha Vayéra
La Paracha Vayéra est la quatrième paracha du livre de Béréchit, lue généralement au mois de ‘Hechvan. Elle raconte notamment l'accueil des trois anges par Avraham Avinou, la destruction de Sodome, la naissance d'Its'hak et l'épreuve de la Akéda. Elle nous enseigne la grandeur du ‘héssed, l'importance de donner et le dévouement à Hachem.
Paracha Vayéra : le ‘héssed, apprendre à donner et à se tourner vers autrui
Avraham Avinou, le ‘héssed, un besoin de donner
Troisième jour après sa brit-mila, Avraham Avinou souffrait énormément, du sang coulait encore. C’est d’ailleurs le jour où les douleurs sont les plus importantes.
Comme Hachem ne voulait pas qu’Avraham soit dérangé, Il fit sortir le soleil de son écrin, afin que la chaleur soit si intense que personne ne se risque dehors, et qu’aucun invité n’arrive. Mais Avraham Avinou le désirait tant qu’il sortit pour en chercher. Hachem lui envoya alors trois anges.
Pourquoi chercher à faire du ‘héssed lorsque personne n’en attend ? Pourquoi Avraham Avinou cherchait-il des invités alors qu’il n’y en avait pas ? Pourquoi vouloir accomplir une bonne action quand nul ne semble en avoir besoin ?
Les ‘Hakhamim enseignent qu’un homme qui a l’intention d’accomplir une mitsva, mais qui en est empêché, est considéré comme s’il l’avait effectuée. Dès lors, puisque Avraham Avinou désirait sincèrement accueillir des invités et qu’il était prêt à le faire, pourquoi devait-il absolument sortir pour en chercher ? D’autant plus qu’un Midrach enseigne qu’Avraham Avinou donnait bien davantage que ce dont les gens avaient besoin, et beaucoup plus que ce qu’ils avaient l’habitude de recevoir.
Quel était donc l’intérêt d’aller aussi loin ?
La différence entre Iyov et Avraham Avinou
Le Midrach rapporte que Hachem dit à Iyov, qui avait lui aussi l’habitude d’ouvrir sa maison à tous ceux qui avaient besoin de manger et de boire : « Tu n’es même pas arrivé à la moitié du ‘héssed d’Avraham Avinou. »
Pourquoi ? Tout d’abord, les personnes qui voulaient rentrer chez Iyov devaient faire le tour de sa maison pour trouver l’entrée. Avraham avait installé quatre portes, afin que chacun puisse entrer directement.
Mais il existe une différence encore plus profonde. Lorsqu’une personne avait l’habitude de manger du pain d’orge, Iyov lui donnait du pain d’orge. Si elle préférait le pain de blé, il lui donnait du pain de blé. Si elle voulait de la viande, il lui donnait de la viande. Et si elle buvait du vin, il lui donnait du vin. Iyov répondait donc aux besoins de chacun, selon ses habitudes.
Avraham, en revanche, agissait autrement. A celui qui n’avait pas l’habitude de manger de la viande, il en donnait, et il lui faisait découvrir ce plaisir. A celui qui n’était pas accoutumé à boire du vin, il en offrait. Il donnait des choses que les gens n’avaient pas coutume de recevoir. C’était là la grandeur extraordinaire du ‘héssed d’Avraham Avinou.
Pourquoi agissait-il ainsi ?
L’explication de rav Dessler : la nétina, la racine de toutes les bonnes midot
Selon rav Dessler, la nétina – le fait de donner – est la racine de toutes les bonnes midot. C’est par cette qualité que HaKadoch Baroukh Hou créa le monde. Et lorsqu’un homme donne, il se rattache à cette qualité. La nétina n’est donc pas uniquement destinée à celui qui reçoit, elle est également essentielle pour celui qui donne.
En donnant, l’homme se construit lui-même. Il développe en lui une véritable nature de bonté et s’habitue à devenir un homme qui donne.
A l’inverse, explique rav Dessler, la nétila – le fait de prendre – est à l’origine de nombreuses mauvaises midot. Elle est la racine des guerres, des disputes, des problèmes de chalom bayit et de tant d’autres difficultés.
Tout tourne autour de ces deux attitudes : donner ou prendre.
Ainsi, lorsque Avraham Avinou donnait, son objectif n’était pas seulement de répondre au besoin d’autrui. Si tel avait été le cas, il se serait agi uniquement de pitié. Le véritable ‘héssed, c’est « dorèch tov léamo » : rechercher activement le bien de l’autre. Il ne s’agit pas de répondre à une demande, mais d’aller à la recherche d’occasions de faire du bien.
Pourquoi ? Parce que j’ai moi-même besoin de donner pour rester attaché à cette qualité de bonté. Voilà pourquoi, même lorsque personne n’avait besoin de lui, Avraham Avinou ressentait la nécessité de faire du ‘héssed. Il ne voulait pas laisser passer une seule journée sans s’attacher à cette mida extraordinaire de nétina, qui permet de se débarrasser de l’égoïsme et des mauvaises midot. C’est pour cette raison qu’il donnait aux autres davantage que ce dont ils avaient besoin.
Et c’est aussi pour cela que, du Ciel, on modifia les circonstances, et on lui envoya des anges afin qu’il puisse continuer à donner.
En résumé, Avraham Avinou ne cherchait pas uniquement à combler les besoins d’autrui : il voulait avant tout donner.
Alexandre le Grand : une société où chacun cherche à donner
Le Midrach Béréchit Rabba rapporte que dans ses voyages, Alexandre le Grand arriva chez le roi de Katzia, et il lui dit : « Je suis venu pour comprendre comment vous rendez la justice. »
Le roi de Katzia l’invita à s’asseoir à ses côtés pour juger alors que deux hommes se présentaient devant lui. L’un d’eux plaida : « Cet homme m’a vendu une ruine, et dans cette ruine, j’ai trouvé un trésor. Je ne lui ai acheté que la ruine, donc le trésor ne m’appartient pas. » L’autre répondit : « Je lui ai vendu la ruine et tout ce qu’elle contenait. »
Le roi de Katzia demanda à l’un d’eux : « As-tu un fils ? » Il répondit : « Oui. » Le roi se tourna vers l’autre et demanda : « Et toi, as-tu une fille ? » Il répondit : « Oui. » Le roi de Katzia dit : « S’il en est ainsi, mariez-les et donnez-leur le trésor. »
Voyant qu’Alexandre le Grand était assis, stupéfait, il lui demanda : « Ai-je mal jugé ? » Alexandre répondit : « Tu as bien jugé. » Le roi de Katzia demanda : « Et comment jugeriez-vous une telle affaire dans ton royaume ? » Alexandre répondit : « Nous aurions tué l’un et l’autre, et le trésor serait allé au trésor royal. »
Le roi de Katzia, étonné, demanda : « Le soleil brille-t-il chez vous ? » Alexandre répondit : « Oui. » Il ajouta : « Et le soleil se lève-t-il chez vous ? » Il répondit : « Oui. » Le roi de Katzia demanda : « Y a-t-il du bétail chez vous ? » Alexandre répondit : « Oui. » Le roi de Katzia le maudit et dit : « Ce n’est point grâce à vous que la pluie descend et que le soleil se lève, mais grâce au bétail, ainsi qu’il est écrit (Téhilim 36,7) : ″Tu sauves l’homme et la bête, ô Eternel″ – C’est l’homme qui est sauvé grâce à la bête. »
Rav Dessler ajoute que, dans un pays où chacun ne cherche qu’à prendre, il n’y a pas de véritable soleil, pas de lumière et pas de joie. Lorsque chacun pense uniquement à son intérêt, cela entraîne des disputes et de mauvaises midot. A l’inverse, lorsque chacun cherche à donner, la société se remplit de bonheur, de paix et de joie.
C’est le premier enseignement que nous apprenons du comportement d’Avraham Avinou.
Jusqu’où doit aller le ‘héssed ?
Avraham Avinou supplia ses invités de venir chez lui. Il insista pour les recevoir et leur offrit bien davantage que ce qu’ils pouvaient espérer. Il fit même préparer une langue pour chacun d’entre eux.
Une question se pose alors : jusqu’où un homme doit-il aller pour accomplir le ‘héssed ? Existe-t-il une limite à cette obligation ? Devons-nous réellement aller aussi loin ?
Le ‘héssed doit accompagner tous les domaines de notre vie
Selon rav Dessler, nous devons introduire le ‘héssed dans tout ce que nous faisons, même dans notre travail. Il rapporte à ce sujet l’histoire de ‘Hanokh, qui monta vivant au Ciel.
Les ‘Hakhamim enseignent que ‘Hanokh exerçait le métier de cordonnier et qu’à chaque couture qu’il réalisait, il agissait léchem Chamaïm. Mais que signifie coudre une chaussure faite léchem Chamaïm ?
Rav Israël Salanter explique que ‘Hanokh accordait une attention particulière à la qualité de son travail. Il voulait que la personne qui porterait ses chaussures soit à l’aise et qu’elle puisse marcher correctement. Il se préoccupait davantage du bien-être de son client que de son salaire.
Bien entendu, un homme doit gagner sa vie grâce à son travail. Mais la question est de savoir quelle est son attitude profonde. Cherche-t-il uniquement à prendre, à gagner et à recevoir de l’argent ? Ou également à satisfaire ses clients, à leur rendre service et à leur faire plaisir ?
Même dans son travail, l’homme peut donc devenir un homme de nétina.
La nétina doit être présente partout : dans notre activité professionnelle, à la maison, avec notre conjoint et avec nos enfants.
Accompagner son fils chez le médecin
Rav Chalom Schwadron rencontra un homme accompagné de son fils. Il semblait fatigué, agacé et en avoir assez.
Le rav lui demanda : « Où vas-tu ?
– J’emmène mon fils chez le médecin.
– Mais qu’est-ce que tu es en train de faire ?
– Je vais chez le médecin avec mon fils ! »
Le rav continua à lui poser la même question, jusqu’à ce que l’homme ne comprenne plus ce qu’il attendait de lui. Le rav lui expliqua alors : « Je veux que tu dises : je suis en train de faire du ‘héssed avec mon fils. Je l’emmène chez le médecin pour le soigner et pour qu’il ne souffre plus. »
C’est ainsi que nous devons considérer nos actions. Même les gestes les plus ordinaires de notre quotidien peuvent devenir des actes de ‘héssed, à condition d’y mettre cette intention.
« Acher ye’hsar lo » : de ce qui lui manque
En réalité, le véritable ‘héssed consiste à aller jusqu’au bout des besoins de l’autre, comme l’enseignent les ‘Hakhamim à propos de l’expression (Dévarim 15,8) : « déi ma’hsoro, acher ye’hsar lo » – lui donner de ce qui lui manque, que cela peut aller jusqu’à fournir à quelqu’un un cheval pour se déplacer et un serviteur pour courir devant lui.
Cela signifie qu’un homme qui avait un certain niveau de vie et qui est dans les difficultés peut avoir besoin de retrouver ces conditions pour être réconforté. Si quelqu’un en a les moyens, même après avoir déjà accompli la mitsva de Tsédaka, et qu’il voit un ami dans une telle situation, il doit chercher à l’aider autant que possible. Il peut même devoir lui offrir ce qui pourrait sembler être un luxe, afin de lui permettre de retrouver sa dignité. Bien entendu, il faut toujours veiller à ce que cette aide ne soit pas faite au détriment de la personne elle-même.
« Nossé béol im ‘havéro » : porter le fardeau avec son prochain
Le plus haut degré du ‘héssed se trouve dans la notion de (Pirkei Avot 6,6) « Nossé béol im ‘havéro », porter le fardeau avec son prochain, qui signifie d’essayer de ressentir ce que l’autre traverse, de comprendre ses difficultés, de découvrir ce qui lui manque et de chercher à combler ses besoins.
La Torah ne nous demande pas seulement d’attendre que l’autre vienne solliciter notre aide, elle nous incite à aller à sa rencontre, à chercher à comprendre sa situation et à faire tout ce qui est possible pour le soulager.
Rav Sim’ha Zissel conseillait d’ailleurs à ses élèves de consacrer chaque jour un petit moment à réfléchir aux besoins des autres. Ils devaient se demander : De quoi telle personne a-t-elle besoin ? Qu’est-ce qui pourrait lui faire plaisir ? Comment pourrais-je lui apporter du réconfort ? Il ne s’agissait pas seulement de réfléchir, mais d’ensuite agir et aller jusqu’au bout de ce qu’ils pouvaient faire.
Lorsqu’un homme en a les moyens, il doit chercher à accomplir le maximum de ‘héssed.
Le ‘Hafets ‘Haïm et son invité
Un homme vint partager le repas du ‘Hafets ‘Haïm, mais il n’avait aucun endroit où dormir. Le ‘Hafets ‘Haïm lui offrit alors son propre lit. Et durant toute la nuit, il revint à plusieurs reprises pour le couvrir. Il craignait que sa couverture ne soit tombée et que son invité ait froid.
Cet homme devint par la suite un grand professeur, très connu. Il traversa de terribles épreuves. On chercha à le pousser à abandonner le judaïsme et à se convertir, mais chaque fois qu’il était sur le point de céder, il se rappelait la chaleur et les attentions du ‘Hafets ‘Haïm. Il le revoyait au milieu de la nuit, venir discrètement le recouvrir pour qu’il n’ait pas froid. Ce souvenir l’empêcha de franchir le pas.
Voilà ce qu’est le véritable ‘héssed : aller jusqu’au bout, penser aux moindres détails et apporter à l’autre une chaleur qui peut le marquer pour toute sa vie.
L’examen de contrôle d’entrée à la yeshiva de rav Chimon Shkop
Un rescapé de la Shoah raconte que, lorsqu’il était jeune, son père l’envoya étudier à la yeshiva de Grodno, alors dirigée par le Gaon, rav Chimon Shkop. La famille, démunie, n’ayant pas les moyens d’acheter un billet de train, laissa le jeune garçon partir à pied, nourrissant l’espoir que, sur la route, il rencontrerait des personnes qui l’aideraient. Le voyage n’était vraiment pas facile, rempli d’épreuves : il dut trouver refuge et dormir sur les bancs des synagogues, et pour nourriture, il se contenta de ce qu’il pouvait trouver, c’est-à-dire de pas grand-chose. Après deux semaines de marche, le garçon arriva, épuisé, à la yeshiva. Après s’être renseigné, il se rendit à l’endroit où était supposé se trouver le roch yeshiva. Il frappa à la porte du bureau, puis entra. Le rav lui demanda de se présenter, ainsi que les raisons de sa venue. Tout ému et inquiet, le jeune garçon répondit : « Je suis venu pour que le rav m’interroge pour pouvoir être accepté à la yeshiva.
– Avec plaisir, j’ai juste deux questions à te poser. »
Sa crainte augmenta encore davantage de ne pas être à la hauteur et de ne pas être accepté. Aurait-il subi toutes les infortunes de ce voyage pour rien ? Il pria intensément d’être capable de répondre aux questions du rav, qui seraient assurément fort difficiles.
« Première question : quand, pour la dernière fois, as-tu mangé un repas chaud ? » Troublé par cette question surprenante au point de se demander s’il avait bien entendu, le jeune homme répondit : « Ça fait deux semaines… – Dans ce cas, nous allons nous rendre chez moi. Je ne sais pas cuisiner comme mon épouse, elle n’est pas là, mais je vais te préparer à manger. » Le roch yeshiva, ce géant en Torah, entreprit de cuisiner pour le jeune garçon et également de le servir. Celui-ci avait si faim qu’il engloutit tout ce que le rav lui présenta.
« Es-tu prêt pour la seconde question ? » demanda le rav. Le jeune homme se prépara mentalement à une question particulièrement ardue en Guemara… Le rav lui dit alors : « Quand as-tu dormi pour la dernière fois dans un vrai lit ? » Très surpris, le garçon répondit : « Cela fait deux semaines. » Rav Shkop lui prépara un lit et l’invita à s’y coucher aussitôt. Le jeune homme ne se fit pas prier : il tomba immédiatement dans un profond sommeil pendant de longues heures.
Le lendemain, il alla trouver le rav pour lui demander quand aurait lieu le contrôle. « Avec une telle volonté, une pareille ferveur, tant d’efforts faits durant deux difficiles semaines sans vraiment dormir et sans manger grand-chose pour pouvoir étudier la Torah, en ce qui me concerne, il n’y a pas meilleur contrôle ! Tu es accepté et tu es le bienvenu à la yeshiva. »
Attendri par la vision de ce garçon, épuisé par cette longue et harassante route pour arriver jusque-là, rav Shkop renonça au contrôle et l’accueillit à bras ouverts, en lui offrant l’hospitalité qui convenait à ses besoins. Cet homme raconta qu’il traversa de très dures et nombreuses épreuves durant la Shoah après avoir assisté à toutes les horreurs de cette période, mais ce qui le renforça dans sa Emouna en Hachem – et qui l’aida à rester attaché à la Torah et aux mitsvot de tout son cœur – ce sont les deux questions que rav Shkop lui avait posé dans sa jeunesse au moment où il souhaitait intégrer la yeshiva.
Paracha Vayéra : quel est le mérite extraordinaire du ‘héssed ?
Pourquoi la Torah a-t-elle choisi de raconter précisément cet épisode de hakhnassat or’him, alors qu’Avraham Avinou avait certainement accompli du ‘héssed à de nombreuses autres occasions ?
Cette fois-ci, Avraham Avinou accomplit le ‘héssed avec une véritable méssirout néfech. Il souffrait énormément après sa brit-mila, mais il chercha malgré tout des invités. Il donna à des personnes qui, en réalité, n’avaient pas besoin de recevoir. Et il fit tout pour les satisfaire.
C’est pourquoi cet épisode a engendré un mérite extraordinaire pour les Bnei Israël.
Les récompenses reçues par les Bnei Israël grâce au ‘héssed d’Avraham
Le Midrach[ML1.1] précise que tout ce qu’Avraham Avinou a donné lui-même, Hachem l’a également donné Lui-même aux Bnei Israël. En revanche, ce qu’Avraham avait fait donner par un envoyé fut également donné aux Bnei Israël par un intermédiaire. C’est notamment le cas de l’eau. Et c’est ce qui conduisit, par la suite, à la faute de Moché Rabbénou lors de l’épisode des eaux de Mériva.
Pourquoi l’eau fut-elle donnée par un serviteur ?
Le Maharal pose la question de savoir pourquoi Avraham Avinou fit apporter l’eau par un serviteur, alors qu’il accomplissait habituellement le ‘héssed lui-même ?
Selon Rabbénou Bé’hayé, Avraham Avinou possédait 318 serviteurs. Il aurait donc très bien pu leur demander de s’occuper de ses invités. Pourtant, il tenait à accomplir lui-même les gestes de ‘héssed. Pourquoi aurait-il agi différemment pour l’eau ?
Le Maharal explique qu’Avraham Avinou était alors occupé à préparer et à servir la viande. Il ne pouvait donc pas s’occuper lui-même de l’eau et dut la faire apporter par un serviteur.
Mais une nouvelle question se pose. Puisqu’il ne pouvait pas faire autrement, pourquoi les Bnei Israël n’ont-ils pas reçu l’eau directement de Hachem ? Pourquoi cette différence eut-elle des conséquences aussi graves ?
Le Maharal développe ici un enseignement extraordinaire.
Les fruits du ‘héssed : une récompense mesure pour mesure
La Guemara enseigne (Péa 1,1) : « Voici les choses dont l’homme mange les fruits dans ce monde, tandis que le capital lui reste réservé dans le monde futur. »
Parmi ces mitsvot figurent notamment le kiboud av vaèm, la hakhnassat or’him et d’autres actes de ‘héssed. La Michna mentionne également celui qui se rend tôt le matin au Beit Haknesset, ainsi que l’étude de la Torah.
Le Maharal explique que le ‘héssed engendre deux formes de récompense.
La première est la récompense habituelle de toute mitsva. Mais il existe également une deuxième dimension : celle de mida kénégued mida, mesure pour mesure.
Pour le Méssilat Yécharim, celui qui fait du ‘héssed reçoit lui-même du ‘héssed. Plus un homme donne, plus il reçoit. Ce principe fonctionne comme une graine plantée en terre. Elle produit des fruits correspondant à ce qui a été semé. De la même manière, les actes de ‘héssed produisent leurs propres fruits.
Ce qu’Avraham Avinou avait donné lui-même lui fut rendu directement, tandis que ce qu’il avait donné par un intermédiaire lui fut rendu de la même façon. Il ne s’agit pas simplement d’une récompense supplémentaire. Ce sont véritablement les fruits de son action.
Lorsque la Michna parle des « fruits » des mitsvot, il faut donc comprendre qu’il s’agit réellement de conséquences induites par les actions de l’homme.
Pourquoi le ‘héssed et la Torah possèdent-ils un mérite particulier ?
Pourquoi ce principe concerne-t-il particulièrement le ‘héssed et la Torah ? Parce que c’est par ces deux éléments que Hachem a créé le monde. Lorsqu’un homme étudie la Torah ou accomplit du ‘héssed, il se rattache aux fondements mêmes de la Création. En quelque sorte, il participe à la construction du monde. C’est pourquoi il mérite de recevoir, mesure pour mesure, les fruits de ce qu’il a lui-même construit. C’est un secret extraordinaire du mérite du ‘héssed.
Un homme qui accomplit du ‘héssed peut être protégé dans des moments de danger grâce au mérite de ses actions.
Chmouel et Avlet : la Tsédaka peut changer le destin
La Guemara (Chabbat 156b) rapporte une histoire concernant Chmouel et Avlet.
Voyant un groupe d’hommes s’en aller dans la forêt pour couper du bois, Avlet – qui étudiait l’astrologie – annonça que l’un d’entre eux serait mordu par un serpent, et qu’il ne reviendrait pas vivant. Chmouel lui répondit : « Ein mazal léIsraël. » Grâce à ses mérites et à la Tsédaka, un juif peut changer ce qui semble être son destin. Le soir, lorsque le groupe revint, l’homme en question était toujours vivant. On examina alors son fagot de bois, et on y découvrit un serpent coupé. Il avait donc effectivement été exposé à un danger mortel, mais il avait été sauvé. On chercha alors à comprendre ce qui avait pu le protéger.
Il raconta que, ce jour-là, l’un de ses compagnons n’avait pas apporté de nourriture. Pour éviter qu’il ait honte, il avait organisé un partage collectif de la nourriture, afin que cet homme puisse manger comme les autres, sans subir d’humiliation. C’est ce ‘héssed qui l’avait protégé.
Ainsi le ‘héssed possède un mérite extraordinaire. Il peut protéger un homme, ses enfants et sa famille des malheurs, et faire descendre sur eux la brakha.
Lorsqu’un homme aide autrui à porter ses valises, le jour où il en aura lui-même besoin, quelqu’un portera les siennes.
C’est un principe bien connu : tout ce que nous donnons à autrui nous revient.
Rav Sim’ha Zissel et le mérite de son fils
Une nuit, rav Sim’ha Zissel rêva que Rabbénou Yona arrivait dans sa ville pour prononcer un grand discours dans la Beth Haknesset. Tous les habitants se précipitaient pour l’écouter, et rav Sim’ha Zissel avec eux. Mais à l’entrée, on refusa de le laisser passer. Il essaya de faire valoir ses mérites : il était rav Sim’ha Zissel, il avait des élèves et il avait consacré sa vie à la Torah, mais rien n’y fit. Finalement, il déclara : « Je suis le père de rav Nahoum ! » A ces mots, on lui répondit : « Dans ce cas, tu peux entrer ! »
Le lendemain matin, rav Sim’ha Zissel appela son fils : « Dis-moi, quel mérite particulier possèdes-tu ? Pourquoi est-ce que c’est grâce à toi que l’on m’a permis d’entrer ?
– Je ne pense pas avoir de mérite extraordinaire. Mais il m’est arrivé une histoire. »
Il expliqua à son père que ses chaussures étant très abîmées, il avait économisé de l’argent pour s’acheter une nouvelle paire. Après beaucoup d’efforts, il avait réussi à réunir la somme nécessaire, et à en acheter.
Quelques jours plus tard, un pauvre frappa à sa porte, il l’accueillit et lui donna à manger. Mais soudain, son regard se posa sur les souliers de cet homme. Ils étaient complètement déchirés, et ne pouvaient en aucun cas le protéger du froid. En voyant cela, il fut profondément touché. Il décida alors de lui donner ses chaussures neuves, celles qu’il avait tant attendu de pouvoir s’offrir.
A ces mots, son père lui répondit : « Si c’est cela, je ne suis plus étonné qu’on ait eu besoin de ton mérite pour me faire entrer dans un endroit aussi grand ! »
Nous voyons ainsi jusqu’où peut aller le mérite d’un acte de ‘héssed.
Une paire de chaussures conservée toute une vie
Avant de quitter ce monde, un homme qui vivait aux Etats-Unis, demanda qu’une paire de chaussures soit placée à côté de lui lors de son enterrement. Personne n’en comprit la raison, et on interrogea ses enfants, qui racontèrent l’histoire de leur père.
Cette histoire remontait à la Shoah. Les nazis faisaient endurer aux déportés des souffrances terribles. Chaque matin, ils devaient rester debout pendant de longues heures dans le froid et le gel, avant de les envoyer travailler.
Un jour, l’un d’entre eux eut un problème avec ses chaussures : un lacet s’était déchiré, et sa chaussure ne tenait plus correctement. Pendant la marche, elle claquait à chaque pas. Un SS agacé par le bruit arrêta l’homme, et il lui dit : « Tu ne peux pas marcher comme ça. Soit tu enlèves les deux chaussures, soit tu les mets toutes les deux correctement. »
L’homme ne savait pas quoi faire. Il faisait un froid terrible, et même avec ses chaussures, ses pieds étaient gelés. Mais il n’avait pas le choix, et il retira sa chaussure sans lacet, et continua à marcher avec un pied découvert.
Un peu plus tard, le SS l’arrêta à nouveau. Cette fois, il lui dit : « Tu ne peux pas marcher avec une chaussure à un pied, et rien à l’autre. Tu dois enlever la deuxième ! »
Le malheureux fut donc contraint de marcher pieds nus dans le froid. Sa peau collait au sol gelé, elle s’arrachait à chaque pas. Il souffrait terriblement. Il n’était même pas certain de pouvoir survivre jusqu’au soir. Malgré cela, il dut continuer à marcher et à travailler toute la journée.
Lorsqu’il rentra enfin dans sa baraque, ses pieds suintaient le sang. A ses côtés se trouvait un autre déporté, qui avait lui aussi des problèmes avec ses chaussures. Les siennes n’étaient pas déchirées, mais elles étaient inconfortables et ne le protégeaient pas suffisamment du froid. Or, cet homme possédait un bien extrêmement précieux. Avant son arrivée au camp, un dentiste avait dissimulé un diamant dans l’une de ses dents. Ce diamant représentait toute sa richesse. Un jour, ne supportant plus ses chaussures, il décida d’utiliser ce diamant pour obtenir une meilleure paire. Il parvint à récupérer la pierre précieuse, et il se rendit alors auprès d’un Kapo pour lui proposer : « J’ai un diamant. Je te le donne si tu me procures une paire de chaussures neuves. » Le Kapo accepta immédiatement, et il lui apporta une magnifique paire de chaussures, doublées de fourrure. C’était un objet extrêmement rare et précieux dans les conditions de détention du camp.
L’homme était tout heureux d’avoir enfin des chaussures qui pourraient le protéger du froid. Mais voilà qu’à côté de lui, se trouvait un déporté qui venait de passer toute la journée pieds nus. Ses pieds étaient dans un état terrible. Il en fut profondément bouleversé, et il se dit : « Je suis obligé de l’aider. » Il pensa tout d’abord lui donner ses anciens souliers, mais après réflexion, il arriva à la conclusion que son compagnon d’infortune risquait de mourir de ses blessures. Il avait besoin de chaussures chaudes et confortables pour pouvoir guérir. Il prit alors une décision extraordinaire : lui offrir ce qu’il avait de plus précieux, ce qu’il venait d’obtenir en échange de son diamant.
Grâce à ce geste, l’homme put protéger ses pieds, guérir, et finalement survivre à la déportation. Celui qui avait donné ses chaussures survécut lui aussi, peut-être grâce au mérite de cette immense mitsva.
Après la guerre, leurs chemins se séparèrent. L’homme qui avait échangé le diamant alla vivre aux Etats-Unis, où il devint très riche et il fonda une belle famille. L’autre homme s’installa en Israël.
Les années passèrent. Un jour, celui qui vivait en Israël ressentit le besoin de remercier à nouveau celui qui lui avait sauvé la vie. Il chercha son adresse, et lorsqu’il apprit qu’il était toujours vivant et habitait aux Etats-Unis, il décida de lui envoyer un colis, où il mit la fameuse paire de chaussures, qu’il avait conservée en souvenir de ce geste extraordinaire.
Lorsque l’homme reçut le colis, il en fut profondément ému. Il envoya immédiatement un billet d’avion à son ancien compagnon, en lui écrivant : « Viens. Je veux absolument te revoir ! »
Les deux anciens prisonniers se retrouvèrent avec une immense émotion. Ils étaient heureux de constater que Hachem les avait sauvés tous les deux et leur avait permis de se reconstruire. Au cours de leurs retrouvailles, celui qui avait offert les chaussures dit : « J’ai conservé moi aussi mes anciennes chaussures en souvenir de la mitsva de ‘héssed que j’ai eu le mérite d’accomplir. Mais aujourd’hui, je veux te rendre les tiennes. Garde-les en souvenir. »
Ils remercièrent à l’unisson HaKadoch Baroukh Hou de les avoir sauvés.
Les années passèrent.
Avant de quitter ce monde, l’homme qui avait échangé son diamant demanda qu’on place à côté de lui cette paire de chaussures. Pourquoi ? Il était convaincu que ce ‘héssed extraordinaire, accompli dans des circonstances particulièrement difficiles, lui ouvrirait les portes du Ciel.
Le ‘héssed, un héritage d’Avraham Avinou
Même dans les moments les plus difficiles, un juif cherche à se tourner vers son prochain. Cette qualité de ‘héssed, nous l’avons reçue en héritage d’Avraham Avinou. Le ‘héssed ne concerne pas uniquement les pauvres ou ceux qui manquent du nécessaire. Il concerne tout le monde.
Il ne s’agit pas seulement de donner à celui qui n’a rien, mais d’apprendre à aimer, à se soucier d’autrui, à comprendre leurs besoins et à chercher constamment comment leur faire du bien.
Donner, aimer et continuer à donner : voilà ce qui construit l’homme et le rapproche de HaKadoch Baroukh Hou. Et lorsque nous donnons aux autres, HaKadoch Baroukh Hou nous renvoie cette bonté et nous récompense au double et au triple.
Nétina et Nétila : donner ou prendre
Deux histoires illustrent les notions de Nétina et de Nétila.
La Nétina, le fait de donner, est la racine de toutes les bonnes Midot et de l’honnêteté d’une personne.
À l’inverse, la Nétila, cette envie de prendre, peut, ‘Hass Véchalom, conduire l’homme à toutes sortes d’erreurs et au manque d’honnêteté.
D’ailleurs, c’est la première question que l’on pose à l’homme après 120 ans :
« נשאת ונתת באמונה ? » — « Nassata Vénatata Béémouna ? »
As-tu fait du commerce avec honnêteté ?
Première histoire : une honnêteté qui transforme une vie
Cette première histoire s’est déroulée en Eretz Israël.
Un homme d’affaires travaillait dans les transactions immobilières et percevait de très importantes commissions. Il lui arrivait donc régulièrement de se déplacer avec de très grosses sommes d’argent.
Un jour, une affaire particulièrement intéressante se présenta à lui. Pour la réaliser, il avait besoin d’un million de shekels, mais les bénéfices qu’il pouvait en retirer étaient considérables.
Il se démena alors dans tous les sens pour réunir cette somme. Il emprunta de l’argent à plusieurs personnes, y compris à des individus peu recommandables, parfois même dangereux, issus du marché noir. Mais pour lui, l’essentiel était de pouvoir réaliser cette affaire.
Le rendez-vous devait avoir lieu non loin de chez lui. Il ne craignait donc pas particulièrement de transporter l’argent.
Par précaution, il prit néanmoins un sac dans lequel il plaça de la farine et du sucre. Entre les deux, il dissimula soigneusement le sac contenant l’argent, puis referma le tout.
Juste avant de partir, il passa à la makolet, la petite épicerie du quartier, pour acheter quelque chose. Il conserva le ticket de caisse, sur lequel figurait son nom grâce au paiement par carte bancaire, comme cela se faisait à l’époque, et le glissa dans son sac.
Il se mit ensuite en route vers son rendez-vous.
Sur son chemin, il traversa un petit terrain abandonné. Soudain, un grand chien noir surgit et se jeta sur lui.
À un moment donné, le chien parvint à lui arracher son sac et s'enfuit avec !
Malgré le danger, l’homme se lança immédiatement à sa poursuite. Il courut de toutes ses forces pour tenter de le rattraper, mais ce fut impossible.
Le chien avait disparu avec le sac et le million de shekels qu’il contenait.
L’homme rentra chez lui complètement anéanti.
Le pire, pour lui, n’était même pas d’avoir perdu cette affaire et les bénéfices qu’il espérait en tirer. Le véritable drame était de savoir comment il allait rembourser toutes les sommes empruntées.
Même en vendant sa maison, il n’aurait pas pu réunir suffisamment d’argent pour rembourser une dette aussi énorme.
Il sombra alors dans une profonde dépression.
Son entourage s’inquiétait :
« Qu’est-ce qui t’arrive ? Tu n’as vraiment pas l’air bien ! »
Il finit par consulter un médecin, qui lui conseilla :
« Écoute, tu dois sortir un peu, prendre l’air, essayer de te changer les idées. »
Mais l’homme répondit :
« Je ne peux pas. J’ai trop de problèmes. Je n’arrive même plus à sortir de chez moi. »
Il était dans une situation véritablement catastrophique.
Dix jours plus tard, un appel inattendu
Et voilà que, dix jours après cet événement, il reçut un coup de téléphone.
Une personne lui demanda :
« Est-ce que tu as perdu quelque chose ? »
Il répondit immédiatement :
« Oui, bien sûr ! J’ai perdu un sac contenant beaucoup d’argent ! »
Son interlocuteur poursuivit :
« Est-ce que tu peux me donner des signes pour identifier ce sac ? »
L’homme répondit :
« Oui ! Il y avait du sucre, de la farine… »
Il donna ainsi plusieurs détails permettant d’identifier précisément son sac.
La personne lui proposa alors :
« Très bien. Retrouvons-nous à la Tachana Merkazit, la gare routière centrale. Si tu peux venir, je te rendrai ce que tu as perdu. »
L’homme n’en revenait pas !
Il se précipita dans sa voiture et partit aussi vite que possible au lieu du rendez-vous.
En arrivant, il découvrit un jeune Ba’hour Yéchiva, un étudiant de Yéchiva, qui l’attendait tranquillement.
Le jeune homme lui remit son sac et lui dit simplement :
« Tu peux compter. Il ne manque pas un seul dollar ! »
L’homme était bouleversé, profondément ému par une telle honnêteté.
Il s’adressa au Ba’hour :
« Écoute, je vais te donner une très belle somme d’argent ! Une honnêteté pareille, c’est incroyable ! Qui aurait rendu une telle somme ? »
Mais le Ba’hour refusa immédiatement :
« Non, non, je ne prends pas un seul dollar. J’ai simplement accompli la Mitsva de Hachavat Avéda, rendre un objet perdu à son propriétaire. »
L’homme insista :
« Bon, tu sais quoi ? Je vais te proposer quelque chose d’extraordinaire. Donne-moi ton nom et je te donnerai 10 % des bénéfices de mon affaire ! »
Mais le Ba’hour refusa de nouveau :
« Non, non, pas du tout ! »
L’homme, qui ne savait plus comment exprimer sa reconnaissance, lui demanda :
« Alors dis-moi, comment puis-je te remercier ? Je veux absolument faire quelque chose pour toi ! »
Le Ba’hour lui répondit :
« Je ne veux rien. Mais si tu tiens vraiment à faire quelque chose, ma Yéchiva traverse actuellement quelques difficultés financières. Tu pourrais peut-être les aider. »
L’homme accepta :
« Très bien, donne-moi l’adresse ! »
Une rencontre qui changea toute une vie
Quelque temps plus tard, après avoir finalement réalisé son affaire, l’homme décida de se rendre à la Yéchiva.
Il était heureux, soulagé d’avoir été sauvé d’une situation qui aurait pu le ruiner complètement.
Il arriva à la Yéchiva pour rencontrer le Rav.
Cet homme, qui portait un catogan et des boucles d’oreilles, n’avait alors rien d’un homme pratiquant.
Il raconta au Rav toute son histoire et ne cessait de s’émerveiller de l’honnêteté de ce jeune Ba’hour.
Il lui dit :
« Si cela était arrivé à mes propres enfants, je ne suis même pas certain qu’ils auraient rendu une trouvaille pareille !
Si la Torah est capable de former des hommes avec une telle honnêteté, alors moi aussi, j’ai envie de faire Téchouva ! »
Et effectivement, à la suite de cette histoire, cet homme commença à se rapprocher de la Torah, jusqu’à devenir totalement pratiquant.
Tout cela grâce à un jeune Ba’hour Yéchiva qui respectait les Mitsvot d’Hachem et qui savait qu’il ne fallait pas toucher à un seul centime de ce qui ne nous appartient pas.
C’est toute la force de la Nétina : une personne qui ne cherche pas à prendre ce qui ne lui appartient pas, mais qui agit avec droiture et honnêteté, peut, par son seul comportement, transformer la vie d’un autre homme.
Deuxième histoire : l’honnêteté de Rav Meïr Anchel Rothschild
À l’époque où Napoléon lança ses guerres à travers l’Europe, il détrônait des rois, s’emparait de villes et conquérait des pays entiers.
Ses armées avançaient progressivement vers la Pologne et la Russie, remportant victoire après victoire et conquérant toujours davantage de territoires.
Face à cette progression, les gouverneurs et les dirigeants de ces régions étaient extrêmement inquiets.
Un soir, très tard dans la nuit, le Nassir de Vilhalm arriva en charrette devant la maison de Rav Meïr Anchel Rothschild.
Le Rav fut très étonné de recevoir une visite aussi inattendue, à une heure aussi tardive.
Que pouvait bien venir faire le Nassir chez lui en pleine nuit ?
Le Nassir lui dit immédiatement :
« J’ai besoin de te parler de toute urgence ! »
Ils entrèrent alors dans un bureau, fermèrent soigneusement la porte, et le Nassir lui confia :
« Écoute, Napoléon est en train de gagner toutes les guerres. Ses armées avancent et elles seront bientôt ici. Il est même déjà en route !
Je dois absolument m’enfuir, mais je ne connais personne à qui je puisse confier mon argent en toute sécurité.
Toi, je te fais confiance. Je sais à quel point tu es un homme honnête.
J’ai ici, dans ma charrette, de grands sacs très épais contenant trois millions de pièces d’or.
Est-ce que je peux te les confier ?
Je vais devoir fuir, mais un jour, lorsque la situation se sera calmée, je reviendrai les récupérer. »
Rav Rothschild lui répondit :
« Je te le promets. Je garderai ton argent avec la plus grande honnêteté. »
Ils firent alors entrer les sacs dans une cave secrète, soigneusement dissimulée, pratiquement impossible à découvrir.
Rav Rothschild y cacha tout l’argent, puis referma minutieusement les planchers afin que personne ne puisse soupçonner l’existence de cette cachette.
Le Nassir le remercia profondément et prit la fuite.
Les menaces de l’armée française
Quelques jours plus tard, une rumeur commença à circuler.
Certaines personnes avaient aperçu la visite du Nassir et l’on racontait désormais :
« Le Nassir a confié toute sa fortune à Rothschild ! »
La nouvelle finit par parvenir aux oreilles de l’armée française.
Des soldats se présentèrent alors chez Rav Rothschild et exigèrent qu’il leur remette tout l’argent que le Nassir avait caché chez lui.
Le Rav nia catégoriquement :
« Non, pas du tout ! Je n’ai pas cet argent ! »
Mais les soldats insistèrent et commencèrent à le menacer très sérieusement.
Les menaces devinrent de plus en plus graves, jusqu’au moment où Rav Rothschild comprit qu’il ne pourrait plus continuer à refuser.
Il leur dit alors :
« Bon, d’accord. Je vais vous donner l’argent. »
Il s’approcha d’un mur sur lequel était accroché un immense tableau.
Il décrocha ce grand cadre, dévoilant ainsi une entrée dissimulée qui menait à une pièce secrète.
Dans cette pièce se trouvait toute sa fortune personnelle : deux millions huit cent mille pièces d’or.
Il montra cet argent aux soldats et leur dit :
« Voilà l’argent ! »
Les soldats français s’emparèrent de la totalité de cette somme.
Mais ce qu’ils ignoraient, c’est que cet argent appartenait personnellement à Rav Rothschild.
Il avait préféré sacrifier toute sa propre fortune plutôt que de livrer l’argent que le Nassir lui avait confié.
Il avait donné sa parole de garder cet argent, et il était hors de question pour lui de trahir son engagement.
Une fortune perdue, mais une honnêteté préservée
Le lendemain, Rav Rothschild réunit tous ses enfants.
Il leur annonça :
« Écoutez, mes enfants, je ne sais pas si nous serons encore riches à l’avenir.
J’ai été obligé de donner toute notre fortune aux soldats français. Nous avons pratiquement tout perdu. »
Mais ses enfants lui répondirent :
« Ce n’est pas grave ! L’essentiel, c’est que nous soyons restés honnêtes.
Nous allons continuer à travailler et, avec l’aide d’Hachem, nous réussirons à nouveau. »
Et effectivement, c’est ce qui se produisit.
Les gens continuaient à faire confiance à la famille Rothschild. Personne ne savait réellement qu’elle avait perdu toute sa fortune.
Grâce à cette confiance et à leur travail, ils réussirent progressivement à remonter la pente, à reconstruire leurs affaires et à retrouver une situation financière prospère.
Le retour du Nassir
Les années passèrent.
Napoléon commença à perdre de sa puissance, et les gouverneurs qui avaient été contraints de fuir purent progressivement retourner dans leurs régions.
Le Nassir de Vilhalm revint lui aussi chez lui.
Mais, chose étonnante, il ne réclama jamais son argent à Rav Rothschild.
Pourquoi ?
Parce qu’il avait entendu raconter ce qui s’était passé.
Il savait que les soldats français avaient menacé Rothschild et l’avaient obligé à leur remettre une immense fortune.
Il était donc convaincu que son argent avait été confisqué.
Et il ne lui en voulait absolument pas.
Il comprenait parfaitement que, face à de telles menaces, Rothschild n’avait probablement pas eu d’autre choix.
Mais voilà qu’un jour, Rav Rothschild demanda un rendez-vous au Nassir.
Ce dernier fut très étonné de cette demande, mais accepta de le recevoir.
Lorsque Rav Rothschild arriva, il lui annonça :
« Je suis venu pour te rendre ton argent.
Il faut que tu envoies des hommes chez moi afin qu’ils viennent récupérer les sacs que tu m’avais confiés. »
Le Nassir le regarda avec stupéfaction.
« Mais de quoi parles-tu ?
J’ai entendu ce qui s’était passé ! Je sais que les Français sont venus chez toi et qu’ils ont pris tout l’argent ! »
Rav Rothschild lui répondit :
« Non, pas du tout !
Ton argent, j’ai réussi à le cacher et à le préserver.
L’argent que j’ai donné aux soldats français, c’était mon propre argent.
Mais les trois millions de pièces d’or que tu m’avais confiés sont toujours là, intacts. Je suis venu te les rendre. »
Une honnêteté récompensée au-delà de toute attente
Lorsque le Nassir entendit ces paroles, il fut profondément bouleversé.
Il n’arrivait pas à croire qu’un homme ait été capable de sacrifier toute sa fortune personnelle pour protéger l’argent d’un autre.
Il dit alors à Rav Rothschild :
« Non ! Je ne veux pas récupérer cet argent.
Je te le donne !
Ces trois millions de pièces d’or sont désormais à toi. C’est un cadeau !
Et à partir d’aujourd’hui, tu seras le banquier principal de ma cour et de mon gouvernement. »
Ainsi, non seulement Rav Rothschild ne perdit rien à cette affaire, mais son honnêteté lui permit d’accéder à une position extraordinaire.
Il devint le principal gestionnaire des finances de la cour du Nassir et s’enrichit à des niveaux considérables.
Cette histoire est même rapportée dans des ouvrages non juifs, qui soulignent la grandeur, la droiture et l’honnêteté de Rav Meïr Anchel Rothschild.
Un homme qui était prêt à donner toute sa propre fortune plutôt que de toucher à l’argent qui ne lui appartenait pas.
C’est toute la grandeur de la Nétina et de l’honnêteté : savoir donner de ce qui nous appartient, même lorsque cela représente un immense sacrifice, plutôt que de prendre ou de trahir la confiance d’autrui.
Et c’est précisément cette honnêteté qui, finalement, lui apporta une réussite encore bien plus grande.
la Akédat Its'hak, donner à l'amour d'Hachem la dimension de l'action
Dans notre Paracha, nous retrouvons l'épisode de la Akédat Its'hak, au cours duquel Hakadoch Baroukh Hou demande à Avraham Avinou de prendre son fils Its'hak et de le faire monter en sacrifice sur le mont Moria.
Avraham Avinou accepte immédiatement, sans refuser et sans même poser la moindre question à Hakadoch Baroukh Hou.
Pourtant, Hachem lui avait promis : « Car c'est par Its'hak que sera appelée ta descendance. »
Comment comprendre alors qu'Hachem lui demande maintenant de faire monter ce même Its'hak en sacrifice ?
Malgré cette apparente contradiction, Avraham Avinou ne pose aucune question et accomplit la volonté d'Hachem.
Ce n'est qu'après la Akéda, lorsque l'ange lui ordonne de ne pas toucher à Its'hak, qu'Avraham Avinou interroge Hakadoch Baroukh Hou.
Hachem lui répond alors :
« Je t'avais demandé de le faire monter, et maintenant Je te demande de le faire descendre. Je ne t'avais jamais demandé de l'égorger. »
Autrement dit, « העלהו — הורידהו » : « Tu l'as fait monter, maintenant fais-le descendre. »
Pourquoi Avraham Avinou n'a-t-il pas compris la prophétie ?
Le Or Guédaliahou s'étonne de cette explication.
Comment est-il possible qu'Avraham Avinou n'ait pas compris la prophétie d'Hachem ?
Pourquoi n'a-t-il pas saisi qu'Hachem lui demandait simplement de faire monter Its'hak, et non de le sacrifier réellement ?
Pour répondre à cette question, il en pose une autre.
La Torah nous dit :
« וַיְבַקַּע עֲצֵי עֹלָה »
« Il fendit le bois destiné à l'holocauste. »
Pourquoi Avraham Avinou a-t-il pris soin de préparer le bois avant même de partir vers le mont Moria ?
N'y avait-il donc pas de bois sur place pour offrir un sacrifice à Hakadoch Baroukh Hou ?
La grandeur de l'action par rapport à la pensée
Le Or Guédaliahou explique ici un principe fondamental.
La pensée, la volonté, les sentiments et même l'amour le plus intense peuvent atteindre des niveaux extrêmement élevés. Pourtant, ils n'atteindront jamais la dimension que possède une action concrète.
Une action contient en elle une profondeur de pensée, de volonté et d'amour qu'il serait impossible d'atteindre uniquement par la réflexion.
Il rapporte à ce sujet les paroles du Rav de Izbitsa, qui explique la grandeur de la Mitsva de Brit Mila.
Hakadoch Baroukh Hou nous a ordonné d'accomplir la Brit Mila.
Or, pour atteindre par la seule pensée le niveau spirituel que représente cette Mitsva, il aurait fallu mille années de travail et d'élévation.
Mais Hachem, dans Sa bonté, nous a donné la possibilité d'atteindre ce niveau par une seule action : l'accomplissement de la Brit Mila.
Ainsi, une action concrète permet d'accomplir en un instant ce que même mille années de pensée n'auraient pas permis d'atteindre.
C'est également dans ce sens qu'il rapporte les paroles du Ramban, à propos du verset :
« אִם תָּעִירוּ וְאִם תְּעוֹרְרוּ אֶת הָאַהֲבָה עַד שֶׁתֶּחְפָּץ »
« Si vous éveillez l'amour, donnez-lui une expression concrète. »
Lorsqu'un homme ressent un éveil d'amour, d'enthousiasme ou de volonté, il doit chercher à le traduire dans une action.
Car les pensées et les sentiments, aussi élevés soient-ils, restent limités tant qu'ils ne se concrétisent pas.
En revanche, lorsqu'ils prennent la forme d'une action, ils acquièrent une dimension infiniment plus grande.
Pourquoi Avraham Avinou a-t-il préparé le bois à l'avance ?
Nous pouvons maintenant comprendre pourquoi Avraham Avinou a tenu à préparer lui-même le bois du sacrifice avant de partir.
Lorsqu'il accepta la demande d'Hachem de sacrifier ce qu'il avait de plus cher au monde, son fils Its'hak, son cœur se remplit d'un amour extraordinaire pour Hakadoch Baroukh Hou.
Il atteignit un niveau exceptionnel de volonté, de dévouement et de soumission à la volonté divine.
Mais Avraham Avinou comprit qu'un tel amour ne devait pas rester uniquement dans son cœur ou dans sa pensée.
Il fallait absolument lui donner une expression concrète, afin que cet éveil extraordinaire ne se perde pas.
C'est pourquoi il décida immédiatement de préparer le bois.
En accomplissant cette première action, il donnait déjà une dimension concrète à tout l'amour et à toute la volonté qu'il ressentait pour Hachem.
Pourquoi Avraham Avinou voulait-il absolument accomplir un geste ?
Nous comprenons maintenant ce qui se passa au moment de la Akéda.
Avraham Avinou avait fait monter Its'hak sur l'autel. Il l'avait attaché et s'était préparé à accomplir la volonté d'Hachem.
Mais soudain, l'ange lui ordonna :
« Ne porte pas la main sur le jeune homme ! »
Avraham Avinou s'étonna.
« Alors, serais-je venu jusqu'ici pour rien ? »
Il voulait au moins accomplir un geste, faire couler une goutte de sang, afin de donner une expression concrète à tout cet amour et à toute cette volonté de servir Hachem.
Mais Hakadoch Baroukh Hou lui répondit :
« Non, ce n'est pas nécessaire. Je t'ai demandé de le faire monter, et maintenant tu peux le faire descendre. »
Car, en réalité, l'action avait déjà été accomplie.
Le fait d'avoir fait monter Its'hak, de l'avoir attaché, de s'être préparé au sacrifice et d'avoir accepté pleinement la volonté d'Hachem constituait déjà une action d'une dimension extraordinaire.
Cette action était suffisante, comme s'il avait réellement offert Its'hak en sacrifice.
C'était précisément ce que Hakadoch Baroukh Hou attendait d'Avraham Avinou.
Il ne lui demandait pas de sacrifier effectivement son fils, mais Il voulait que son amour et sa volonté se traduisent par une véritable action.
Et cette action avait bien été réalisée.
Voilà pourquoi il n'était pas nécessaire d'aller plus loin.
Avraham Avinou, de son côté, souhaitait encore accomplir un geste supplémentaire, car il voulait faire entrer tout son enthousiasme et tout son amour dans une action.
Il savait qu'à partir du moment où un sentiment se concrétise, il prend une dimension infiniment supérieure.
La cendre d'Its'hak et le sacrifice du bélier
C'est également ce qui nous permet de comprendre les paroles de nos Sages, que nous rappelons notamment dans les prières de Roch Hachana.
Hakadoch Baroukh Hou considère la cendre du bélier comme la cendre d'Its'hak, comme si Its'hak avait réellement été sacrifié.
Pourquoi ?
Parce que l'action accomplie par Avraham Avinou avait permis de donner toute sa dimension à la Akéda.
L'amour, le dévouement et la volonté d'Avraham Avinou avaient été pleinement exprimés à travers ses actes.
Ainsi, même si Its'hak n'avait pas été sacrifié, la dimension spirituelle de la Akéda avait réellement été atteinte.
L'accusation du Satan : « לא יחליפנו ולא ימיר אותו »
Le Or Guédaliahou rapporte ensuite une explication extraordinaire.
Le Satan vint accuser Avraham Avinou devant Hakadoch Baroukh Hou.
Il prétendit qu'Avraham Avinou avait transgressé l'interdit de :
« לֹא יַחֲלִיפֶנּוּ וְלֹא יָמִיר אֹתוֹ »
« Il ne le remplacera pas et ne lui substituera pas un autre. »
Lorsqu'un homme consacre un animal à Hachem, il lui est interdit de remplacer cet animal par un autre ou de transférer sa Kedoucha sur un autre animal.
Or, disait le Satan, Avraham Avinou avait initialement consacré Its'hak en sacrifice, puis il l'avait remplacé par un bélier.
Il avait donc, apparemment, transféré la Kedoucha d'Its'hak sur un autre être.
Mais pour comprendre cette accusation, il faut d'abord comprendre la raison profonde de cet interdit.
Pourquoi ne peut-on pas remplacer un animal consacré par un autre ?
Parce que lorsqu'un homme consacre un animal, il le fait avec un certain niveau de volonté, d'enthousiasme et d'attachement à Hachem.
Or, avec le temps, cet enthousiasme peut diminuer.
Si l'on autorisait le remplacement d'un animal par un autre, il existerait un risque que la Kedoucha et la volonté qui accompagnaient la première consécration ne se retrouvent pas avec la même intensité dans la seconde.
Mais chez Avraham Avinou, la situation était totalement différente.
Son amour pour Hachem était tellement profond, sa volonté tellement intense et son engagement tellement entier que rien n'avait diminué entre le moment où il s'était préparé à sacrifier Its'hak et celui où il avait offert le bélier.
Il avait mis exactement le même amour, le même cœur et la même volonté dans le sacrifice du bélier.
C'est pourquoi Hakadoch Baroukh Hou rejeta cette accusation.
Avraham Avinou n'avait pas transgressé cet interdit.
Hachem ne lui avait jamais demandé de sacrifier réellement Its'hak, mais uniquement de le faire monter sur l'autel.
Et cette action avait déjà été pleinement accomplie.
Le sacrifice du bélier venait alors exprimer, dans une action concrète, tout l'amour et toute la volonté qu'Avraham Avinou portait en lui.
La leçon fondamentale de la Akéda
Nous découvrons ainsi un enseignement extraordinaire.
L'amour d'Hachem, la volonté de Le servir, l'enthousiasme et les sentiments les plus élevés ne doivent pas rester uniquement dans notre cœur.
Il faut chercher à les faire entrer dans une action.
Car l'action donne à la pensée et à l'amour une dimension qu'ils ne peuvent pas atteindre seuls.
C'est ce qu'Avraham Avinou nous enseigne à travers la Akédat Its'hak.
Il ne s'est pas contenté d'aimer Hachem et d'être prêt à tout Lui donner.
Il a immédiatement préparé le bois, entrepris le voyage, fait monter Its'hak sur l'autel et accompli tout ce qui lui avait été demandé.
Et lorsqu'il a finalement sacrifié le bélier, il y a mis toute la profondeur de son amour pour Hakadoch Baroukh Hou.
La Akédat Its'hak : le dévouement absolu d'Avraham Avinou à Hakadoch Baroukh Hou
1. Pourquoi la Akéda devait-elle réparer une pensée d'Avraham Avinou ?
Un Midrach nous enseigne qu'après la guerre des rois, Avraham Avinou éprouva une grande crainte : il avait peur d'avoir déjà épuisé tous ses mérites.
En effet, après avoir remporté cette guerre et bénéficié de l'aide extraordinaire d'Hachem, Avraham Avinou se demanda si toutes ces délivrances ne constituaient pas déjà la récompense de ses bonnes actions.
Bien que cette pensée provienne de sa grande modestie, Hakadoch Baroukh Hou lui reprocha de l'avoir eue.
Hachem lui dit, en quelque sorte :
« Tu as eu une mauvaise pensée. Or, le Korban Ola vient précisément expier les pensées du cœur.
Puisque tu as pensé que Je t'avais déjà versé toute ta récompense, cette pensée est considérée, à ton niveau, comme une faute.
Je vais donc te demander de faire monter ton fils en sacrifice. »
Mais comment comprendre ce Midrach ?
Pourquoi une pensée qui semble provenir de la modestie d'Avraham Avinou nécessitait-elle une telle réparation ?
L'explication du Chem Michmouel : l'employé et le serviteur
Le Chem Michmouel nous révèle ici un enseignement extraordinaire.
Il explique qu'il existe deux niveaux dans la manière de servir Hakadoch Baroukh Hou.
Le premier niveau est celui de l'employé.
Un employé travaille pour son patron et reçoit un salaire en contrepartie de son travail.
Tout ce qu'il reçoit constitue donc une partie de sa rémunération.
Le deuxième niveau est celui du serviteur.
Le serviteur, quant à lui, appartient entièrement à son maître. Son service ne repose pas sur une relation de travail contre salaire.
Il ne sert pas son maître dans l'attente d'une récompense, mais parce qu'il lui est totalement dévoué.
Ce deuxième niveau est bien supérieur au premier.
Or, lorsque Avraham Avinou pensa qu'il avait peut-être déjà reçu toute sa récompense, il considéra, d'une certaine manière, son service d'Hachem comme celui d'un employé.
Il envisagea la possibilité que ses actions aient été rémunérées et que son salaire ait déjà été épuisé.
C'est précisément cette pensée que Hakadoch Baroukh Hou voulut corriger.
Hachem lui dit, en quelque sorte :
« Non, Avraham ! Tu n'es pas pour Moi un simple employé qui travaille en échange d'un salaire.
Tu es Mon serviteur, tu M'appartiens entièrement. Tu es même comme un enfant pour Moi.
Et c'est précisément à travers la Akédat Its'hak que tu vas montrer jusqu'où va ton dévouement. »
En acceptant de faire monter son fils Its'hak en sacrifice, Avraham Avinou allait démontrer que son service d'Hachem ne dépendait d'aucune récompense.
Il était prêt à tout donner à Hakadoch Baroukh Hou, sans rien attendre en retour.
Et dès lors, il ne pouvait même plus penser avoir épuisé son salaire, puisqu'un véritable serviteur ne sert pas son maître dans l'attente d'une rémunération.
2. L'enseignement de Rav Israël Salanter : le monde ressemble à un hôtel cinq étoiles
Pour mieux comprendre cette idée, nous pouvons rapporter un enseignement extraordinaire de Rav Israël Salanter.
Rav Israël Salanter explique que notre monde ressemble à un magnifique hôtel cinq étoiles.
Dans un tel établissement, tout est à la disposition des clients : de belles chambres, des repas raffinés, un service exceptionnel et toutes sortes de plaisirs.
Mais chaque prestation a un prix.
Un client qui profite de ces services devra, à un moment ou à un autre, régler la facture.
Il en est de même dans notre monde.
Hakadoch Baroukh Hou nous accorde une multitude de bienfaits : la nourriture, le confort, les plaisirs matériels et toutes les belles choses dont nous profitons.
Mais ces bienfaits pourraient être considérés comme une partie de notre récompense.
Ainsi, un homme qui profite énormément des plaisirs de ce monde peut craindre de consommer ici-bas une partie des mérites qui lui étaient réservés pour le monde futur.
Cependant, Rav Israël Salanter souligne une exception.
Celui qui travaille dans l'hôtel ne se trouve pas dans la même situation qu'un simple client.
Même s'il profite des services de l'établissement, il n'a pas nécessairement à les payer, car il fait partie du personnel de l'hôtel.
Il travaille pour cet établissement et les avantages dont il bénéficie s'inscrivent dans le cadre de son service.
Il en est de même pour celui qui se considère comme un véritable serviteur de Hakadoch Baroukh Hou.
Lorsqu'un homme consacre toute son existence au service d'Hachem, lorsqu'il cherche à Le servir dans chacune de ses actions, même les plus matérielles, il acquiert un statut différent.
Même lorsqu'il mange, lorsqu'il se repose ou lorsqu'il profite des bienfaits de ce monde, son intention reste de servir Hakadoch Baroukh Hou.
Il fait alors, en quelque sorte, partie du personnel de ce monde, puisqu'il est entièrement au service de son Créateur.
Dès lors, les bienfaits matériels dont il profite ne constituent pas nécessairement une diminution de sa récompense future.
Il ne les reçoit pas comme le salaire de ses bonnes actions, mais comme les moyens nécessaires à l'accomplissement de son service.
C'est précisément ce niveau qu'avait atteint Avraham Avinou.
Comme l'explique le Sfat Émet, Avraham Avinou s'était entièrement consacré à Hakadoch Baroukh Hou.
Il était devenu un véritable serviteur d'Hachem, dont toute l'existence était tournée vers l'accomplissement de Sa volonté.
Et c'est ce que la Akéda allait révéler de la manière la plus extraordinaire.
3. La Akéda : renoncer à toutes les promesses d'Hachem
Nous pouvons maintenant aborder un autre enseignement fondamental concernant la Akédat Its'hak.
Lorsque Hakadoch Baroukh Hou demanda à Avraham Avinou de faire monter son fils Its'hak en sacrifice, Avraham aurait pu être profondément étonné.
En effet, Hachem lui avait auparavant promis :
« כִּי בְיִצְחָק יִקָּרֵא לְךָ זָרַע »
« Car c'est par Its'hak que sera appelée ta descendance. »
Comment Hachem pouvait-Il maintenant lui demander de sacrifier Its'hak, alors qu'Il lui avait promis que toute sa descendance passerait précisément par lui ?
D'après le Midrach, cette contradiction n'existait pas réellement.
Hakadoch Baroukh Hou avait simplement demandé à Avraham Avinou de faire monter Its'hak en sacrifice, et non de l'égorger.
Il n'avait donc jamais été question qu'Its'hak soit effectivement sacrifié.
Mais le Sfat Émet propose une autre explication, particulièrement profonde.
Hachem demande à Avraham de renoncer à Sa promesse
Le Sfat Émet explique que lorsque Hakadoch Baroukh Hou demanda à Avraham Avinou de faire monter Its'hak en sacrifice, Il lui demandait en réalité quelque chose d'encore plus difficile.
Hachem lui disait, en quelque sorte :
« Avraham, Je t'ai promis que c'est par Its'hak que viendrait toute ta descendance.
Je t'ai promis qu'à travers lui naîtrait le peuple d'Israël.
Mais maintenant, Je te demande de Me libérer de cette promesse.
Je te demande d'accepter que cette promesse ne se réalise pas. »
Ainsi, l'épreuve de la Akéda prenait une dimension encore bien plus grande.
Avraham Avinou ne devait pas seulement accepter de sacrifier son fils bien-aimé.
Il devait également accepter de renoncer à toutes les promesses que Hakadoch Baroukh Hou lui avait faites.
Il devait être prêt à dire :
« Hachem, Tu m'as promis une descendance à travers Its'hak. Tu m'as promis qu'un peuple entier naîtrait de lui.
Mais si aujourd'hui Tu me demandes de renoncer à tout cela, j'accepte.
Je renonce à toutes ces promesses pour accomplir Ta volonté. »
Ce n'était pas seulement Its'hak, mais tout l'avenir du peuple d'Israël
Nous comprenons maintenant à quel point cette épreuve était extraordinaire.
Lorsque Avraham Avinou fit monter Its'hak sur l'autel, ce n'était pas uniquement son fils qu'il était prêt à sacrifier.
C'était, en quelque sorte, tout l'avenir du peuple d'Israël.
C'était toute la descendance qui devait naître d'Its'hak.
C'étaient toutes les promesses divines sur lesquelles reposait son avenir.
Avraham Avinou acceptait de renoncer à tous ses projets, à tous ses espoirs et à tout ce que Hakadoch Baroukh Hou lui avait annoncé.
Et malgré cela, il ne posa aucune question.
Il accepta pleinement la volonté d'Hachem.
Voilà pourquoi la Akédat Its'hak constitue une épreuve d'une grandeur incomparable.
Et voilà également pourquoi, jusqu'à aujourd'hui, elle demeure un mérite éternel pour le peuple d'Israël.
Car Avraham Avinou n'a pas seulement accepté de sacrifier son fils unique et bien-aimé.
Il a accepté de renoncer à toutes les promesses qu'Hachem lui avait faites, uniquement pour accomplir Sa volonté.
4. Le Beth Halévi : vivre pour le Kiddouch Hachem est encore plus grand que mourir pour le Kiddouch Hachem
Nous pouvons rapprocher cet enseignement des paroles extraordinaires du Beth Halévi.
Le Beth Halévi pose une question fondamentale.
Lorsque nous évoquons la Akédat Its'hak, nous louons principalement Avraham Avinou pour son dévouement extraordinaire.
Mais pourquoi mettons-nous davantage en valeur le mérite d'Avraham Avinou que celui d'Its'hak ?
Après tout, Its'hak avait lui aussi accepté de se laisser sacrifier pour accomplir la volonté d'Hachem.
Pourquoi insistons-nous donc particulièrement sur la grandeur d'Avraham Avinou ?
Deux niveaux de Kiddouch Hachem
Le Beth Halévi explique qu'il existe deux manières de sanctifier le Nom d'Hachem.
La première consiste à mourir pour le Kiddouch Hachem.
C'est le niveau de celui qui accepte de donner sa vie pour rester fidèle à Hakadoch Baroukh Hou.
C'est un niveau extraordinaire de dévouement et de sacrifice.
Mais il existe un deuxième niveau, encore plus élevé :
Vivre pour le Kiddouch Hachem.
C'est-à-dire accepter de continuer à vivre, même après avoir renoncé à tout ce qui donnait un sens à son existence, uniquement pour accomplir la volonté d'Hachem.
Et ce deuxième niveau peut être encore plus difficile que le premier.
Its'hak devait mourir, mais Avraham devait continuer à vivre
Dans la Akéda, Its'hak Avinou devait accepter de mourir pour le Kiddouch Hachem.
Il devait être prêt à offrir sa vie pour accomplir la volonté de son Créateur.
Mais Avraham Avinou, lui, devait accepter quelque chose d'encore plus difficile.
Il devait être prêt à sacrifier son fils, à renoncer à toutes les promesses d'Hachem, à abandonner tout l'avenir qu'il avait imaginé, puis à continuer à vivre.
Il devait accepter de poursuivre son existence après avoir perdu ce qu'il avait de plus cher au monde.
Et plus encore, il devait continuer à servir Hakadoch Baroukh Hou avec le même amour, la même fidélité et le même dévouement.
Its'hak devait accepter de mourir Al Kiddouch Hachem, tandis qu'Avraham devait accepter de vivre Al Kiddouch Hachem.
C'est précisément ce qui rendait l'épreuve d'Avraham Avinou si extraordinaire.
Car il ne s'agissait pas seulement d'accepter un sacrifice ponctuel.
Il s'agissait d'accepter de renoncer à tout son avenir, à toutes ses espérances et à toutes les belles promesses qu'il avait reçues, tout en continuant à vivre entièrement au service d'Hachem.
Voilà pourquoi nous mettons particulièrement en valeur le mérite d'Avraham Avinou dans la Akéda.
Il nous a enseigné que le dévouement absolu à Hakadoch Baroukh Hou ne consiste pas uniquement à être prêt à mourir pour Lui.
Il consiste aussi, et parfois plus difficilement encore, à être prêt à vivre pour Lui, quelles que soient les épreuves et les renoncements que cela implique.
Questions fréquentes sur la Paracha Vayéra
Que signifie le mot « Vayéra » ?
Le mot « Vayéra » signifie « Il apparut ». Il fait référence à l’apparition d’Hachem à Avraham Avinou au début de la Paracha.
Où se trouve la Paracha Vayéra dans la Torah ?
La Paracha Vayéra se trouve dans le livre de Béréchit, du chapitre 18 au chapitre 22. Elle suit la Paracha Lekh Lekha et précède la Paracha ‘Hayé Sarah.
Qu’est-ce que la Hakhnassat Or’him ?
La Hakhnassat Or’him est la mitsva d’accueillir des invités et de prendre soin de leurs besoins. Elle constitue une expression importante du ‘héssed, la bonté envers autrui.
Où se déroule la Akédat Its'hak ?
La Akédat Its'hak se déroule dans le pays de Moria, sur la montagne indiquée à Avraham Avinou par Hachem. La tradition juive associe ce lieu au mont du Temple, à Jérusalem.
Pourquoi lit-on le récit de la Akédat Its'hak à Roch Hachana ?
La Akédat Its'hak rappelle le mérite d’Avraham Avinou et d’Its'hak Avinou, leur fidélité à Hachem et leur dévouement. Ce récit occupe une place importante dans les prières de Roch Hachana.



