La Paracha Et Son Histoire: BAMIDBAR - Identité, Torah et mission de chacun
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Barouh Hachem, nous avons démarré un nouveau concept de la paracha et son histoire pour chabbat. Ce feuillet merveilleux rempli de beaux dvar torah et d'histoire vous permettra d'embellir votre table de chabbat.
La paracha de Bamidbar est lue avant le Matan Torah, avant Chavouot. Et comme le stipule la Guemara, nous devons lire les klalot, les malédictions, avant Roch Hachana, et toujours mettre un écart entre les klalot et la fête suivante.
Donc, la Guemara explique que nous lisons Ki Tavo deux semaines avant Roch Hachana. Puis Nitsavim pour séparer, afin que les klalot ne soient pas proches de Roch Hachana. Les lire avant permet de mettre à distance et de se débarrasser des klalot.
La même exigence concerne Chavouot : on lit Be’houkotaï deux semaines avant, et la semaine juste avant : Bamidbar.
Premier sujet : Le désert - symbole de liberté, d’humilité et d’investissement dans la Torah
Il concerne l’expression Bamidbar, dans le désert, qui est très souvent mentionnée dans le Midrach en référence à la Kabbalat haTorah.
Pourquoi la Torah a-t-elle été donnée dans le désert ?
Le Maharal de Prague explique que si la Torah a été donnée dans le désert, c’est pour qu’on ne pense pas qu’elle dépend de certaines conditions de vie, du lieu où on habite, du pays ou de quoi que ce soit.
La Torah vient avant Erets Israël, avant que les enfants d’Israël s’y soient installés, parce qu’elle est un mode de vie, et pas seulement un savoir-vivre en cours dans certaines sociétés ou dans certaines situations. Elle est indépendante de l’endroit où l’on se trouve.
Les ‘Hakhamim dans le Midrach rapportent beaucoup d’autres raisons pour expliquer pourquoi la Torah a été donnée dans le désert. L’une d’entre elles est que la Torah est gratuite. De même que le désert est gratuit – puisqu’on ne paye pas de péage ou de droit d’entrée pour y accéder – c’est la même chose pour la Torah.
Nous avons le devoir de l’enseigner à tout le monde, et tous ceux qui veulent accéder à la Torah en ont la possibilité.
Le Midrach donne un deuxième pirouch. Pourquoi dans le désert ? Pour nous dire que celui qui veut mériter la Torah doit se rendre semblable à un désert. Le désert est écrasant, il n’est pas possible d’y vivre. Si un homme veut la Torah, il doit accepter toutes les conditions et s’annuler totalement, comme le dit la Michna : « Voici le chemin de la Torah. » Si tu dois l’apprendre dans la difficulté, alors accepte-le, et si tu fais ainsi (Pirké Avot 6,4) : « Achrékha baolam hazé vetov lakh léolam haba » – Tu seras heureux dans ce monde ainsi que dans le monde à venir.
Le Sfat Emet pose une question : « Je ne comprends pas. Ces deux raisons sont complètement contradictoires. » La première invoque que la Torah est gratuite, comme si c’était quelque chose de facile, ouvert à tout le monde. Et juste après, le Midrach propose une explication qui demande d’être prêt à une annihilation complète de soi, de tout donner, de tout accepter rien que pour mériter la Torah.
Il donne alors une réponse extraordinaire. Selon lui, il y a deux niveaux dans la Torah. Découvrir la Torah, goûter à la Torah, comprendre sa beauté, cela, chacun peut le faire facilement et sans effort. Mais pour mériter la Torah, pour que la Torah rentre dans son sang et fasse partie de sa vie, comme on dit (Kiddouchin 32b) : « Ein zaken éla mi chékana ‘hokhma » – Il n’y a d’ancien que celui qui a acquis la sagesse, cela ne peut se faire qu’avec du temps et du labeur.
Et sur cela, Rabbi Its’hak dit (Méguila 6b) : « Si un homme te dit : je n’ai pas travaillé dur et pourtant j’ai réussi, ne le crois pas. » Parce que, pour acquérir la Torah et découvrir ses secrets, il faut s’annuler, s’investir et être prêt à tout donner.
On revient donc à cette importance que chaque juif doit ressentir : la Torah, c’est vraiment sa vie, et pour l’acquérir, il doit tout donner pour elle.
Le Rambam affirme que tout homme d’Israël a le devoir d’étudier la Torah. Un jeune, un vieux, un homme en bonne santé, en mauvaise santé, qui a des enfants, un baal yissourim : tous ont le devoir d’étudier la Torah jusqu’au jour de leur départ de ce monde.
Les commentateurs s’interrogent : pourquoi, concernant d’autres mitsvot, lorsqu’un homme est malade ou souffrant, il peut parfois en être dispensé, alors qu’ici le Rambam dit :
non, jusqu’au dernier jour de sa vie, peu importe la souffrance ou la difficulté, il doit étudier la Torah ?
Le Gaon de Vilna explique qu’il y a 613 mitsvot. Selon la Guemara (Makot 23b), il y a 248 membres correspondants aux mitsvot positives, mais la Torah renvoie à la vie elle-même.
Et s’il en est ainsi, il n’existe aucune situation où on peut arrêter de l’étudier, parce que c’est comme de l’oxygène. Ce n’est pas parce qu’un homme est malade ou vieux qu’il doit arrêter de respirer. L’oxygène, c’est la vie ; la Torah aussi, c’est la vie.
On le voit dans l’histoire de Rabbi Akiva, qui enseignait la Torah malgré le décret des Romains qui l’interdisait. Papous ben Yehouda lui demanda : « Tu n’as pas peur des Romains ? » Rabbi Akiva utilisa alors la parabole du renard et des poissons. Les poissons répondent que, pour eux, l’eau – tout comme la Torah – c’est la vie elle-même.
Le Midrach s’interroge aussi sur le verset (Havakouk 1,14) : « Vetaass adam kidgué hayam » – Tu as fait l’homme pareil aux poissons de la mer. De même qu’un poisson qui sort de l’eau meurt, un homme qui se détache de la Torah se détache de l’élément même de sa vie. Et donc, pour mériter ce niveau de Torah, il faut un véritable labeur et un réel investissement.
Deuxième sujet : Chaque tribu à sa place : Torah, Techouva, Gvoura et Kedoucha au cœur du peuple juif
HaKadoch Baroukh Hou entreprend de rassembler les Bnei Israël selon leurs tribus, chacune étant identifiée par un drapeau particulier. Au centre du camp, se trouve le Michkan et le Aron, et toutes les tribus les entourent, chacune à un endroit précis avec ses propres drapeaux.
Yehouda, Issakhar et Zevouloun font face à l’est. Au sud se trouvent Réouven, Chimon et Gad. A l’ouest, Efraïm, Ménaché et Binyamin. Et au nord : Dan, Acher et Naftali.
A quoi cela correspondait-il ? Quel est le sens de cette disposition ?
Voici l’explication du Ramban et celle du Kli Yakar.
Le Ramban explique que Yehouda était celui qui enseignait la Torah (Béréchit 49,10) : « Lo yassour chévet miYehouda oume’hokek miben raglav » – Le sceptre n’échappera point à Yéhouda, ni l’autorité à sa descendance. C’est de cette tribu que seront issus les dirigeants dans toutes les générations, ceux qui enseigneront la Torah au klal Israël. Il était donc placé en premier, car on place la Torah en priorité.
Et aussi parce que Yehouda était le roi et que la lumière apparaît d’abord à l’est, on y a placé ceux qui « éclairent » : Yehouda par sa royauté, Issakhar par sa Torah, et Zevouloun par sa richesse, laquelle servait à soutenir et à développer la Torah dans le klal Israël.
C’est du sud qu’arrivent la pluie et la rosée. Là se trouvait Réouven, qui était baal techouva, puisqu’il s’était repenti après l’histoire du déplacement des couches. Et la Techouva est une mida extraordinaire qui amène la miséricorde dans le monde. C’est pour cela qu’il a été placé du côté d’où viennent la pluie et la bénédiction.
Avec lui se trouvaient Gad, qui était puissant, et Chimon. Durant les déplacements, ils sortaient en deuxième position parce que la Techouva vient juste après la Torah.
A l’ouest, il y avait Efraïm, Ménaché et Binyamin, c’est-à-dire Yossef et Binyamin, parce que la Chékhina, la présence divine, s’y trouve. Et puisque le Beit Hamikdach a été construit sur le territoire de Binyamin, c’est pour cela qu’il a été placé là. Lors des déplacements, ils sortaient en troisième position.
Yossef Hatsadik est lui aussi un pilier du klal Israël. On a placé la Torah et la Techouva à côté de la Gvoura, la puissance, celle de Binyamin et de Yossef, pour montrer qu’un homme doit constamment combattre son yétser hara afin de mériter la Torah ; et que, pour pouvoir faire Techouva, il faut de la Gvoura (Pirké Avot 4,1) : « Eizehou guibor ? Hakovech ète yitsro » – Qui est puissant ? Celui qui contrôle son penchant.
Au nord, il y avait Dan, qui a obscurci le monde par les fautes de Yéroboam ben Nevat lorsqu’il installa les veaux d’or. On a donc placé avec lui Acher, qui était béni par l’huile, et qui faisait briller l’intérieur du Temple, afin de l’aider à illuminer, ainsi que Naftali, qui est un baal brakha. Ils se trouvaient à l’arrière – et sortaient les derniers – pour justement compléter les bénédictions du klal Israël.
Mais le Kli Yakar explique les choses de manière différente.
Selon lui, Yehouda, Issakhar et Zevouloun étaient placés en premier justement parce que ce sont eux qui faisaient rayonner la lumière de la Torah. Yehouda enseignait la Torah, tandis qu’Issakhar et Zevouloun s’étaient associés pour développer la Torah. Et Zevouloun soutenait matériellement la Torah d’Issakhar, ils allaient toujours de pair.
Le mérite de la Torah d’Issakhar et de Zevouloun aidait aussi Yehouda à faire la guerre, et c’est aussi pour cela qu’ils ont été placés ensemble.
Réouven, Chimon et Gad étaient au sud. Pourquoi ? Parce que le sud symbolise l’endroit où se trouve le soleil, et cela venait rappeler la nature et surtout la modestie. Le Midrach dit (Erouvin 13b) : « Celui qui s’humilie, HaKadoch Baroukh Hou l’aide à se relever. »
Réouven n’a pas eu honte d’avouer son erreur : il possédait la mida de modestie. Chimon représentait les enseignants et les pauvres, donc des personnes simples. Gad était un homme de Tsédaka comme il est dit à son sujet (Dévarim 33,21) : « Tsidkat Hachem assa oumichpatav im Israël » – Il a accompli l’œuvre de Hachem, fidèle à ses devoirs envers Israël !
Puisque ces tribus représentaient la modestie et la générosité, on a placé leurs midot à côté de la Torah.
La Gvoura, la puissance, a été placée à l’ouest, parce que cela symbolise la force. On sait que la véritable Gvoura consiste à vaincre son yétser hara, et Yossef l’a prouvé dans toutes les situations. Et Binyamin également (Béréchit 49,27) : « Zev yitraf » – Un loup qui déchire [sa proie].
Ainsi, lorsqu’on parle de l’ouest, du côté où le soleil se couche, de la faiblesse, il faut y placer la force.
Enfin, Dan, Acher et Naftali représentaient la Kedoucha.
Troisième sujet : les dégualim, les drapeaux
Les drapeaux qui ont été donnés aux Bnei Israël témoignaient du très grand amour que HaKadoch Baroukh Hou éprouvait envers eux. Il est écrit (Chir haChirim 2,4) : « Vediglo alay ahava » – La bannière qu’Il a étendue sur moi, c’est l’amour. Quand Hachem nous a offert les drapeaux, c’était un signe d’amour.
Le Midrach rapporte que, lorsque HaKadoch Baroukh Hou descendit sur le har Sinaï, Il était entouré de milliers et de milliers d’anges, tous porteurs de drapeaux. Et lorsque les Bnei Israël virent cela, « nitavou lidegalim », ils désirèrent eux aussi avoir des drapeaux. Hachem leur dit alors : « Ce que J’ai donné à Mes anges, Je vais aussi vous le donner. »
On sait d’ailleurs que les drapeaux renvoyaient à une qualité précise des anges. Et les Bnei Israël, au moment du Matan Torah, lorsqu’ils s’exclamèrent : « Naassé vénichma » – qui est le secret des anges – s’engageant d’accomplir avant même de comprendre, sans attendre de tout savoir pour accepter, méritèrent eux aussi des drapeaux.
Le Midrach poursuit : lorsque les nations dirent à Israël : « Venez chez nous. Vous deviendrez princes, ministres, rois. Nous allons vous donner de la grandeur », les Bnei Israël leur répondirent (Chir haChirim 7,1) : « Ma tekhézou bachoulamit kim’holat hamahanaïm ? » Est-ce que vous pouvez nous donner quelque chose de comparable au rang que nous avions autour du Michkan, lorsque nous étions organisés avec les drapeaux autour de la Chékhina ? Jamais vous ne pourrez nous offrir une telle grandeur.
Les drapeaux représentaient donc quelque chose d’extraordinaire.
La première explication, la plus connue – développée par Rav Aharon Kotler – est que chaque chose a un ordre et une place, chacun possède une mission et un rôle qui lui correspond.
Au Beit Hamikdach, un Lévi qui devait chanter n’avait pas le droit de fermer les portes, et celui qui devait fermer les portes n’avait pas le droit de chanter. S’ils inversaient leur rôle, ils étaient ‘hayav mita, ils étaient passibles de mort.
En réalité, beaucoup de disputes, et de nombreuses raisons pour lesquelles les gens ne se développent pas et se plaignent de leur situation viennent du fait qu’ils ne sont pas conscients de leurs capacités, de leur mission et de ce qu’ils sont réellement capables d’accomplir. Si chacun se développait de la manière qui lui correspond, il y aurait une complémentarité magnifique entre les individus, et chacun accomplirait sa part et sa mission.
C’était cela toute la grandeur des drapeaux : chaque tribu avait son propre dessin, son propre symbole. Chacun savait où il se trouvait et à quoi il appartenait.
Le reconnaître et mettre de l’ordre dans sa vie, savoir où on en est, qui on est, quelles sont nos capacités et dans quoi on doit investir son développement : celui qui sait le faire avance automatiquement.
Chez les anges aussi, chacun a sa mission.
Ainsi lorsque les hommes ont des drapeaux, cela signifie que chacun comprend qu’il est exactement à la place qui lui convient et il ne cherche ni à jalouser son prochain ni à lui ressembler. Chacun se développe dans ce qu’il est.
Ce symbole des drapeaux nous rappelle que nous sommes tous réunis autour d’une même mission. Si on s’abstient d’être jaloux d’autrui, mais au contraire, si on sait l’encourager dans ce qu’il est capable de faire, tout en s’efforçant de faire ce dont nous sommes capables, cette attitude permet un développement extraordinaire.
Et cela complète ce que dit le Sfat Emet sur la Michna (Pirké Avot 1,14) : « Im ein ani li, mi li ? Oukéchéani leatsmi, ma ani ? » Si moi-même, je ne m’investis pas dans ce que je suis capable de faire, qui le fera à ma place ? Chacun est une pierre précieuse qui brille à sa manière. La première chose est donc de ne pas se perdre dans des activités qui ne nous correspondent pas, mais d’être pleinement nous-mêmes afin de devenir ce que nous sommes capables d’être.
Mais ce rôle doit être associé au tsibour, à la communauté : « Oukéchéani leatsmi, ma ani ? » Si finalement je reste seul, la pierre ne brillera jamais autant.
Si chacun apporte sa pierre et sa couronne, et les place à côté de celles des autres, alors l’ensemble brillera encore plus.
C’est aussi pour cela que les Bnei Israël sont comparés à la fois au sable et aux étoiles. Pourquoi ces deux comparaisons ? Parce que la force du sable, c’est l’union : qu’il y ait énormément de grains de sable permet d’arrêter la mer. Mais les Bnei Israël sont également comparés aux étoiles : chaque étoile est un astre unique, chacune est importante et chacune est comptée individuellement.
D’une part, chacun doit donc connaître ses qualités et développer son potentiel au maximum. Mais il faut l’unir à celui des autres afin de devenir encore plus fort.
Celui qui l’a compris peut exploiter le meilleur de lui-même, comme l’illustre la vie de Rech Lakich.
Deuxième explication sur les drapeaux, développée de manière extraordinaire par Rav Hirsch
Les drapeaux viennent rappeler à chacun la fierté de ce qu’il est. Le peuple d’Israël est le peuple choisi par HaKadoch Baroukh Hou. Les nations nous le reprochent parfois. Pourquoi pensons-nous être différents ? En vérité, c’est ce que le Midrach nous enseigne.
De même que les anges sont chacun à leur place et qu’aucun ange ne peut accomplir une mission qui ne lui a pas été confiée, le klal Israël, lorsqu’il reçoit les drapeaux, montre combien il est uni à Hachem et combien son attachement profond. Et quand Hachem nous a donné les drapeaux, Il nous a permis d’être attachés à Lui, comme le dit le Sfat Emet : « Hidabkout bachorech », être attaché à sa source et à son Roi.
Autour d’un roi, il y a toujours une grande garde. Elle n’est pas seulement là pour le protéger : elle représente aussi l’honneur de la royauté. Nous, le peuple d’Israël, avec les drapeaux, nous représentons cet honneur.
Cela montre qu’un homme doit être heureux de ce qu’il est, et fier de ce qu’il est.
Rav Hirsch explique que lorsqu’un Egyptien voulait s’installer, par exemple dans la tribu de Dan, on lui répondait : « Ich al diglo » – Chacun sous son drapeau.
Les nations possèdent des drapeaux avec des images d’animaux, parfois même interdites. En réalité, cela vient définir leur identité et ce à quoi elles ressemblent.
Le drapeau porte donc un message immense : les Bnei Israël disent aux nations du monde que, peu importe l’importance ou la grandeur qu’on pourrait leur offrir, ils n’appartiendront jamais à une autre armée que celle de Hachem.
Notre fierté, c’est justement d’être attachés à HaKadoch Baroukh Hou.
Et lorsqu’un homme veut vraiment exister, la première chose dont il a besoin, c’est d’une identité. Le drapeau est là pour lui rappeler qu’il existe, qu’il a une définition claire : il est un serviteur de HaKadoch Baroukh Hou.
Pouvoir porter ce drapeau et montrer que l’on sait qui on est, que notre fierté est Hachem, est quelque chose d’immense.
De là, on comprend combien il est important qu’un homme, lorsqu’il sort avec sa kippa, sache être fier de ce qu’il est, qu’il n’ait pas honte de montrer qu’il respecte sa religion de toutes ses forces. Cela doit être une fierté de savoir que nous avons une Torah qui, Baroukh Hachem, nous protège et nous élève.
Avant la Shoah, des rabbanim qui se trouvaient en Italie essayèrent d’obtenir un rendez-vous avec un ministre qui pouvait aider à sauver des juifs. Mais l’entretien n’avait pas été correctement préparé, et lorsqu’ils arrivèrent, ils furent accueillis par son épouse. Lorsqu’elle les reçut, elle leur tendit la main, mais ils refusèrent de la serrer. Elle s’exclama alors : « Comme vous êtes respectueux de votre religion ! J’aurais tellement aimé que mon mari ait aussi cette retenue envers les autres femmes. »
Ce comportement fut finalement un immense Kiddouch Hachem.
Le roi d’Angleterre avait organisé un grand repas et invité les représentants de toutes les grandes religions. Parmi eux se trouvaient un rav orthodoxe et un rav réformé. Le rav orthodoxe demanda une vaisselle spéciale ainsi qu’une nourriture casher préparée spécialement pour lui, et cela fut accepté et organisé. Mais au cours du repas, il y eut des complications, et le rav se servit de sa propre vaisselle. La reine et sa suite furent très impressionnées par son comportement, et elles souhaitèrent s’asseoir aux côtés de rav et de son épouse.
Le rav réformé demanda alors lui aussi à être placé à cette table. Mais on lui répondit : « Nous ne t’avons pas vu te déplacer avec tes assiettes et tes fourchettes dans les mains. »
Parce qu’ils n’avaient pas eu honte et qu’ils avaient porté avec fierté le drapeau de leur religion, ils avaient justement été appréciés.
Lorsqu’un homme sait garder ses valeurs, il est profondément respecté.
Le drapeau vient donc exprimer notre fierté, ainsi que la chance que nous avons, comme nous le disons dans la prière du matin : « Achrénou ma tov ‘helkénou » – Heureux sommes-nous, que notre part est belle !
L’histoire suivante se passe au Japon, dans une ville où le business est florissant, elle était extrêmement propre, et les règles de propreté, d’ordre et de politesse sont strictement observées, au point qu’un homme qui jetterait un mégot de cigarette ou un emballage peut être sanctionné.
Un juif devait y conclure une affaire de plusieurs millions de dollars. Il avait contacté une équipe spécialisée qui connaissait parfaitement les règles et les codes de la ville afin d’organiser le rendez-vous selon les exigences locales.
Tout avait été minutieusement préparé. L’homme d’affaires arriva donc bien habillé, avec toute la politesse et les gestes qu’il fallait, dans le plus grand respect des règles.
Mais il fut accueilli par un homme de l’équipe qui lui dit : « Ecoutez, vous pourriez peut-être enlever la kippa, parce qu’ici, tout est tellement strict que si on voit la kippa, le rendez-vous risque d’être annulé. »
Et le riche, qui s’appelait Monchey, répondit : « Pas du tout. Il est hors de question que je l’enlève. Je suis comme ça, et je ne l’enlèverai pas. »
La discussion devient alors très tendue.
« Vous allez tout gâcher ! Nous avons investi tellement de temps, de travail et d’énergie, et maintenant tout risque d’être annulé ! »
Mais Monchey rétorqua : « Non. Ma kippa ne bougera pas de ma tête. »
Lorsque l’homme comprit finalement qu’il ne changerait pas d’avis, il accepta de le faire monter.
Quand l’homme d’affaires japonais le reçut, il lui servit à boire, puis il lui demanda : « Quelle brakha allez-vous faire ? Chéhakol ? »
Tout le monde le regarda avec étonnement, et il leur expliqua : « Je suis très fier de voir que vous êtes juifs, que vous portez une kippa, et que vous faites les brakhot. Je suis donc très heureux de travailler avec vous. »
Et l’affaire fut signée encore mieux que ce qu’il espérait.
Ce Japonais avait grandi avec des juifs, et il était très fier de faire affaire avec eux et avait en eux une confiance totale.
Alors que si le juif avait eu honte et avait retiré sa kippa, il aurait au contraire tout perdu.
histoire de rech lakich
L’histoire qui est racontée dans la Guemara de Rech Lakich, c’est qu’un jour, Rech Lakich allait au bord d’un grand lac et il voit quelqu’un qui nage dans le lac. Il pensait que c’était une femme, et là il saute le lac, qui était très très large, puisque Rech Lakich était le chef des brigands et qu’il avait une force incroyable. Il saute donc le lac, et quand il arrive de l’autre côté, il se retrouve devant Rabbi Yohanan.
À ce moment-là, Rabbi Yohanan lui dit : « Cette force-là, cette énergie-là, tu peux la canaliser. Tu peux canaliser ton Yetser Hara si tu t’investis dans la Torah. Si tu mets cette force dans la Torah, tu vas réussir énormément. » Puis il lui dit : « Si tu te mets dans la Torah, je te promets de te donner ma sœur, qui est encore plus jolie que moi. »
Rech Lakich se met effectivement dans la Torah, il devient le très grand binôme de Rabbi Yohanan, quelqu’un de très important, et il se marie avec la sœur de Rabbi Yohanan.
Un jour, après une longue vie d’études et de discussions, il y a une discussion entre Rabbi Yohanan et Rech Lakich au sujet des couteaux et des armes : à partir de quand deviennent-ils aptes à recevoir l’impureté ? À ce moment-là, Rabbi Yohanan le critique un peu en lui disant : « Tu crois savoir mieux que moi parce que tu viens du monde des brigands et que tu connais ces outils-là. »
Rech Lakich se vexe un peu et lui répond : « Ce n’est pas uniquement grâce à toi que j’ai fait techouva et que je suis devenu important, parce que même quand j’étais chez les brigands, j’étais déjà quelqu’un de très important. »
La discussion devient très houleuse. Rabbi Yohanan se vexe profondément, et cela entraîne finalement le décès de Rech Lakich. Après cela, Rabbi Yohanan est extrêmement peiné. Il devient même comme fou en cherchant quelqu’un avec qui étudier au niveau de Rech Lakich, mais il ne trouvait personne. Il allait dans les rues en criant : « Où est Rech Lakich ? Où est Rech Lakich ? »
Les Hahamim ont vu qu’il était impossible de le calmer, et ils ont alors prié pour qu’il quitte ce monde.
En réalité, dans cette histoire, il y a quelque chose d’extraordinaire. Rabbi Yohanan ne lui a pas reproché d’avoir sauté le fleuve pour aller chercher une femme.
Non seulement il ne lui a pas reproché, mais il lui a accordé une confiance totale. Il lui a montré qu’avec ces forces-là, il n’avait aucun problème à lui donner sa sœur en mariage, parce qu’il savait que s’il canalisait ces forces, il deviendrait quelqu’un de très grand.
Rabbi Yohanan n’en avait aucun doute, parce que lorsqu’un homme oriente ses énergies et ses forces dans ce qu’il est capable de faire, il peut arriver à quelque chose d’extraordinaire.
Et leur discussion tournait justement autour de cela. Rech Lakich disait à Rabbi Yohanan : « En réalité, le cadeau que tu m’as fait, c’est de m’avoir canalisé. Mais ces forces-là, je les avais déjà. Partout où j’étais, j’étais le meilleur. C’est juste que toi, tu as eu la sagesse de me montrer la bonne voie. »
C’est donc un grand message : lorsqu’un homme, au lieu d’essayer de faire ce pour quoi il n’est pas fait, apprend à utiliser les capacités et les forces qu’il possède réellement, le résultat peut devenir extraordinaire.


