La Paracha Et Son Histoire: EMOR
- Or Torah | LDEJ

- 30 avr.
- 10 min de lecture
Barouh Hachem, nous avons démarré un nouveau concept de la paracha et son histoire pour chabbat. Ce feuillet merveilleux rempli de beaux dvar torah et d'histoire vous permettra d'embellir votre table de chabbat.
Premier sujet :
La paracha commence en mettant en avant la grandeur, l’importance du comportement du Cohen Gadol, du Cohen, et plus particulièrement du Cohen Gadol. Elle s’achève par l’histoire dramatique d’un individu qui s’exclut lui-même du peuple d’Israël après avoir blasphémé le Nom de Hachem, et qui est alors condamné à la lapidation.
En réalité, cette paracha vient nous enseigner que l’homme a la capacité d’atteindre de très hauts sommets, d’avoir un comportement exemplaire, en accord avec ses qualités. Mais, inversement, ‘has véchalom, quelqu’un qui ne se place pas dans un cadre de vie approprié peut totalement dévier. Comme l’explique Rabbi Lévi sur le verset (Vayikra 24,10) : « Vayétsé ben icha israélite » – Le fils de la femme israélite est sorti. Il est sorti de son monde. Mais que signifie « sortir de son monde » ?
Il s’agit du fils d’un Egyptien, l’enfant de Shlomit bat Divri, la seule femme qui fut agressée en Egypte par un Egyptien, et c’est de cette union qu’il naquit. Il était donc juif, mais il n’avait pas une filiation juive du côté paternel, ce qui ne lui permettait pas d’avoir une place dans une tribu.
Trois avis tentent d’expliquer comment il en est arrivé là. Le premier, rapporté par Rabbi Lévi, explique qu’il est « sorti de son monde ». Autrement dit, un comportement inadapté – ne pas comprendre certaines choses, ne pas chercher à s’intégrer dans le peuple d’Israël malgré son épreuve, bien que sa naissance découle d’un acte très négatif – et une volonté de se montrer plus fort que les autres jusqu’à en venir à blasphémer l’ont conduit à sortir de son monde. Ce qui entraîna son exclusion et sa condamnation à la lapidation.
Le début de la paracha évoque justement le Cohen qui n’a pas le droit de se marier avec une femme divorcée, ni ayant eu une relation interdite ni avec une femme Cohen qui a profané son statut de Cohen. Il ne peut pas non plus se souiller par l’impureté de la mort, sauf pour les sept membres proches de sa famille.
Ce qui est demandé au Cohen Gadol est encore plus exigeant : il ne peut même pas se rendre impur pour ses propres parents. Il a simplement le droit de les accompagner de loin le jour de leur mort, car sa place est si élevée dans le Beit Hamikdach que ce serait comme signifier qu’il existe quelque chose de plus important.
La paracha cite également les hommes qui ne peuvent pas servir au Beit Hamikdach à cause de certains défauts physiques, ainsi que les animaux qui ne peuvent pas être offerts en sacrifice pour les mêmes raisons.
Tout cela nous amène à réfléchir : l’homme doit savoir s’entourer de choses qui correspondent à sa grandeur et qui la préservent. Il a également besoin de moments particuliers.
Dans cette paracha, on retrouve aussi les fêtes. Rav Dessler explique que celles-ci font partie du libre arbitre : Hakadoch Baroukh Hou nous a donné des moments spécifiques pour nous aider à faire les bons choix dans notre vie, à monter et à nous élever.
Ainsi, la paracha du Cohen nous enseigne à quel point l’homme doit savoir préserver ses qualités grâce à un entourage adéquat. Et, ‘has véchalom, quelqu’un qui « sort de son monde », c’est-à-dire qui ne préserve pas ses qualités, peut tout perdre et descendre très bas.
Cela rappelle l’histoire rapportée dans la dernière Michna des Pirkei Avot (6,9). Rabbi Yossi ben Kisma marchait sur la route lorsqu’il rencontra un homme. Ils se saluèrent, et l’homme lui demanda d’où il venait. Il répondit qu’il venait d’une ville remplie de grands ‘Hakhamim, de très haut niveau.
L’homme lui proposa alors : « Viens habiter dans notre ville, et je te donnerai des milliers de dinars d’or et d’argent. » Rabbi Yossi répondit : « Même si tu me donnes tout l’or et tout l’argent du monde, je ne quitterai pas un lieu de Torah. » Il appuya ses dires par les versets du roi David (Téhilim 119,72) : « Plus précieuse est pour moi la Torah de ta bouche que des monceaux de pièces d’or et d’argent », et il lui rappela que l’homme, après cent vingt ans, n’est accompagné que par ses mitsvot, et non par sa richesse.
Quel est le message ? D’après certains commentaires, rapportés par le Rav Dessler, cet homme était en réalité Eliyahou Hanavi venu le mettre à l’épreuve. Il voulait voir s’il accepterait de quitter son entourage, même avec de bonnes intentions – par exemple, enseigner la Torah.
Rabbi Yossi ben Kisma le comprit immédiatement et refusa. Comme l’explique Rav Dessler : quelqu’un qui souhaite rapprocher les autres de la Torah doit les attirer à lui, et non se rendre dans des lieux qui ne conviennent pas.
Cela vient nous enseigner combien certains moments sont importants, combien l’environnement est essentiel, combien la prudence face à l’impureté est fondamentale dans la vie d’un homme. Car s’il ne sait pas préserver sa grandeur, ‘has véchalom, il peut la perdre.
De la même manière, un Cohen qui épouserait une femme divorcée, ou un Cohen Gadol qui épouserait une veuve, est disqualifié pour la Kehouna : il perdrait son statut de Cohen.
Ainsi, cette paracha nous enseigne à quel point l’homme doit faire attention à préserver son niveau et ses qualités.
Deuxième sujet
Cette paracha parle de la mitsva de Sefirat HaOmer, « ousfartem lakhem », le commandement de commencer à compter le Omer à partir du lendemain de Pessah.
En comptant le Omer, nous disons chaque jour : « Il y a tant de jours depuis le Omer », le Omer lui-même correspondant au sacrifice apporté le lendemain du premier jour de Pessah, et qui permettait de consommer la nouvelle récolte. Il s’agissait d’une quantité d’orge offerte au Beit Hamikdach.
A partir de là, deux grandes questions se posent :
Pourquoi le compte se fait-il par rapport au Omer ?
Puisque la raison la plus connue du Omer, comme l’explique le ‘Hinoukh, est de montrer notre attente de recevoir la Torah – à l’image d’un esclave qui travaille sous le soleil et dont le seul désir est de voir arriver le coucher du soleil pour se mettre à l’ombre – de la même manière, le désir des Bnei Israël de recevoir la Torah est immense. On compte donc les jours comme quelqu’un qui attend un événement majeur.
Mais alors, pourquoi ce compte est-il tourné vers le passé ? En effet, on dit : « Il y a tant de jours depuis le Omer. » Pourquoi compter en référence à quelque chose de passé, et non vers le futur ?
Le Maharal développe à ce sujet une idée extraordinaire.
Lorsque Adam donna des noms à tous les animaux, il attribua à chacun l’appellation la plus juste, correspondant à sa nature profonde. Mais lorsqu’il dut se nommer lui-même, il dit : « Je m’appelle Adam, car je viens de la terre (adama). » Pourquoi ce choix ? Pourquoi ne pas choisir un nom plus valorisant que le fait d’être issu de la terre ?
Le Maharal explique que ce qui différencie fondamentalement l’homme de l’animal, c’est le potentiel. En hébreu, un animal se dit « behéma », qui peut se lire « ba ma » – « Il est déjà ce qu’il est. » L’animal ne change pas, il n’a pas la possibilité d’évoluer.
En revanche, l’homme est comparé à la terre. Or celle-ci possède un potentiel immense : toutes sortes de fruits, des céréales, des fleurs, une multitude de choses belles, nourrissantes et réjouissantes, peuvent y pousser. Mais à une condition : il faut semer, travailler, investir des efforts. Sinon, la terre ne produit que de mauvaises herbes.
La différence entre l’homme et l’animal s’exprime aussi dans leur alimentation : l’animal consomme de l’orge, tandis que le blé est destiné à l’homme.
A Pessah, lors de la sortie d’Egypte, nous étions encore comme une terre en jachère, sans développement spirituel. C’est pourquoi on apportait un sacrifice d’orge, représentant un niveau encore « animal ». Cela venait exprimer notre reconnaissance envers Hachem pour la nature, mais aussi le fait que, pour l’instant, nous étions encore à un niveau bas.
A Chavouot, en revanche, on offre deux pains à base de blé, qui symbolisent le niveau de l’homme accompli.
Tout le travail durant ces jours de Sefirat HaOmer consiste justement à se préparer à la Kabbalat HaTorah : comprendre qu’on doit s’élever au-dessus du niveau animal par nos efforts, notre travail personnel, notre investissement, afin d’atteindre le niveau d’homme – voire d’ange.
Ce travail consiste à purifier la matière et à s’en détacher. C’est pourquoi, chaque jour, nous comptons combien nous nous sommes éloignés du niveau animal, de la matérialité brute sans dimension spirituelle.
C’est cela, en profondeur, le compte du Omer.
On retrouve cette idée également dans le sacrifice de la Sota (la femme qui s’est isolée). Son offrande était composée d’orge, et la Guemara (Sota 14a) explique que cela correspond à un comportement de niveau « animal ». De plus, on n’y ajoutait ni huile ni encens, afin de souligner l’absence d’élévation spirituelle.
Ainsi, le Omer enseigne qu’un homme, sans travail et sans investissement, peut rester à un niveau très bas, et même, ‘has véchalom, être attiré vers le mal. Comme l’illustre le proverbe : « Si un puits n’est pas rempli d’eau, il se remplit de serpents. »
De la même manière, si l’homme ne remplit pas son esprit de Kedoucha, alors, ‘has véchalom, c’est le yétser hara qui le remplira d’impureté.
Durant cette période, nous réalisons à quel point nous avons besoin de la Torah, à quel point elle est indispensable, et combien il est essentiel de s’éloigner au maximum des bassesses vers lesquelles le corps peut nous entraîner.
Troisième sujet
A la fin de la paracha, il est mentionné que : « Vayétsé ben icha israélite » – Le fils de la femme israélite est sorti. Son père était égyptien. Il est sorti, et il a blasphémé le Nom de Hachem, et il a été condamné à la lapidation.
Qu’est-ce qui l’a amené à faire une chose pareille ?
Rabbi Lévi explique qu’en agissant ainsi, il s’est en réalité fait sortir de son monde, sans en préciser exactement la raison.
Un deuxième avis dit qu’il a quitté le Beit Din de Moché Rabbénou. Il voulait s’installer dans la tribu de Dan, mais on ne l’a pas accepté. Comme l’explique Rav Yerou’ham, cet enfant avait une origine problématique, et il était soumis à de mauvaises influences. Personne ne voulait vraiment de lui, car la Michna enseigne de s’éloigner d’un mauvais ami et d’un mauvais voisin. Pourtant, on lui aurait certainement trouvé une place. Mais dans sa colère, il est sorti de son monde, et est allé très loin, jusqu’à blasphémer.
Un troisième avis explique qu’il est sorti de la paracha du « le’hem », juste avant, qui évoque les douze pains placés chaque semaine dans le Michkan. Un miracle y avait lieu : ces pains restaient chauds toute la semaine. Chaque Chabbat, les Cohanim les consommaient après avoir accompli les sacrifices nécessaires. Mais cet homme s’en est raillé, il dit : « C’est quoi ce roi ? On lui donne un pain d’une semaine ? » Cette moquerie l’a fait sortir de sa Emouna et de sa spiritualité.
Ces trois explications sont étonnantes. Que s’est-il réellement passé ?
Sa mère était Shlomit bat Divri. Comme l’explique Rabbénou Bé’hayé sur l’expression « véchem imo » : la Torah insiste sur le nom de sa mère pour enseigner que l’essentiel de l’éducation passe par ce que celle-ci transmet à ses enfants. Or, Shlomit parlait beaucoup, ce qui avait attiré l’attention de cet Egyptien. Elle est d’ailleurs la seule femme en Egypte à avoir été agressée : il fit sortir son mari et revint vers elle. Tout cela est lié à un manque de pudeur, de tsniout, à l’absence de distance avec les hommes.
La Michna (Pirké Avot 4,21) enseigne : « Hakina, hataava vehakavod motsiin ète haadam min haolam » – La jalousie, les désirs et la recherche des honneurs font sortir l’homme de son monde.
Cela signifie que chaque homme a son monde, son espace, la place où il se trouve et où il doit évoluer. Chacun possède son propre univers.
Par exemple, concernant le Chabbat, il est écrit dans la Guemara (Chabbat 113a) : « Al yetsé ich mimkomo beyom haChabbat » – Un homme ne doit pas sortir de sa place le jour du Chabbat. On s’abstient d’effectuer les 39 travaux, car chacun d’eux peut nous disperser, nous déconcentrer et nous faire sortir de nous-mêmes.
De la même manière, les potentiels, les ambitions mal orientées et les mauvais traits de caractère peuvent faire sortir l’homme de son monde. C’est aussi pour cela que la Torah interdit certains animaux à la consommation : afin de ne pas être influencés par leurs mauvais traits de caractère, car ceux-ci sont dangereux.
Nos Sages disent en effet qu’il ne faut jamais faire entrer la jalousie dans son esprit, car c’est un mal sans remède. Un proverbe exprime la même chose : « La jalousie trouble la marmite. » La Guemara (Sota 9a) enseigne que celui qui est jaloux de ce qui ne lui appartient pas ne recevra pas ce qu’il convoite, et même ce qui lui appartient lui sera retiré. C’est ce qui arriva au serpent qui convoita ‘Hava : finalement, il perdit tout, jusqu’à ses pieds.
Autrement dit, le jaloux sort de son propre bonheur, de ce qu’il possède déjà, pour courir après ce qui ne lui appartient pas. De même, celui qui est dominé par ses mauvais désirs se ment à lui-même, et à partir de là, il n’est plus dans son monde pour évoluer comme il le devrait.
Cet homme, qui s’est emporté parce qu’il n’avait pas de place, a été tellement déstabilisé qu’il est sorti vers des choses irréelles. Il a perdu sa place, son équilibre et son confort spirituel.
Le grand message est donc le suivant : lorsqu’un homme est confronté à une difficulté, il doit chercher des solutions, mais ne jamais céder à la colère, à la jalousie ou à la haine. Car ces traits de caractère font sortir l’homme de sa zone d’existence, de sa stabilité et de ses qualités, et cela peut entraîner des conséquences très graves.
C’est pourquoi le Messilat Yécharim enseigne que la colère est extrêmement dangereuse : au moment où l’homme se met en colère, il perd sa raison et sa capacité de discernement. Et le regret peut arriver trop tard.
Ainsi, l’homme doit constamment travailler ses midot : apprendre à pardonner, à être patient, et à se réjouir de la réussite d’autrui. C’est ce qui lui permettra de rester dans son véritable monde, et de continuer à progresser.

