La Paracha Et Son Histoire: BEAALOTEHA Éternité, aspiration et attachement à Hachem
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Barouh Hachem, nous avons démarré un nouveau concept de la paracha et son histoire pour chabbat. Ce feuillet merveilleux rempli de beaux dvar torah et d'histoire vous permettra d'embellir votre table de chabbat.
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Même si, en Israël, la paracha de Béha’alotekha a été lue la semaine dernière, nous la lisons à présent. Elle contient des enseignements extraordinaires.
Sujet 1: La menorah et la consolation de Aaron
Le premier sujet évoqué est la Ménorah. Rachi explique pourquoi il apparaît juste après la paracha de Nasso. Lors de l’inauguration du Michkan, les Nessiïm, les princes des tribus, apportèrent leurs offrandes, Aharon Hacohen remarqua que chaque tribu avait eu son moment particulier, hormis celle de Lévi, et il en fut attristé. Hachem lui dit alors : « Ne t’inquiète pas. Ta part est plus grande que la leur, car tu as la Ménorah. » L’allumage de la Ménorah est bien plus important.
La question est alors la suivante : pourquoi Hachem l’a-t-Il consolé précisément avec la Ménorah ? Aharon accomplissait pourtant de nombreux autres services dans le Michkan.
Le Ramban explique qu’il s’agit en réalité d’une allusion à la Ménorah des ‘Hachmonaïm, à la ‘hanoukia. Cette lumière continuera à briller dans les maisons juives jusqu’à la fin des temps. Hachem lui disait en fait : « Certes, les Nessiïm ont vécu un moment exceptionnel, mais toi, tu possèdes quelque chose d’éternel. »
Même lorsqu’une chose temporaire est très importante, elle ne pourra jamais égaler quelque chose d’éternel. Voilà un enseignement fondamental !
Dans le même esprit, le roi Chlomo (Michlé 6,6-8), quand il encourage l’homme à agir avec zèle et empressement, prend l’exemple de la fourmi. La fourmi a besoin de très peu pour vivre, sa vie est courte, pourtant elle accumule constamment des réserves. Comme si elle se disait : « Peut-être que D.ieu me donnera une vie plus longue. »
Le Midrach enseigne que si déjà la fourmi, qui ne vit que six mois, et qui pourrait survivre avec un seul grain de blé, prépare autant de réserves, alors l’être humain, dont l’âme est destinée à l’éternité, doit à plus forte raison préparer des richesses spirituelles et accumuler des mérites éternels.
Nos Sages rapportent également qu’en observant les fourmilières, on y trouve d’importantes quantités de nourriture.
Ils font remarquer aussi que la fourmi ne les stocke pas à l’étage supérieur ni à l’étage inférieur, mais uniquement au milieu. Ainsi, celles-ci sont protégées à la fois de la pluie et de l’humidité.
Le Maharal explique que le roi Chlomo veut nous enseigner, à travers cette petite créature, la sagesse d’investir dans ce qui dure réellement, dans ce qui demeure pour l’éternité.
C’est un enseignement dont il faut se souvenir lorsque certaines personnes renoncent à avoir davantage d’enfants parce qu’elles manquent de place dans leur maison ou dans leur voiture. De même, quand on réduit son investissement à la synagogue ou dans les mitsvot à cause de petits obstacles ou de préoccupations passagères.
Il faut toujours garder à l’esprit qu’une petite action dont les effets sont éternels est infiniment plus grande que la plus belle réussite temporaire.
La Torah rappelle cette idée à plusieurs reprises. Lorsque le verset dit : « Ani Hachem », Rachi explique que cela veut dire : « Je suis digne de confiance pour récompenser ceux qui accomplissent Ma volonté. » Même si la récompense n’est pas visible immédiatement, elle est éternelle.
La Michna dans Pirkei Avot (2,15) enseigne : « Le jour est court, le travail est considérable, les ouvriers sont paresseux, le salaire est grand et l’employeur est pressé. » Elle ajoute (Pirkei Avot 2,16) : « Tu peux être confiant en ton employeur qui te rétribuera en fonction de ton labeur. » Et la suite de la Michna précise : « Sache que la récompense des justes est réservée pour le monde futur. » La récompense n’est pas toujours accessible ici-bas ; elle appartient à l’éternité.
C’est précisément cela qui consola Aharon Hacohen. Bien qu’il n’ait pas pu participer à l’événement exceptionnel que fut l’inauguration du Michkan par les Nessiïm, il reçut quelque chose d’encore plus grand : une lumière qui continuera à briller même après la destruction du Temple.
La Ménorah de Hanouka, instaurée par les ‘Hachmonaïm descendants d’Aharon Hacohen, continuera d’illuminer les maisons juives jusqu’à la fin des temps.
Il existe une deuxième explication pour comprendre pourquoi Hachem consola Aharon précisément par la Ménorah.
La Ménorah représente en effet quelque chose de très particulier. Hachem n’a évidemment pas besoin de la lumière des hommes. C’est Lui qui éclaire le monde entier. Pourtant, Il a donné à Aharon Hacohen le privilège d’allumer la Ménorah devant Lui.
Pourquoi ? Afin d’exprimer sa reconnaissance envers le Maître du mondeet de montrer aux nations la grandeur de ce lien privilégié avec Lui. La grandeur de la Ménorah réside justement dans le fait qu’elle semble accomplir une action qui n’est pas nécessaire pour Hachem, mais qui permet à l’homme d’exprimer sa gratitude.
De là, nous apprenons que l’une des missions essentielles de l’être humain est de remercier Hachem, comme le dit le verset (Tehilim 92,2) : « Tov lehodot laHachem » – Il est bon de remercier Hachem.
Aharon Hacohen reçut l’immense mérite d’être celui qui exprimait cette reconnaissance à travers l’allumage de la Ménorah. C’était une mission exceptionnelle et un privilège unique.
Pouvoir remercier Hachem par ses actes est l’une des plus grandes bénédictions qui existent. Il n’est pas nécessaire d’attendre de grands événements ou des moments extraordinaires. Le simple fait d’exprimer notre gratitude envers Lui possède une valeur immense et inestimable.
Montrer notre reconnaissance envers Hachem n’a pas de limites, et sa valeur dépasse tout ce qu’on peut imaginer.
Un troisième enseignement ressort de la tristesse d’Aharon Hacohen dans cette paracha : l’importance de l’ambition spirituelle, du désir constant de grandir et de ne jamais se satisfaire de ce qu’on a déjà accompli.
Aharon Hacohen souffrait, alors qu’il effectuait de très nombreuses mitsvot dans le Michkan. Malgré tous ses mérites, il avait de la peine de ne pas avoir participé à cet événement particulier et à cette mitsva. Grâce à cette aspiration sincère, Hachem lui promit que son allumage de la Ménorah continuerait symboliquement même après la destruction du Temple.
Dans la suite de la paracha, nous retrouvons Yitro. Alors que les Bnei Israël quittent le mont Sinaï pour se diriger vers la Terre d’Israël, il envisage de retourner chez lui. Moché Rabbénou tenta alors de le convaincre de rester. Selon la majorité des commentateurs, notamment le Ramban, il demeura avec eux, ou du moins laissa ses descendants parmi le peuple juif. Grâce à cela, ceux-ci méritèrent de devenir juges au grand tribunal siégeant dans la Lichkat Hagazit du Beit Hamikdach, conformément à la promesse de Moché (Bamidbar 10,31) : « Tu seras pour nous comme des yeux. »
Nous retrouvons la même idée avec les hommes qui étaient devenus impurs. Selon certains avis, il s’agissait de ceux qui portaient le cercueil de Yossef. Pour d’autres, de ceux qui s’étaient occupés de Nadav et Avihou. Un troisième avis énonce que c'était des personnes qui avaient pris en charge un met mitsva, un mort dont nul ne pouvait s’occuper.
A cause de cette impureté, ils ne purent pas offrir le korban Pessah. Pourtant, ils ne se résignèrent pas, et demandèrent : « Pourquoi serions-nous privés de cette mitsva ? » Certes, il existait une raison valable à leur exclusion, mais leur désir était si fort qu’ils refusèrent de renoncer.
Grâce à leur demande sincère, Hachem leur révéla la mitsva de Pessah Chéni. Il leur montra qu’il était possible de rattraper cette mitsva. Ainsi, c’est par leur mérite et leur aspiration spirituelle que cette loi a été enseignée au peuple d’Israël.
Nous touchons ici à un principe fondamental : dans ce monde, beaucoup de choses dépendent de « l’itarouta diletata », de l’éveil qui vient de l’homme lui-même. Tout commence par le désir, la demande et l’ambition. Lorsqu’une personne aspire véritablement à progresser, elle ouvre la porte à de nouvelles bénédictions et à de nouvelles opportunités. A l’inverse, quand il n’y a ni désir ni ambition, l’homme risque de passer à côté de grands cadeaux spirituels.
Cette idée apparaît dès la création du monde. Après la faute d’Adam Harichon et son expulsion du Gan Eden, Hachem lui annonça qu’il mangerait les herbes des champs. Adam Harichon se mit alors à pleurer : « Comment ? Moi et mon âne allons manger la même nourriture ? » Face à cette réaction, Hachem lui accorda alors une nouvelle chance (Béréchit 3,19) : « A la sueur de ton front, tu mangeras ton pain. »
Nous apprenons de là que, lorsqu’un homme désire véritablement évoluer, lorsqu’il aspire à davantage de spiritualité et de proximité avec Hachem, il doit l’exprimer. Les grandes élévations commencent toujours par une aspiration intérieure sincère.
C’était précisément la grandeur d’Aharon Hacohen. Malgré son immense niveau spirituel, il ne se contenta jamais de ce qu’il possédait déjà. Nos Sages enseignent que dans le domaine spirituel, il faut toujours regarder vers ceux qui sont plus élevés que nous afin de continuer à progresser. En revanche, dans le domaine matériel, il convient de regarder ceux qui ont moins que nous, pour cultiver la gratitude et le contentement.
Sujet 2: Les deux Noun et la bénédiction - « Lorsque l’homme se tourne vers Hachem »
Dans cette paracha apparaît également un sujet central et particulièrement fascinant. Au milieu figurent deux lettres Noun écrites à l’envers dans le Séfer Torah, appelées les « Nounim Hafoukhim ». Entre eux se trouvent deux versets composés de quatre-vingt-cinq lettres. Selon un avis rapporté dans la Guemara (Chabbat 115b-116a), ces deux versets sont considérés comme un livre indépendant à part entière. C’est pourquoi le roi Chlomo dit (Michlé 9,1) : « ‘Hatsva amoudéha chiva » – la Torah possède sept livres. En effet, le livre de Bamidbar est ici divisé en trois parties par ces deux versets, et non considéré comme un seul bloc.
Cette particularité est si importante que les Sages enseignent qu’un texte de quatre-vingt-cinq lettres possède déjà le statut minimal de Séfer. Et c’est précisément parce que ces deux versets contiennent quatre-vingt-cinq lettres qu’ils sont considérés comme un livre indépendant.
La question est alors la suivante : pourquoi ces lettres Noun sont-elles écrites à l’envers ?
Rachi rapporte l’explication de la Guemara (Chabbat 115b-116a) : elles viennent séparer trois événements négatifs vécus par les Bnei Israël après le mont Sinaï.
Le premier événement apparaît avant les deux Noun. Il est écrit : « Vayissou méhar Hachem » – Ils quittèrent la montagne de Hachem. Rachi explique qu’ils partirent avec empressement, comme un enfant qui s’échappe de l’école. Contrairement à la sortie de la mer Rouge où Moché dut les pousser à s’éloigner tant ils voulaient profiter des richesses parsemées sur le rivage, ici ils s’en furent d’eux-mêmes. Ils avaient le sentiment d’avoir déjà reçu suffisamment de mitsvot et n’en voulaient pas davantage. Ce fut leur premier échec spirituel.
Après les deux Noun viennent les deux autres événements.
Le premier est la plainte du peuple concernant les voyages dans le désert. Les Bnei Israël se plaignirent d’avoir marché trop longtemps et trop rapidement, alors que ce déplacement avait pour but de les rapprocher de leur entrée en Terre d’Israël. Cette plainte provoqua une punition : un feu divin se déclara et atteignit une partie du camp.
La seconde plainte concerne la manne. Les Bnei Israël regrettèrent l’absence de viande et se mirent à réclamer certains aliments qu’ils évoquèrent avec nostalgie : les poissons, les pastèques, les concombres, les oignons et l’ail. Pourtant, certains d’entre eux leur avaient été retirés parce qu’ils pouvaient être nuisibles, notamment aux femmes enceintes.
A la suite de cette récrimination, Hachem leur envoya des cailles. Mais cet épisode se termina tragiquement, puisque de nombreuses personnes moururent. Le lieu reçut alors le nom de Kivrot HaTaava, « les tombeaux du désir ».
Les deux Noun inversés viennent donc séparer ces trois fautes afin qu’elles ne se suivent pas directement. Car lorsque trois événements identiques se succèdent, ils créent une ‘hazaka, une situation établie et durable.
Entre ces événements, la Torah place justement ces deux versets où Moché Rabbénou prie pour que la Présence divine accompagne toujours Israël et qu’Il ne les abandonne jamais, même lorsqu’ils fautent.
Mais quel est le véritable message de cet enseignement ?
Le point commun entre ces trois fautes est la perte du goût des mitsvot et du sentiment d’être privilégié. Les Bnei Israël ne ressentaient plus la joie d’avoir reçu la Torah au mont Sinaï.
Plus tard, ils déclarèrent : « En Egypte, nous mangions du poisson gratuitement. » Rachi explique que le mot « gratuitement » ne signifie pas qu’ils recevaient réellement la nourriture sans effort, mais qu’ils étaient alors libres de toute obligation spirituelle et de toute mitsva.
Dès qu’ils perdirent le bonheur de servir Hachem, les plaintes commencèrent. Ils n’appréciaient plus la manne, pourtant nourriture spirituelle exceptionnelle qui leur permettait de se consacrer pleinement à l’étude de la Torah, et d’avancer rapidement vers la Terre d’Israël.
Le message est fondamental : tant qu’un homme reconnaît la chance qu’il possède, tant qu’il apprécie les cadeaux spirituels que Hachem lui accorde, il vit dans la satisfaction et la gratitude. Il ne passe pas son temps à se plaindre. Mais lorsque cette reconnaissance disparaît, lorsqu’il perd le goût de la Torah et du service divin, alors les plaintes apparaissent, l’insatisfaction grandit, et il risque de perdre les grandes bénédictions qui lui avaient été accordées.
Une deuxième explication de ces deux Noun, plus profonde encore, est rapportée par le Zohar Hakadoch. Ces deux Noun représenteraient toute la bénédiction et toute la réussite du peuple d’Israël. C’est cela que les nations du monde ont toujours cherché à nous enlever.
On retrouve une allusion à cela lorsque Lavan déclare (Béréchit 31,43) : « Banot benotaï, vehabanim banaï », laissant entendre sa volonté de s’approprier la descendance de Yaakov. De même, quand Yaakov Avinou bénit ses enfants, le Targoum traduit l’expression « Veyidgou larov » comme étant une bénédiction qui renvoie aux poissons. Or, les poissons symbolisent justement cette bénédiction associée aux deux lettres Noun.
Le Zohar ajoute que lorsque le Machia’h viendra, nous retrouverons pleinement la force de ces deux Noun. C’est pourquoi l’un de ses prénoms est Yinon, construit autour de la lettre Noun.
Essayons de comprendre ce que représentent ces deux Noun, pourquoi symbolisent-ils la bénédiction, et pourquoi sont-ils écrits à l’envers ?
Les commentateurs expliquent que la lettre Noun ressemble à un récipient, à un kéli. Lorsque deux récipients sont placés face à face, cela signifie que l’un déverse son contenu dans l’autre. C’est comparable au soleil qui transmet sa lumière à la lune.
Ces deux Noun symbolisent donc la relation entre les Bnei Israël et Hachem. Lorsque le peuple d’Israël se tourne vers Hachem et que Hachem en fait de même, toutes les bénédictions peuvent alors se déverser.
C’est ce qui est exprimé dans la Birkat Cohanim : « Yaer Hachem panav eleikha » – Que Hachem fasse rayonner Sa face vers toi. Toute la bénédiction se trouve dans cette proximité avec Hachem.
En revanche, lorsque l’homme se détourne de son Créateur, lorsqu’il agit comme ce récipient qui se détourne et qui semble dire : « Je n’ai pas besoin de Ta lumière, je peux me débrouiller seul », alors commencent les difficultés et les épreuves.
Comme le dit le verset (Michlé 8,35) : « Car Ta faveur donne la vie. » Une seule seconde d’éloignement ou de colère divine suffit pour que l’homme ressente le manque.
Cette idée est également exprimée dans la Guemara (Soucca 53a) par Hillel Hazaken : « Im ani kan, hakol kan ; véim ein ani kan, mi kan ? » Dans notre contexte, cela signifie que, lorsque la présence de Hachem accompagne l’homme, tout est présent. Mais quand cette présence disparaît, il ne reste rien.
Quand une personne vit avec la conscience que tout vient de Hachem, elle se tourne constamment vers Lui. Pas seulement de manière générale, mais dans chaque détail de sa vie. C’est ainsi que vécut Yossef Hatsadik, qui avait sans cesse le nom de Hachem sur les lèvres. C’est précisément cette attitude qui lui permit de réussir dans toutes ses entreprises. Il savait que tout provenait de Hachem et dépendait de Lui.
Lorsqu’un homme est convaincu que tout ce qu’il possède lui est donné par Hachem et qu’il oriente toute son existence vers le Ciel, alors le « récipient » céleste se tourne lui aussi vers lui. Toutes les bénédictions peuvent alors se déverser.
Tel est le secret de la bénédiction du peuple juif à travers les générations. C’est également ce que les nations ont toujours cherché à nous faire perdre : cette conscience profonde de notre lien avec Hachem.
Lorsqu’un homme renforce sa confiance et sa dépendance envers Hachem, il mérite toutes les bénédictions. Il ressemble alors aux poissons, qui ont constamment les yeux ouverts et attendent en permanence ce qui descend du Ciel.
Tel est le véritable secret de la bénédiction.
Justement, quand les Bnei Israël quittèrent le mont Sinaï avec autant d’empressement, cela traduisait déjà une forme de détournement. C’était comme s’ils se détournaient progressivement et s’éloignaient de cette proximité exceptionnelle qu’ils avaient avec Hachem.
C’est précisément à ce moment-là que Moché Rabbénou pria. Entre les deux Noun, nous trouvons cette supplication dans laquelle il demande que Hachem n’abandonne jamais Son peuple, même lorsque les Bnei Israël s’éloignent, même lorsqu’ils fautent ou se détournent, que Hachem ne Se détourne jamais complètement d’eux et qu’Il continue à les éclairer de Sa lumière.
Cette Présence divine permettra au peuple d’Israël de surmonter les épreuves et les malheurs qui suivront. Car même lorsqu’un homme s’est éloigné, tant que Hachem continue de l’éclairer et de lui tendre la main, tout peut encore être réparé.
Cette idée apparaît également dans le psaume (84,5) « Achré yochvé vétekha ». La Guemara (Chabbat 30a) fait remarquer qu’il manque une lettre dans ce psaume : le Noun. Toutes les lettres de l’alphabet y figurent, sauf elle.
Pourquoi ? Parce que la lettre Noun évoque la néfila, la chute.
Mais immédiatement après, le verset dit : « Somekh Hachem lékhol hanoflim » – Hachem soutient tous ceux qui tombent. Les maîtres expliquent que le mot « somekh » peut être compris comme l’expression de ces deux Noun qui se retrouvent. Les deux récipients se tournent à nouveau l’un vers l’autre. L’homme revient vers Hachem, et Hachem Se tourne vers l’homme. Lorsque ce rapprochement se produit, même après une chute, tout peut être relevé. C’est pourquoi le verset ne s’arrête pas à la chute représentée par le Noun. Il enchaîne immédiatement avec le soutien divin.
Le véritable secret du peuple d’Israël n’est pas de ne jamais tomber. Le véritable secret est de toujours pouvoir se relever grâce au lien qui l’unit à Hachem.
Lorsque les deux « récipients » se font à nouveau face, lorsque l’homme se tourne vers son Créateur et que la lumière divine revient l’éclairer, alors toutes les chutes peuvent être réparées et transformées en élévation.
Sujet 3: Les plaintes sur la manne - « Le cœur : racine de la foi et de l’éloignement »
Dernier point abordé dans cette paracha : la plainte des Bnei Israël contre la manne.
Ils se plaignirent de manquer de viande, et que certains aliments n’étaient pas présents dans la manne. Rachi explique que leur problème n’était pas réellement matériel, ils étaient kemitonenim, c’est-à-dire qu’ils cherchaient un prétexte pour se plaindre et pour s’éloigner de Hachem.
De même, lorsqu’ils déclarent : « Nous mangions gratuitement du poisson en Egypte », Rachi précise que le mot « gratuitement » ne signifie pas sans payer, mais sans mitsvot, sans obligations spirituelles.
Que signifie exactement cette idée selon laquelle ils cherchaient un prétexte pour s’éloigner de Hachem ? Pourquoi leur plainte est-elle considérée comme quelque chose d’aussi grave ?
Le roi Chlomo (Michlé 12,18) enseigne que les paroles du médisant et du râleur sont comme des coups qui pénètrent jusqu’au plus profond de l’être humain. En réalité, la plainte sert souvent de prétexte. Et le prétexte est dangereux, car il permet à l’homme de justifier ce qu’il souhaite déjà faire.
A ce sujet, Rav El’hanan Wasserman pose plusieurs questions fondamentales.
Tout d’abord, pourquoi la Torah fait-elle si souvent dépendre le service de Hachem du cœur ? Comme le dit le verset (Dévarim 6,5) : « Tu aimeras Hachem ton D.ieu de tout ton cœur. » Pourtant, la foi semble être une démarche intellectuelle qui relève davantage de l’esprit que des sentiments.
Rav El’hanan Wasserman s’interroge également : comment peut-on demander à un jeune garçon devenu bar-mitsva de croire en Hachem, alors que même de grands philosophes comme Aristote se sont interrogés sur les questions de foi ? Enfin, comment la Torah peut-elle ordonner la foi ? La foi semble être quelque chose de naturel : soit on croit, soit on ne croit pas.
Rav El’hanan répond que, fondamentalement, la foi est une chose simple et naturelle. Lorsqu’un homme observe la création, l’ordre du monde, la sagesse qui se trouve dans chaque détail de l’univers, il lui devient difficile de nier l’existence d’un Créateur. Peut-on imaginer qu’une simple boîte d’allumettes se soit fabriquée toute seule ? Que des arbres soient tombés par hasard, que le bois se soit découpé seul, que le carton se soit assemblé sans intervention extérieure ? Personne n’accepterait une telle idée.
Alors, si une simple boîte d’allumettes ne peut pas apparaître seule, comment un univers aussi complexe, aussi harmonieux et aussi extraordinaire pourrait-il être le fruit du hasard ?
La Emouna est donc naturellement accessible à l’intelligence humaine.
Alors pourquoi certains doutent-ils ?
Rav El’hanan explique que le problème ne se situe généralement pas dans l’esprit, mais dans le cœur. Souvent, l’homme ne rejette pas la foi parce qu’il manque de preuves, mais parce qu’il ne souhaite pas que cette foi limite la réalisation de certains de ses désirs.
Lorsque le cœur est attiré par certaines envies ou passions, l’homme cherche alors des arguments pour justifier ce qu’il veut faire. Il finit par remettre en question même les vérités les plus évidentes afin de pouvoir agir sans contrainte.
Selon cette approche, si Aristote a rencontré des difficultés dans le domaine de la foi, ce n’était pas parce que la vérité lui était inaccessible, mais parce que certaines aspirations personnelles l’empêchaient d’en accepter pleinement les conséquences.
À l’inverse, lorsqu’un homme travaille ses qualités, purifie ses désirs et recherche sincèrement la vérité, sa foi devient claire et solide.
C’est ce qui se produisit avec les Bnei Israël dans le désert. Leur problème n’était pas réellement le manque de viande ou l’absence de certains aliments. Le véritable problème était une volonté intérieure de prendre de la distance avec les exigences spirituelles.
De là, nous apprenons un enseignement essentiel : lorsqu’un homme travaille ses midot, maîtrise ses désirs et recherche honnêtement la vérité, il se rapproche naturellement de la Emouna. Plus le cœur est pur, plus la foi devient évidente. Et plus la foi devient forte, plus l’homme trouve la volonté et la joie d’accomplir les mitsvot.
Un dernier enseignement apparaît dans cette paracha.
Face aux nombreuses plaintes des Bnei Israël, Moché Rabbénou ressentit une immense difficulté. Non seulement il devait porter seul la responsabilité du peuple, mais il souffrait également à l’idée des conséquences et des punitions que ces fautes risquaient d’entraîner. Hachem lui répondit alors : « Réunis soixante-dix anciens d’Israël qui t’aideront à diriger le peuple. »
Ces hommes furent choisis parmi les anciens contremaîtres juifs. Lorsque les Egyptiens exigèrent des quotas impossibles à atteindre, ces hommes refusèrent de frapper leurs frères et reçurent les coups à leur place. Grâce à ce mérite exceptionnel, ils furent choisis pour devenir les dirigeants spirituels du peuple.
Cependant, une difficulté se présenta. Il fallait prendre six hommes dans chacune des douze tribus, ce qui faisait soixante-douze candidats pour seulement soixante-dix places.
On procéda donc à un tirage au sort en préparant soixante-dix billets désignant les élus, et deux billets vierges.
Parmi les personnes sélectionnées se trouvaient Eldad et Médad. Mais à cause de leur grande modestie, ils ne se sentirent pas dignes d’occuper une fonction aussi importante. Ils décidèrent donc de rester à l’écart et ne se présentèrent pas à la réunion.
Cette humilité leur conféra un niveau exceptionnel de prophétie. Ils prophétisèrent alors que Moché Rabbénou mourrait dans le désert et que ce serait Yehochoua qui ferait entrer les Bnei Israël en Terre d’Israël. Lorsque cette prophétie fut connue, Guerchom, le fils de Moché, courut l’annoncer à son père. Yehochoua, le fidèle disciple de Moché Rabbénou, réagit alors avec beaucoup de zèle pour l’honneur de son maître. Il déclara à Moché : « Il faut les emprisonner. Il n’est pas normal qu’ils tiennent de tels propos. »
Nos Sages enseignent que Yehochoua fut puni pour cette réaction. Il n’eut plus d’enfants jusqu’à la fin de sa vie, car il avait exprimé une décision devant son maître. La question est évidente : Yehochoua ne cherchait pourtant qu’à défendre l’honneur de Moché Rabbénou. Pourquoi fut-il puni ?
Rav ‘Haïm Chmoulevitz explique qu’un élève qui tranche une question ou prend une décision en présence de son maître commet une faute très grave, non parce qu’il lui manque forcément de respect, mais parce qu’il transmet un message dangereux.
En effet, même lorsqu’il agit avec de bonnes intentions, il donne l’impression qu’il est possible de se débrouiller seul, sans l’avis ni la direction d’un maître. Il laisse penser que l’on peut avancer sans Rav.
Or, c’est précisément cette idée que la Torah rejette. Le peuple juif ne peut pas grandir sans maîtres spirituels. La transmission de la Torah passe de génération en génération à travers les rabbanim.
Le Midrach compare le peuple d’Israël à une colombe. De même que la colombe ne peut pas voler correctement sans ses ailes, le peuple d’Israël ne peut pas s’élever sans ses guides spirituels.
Même le roi Chlomo, considéré comme le plus sage des hommes, avait besoin d’être guidé. Nos Sages enseignent qu’après le décès de son maître Chamaïa, il fit des erreurs qu’il n’aurait pas commises auparavant. Cela nous montre que même la plus grande sagesse ne dispense jamais d’avoir un Rav.
Ainsi, le problème n’était pas que Yehochoua ait voulu défendre l’honneur de Moché Rabbénou. Son erreur fut de donner l’impression qu’il était possible de prendre une décision de manière autonome, sans passer par son maître.
Le message est fondamental : la grandeur spirituelle ne se construit jamais seul. Hachem a voulu que la Torah soit transmise par des maîtres, des enseignants et des rabbanim. Reconnaître ce besoin de guidance et rester attaché à ses maîtres est une condition essentielle pour progresser et grandir dans la Torah.
Histoire 1 : Choisir l’Eternel plutot que l’éphemère
Première histoire sur l’idée qu’il vaut mieux investir dans quelque chose d’éternel et de durable que dans la plus belle des choses temporaires.
Il y avait en Eretz Israël un homme qui habitait dans le Carmel. C’était quelqu’un qui observait la Torah et les mitsvot comme il faut. Il avait cependant une grande passion : les montres. Avec son frère, ils avaient l’habitude de commander des montres très rares pour lesquelles il fallait parfois attendre plusieurs années avant de les recevoir.
Pendant toute cette période d’attente, ils mettaient de l’argent de côté afin de pouvoir les acheter. Un jour, ils commandèrent une montre particulièrement exceptionnelle. Petit à petit, ils réussirent à économiser jusqu’à 400 000 shekels. Il ne restait plus beaucoup de temps avant de recevoir la montre.
C’est alors que son frère l’appela et lui dit : « Un avrekh de Bné Brak a vu sa maison partir en fumée. Tout a brûlé. Il ne lui reste rien, pas même une couverture. Il a plusieurs enfants, n’a plus d’endroit où vivre, c’est une véritable catastrophe. Pour l’aider à se relever, il faudrait plusieurs centaines de milliers de shekels. »
Son frère lui proposa alors : « Au lieu d’acheter cette montre, pourquoi ne pas utiliser cet argent pour l’aider à retrouver un logement, le temps qu’il se reconstruise et qu’il puisse faire les travaux nécessaires ? Une montre est quelque chose de passager, tandis qu’ici nous pouvons vraiment aider une famille dans une situation très difficile. Le mérite d’une telle action est immense. »
Ils décidèrent alors de voir s’il était possible d’annuler la commande.
Lorsqu’ils contactèrent la société, celle-ci accepta sans difficulté, car de nombreuses personnes étaient intéressées par cette montre. La commande fut donc annulée.
Les deux frères utilisèrent alors tout l’argent pour aider cet avrekh et sa famille. Ils lui permirent de se reloger et lui achetèrent tout ce qui était indispensable : un réfrigérateur, une machine à laver et tout le nécessaire pour recommencer une vie normale.
Bien sûr, d’un côté, cet homme était un peu triste de renoncer à cette montre dont il rêvait depuis si longtemps. Mais d’un autre côté, il ressentait une immense satisfaction intérieure, car il savait qu’il avait accompli quelque chose de vraiment grand.
Quelques années plus tard, un terrible incendie éclata en Israël et ravagea les forêts du Carmel ainsi que plusieurs villages entiers. Lorsque le feu s’approcha de leur village, la police demanda immédiatement à tous les habitants d’évacuer.
Il dut partir en toute urgence avec sa femme et ses enfants, monter en voiture et se réfugier dans un hôtel en attendant que la situation se calme. Une grande partie du village fut détruite par les flammes.
Lorsque les habitants furent autorisés à revenir, ils découvrirent avec émotion que leur maison n’avait pas été touchée. Tout était resté intact, même les objets de grande valeur qui n’auraient jamais pu être remboursés par les assurances.
À ce moment-là, il comprit que le mérite de la mitsva qu’il avait accomplie l’avait accompagné pour l’éternité. Mais il vit aussi que, déjà dans ce monde-ci, Hachem l’avait récompensé mida kenegued mida, mesure pour mesure.
Histoire 2: Le sourire d’Hachem lorsque l’on se tourne vers Lui
Une histoire sur la force de la confiance en Hachem et sur la façon dont, lorsqu’une personne se tourne complètement vers Lui, elle peut voir Son aide de manière extraordinaire.
Il y avait un homme dont le métier était Sofer. Il écrivait des Sifré Torah ainsi que tout ce qui concerne le travail des sofrim. Pendant longtemps, il travaillait avec une personne qui lui achetait régulièrement ce qu’il écrivait. Mais un jour, ce client dut partir à l’étranger pour une longue période.
Le Sofer se retrouva alors sans véritable client. C’était une situation très difficile, car écrire sans avoir de commandes fait accumuler les parchemins, enlève l’envie de travailler et, surtout, ne permet plus d’avoir une parnassa normale.
Même le roi Chlomo, considéré comme le plus sage des hommes, avait besoin d’être guidé. Nos Sages enseignent qu’après le décès de son maître Chamaïa, il fit des erreurs qu’il n’aurait pas commises auparavant. Cela nous montre que même la plus grande sagesse ne dispense jamais d’avoir un Rav.
Ainsi, le problème n’était pas que Yehochoua ait voulu défendre l’honneur de Moché Rabbénou. Son erreur fut de donner l’impression qu’il était possible de prendre une décision de manière autonome, sans passer par son maître.
Le message est fondamental : la grandeur spirituelle ne se construit jamais seul. Hachem a voulu que la Torah soit transmise par des maîtres, des enseignants et des rabbanim. Reconnaître ce besoin de guidance et rester attaché à ses maîtres est une condition essentielle pour progresser et grandir dans la Torah.


