La Paracha Et Son Histoire: NASSO - Donner, grandir et se sanctifier
- Or Torah | LDEJ

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Barouh Hachem, nous avons démarré un nouveau concept de la paracha et son histoire pour chabbat. Ce feuillet merveilleux rempli de beaux dvar torah et d'histoire vous permettra d'embellir votre table de chabbat.
Premier sujet
Dans la paracha, après avoir évoqué les prélèvements et la dîme à donner aux Cohanim, la Torah (Bamidbar 5,10) dit : « Rish ète kodachav lo yihyou » – Celui à qui appartiennent les choses saintes, elles seront à lui. Nos Sages expliquent qu’il s’agit de celui qui donne correctement ses maasserot au Cohen, alors, « lo yihyé », cela lui appartiendra véritablement : il aura beaucoup d’argent et de bénédictions. Et le Midrach en conclut que toute personne qui donne correctement ses maasserot finira par s’enrichir.
Rachi ajoute cependant que celui qui garde ses maasserot pour lui ne conservera que ses maasserot : c’est-à-dire seulement 10 % de ce qu’il possède. Autrement dit, il nous enseigne que celui qui ne donne pas ses maasserot risque de perdre le reste de sa richesse, jusqu’à ce qu’il ne lui reste que cette part-là.
Pour bien le comprendre, il faut rapporter l’histoire que les Tossafot citent dans la Guemara (Ta’anit 8b). Un homme possédait un champ qui produisait énormément, et il prélevait fidèlement ses maasserot. Ainsi, la bénédiction reposait sur ses récoltes chaque année, même durant les périodes de famine et de difficultés. Mais son fils, lui, ne tint pas bon. Voyant la quantité importante qu’il devait donner, il considéra cela comme une perte et arrêta de prélever les maasserot. A partir de ce moment-là, la production de son champ commença à diminuer progressivement, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que 10 % de ce qu’il gagnait auparavant.
Un jour, les membres de sa famille vinrent le voir, habillés de beaux vêtements. Comme il ne comprenait pas pourquoi ils venaient ainsi, et qu’ils cherchaient peut-être à le rabaisser dans sa situation difficile, ils lui expliquèrent : « C’est toi qui as causé cela. Ton père t’avait pourtant averti. Avant, Hachem était le Cohen : toi, en tant que propriétaire, tu gardais 90 % et tu donnais 10 %. Maintenant que tu as inversé les rôles, Hachem t’a rendu Cohen : tu ne reçois plus que les 10 %, tandis que Hachem a gardé les 90 %. »
C’est exactement ce que Rachi veut nous enseigner : l’erreur consiste à croire qu’en donnant beaucoup, on perd. En réalité, l’homme ne fait que rendre ce que Hachem lui a donné. Comme nous le disons dans les Pirkei Avot (3,7) :
« Ten lo michelo » – Donne-Lui de ce qui Lui appartient, car tout ce que nous possédons vient de Hachem.
Le Midrach explique d’ailleurs qu’en vérité, D.ieu ne doit rien à l’homme. Tout ce que l’homme accomplit – les prières, l’étude de la Torah, la Tsédaka – n’est que le remboursement d’une dette, puisque tout ce que nous avons appartient déjà à Hachem. Malgré cela, dans Son immense bonté, Il considère nos actes comme si nous avions donné de ce qui nous appartenait réellement.
C’est le sens du passouk (Téhilim 62,13) : « Lekha Hachem ha’héssed, ki Ata téchalem léich kémaasséhou » – A Toi, Hachem, appartient la bonté, car Tu récompenses chaque homme selon ses actions. Hachem agit avec une bonté extraordinaire en rétribuant l’homme comme s’il avait agi avec ses propres moyens.
Le ‘Hovot Halevavot écrit également que, par bonté, Hachem considère nos actions comme si elles venaient véritablement de nous, alors qu’en réalité, tout ce que nous faisons provient de ce qu’Il nous a donné.
Lorsqu’un homme reconnaît sincèrement que tout vient de Hachem, alors Hachem lui répond : « Puisque tu reconnais que tout vient de Moi, Je considère alors que tout vient de toi. » Hachem le traite comme un véritable propriétaire et lui accorde ce qu’il mérite : les 90 %, avec abondance et bénédictions. En revanche, dès qu’il pense (Dévarim 8,17) : « Ko’hi ve’otsem yadi assa li ète ha’hayil hazé » – C’est ma force et la puissance de ma main qui m’ont apporté cette réussite, alors il devient nécessaire de lui rappeler que (Tehilim 24,1) « La terre et tout ce qu’elle contient appartiennent à Hachem. »
A l’inverse, comme le dit la Guemara (Brakhot 35a), lorsqu’un homme n’oublie pas de remercier Hachem et d’accomplir ses devoirs, alors HaKadoch Baroukh Hou déclare (Téhilim 115,6) : « Vehaarets natan livnei adam » – La terre a été donnée aux hommes. Lorsqu’une personne ressent profondément que tout ce qu’elle possède vient de Hachem, c’est précisément cela qui lui donne le mérite d’en être réellement le maître et le propriétaire.
Vient alors la garantie céleste que la bénédiction pourra se déverser sans limites. Comme l’écrit le Séfer Ha’Hinoukh au sujet des Bikourim, les prémices : la reconnaissance envers Hachem ouvre les canaux de la bénédiction et permet à l’homme de recevoir toujours davantage.
Deuxième sujet
Toujours dans ce même passouk (Bamidbar 5,10), juste après le passage qui parle de celui qui ne veut pas donner sa terouma et son maasser, la Torah enchaîne avec l’histoire de la Sota, cette femme qui s’isole avec un homme alors qu’il existe un soupçon de faute et de tromperie.
Rachi explique alors quelque chose d’étonnant : si un homme retient sa dîme et refuse de la donner au Cohen, il finira par amener sa femme chez le Cohen dans le cadre de la procédure de la Sota.
Quel rapport y a-t-il entre ne pas donner ses maasserot et avoir ensuite des problèmes dans son foyer, au point de devoir amener sa femme chez le Cohen ?
On peut proposer deux explications.
La première est la suivante : cet homme n’a pas voulu reconnaître la mission du Cohen. Le Cohen représentait le guide spirituel du peuple d’Israël, celui qui transmettait la Torah, enseignait les valeurs et aidait les Bnei Israël à obtenir le pardon de leurs fautes. La Torah dit d’ailleurs (Dévarim 17,9) : « Tu viendras vers le Cohen qui sera à ton époque. » Et Rachi explique : même si le Cohen de ta génération n’est pas comparable à Aharon HaCohen, même si les dirigeants spirituels d’aujourd’hui ne sont pas au niveau des générations précédentes, malgré tout, tu dois aller vers le Cohen de ton époque.
Un homme ne doit pas constamment chercher à vérifier si le Cohen correspond parfaitement à ses attentes ou à ses critères. Il doit savoir reconnaître sa valeur en fonction de sa génération et avoir confiance que, si Hachem lui a confié cette mission, alors il faut le respecter et se tourner vers lui.
Celui qui refuse de reconnaître cela devra finalement, malgré lui, apprécier l’importance du Cohen. Mesure pour mesure, il sera contraint d’aller le voir et d’avoir besoin de lui pour sauver son foyer et rétablir la paix dans sa famille.
Le Sforno développe une idée similaire au sujet de l’expression (Chémot 13,17) « Vayehi bechala’h ». Le mot « Vayehi » marque une souffrance ou une difficulté. Le Sforno explique qu’il existe une règle générale :
lorsqu’un homme refuse d’accomplir la mission que Hachem attend de lui, il finira malgré tout par devoir l’accomplir, mais cette fois sous la contrainte et dans la douleur. Au lieu qu’elle soit vécue comme une grandeur, un mérite et une élévation, elle devient une obligation pénible imposée contre son gré.
Ainsi, la première explication est que celui qui refuse de reconnaître la grandeur et le rôle du Cohen finira malgré lui par devoir reconnaître son importance et dépendre de lui.
Une deuxième explication peut être comprise à travers ce qu’enseigne Rav Dessler. Il explique que le véritable secret du chalom baït – mais aussi de la paix dans toute société – repose sur une seule chose : la capacité de donner. Lorsqu’un homme aime donner aux autres, automatiquement il est apprécié et aimé. Les gens ressentent sa générosité, son attention et son désir sincère d’apporter du bien autour de lui. Mais lorsqu’une personne ne cherche qu’à prendre pour elle-même, à tirer profit d’autrui et à tout garder pour elle, alors naturellement les gens commencent à s’éloigner d’elle.
C’est précisément ce qui crée les disputes et les tensions. Car cette attitude rend l’homme avare et centré uniquement sur ses propres intérêts. Au lieu de construire des relations basées sur le don et l’attention, il ne pense qu’à ce qu’il peut recevoir.
On peut alors comprendre le lien avec la Sota. Une femme qui ressent que son mari n’aime pas donner, qu’il s’y refuse constamment – et qu’il n’est même pas décidé à s’accomplir de ses obligations envers le Cohen et le Beit Hamikdach – cela finit forcément par entraîner des conséquences dans son foyer. Cette attitude crée une distance, même avec la personne la plus proche de lui : sa propre femme. Car elle ressent qu’il n’est pas réellement présent pour elle. Peut-être qu’il ne lui donne pas suffisamment d’attention, de compliments, il ne consacre pas de temps à sa famille. Peut-être est-il absent émotionnellement, et concentré uniquement sur lui-même et sur ses propres plaisirs.
Toute sa pensée est dirigée vers ce qu’il peut recevoir, jamais vers ce qu’il peut offrir. Et lorsqu’un foyer perd cette dimension du don, du partage et de l’attention à l’autre, alors la paix du foyer commence à se fragiliser.
Une très belle histoire illustre parfaitement cette idée.
Un père et son fils se disputèrent en plein hiver. Le père était déjà très âgé et ne pouvait plus travailler. C’était donc son fils qui faisait vivre la maison. Mais ils n’avaient qu’un seul manteau. Le père dit alors à son fils :
« Toi, tu es jeune. Quand tu marches et que tu travailles, tu bouges, donc tu te réchauffes. Moi, je reste à la maison sans bouger et j’ai très froid. Laisse-moi le manteau. » Mais le fils lui répondit : « Ce n’est pas logique. C’est moi qui sors dans le froid pour travailler. Toi, tu restes à l’intérieur. C’est donc moi qui ai besoin du manteau. »
Ainsi, chacun défendait sa position. Finalement, ils décidèrent d’aller demander conseil à un Rav. Mais celui-ci ne savait pas quoi leur répondre, d’une certaine manière, les deux avaient raison. Lorsque chacun pense à lui-même, chacun peut trouver de très bons arguments pour justifier ses propres besoins. Le Rav leur dit alors : « Revenez dans une semaine, je vais réfléchir à une solution. »
Mais entre-temps, quelque chose changea. Chacun commença à réfléchir non plus à lui-même, mais à l’autre.
Lorsque la semaine suivante arriva, le fils disait désormais : « Non, c’est toi qui dois garder le manteau. Tu es âgé, tu ne bouges pas, tu souffres davantage du froid. » Et le père répondait : « Non, j’ai réfléchi. C’est toi qui vas travailler pour nous aider. Tu sors dans le froid, tandis qu’à l’intérieur, il fait moins froid. C’est donc toi qui dois prendre le manteau. »
Cette fois-ci encore, ils ne parvinrent pas à résoudre le problème et retournèrent voir le Rav.
Mais dès que le Rav entendit leur nouvelle manière de parler, il s’exclama :
« Magnifique ! Cette fois-ci, j’ai une excellente solution pour vous ! » Il quitta rapidement son bureau, revint avec un manteau et leur en fit cadeau. Etonnés, ils lui demandèrent : « Mais si la solution était si simple, pourquoi nous avoir demandé d’attendre une semaine ? – La semaine dernière, lorsque j’ai vu que chacun tirait de son côté et ne pensait qu’à lui-même, moi aussi, je n’ai pensé qu’à moi. Je me suis dit : "J’ai un seul manteau en plus, je vais le garder pour moi." Mais cette semaine, quand j’ai vu votre amour, quand j’ai vu que chacun voulait le bien de l’autre et cherchait à rendre l’autre heureux, alors cela m’a donné envie de vous donner le monde entier. »
C’est précisément cela qui construit le chalom baït. Lorsqu’une personne pense à l’autre, l’autre finit naturellement par penser à elle aussi.
Comme dans le message précédent : si tu penses au Cohen, alors le Cohen pensera à toi. Lorsque chacun cherche à donner plutôt qu’à prendre, la bénédiction, l’amour et la paix peuvent véritablement s’installer dans la maison.
Troisième sujet : la paracha de la Sota
Il s’agit d’une femme qui s’est isolée avec un homme après que son mari lui a déjà fait un avertissement, et malgré cela, elle recommence une seconde fois. Dans ce cas, elle pouvait être conduite au Beit Hamikdach afin de vérifier sa situation grâce aux eaux de la Sota.
Au Beit Hamikdach, le Cohen mettait en place un processus extrêmement long et détaillé. Puis on lui faisait boire une boisson composée d’eau mélangée à de la poussière du Beit Hamikdach. Ensuite, on effaçait avec de l’eau toute la paracha de la Sota avec le Nom de Hachem écrite sur un parchemin, et c’est ce texte effacé par l’eau qu’elle devait boire. Jusqu’au dernier moment, elle pouvait reconnaître sa faute et avouer afin d’éviter cette épreuve. Mais si elle affirmait qu’elle n’avait pas fauté, alors elle buvait cette eau.
Si elle avait réellement fauté, elle mourait d’une manière très humiliante et dégradante. En revanche, si elle était innocente, elle ressortait pure et recevait de grandes bénédictions : des enfants, de beaux enfants, ainsi qu’une grande réussite.
Le Ramban explique cependant que cette procédure n’eut cours que lorsque le peuple d’Israël se trouvait à un niveau spirituel très élevé, dans une génération épargnée de la faute. C’était donc quelque chose de rare et exceptionnel. Mais dès que les fautes commencèrent à se multiplier parmi le peuple, on arrêta de faire boire ces eaux.
Beaucoup de détails de cette procédure étaient justement destinés à pousser cette femme à réfléchir et à prendre conscience de la gravité de son acte. Par exemple, son sacrifice était composé d’orge – qui est une nourriture animale – pour montrer qu’elle avait agi avec un comportement guidé par les instincts plutôt que par la grandeur spirituelle. Contrairement aux sacrifices raffinés, qui ressemblaient à l’encens et rappelaient les matriarches, ici tout soulignait le contraire de la voie des Imaot.
Il y avait aussi le fait qu’on lui faisait boire l’eau dans un ustensile en argile. Cela est très étonnant, car au Beit Hamikdach on n’utilisait généralement pas ce type de récipient, considéré comme un objet de moindre qualité. Pourquoi, pour un événement aussi important, ne pas utiliser un beau verre ou un ustensile noble ?
Rabbénou Be’hayé explique que cela venait lui rappeler que, si elle avait fauté, elle risquait de perdre à la fois ce monde-ci et le monde futur. De la même manière qu’un ustensile en argile, lorsqu’il se brise, ne peut pas être réparé et est jeté définitivement, elle risquait elle aussi de perdre son avenir spirituel, et même de ne plus mériter la résurrection des morts.
A l’inverse, un ustensile en verre peut être refondu et reconstitué même après avoir été brisé. Elle pouvait donc prendre conscience qu’en suivant uniquement ses désirs et en abandonnant la sincérité ainsi que le chemin de la vérité, une personne peut perdre les deux mondes : ce monde-ci et le monde futur.
Cela rappelle l’histoire célèbre de Rabbi Elazar ben Dordaya. Cet homme fautait énormément, et il était totalement plongé dans les plaisirs. Rien ne semblait pouvoir l’arrêter. Un jour, il dépensa une bourse entière de pièces d’or et traversa même un fleuve pour aller fauter avec une femme. Mais celle-ci lui dit alors une phrase bouleversante : « De la même manière que l’air qui nous entoure ne reviendra jamais à sa place, ainsi Elazar ben Dordaya n’aura pas de part au Olam Haba. »
Cet homme, que rien n’avait empêché de parcourir de longues distances pour fauter, fut totalement bouleversé par ces paroles, lorsqu’il comprit qu’il risquait d’être exclu de l’éternité, de l’histoire du peuple juif et du monde futur. Il s’assit alors entre des montagnes et se mit à supplier : « Ciel, prie pour moi. Terre, prie pour moi. Montagnes, priez pour moi. Fleuves et mers, priez pour moi afin que je puisse faire Techouva. »
Mais tous lui répondirent : « Nous ne pouvons pas prier pour toi, car nous devons déjà prier pour nous-mêmes. Quand viendra le Machia’h et le monde futur, nous aussi nous serons transformés et ne resterons pas tels que nous sommes. »
A ce moment-là, Rabbi Elazar ben Dordaya comprit une chose essentielle. Il mit sa tête entre ses genoux et déclara : « Ein hadavar talouï ela bi » – Cette Techouva ne dépend que de moi-même. Il pleura tellement que son âme quitta son corps. Et une voix céleste proclama alors : « Rabbi Elazar ben Dordaya est invité au monde futur. »
La seule prise de conscience de l’éternité, du monde futur et de ce qui attend le peuple juif à l’époque du Machia’h l’avait bouleversé au point de réaliser une Techouva extraordinaire.
La Guemara (Avoda Zara 17a) explique d’ailleurs qu’il était tellement attaché à la faute que sa Techouva ne pouvait se terminer que par son départ de ce monde. Mais tout commença lorsqu’il comprit la valeur de l’éternité.
C’est exactement ce qu’on cherchait à rappeler à la Sota : il ne vaut pas la peine de perdre un avenir éternel pour un désir passager. Elle allait échanger un récipient précieux contre un ustensile en argile qui, une fois cassé, est jeté et n’a plus d’avenir.
C’est également ce qu’explique Rabbénou Yona sur la Guemara (Chabbat 33a) : « Une heure de Techouva et de bonnes actions dans ce monde vaut plus que tout le monde futur. » Parfois, une seule heure de véritable prise de conscience sur la vérité et l’éternité peut permettre à une personne de mériter tout le Olam Haba.
L’histoire (Avoda Zara 17b) de Yossi ben Yoézer et de son neveu Yakoum Ich Tsrorot, qui s’était hellénisé, et que les Grecs avaient énormément enrichi, est également édifiante. Un jour, monté sur un magnifique cheval, Yakoum Ich Tsrorot croisa son oncle qui, lui, était mené à la mort. Moqueur, il lui dit : « Regarde le cheval que mes maîtres m’ont donné, et regarde celui que ton Maître t’a donné. » Yossi ben Yoézer lui répondit alors : « Si c’est ce qui attend ceux qui servent Hachem, imagine ce qui attend ceux qui L’ont mis en colère. » Autrement dit : « Si moi, qui ai servi D.ieu, je reçois cela dans ce monde, c’est parce que ma véritable récompense m’attend dans le monde futur. Mais toi, tout ce que tu reçois ici-bas, c’est pour payer les quelques mérites que tu as encore, mais sais-tu ce qui t’attend ensuite ? »
Ces paroles bouleversèrent totalement le neveu, et il fit immédiatement une immense Techouva. Il alla même jusqu’à se condamner lui-même aux quatre peines du Beit Din : il construisit une sorte de structure avec du feu, une épée et une potence, afin de se punir lui-même.
Sans entrer dans la question halakhique de savoir s’il avait le droit d’agir ainsi, son réveil spirituel fut tellement puissant que son oncle déclara :
« Je vois le cercueil de mon neveu porté dans le ciel vers le monde futur. » Par cette Techouva, il avait mérité le Olam Haba.
Toujours au sujet de la Sota, les ‘Hakhamim décrivent le détail de tout ce que le Cohen faisait subir à cette femme, et à travers cela, ils nous enseignent le principe fondamental de « mida kénégued mida » : mesure pour mesure.
Le Talmud explique que, même lorsqu’un tribunal terrestre ne peut pas sanctionner les fautes d’un homme, le Ciel, lui, juge toujours les fauteurs. Ainsi, une personne qui aurait mérité, selon le Beit Din, une condamnation par lapidation sera punie d’une manière similaire : par exemple en étant dévorée par un animal sauvage ou en tombant d’un toit. Celui qui aurait mérité la peine de sréfa pourra être puni par un serpent ou par le feu. Celui qui aurait mérité une autre sanction pourra se noyer dans un fleuve ou être frappé par certaines maladies. Ainsi, le principe de mesure pour mesure existe en permanence, même lorsque les sanctions du tribunal ne sont plus appliquées de nos jours.
C’est dans cette logique que le Cohen faisait boire la Sota dans des ustensiles en argile, parce que pour fauter, elle avait fait boire son compagnon dans de beaux verres. Elle s’était tenue sur le seuil de sa porte pour attirer son attention : en conséquence, le Cohen la plaçait à la vue de tous, à la porte de Nikanor. Elle avait porté un beau foulard et s’était embellie pour séduire : le Cohen lui retirait ce qui couvrait sa tête. Elle s’était maquillée : son visage devenait alors pâle. Elle avait fardé ses yeux : ses yeux allaient être atteints. Elle préparé de bons repas pour attirer son partenaire : son sacrifice était constitué d’une nourriture destinée aux animaux. Elle avait agi dans le secret : Hachem allait révéler publiquement ce qu’elle avait caché.
Les Sages en déduisent le grand principe de mesure pour mesure, non seulement dans le mal, mais davantage encore dans le bien. La Guemara (Sotah 9b) rapporte, par exemple, que Myriam attendit son frère Moché pendant environ une heure lorsqu’il avait été placé sur le Nil. En retour, tout le peuple d’Israël patienta pendant sept jours lorsqu’elle devint impure.
La Michna enseigne ainsi que lorsqu’un homme accomplit le bien, fait du ‘héssed, fournit des efforts ou agit correctement, la récompense accordée par Hachem est infiniment plus grande que la punition donnée pour le mal. Nos Sages disent même que la mesure dans le bien est cinq cents fois plus importante que celle de la punition.
Malgré cela, ce principe existe aussi dans le mal : lorsqu’un homme fait du mal, cela finit par lui revenir. Comme cela est rapporté dans les Pirkei Avot (2,6), Hillel Hazaken marchait au bord d’un fleuve lorsqu’il aperçut une tête flottant sur l’eau, celle d’un homme assassiné. Hillel déclara alors : « Parce que tu as noyé d’autres personnes, on t’a noyé à ton tour ; et ceux qui t’ont noyé seront eux aussi jugés de la même manière. »
Lorsqu’un homme comprend que tout est jugé dans le Ciel avec une précision absolue, jusque dans les moindres détails, alors il réalise que chacun de ses bienfaits lui reviendra en bien, et que même le mal accompli dans le plus grand secret ne reste jamais ignoré.
HaKadoch Baroukh Hou récompense chacun selon ses actions. Et comme l’explique Rav Haïm Shmoulevitz, le principe de mesure pour mesure vient montrer à l’homme exactement où il s’est trompé et, à l’inverse, dans quels domaines il a bien agi. Car les punitions du Ciel ne servent pas uniquement à sanctionner : elles permettent à l’homme de reconnaître la vérité, de comprendre ses erreurs et de retrouver le bon chemin.
Juste après l’histoire de la Sota, la Torah parle du Nazir. Le Nazir est un homme qui décide de prendre sur lui une période d’au moins trente jours afin de se sanctifier par plusieurs restrictions. Il laisse pousser ses cheveux, s’abstient de certains aliments (vin et produits dérivés de la vigne) puis, à la fin de sa période de nézirout, il apporte des sacrifices au Beit Hamikdach et coupe sa chevelure.
La Torah décrit ce Nazir de manière très étonnante. Les commentateurs expliquent que, généralement, les hommes sont esclaves de leurs désirs. Mais cet homme-là, lui, décide de les contrôler et de se renforcer spirituellement. Et cela est quelque chose d’extraordinaire.
Le verset (Bamidbar 6,7) dit : « Nézer Elokav al rocho » – La couronne de son D.ieu est sur sa tête. Le Ibn Ezra explique que la plupart des hommes sont soumis à leurs envies et à leurs pulsions. Mais celui qui parvient à maîtriser ses désirs est un véritable roi. C’est pourquoi il mérite la couronne royale, la couronne de Hachem.
Mais une question se pose : pourquoi la paracha du Nazir suit-elle celle de la Sota ? Les Sages répondent : toute personne qui a assisté à la punition de la Sota et à sa mort si violente doit prendre sur elle une période de nézirout.
Cela semble difficile à comprendre. Au contraire, après avoir vu la gravité de cette faute, après avoir vu une femme détruire sa famille, sa vie et recevoir une sanction aussi terrible, la leçon devrait être comprise automatiquement. Pourquoi faudrait-il encore ajouter des protections supplémentaires et décider de devenir Nazir ?
On peut y répondre à partir de deux explications.
La première est un message fondamental que la Torah adresse à l’homme : il faut fuir les épreuves, et ne jamais trop compter sur soi-même. Ne pas croire que cette femme était forcément mauvaise dès le départ. Mais lorsqu’un homme n’est pas prudent, ‘has véchalom, il peut chuter. Il ne doit jamais avoir une confiance absolue en lui-même jusqu’au dernier jour de sa vie. Comme le rapporte la Guemara (Brakhot 29a) : Yohanan Cohen Gadol servit au Beit Hamikdach pendant quatre-vingts ans, puis finalement devint sadducéen.
Cela vient nous apprendre que même un très grand homme doit toujours rester vigilant. Le yétser hara, même lorsqu’on pense l’avoir vaincu mille fois, finit toujours par se relever.
Le ‘Hovot Halevavot écrit que l’homme doit comprendre que son yétser hara est son plus grand ennemi. Même s’il l’a vaincu d’innombrables fois, il reviendra encore contre lui. « Toi, tu dors, mais lui reste éveillé. Toi, tu peux désespérer de lui, mais lui ne désespère jamais de toi. »
C’est également ce qu’expliquait Rav Yerou’ham à propos de la phrase que nous disons pendant les fêtes : « Ata be’hartanou » – Hachem, Tu nous as choisis. Certains le reprochent au peuple juif, pensant qu’il s’agit d’orgueil, comme si nous prétendions être meilleurs que les autres. Mais Rav Yerou’ham explique exactement l’inverse. Si les gens savaient à quel point la Torah enseigne la modestie, la prudence et la méfiance envers soi-même, ils comprendraient que ce n’est pas de l’orgueil. Au contraire, connaître sa grandeur signifie surtout savoir qu’il faut la protéger et faire attention à ne pas la perdre.
C’est exactement ce que fit Yossef Hatsadik lorsque la femme de Potiphar tenta de le faire fauter. Yossef ne se dit pas : « Je suis fort, je contrôle la situation. » Au contraire, il s’enfuit. Il fuit l’épreuve pour ne pas succomber, au point de laisser son vêtement derrière lui pour sauver sa spiritualité.
On voit même que le roi David a demandé une épreuve, et il est finalement tombé dans cette épreuve. De là, les ‘Hakhamim nous apprennent qu’un homme ne doit jamais se mettre lui-même dans une situation d’épreuve, ni même demander à en recevoir une. C’est d’ailleurs pour cela que, chaque matin, nous demandons à Hachem de nous éviter les épreuves.
Voilà donc la première explication.
La deuxième explication est celle de Eliyahu Eliezer Dessler, qui développe une idée encore plus profonde et plus fine.
Lorsqu’un homme évolue, comprend certaines choses, ou est marqué par un événement ou un exemple, il ne doit pas rester passif sans prendre de décision concrète. Quand une personne comprend des choses importantes, elle doit en tirer des décisions pour sa vie.
Car si, après avoir compris, après avoir vu des exemples, elle ne prend aucune décision immédiate, elle risque finalement de tomber plus bas encore qu’avant. Le simple fait d’avoir compris la gravité de certaines choses, mais de dire ensuite : « Je ne fais rien », revient quelque part à accepter ces choses négatives, et l’homme finit malgré tout par être influencé par elles.
C’est pour cela que la Torah nous enseigne : lorsque tu vois la Sota, même si tu as compris combien cette faute est grave, ne t’arrête pas à cette prise de conscience. Prends une décision concrète afin que cet enseignement te fasse évoluer, et non qu’il devienne quelque chose que tu acceptes passivement au point de régresser.
C’est justement cela, l’histoire du Nazir avec Shimon HaTzadik.
Lorsque Shimon HaTzadik voyait les Nézirim arriver au Beit Hamikdash, il ne mangeait généralement pas de leurs sacrifices, car il craignait qu’ils aient peut-être regretté leur Nézirout, qui est une démarche difficile à accomplir.
Mais une fois, il vit arriver un jeune nazir venu du Nord. Ce jeune homme était extrêmement beau, avec de magnifiques cheveux bouclés, et il impressionnait tous ceux qui le voyaient. Shimon HaTzadik lui demanda alors :
« Pourquoi as-tu coupé d’aussi beaux cheveux ? »
Le jeune homme répondit :
« Un jour, alors que je gardais le troupeau, je me suis approché d’un fleuve et j’ai vu mon reflet dans l’eau. En voyant ma beauté, j’ai senti le Yétser Hara se réveiller en moi avec force, au point de vouloir me perdre et m’éloigner du monde. Alors je lui ai dit :
“Racha ! Pourquoi t’enorgueillis-tu d’une beauté qui appartient à un monde qui n’est pas le tien, alors qu’à la fin l’homme retourne à la poussière ? Je jure que je couperai ces cheveux pour Hachem.” »
Lorsque Shimon HaTzadik entendit cela, il l’embrassa sur la tête et lui dit :
« Qu’il y ait beaucoup de Nézirim comme toi dans le peuple d’Israël. »
C’est cela le véritable sens de la Néziroute.
La grandeur de cet homme ne réside pas uniquement dans le fait qu’il ait ressenti une faiblesse ou identifié un danger spirituel. Sa grandeur, c’est qu’il n’a pas accepté de rester simplement au stade du reproche intérieur face au Yétser Hara. Il a immédiatement pris une décision concrète, une kabala, un engagement d’agir.
Et c’est précisément cela le sens profond de la Néziroute.
Le Rav Linsberg explique également pourquoi Shimon HaTzadik n’a pas craint que ce jeune homme regrette lui aussi sa Nézirout. Car un homme qui travaille véritablement sur lui-même agit immédiatement dès qu’il ressent quelque chose. Une personne pareille ne regrette pas les bonnes décisions qu’elle prend. Puisque, si elle ressentait le moindre regret, elle prendrait aussitôt une nouvelle décision pour se renforcer : aller étudier, progresser, faire un acte concret.
Comme le disent nos sages :
« Si tu rencontres le Yétser Hara, ce “Ménouval”, cet être abominable, entraîne-le au Beth Hamidrach. S’il est comme une pierre, il fondra ; s’il est comme du fer, il explosera. »
Lorsqu’un homme ressent une faiblesse spirituelle, il doit immédiatement poser un acte.
Et comme l’écrit Maïmonide, si un homme ressent de mauvaises pensées dans son esprit, des pensées de mauvaises mœurs, alors qu’il se tourne vers la Torah. Car la Torah est remplie de joie, d’amour, de profondeur et de sim’ha, et elle a le pouvoir de libérer complètement l’homme de ces pensées.
Une amitié qui a sauvé une vie
Il y avait une fois une jeune fille qui s’appelait Merav, qui était montée vivre à Jerusalem avec ses parents. Elle avait intégré une nouvelle école, et c’était une jeune fille très sociable. Très rapidement, elle s’était fait des amis et tout se passait bien pour elle.
Mais un jour, elle remarqua qu’il y avait dans la classe une jeune fille complètement rejetée par les autres. Elle était parfois mal habillée, sentait mauvais, et se trouvait en situation d’échec total, aussi bien socialement que scolairement.
Merav décida alors de l’aider. Elle se rapprocha d’elle, commença à lui parler, à l’encourager et à lui redonner de l’attention. À ce moment-là, beaucoup de ses amis essayèrent de l’en dissuader. Certains lui dirent :
« Éloigne-toi d’elle, ça ne vaut pas la peine. »
L’une d’entre elles alla même jusqu’à lui dire :
« Si tu deviens son amie, alors moi je m’éloignerai de toi. »
Mais malgré toutes ces remarques et cette pression, Merav resta fidèle à sa décision. Elle continua à aider cette jeune fille avec détermination et bienveillance, jusqu’à ce qu’elle retrouve peu à peu de la joie de vivre. Elle recommença à prendre soin d’elle-même, retrouva confiance en elle, et finit même par réussir ses études ainsi que son baccalauréat avec succès.
Les années passèrent ensuite, et chacune prit son chemin.
Entre-temps, Merav eut quatre filles. Elle priait énormément Hachem pour avoir également un garçon. Finalement, grâce à Hachem, elle donna naissance à un fils qu’elle appela Yedidia. Cet enfant était extrêmement attendu et aimé par toute la famille.
Mais voilà qu’à l’âge de 8 ou 9 ans, l’enfant commença à devenir très pâle et à se sentir de plus en plus mal. Après plusieurs examens médicaux, les médecins découvrirent qu’il souffrait d’un grave problème rénal qui empêchait son organisme d’être correctement oxygéné.
Très rapidement, il dut commencer la dialyse. Chaque jour, il devait se rendre à l’hôpital, ce qui représentait une immense souffrance pour lui et pour toute sa famille. L’enfant ne pouvait presque plus aller à l’école, et la situation devenait extrêmement difficile.
La famille se mit alors à rechercher désespérément un donneur de rein compatible.
Au bout de sept mois, on leur annonça enfin qu’une personne acceptait de donner un rein et que la compatibilité était bonne. Tout le monde se prépara pour l’opération… mais malheureusement, celle-ci fut annulée à la dernière minute.
Malgré cette immense déception, ils continuèrent à prier.
Quelques mois plus tard, on leur proposa à nouveau un rein provenant cette fois d’un enfant donneur. La compatibilité était parfaite. L’opération eut lieu, et grâce à Hachem, tout se passa merveilleusement bien.
Peu à peu, Yedidia guérit complètement. Il retrouva l’école, sa joie de vivre, et une vie normale.
Un an plus tard, la Koupat Holim leur proposa de rencontrer l’enfant qui avait donné son rein. Il s’appelait Noam et avait lui aussi 9 ans.
La famille se rendit donc à Ashdod pour le rencontrer. Ce fut un moment rempli d’émotion, de joie et d’une immense reconnaissance.
Puis on leur proposa également de rencontrer les parents de l’enfant.
Lorsqu’ils arrivèrent, ils virent que la mère s’appelait Talia. Après quelques échanges et discussions, ils découvrirent avec stupéfaction qu’il s’agissait précisément de la jeune fille que Merav avait aidée des années auparavant lorsqu’elles étaient à l’école.
À ce moment-là, Talia lui dit avec énormément d’émotion :
« C’est incroyable… Si aujourd’hui je suis mariée, si j’ai des enfants et une vie stable, c’est grâce à toi. »
Elle lui expliqua alors :
« Quand j’étais jeune, mon père était alcoolique. Il rentrait chaque nuit très tard. Ma mère souffrait de dépression et se trouvait souvent à l’hôpital. J’étais seule avec mon frère et je devais me battre chaque jour pour survivre. J’étais complètement désespérée. Mais toi, tu t’es rapprochée de moi, tu t’es occupée de moi, tu m’as redonné de la dignité et tu m’as littéralement sauvé la vie. »
Puis elle ajouta :
« Et regarde aujourd’hui comment Min HaShamaïm les choses reviennent : c’est maintenant mon fils qui vient sauver ton fils. »
Cette histoire montre avec une force extraordinaire le principe de “mida keneged mida”, mesure pour mesure. Lorsqu’une personne fait du bien sincèrement, ce bien finit par lui revenir, parfois exactement dans le même domaine où elle-même a aidé les autres.


