La Paracha Et Son Histoire: Michpatim
- Or Torah | LDEJ

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Barouh Hachem, nous avons démarré un nouveau concept de la paracha et son histoire pour chabbat. Ce feuillet merveilleux rempli de beaux dvar torah et d'histoire vous permettra d'embellir votre table de chabbat.
Premier sujet
La parachat Michpatim suit immédiatement le Matan Torah, et elle est directement liée à cette paracha. Elle commence par les lois concernant le serviteur juif.
Il existe deux catégories de serviteur juif. La première concerne un homme qui a volé et qui n’a pas les moyens de rembourser. Le Beit Din le vend alors comme serviteur pour une durée de six ans afin qu’il puisse rembourser sa dette.
La seconde renvoie à un homme qui est dans une grande pauvreté, qui n’a pas de quoi manger ni vivre, et qui demande lui-même au Beit Din d’être vendu comme serviteur afin de subvenir à ses besoins. Il servira alors son maître pendant six années. Mais il ne s’agit pas d’esclavage au sens habituel. Ce n’est pas une servitude humiliante. Au contraire, c’est une servitude éducative, qui a pour but de l’aider à se reconstruire et à retrouver le bon chemin.
Le Talmud enseigne que le maître doit lui accorder le même niveau de confort que lui-même. Les Tossafot vont même jusqu’à préciser que si le maître ne possède qu’un seul coussin, il doit le lui donner en priorité. Cela témoigne que cette situation n’est pas une exploitation, mais un accompagnement.
Après six ans, le serviteur est censé sortir libre, mais s’il déclare : « J’aime mon maître, j’aime mon environnement », et qu’il souhaite rester, la Torah n’apprécie pas ce comportement, le but de la servitude étant justement de le remettre dans la bonne voie, de l’accompagner, de lui permettre de se reconstruire. On pourrait même penser qu’il voudrait continuer à servir gratuitement, tellement il se sent bien. Malgré cela, la Torah refuse cette démarche.
Le maître le conduit alors sur le seuil de la porte, et on lui perce l’oreille. Il restera serviteur jusqu’au yovel, la cinquantième année.
Rachi explique pourquoi on lui perce l’oreille. En ce qui concerne celui qui a volé : cette oreille a entendu au mont Sinaï le commandement « Tu ne voleras pas », et malgré cela, il a volé. Alors c’est précisément l’oreille qui est percée.
Et concernant celui qui c’est vendu: les Bnei Israël sont appelés « serviteurs de Hachem ». Nous sommes Ses serviteurs et non ceux d’autres hommes. Or, il a choisi volontairement de devenir serviteur d’un autre homme. C’est pour cela que son oreille est percée.
Pourquoi cela se fait-il sur le seuil de la porte, à côté de la Mezouza ? Parce que ces portes furent témoins lorsque Hachem passa en Egypte, qu’Il frappa les premiers-nés égyptiens et sauva les Bnei Israël pour en faire Ses serviteurs. Et voilà que cet homme choisit un autre maître. On le perce donc devant ces témoins.
La grande question est la suivante : pourquoi ne le fait-on qu’à la fin des six ans ? Ces messages sont pourtant valables dès le début, quand il a volé ou qu’il a accepté d’être vendu.
Peut-être que se trouve ici un message fondamental. Parfois, un homme se trouve dans une situation qu’il ne maîtrise pas. Il agit mal, il vole, il se vend, mais il est peut-être perdu, confus. On ne peut pas juger totalement une personne dans le premier moment de sa chute.
La Torah attend qu’il profite des six années pour apprendre, pour observer, pour comprendre. Rav Wolbe explique qu’un homme doit être dans une attitude d’hitlalmout, une attitude de recherche, de réflexion, de compréhension. Celui qui ne cherche pas à comprendre ne pourra pas progresser en moussar, ni évoluer moralement. Il ne pourra pas devenir un homme accompli.
Rav Wolbe ajoute qu’un homme qui n’apprend pas sera ensuite bouleversé dans sa propre maison après son mariage. Il verra des comportements chez sa femme ou ses enfants qu’il ne comprendra pas, parce qu’il n’aura pas développé cette capacité d’analyse et de compréhension.
La Torah lui demande donc d’apprendre de chaque situation. Le serviteur voit son maître servir Hachem, se comporter avec droiture et honnêteté. Il a six années pour observer et redevenir un homme droit.
S’il ne saisit pas cette opportunité, s’il refuse d’apprendre, alors on intervient. On lui perce l’oreille pour le secouer, pour le réveiller, pour lui faire prendre conscience de ses erreurs et de sa situation. Au moins, la suite de sa servitude devra lui servir d’enseignement.
On retrouve ce principe avec la Chemita. Pendant la Chemita, la Torah demande de laisser les champs ouverts, afin que chacun puisse venir se servir, et de placer sa confiance en Hachem.
La Guemara (Guittin 36b) décrit une succession d’échecs : un homme vend son champ, puis sa maison, puis l’héritage de ses parents. Peut-être ensuite sera-t-il vendu lui-même, voire vendu à des idolâtres. Elle explique que cette succession concerne un homme qui n’a pas respecté la Chemita et qui a vendu les fruits de la septième année.
Il subit une première punition. On espère qu’il comprendra. S’il ne comprend pas, la situation s’aggrave. Puis encore plus. Jusqu’à ce qu’il perde tout.
Il existe chez l’homme une tendance à fermer les yeux, à refuser de tirer une leçon des événements. Et cela peut l’amener au niveau le plus bas.
A l’inverse, l’homme qui sait apprendre de chaque situation progresse. Même lorsqu’il ne comprend pas ce qui lui arrive, il cherche à analyser, à comprendre. On peut comparer cela à une voiture. Une voiture peut fonctionner parfaitement pendant longtemps. Mais lorsque des voyants s’allument, ce sont des alertes. Elles sont là pour qu’on s’occupe du problème. Si on ignore un voyant, puis un deuxième, puis un troisième, un jour, la voiture peut tomber complètement en panne.
Hachem nous envoie aussi des alertes dans la vie. Si on les ignore, les conséquences peuvent s’aggraver.
C’est exactement le message adressé au serviteur. Puisqu’il n’a pas profité de l’occasion pour apprendre et évoluer, on lui fait un signe fort, on lui perce l’oreille pour le réveiller.
Deuxième sujet
La Parachat Michpatim commence par le mot « Vélé » – Et voici, pour nous enseigner que ces lois-là aussi ont été données au mont Sinaï.
La question se pose : pourquoi fallait-il relier, avec un Vav, la parachat Michpatim à la Parachat Yitro ? Il est évident que toute la Torah a été donnée au mont Sinaï. Pourquoi insister ?
Mais la question est encore plus forte : après un moment aussi extraordinaire que Matan Torah, pourquoi ne commence-t-on pas par des mitsvot qui concernent l’homme et Hachem ? Pourquoi commence-t-on par les lois qui s’appliquent au serviteur, puis aux voleurs ? Pourquoi cette paracha est-elle la première après Matan Torah ?
Le message est immense.
La Torah veut nous enseigner l’importance des mitsvot ben adam la’havero, entre un homme et son prochain. Souvent, on les considère comme de simples règles de politesse, de respect ou de bonne conduite. Ou des mitsvot qu’il faut faire par la logique. Mais la Torah leur donne une place centrale.
Rabbi Akiva dit : « Veahavta léréakha kamokha… » – Aime ton prochain comme toi-même, c’est un grand principe de la Torah. Ben Azaï a une formulation encore plus forte (Talmud de Babylone, traité Niddah 30b) : « Ze séfer toldot haAdam » – Voilà un principe fondamental de la Torah.
C’est pour cela que la Torah commence immédiatement par ces lois.
Les lois du voleur : une sensibilité incroyable
Dans cette paracha, on apprend (Chemot 21,1) par exemple que :
Celui qui vole un taureau et l’égorge devra payer cinq fois sa valeur.
Celui qui vole un mouton et l’égorge devra payer quatre fois sa valeur.
Pourquoi cette différence ?
Rachi rapporte deux explications de la Guemara :
Pour un mouton : le voleur a dû le porter sur ses épaules. Il a eu honte, cela a été difficile pour lui. Donc il ne paiera « que » quatre fois.
Pour un taureau : en le volant, il a empêché son propriétaire de travailler. Il lui a causé une perte économique, il paiera une fois de plus.
C’est étonnant. On parle d’un voleur, quelqu’un qui a commis une faute grave. Pourquoi la Torah prend-elle en compte sa honte et sa fatigue ? On voit ici à quel point Hachem veut nous enseigner la sensibilité. Même lorsqu’on punit, on doit prendre en considération les sentiments et la dignité du fauteur. La Torah ne se contente pas de juger et de condamner. Elle va au plus profond de la délicatesse humaine.
Le secret de rabbi Yerou’ham
Rabbi Yerou’ham révèle un grand secret. De la même manière qu’on ne peut pas étudier la Torah sans connaître Hachem – comme le dit le Talmud (Berakhot 17a) : « Ceux qui tiennent la Torah ne Me connaissent pas. » Dans les Pirké Avot (Maximes des Pères, 3-17)la Michna enseigne : « S’il n’y a pas de crainte de Hachem, il n’y a pas de sagesse. »
Pour comprendre la Torah, il faut connaître Celui qui l’a écrite, imaginer Sa grandeur et Sa sagesse.
De la même manière, on ne peut pas comprendre les lois entre l’homme et son prochain si on ne cherche pas à comprendre qui est son prochain.
Quand on étudie le traité Baba Kama, on ne doit pas apprendre seulement les règles juridiques, on doit penser à l’homme qui se cache derrière, cet homme qui a travaillé dur pour gagner son argent. Cet homme a subi un dommage et a peut-être perdu quelque chose de très important pour lui.
La Torah veut nous apprendre à prendre en considération la réalité humaine derrière chaque loi.
Comprendre même son « ennemi »
La Torah (Chémot 23,5) dit aussi : « Si tu vois l’âne de ton ennemi succomber sous sa charge, garde-toi de l’abandonner. »
La Guemara demande : De quel ennemi parle-t-on, puisque nous n’avons pas le droit d’avoir des ennemis ? Il s’agit d’un homme qui commet des fautes, et qu’on déteste à cause de ses fautes. Malgré cela, quand il est en difficulté, on doit l’aider.
Le Rambam explique pourquoi : même si on a le droit de le détester pour ses mauvaises actions, on n’a pas le droit de le laisser s’effondrer. Peut-être qu’à cause de cela, il pourrait tomber dans un danger encore plus grand. Puisqu’il croit en Hachem, on doit l’encourager.
Cela signifie que nous devons toujours chercher le bien qui se trouve chez autrui.
Le Midrach ajoute : grâce à cette attitude, il ne restera pas un vrai ennemi. Car parfois, à force de détester quelqu’un – même pour de bonnes raisons – la haine devient personnelle et profonde. Et cela, la Torah ne l’autorise pas.
Quand cet homme verra qu’on vient l’aider, il finira par nous aimer. Et nous aussi, nous finirons par l’aimer.
Le regard juste sur l’autre
Le Maguid de Mezeritch explique : Quand tu fais toi-même des erreurs, tu détestes le mal en toi, mais tu continues à reconnaître le bien qui est en toi. Il faut donc faire la même chose avec ton prochain. Même si c’est ton ennemi, cherche le bien qu’il possède.
Le Baal Hatanya écrit également : Il faut savoir haïr le mal qu’on voit dans la faute de l’autre, mais non la personne elle-même. En allant l’aider, tu brises ton propre yétser hara.
Le message central
Voilà pourquoi la parachat Michpatim vient juste après le Matan Torah.
La Torah veut nous enseigner que le respect d’autrui, la compréhension de l’autre, la sensibilité à l’autre – même le plus fautif, même celui qui est tombé – est au cœur même de la Torah.
Ce n’est pas une simple politesse. C’est un principe fondamental.
Troisième sujet
Comme nous l’avons expliqué, on perçait l’oreille du serviteur juif qui voulait rester chez son maître après les six ans, pour lui rappeler qu’il a oublié sa mission et qu’il a commis une erreur en choisissant d’être l’esclave d’un homme plutôt que le serviteur de Hachem.
Mais on trouve le cas inverse.
Un esclave non-juif est censé rester pour toujours chez son maître. Pourtant, si le maître lui casse une dent ou lui crève un œil, il doit le libérer.
Essayons de comprendre : quel est le lien entre les membres du corps et la notion d’esclavage ? Rachi précise même que si son maître lui abîme l’un des 24 membres principaux, l’esclave devient libre. Alors pourquoi la Torah mentionne-t-elle spécifiquement la dent et l’œil ?
L’origine de l’esclavage
Il est écrit que la dent et l’œil sont liés à la faute qui introduisit l’esclavage dans le monde. Lorsque ‘Ham vit son père Noa’h dénudé, il fauta : il regarda et il parla. À cause de cela, Noa’h le maudit et lui dit qu’il serait serviteur de ses frères.
On voit donc que l’esclavage est la conséquence du regard et de la parole.
L’œil et la bouche (la dent) sont liés à la faute originelle qui amena l’esclavage. Si l’esclave est atteint précisément dans ces organes-là, c’est donc comme s’il réparait, d’une certaine manière, la racine de la faute. Et il peut alors être libéré.
La Téchouva ciblée : Rabbénou Yona
Cela nous amène à une idée que développe Rabbénou Yona, qui explique que même si une personne fait une Téchouva générale sur ses fautes, cela ne suffit pas toujours. Il faut aussi accomplir une réparation spécifique avec l’organe ou l’élément par lequel la faute a été commise.
Par exemple :
Les yeux qui ont fauté par le regard doivent verser des larmes.
Les pieds qui ont couru vers la faute doivent maintenant courir vers une mitsva.
Rabbénou Yona relie cela aux paroles du roi David (Téhilim 119,136) : « Des torrents de larmes se sont déversés de mes yeux. » Il ne s’agit pas seulement d’un regret général, mais d’une réparation ciblée.
Il y a donc deux niveaux de Téchouva :
Une Téchouva générale.
Une Téchouva précise, sur le point exact de la faute.
Le problème du serviteur : Rabbi Tsadok HaCohen
Rabbi Tsadok HaCohen explique que le problème du serviteur n’est pas seulement qu’il a écouté et n’a pas respecté. Le vrai problème est qu’il n’a pas fait entrer le message dans son cœur. Il a entendu, mais il n’a pas transformé cette écoute en connaissance intérieure.
On lui reproche donc : pourquoi n’as-tu pas utilisé ton oreille, ton écoute, pour arriver à une prise de conscience ?
Le Baal Shem Tov : la force des paroles de Torah
Le Baal Shem Tov enseigne que lorsqu’un homme traverse une épreuve, s’il cite le verset de la Torah qui parle de cette interdiction ou de cette faute, cela lui donne la force de combattre l’épreuve. Comme il est dit (Kiddouchin 30b) : « Barati yétser hara, barati lo Torah tavlin » – J’ai créé le mauvais penchant, et Je lui ai créé la Torah comme remède.
Le sens le plus simple est que, lorsque tu dis des paroles de la Torah, tu fais exister une réalité. Les paroles de Torah ne sont pas théoriques, elles créent une force spirituelle. Le fait de citer, de prononcer, d’accepter la parole de la Torah donne une énergie réelle pour combattre le yétser hara.
Cela signifie qu’on ne peut pas rester dans une Téchouva générale et abstraite. Il faut entrer dans le détail. Utiliser précisément le point de la faute pour la réparer.
C’est pour cela que :
Tant que le serviteur n’a pas réparé le mauvais regard et la mauvaise parole, il reste esclave.
Le jour où son maître l’atteint dans l’un de ses organes, c’est comme une réparation qui s’attaque directement à la racine de la faute, et il peut sortir libre.
Parce que, dès qu’on touche au détail exact qui nous a fait tomber, cela peut devenir un levier pour se relever. Ainsi, lorsqu’un homme doit protéger ses yeux, s’il rapproche le message de la Torah de ses yeux, en le disant, en le pensant, en l’intégrant, alors il reçoit la force de combattre et de se renforcer.
On ne peut pas rester dans le général. La réparation doit passer par le détail.
HISTOIRES
Voir au-delà des mots
On raconte l’histoire avec le Rav de Brisk. Un jour, la veille de Pessah, après avoir distribué les paniers de Pessah — ce qu’on appelle le Kimcha dePischa — à tous les pauvres de la ville, alors que cela représentait un immense travail de collecte de fonds, d’achat de nourriture, d’organisation, etc., un homme est venu le voir.
Cet homme lui a posé une question : est-ce qu’on peut accomplir les Arba Kossot avec du lait ?
Lorsque le Rav a entendu cette question, il lui a immédiatement donné une grande somme d’argent, de quoi acheter tout le nécessaire pour la soirée du Séder.
Mais quand les autres pauvres ont entendu cela, ils sont tous revenus et ont redemandé eux aussi.
Son fils lui a alors posé une question. D’abord, il lui a demandé : pourquoi lui as-tu donné autant ? Peut-être qu’il n’avait simplement pas de vin, il suffisait de lui donner du vin.
Le Rav répondit : j’ai réfléchi au moment où il m’a posé cette question. J’ai compris que s’il envisageait de faire les quatre verres avec du lait, c’est qu’il n’avait pas de viande. Car on ne peut pas boire les quatre coupes de lait si l’on mange de la viande. Donc j’ai compris qu’en réalité, il n’avait rien pour le Séder.
C’est pour cela que j’ai préféré lui donner tout le nécessaire.
Et concernant ce dont tu te plains, le fait que cela ait fait revenir tant de monde, justement, du Ciel ils ont vu que je suis allé jusqu’au plus profond de son besoin. Alors ils m’ont donné le mérite de pouvoir refaire encore une fois de la tsédaka et du ‘hessed avant l’entrée de la fête.
De là, on voit la grandeur du Rav : il savait comprendre son prochain, même ce que l’autre ne disait pas explicitement. Il n’a pas dit “c’est trop tard” ou “ce n’est pas le moment”. Au contraire, il a cherché à comprendre le fond du besoin de l’autre afin de pouvoir l’aider véritablement.
Ne pas faire honte, même sans un mot
Encore une histoire pour montrer combien il faut être sensible au respect de l’autre et à ses sentiments.
À Jérusalem, il y avait un médecin aux midot extraordinaires. Il s’appelait le docteur Nahum Kouk. C’était un médecin généraliste. Dans sa maison, il avait aménagé une pièce où il recevait ses patients, ainsi qu’une salle d’attente. Les gens entraient et attendaient leur tour. Lorsque le moment arrivait, le médecin sortait dans la salle d’attente et invitait la personne suivante à entrer.
Cependant, il y avait une personne qui, lorsqu’elle arrivait, passait toujours en premier. C’était le grand Rav Yehezkel Serna, Roch Yeshiva. Le médecin lui accordait un grand honneur et le faisait entrer sans tenir compte de l’ordre d’arrivée, afin qu’il n’ait pas à attendre.
Un jour, lorsque le Rav Serna arriva, il attendit comme tout le monde. Quand la porte s’ouvrit, le médecin s’excusa auprès de lui et lui dit : « Pardonnez-moi, je vais recevoir d’abord une autre personne, et je vous recevrai juste après. »
Il fit alors entrer une dame âgée. Il la consulta, s’occupa d’elle, et seulement ensuite il fit entrer le Rav.
Lorsque le Rav entra, le médecin s’excusa de nouveau et lui dit : « Je suis désolé de vous avoir fait attendre, alors que c’est le Kavod haTorah de vous faire passer en premier. Mais c’était un cas particulier. Cette femme est âgée et pauvre, et je la soigne gratuitement. J’ai eu peur que si je vous faisais entrer avant elle, elle ne pense pas que c’est parce que vous êtes un Talmid ‘Hakham, mais qu’elle croie que je la méprise parce qu’elle ne paie pas comme les autres patients.
J’ai donc été obligé de la faire passer avant, afin de ne pas lui donner ce sentiment négatif. »
De là, on voit combien il faut faire attention au respect et aux sentiments de l’autre.
Le mérite qui protège du jugement
Il y a une histoire terrible qui s’est passée à l’époque du Maharsha, le grand commentateur de la Guemara.
À son époque, un homme considéré comme un grand racha est décédé. Lorsque les gens s’occupaient de son enterrement, un jeune homme s’est mis à se moquer du défunt.
Il a ridiculisé sa mémoire et a fait rire tous ceux qui étaient autour, pour montrer combien cet homme était, selon lui, méprisable. Il a agi ainsi pour plaisanter, mais aussi pour exprimer l’abomination et le mépris qu’il ressentait envers lui.
Mais malheureusement, la nuit suivante, le défunt lui est apparu en rêve. Il l’a convoqué à un Din Torah dans le Ciel, devant le tribunal céleste, pour avoir osé lui faire honte publiquement.
Au début, le jeune pensait qu’il ne s’agissait que d’un rêve sans importance. Mais le rêve s’est répété plusieurs nuits de suite. Il a commencé à avoir très peur. Cela l’a profondément bouleversé, au point qu’il est tombé malade et que sa vie est devenue en danger.
Ses parents sont alors allés voir le Maharsha. Le Maharsha leur dit :
« Amenez-le dormir chez moi cette nuit. Dès qu’il fera ce rêve, qu’il m’appelle, et moi je parlerai avec le défunt. »
Ainsi, au milieu de la nuit, le jeune se réveilla en criant. Le Maharsha se précipita dans sa chambre et s’adressa au défunt :
« Que veux-tu de ce jeune homme ? »
Le défunt répondit :
« Il m’a fait honte publiquement. Je veux l’inviter à un Din Torah dans le Ciel. »
La scène était impressionnante et fit trembler tous ceux qui en furent témoins. Mais le Maharsha, lui, ne fut pas impressionné. Il lui dit :
« Ne méritais-tu pas cela ? Tu as été toute ta vie un grand racha. »
Le défunt répondit :
« Vous ne savez pas quelque chose. Certes, j’ai beaucoup fauté. Mais un jour, je marchais sur un pont et j’ai vu un Juif, un Talmid ‘Hakham rempli de Torah, en train de se noyer dans le fleuve. J’ai sauté dans l’eau, je me suis mis en danger, et je lui ai sauvé la vie.
Mais ce n’est pas tout. Nous sommes devenus très proches. Depuis ce jour, je lui payais chaque mois son salaire pour qu’il puisse étudier la Torah. Nous avons fait un partenariat de type Issakhar-Zevouloun.
Lorsque je suis arrivé dans le monde futur, on m’a accueilli comme un Rav, comme un grand Rav. On ne m’a rien rappelé de mes fautes. Car celui qui sauve une vie, c’est comme s’il avait sauvé un monde entier. Et puisque j’ai soutenu la Torah, j’ai été considéré comme un homme lié à la Torah.
Ainsi, lorsqu’il m’a méprisé, c’est comme s’il avait méprisé un Rav, un Talmid ‘Hakham. C’est pour cela que je l’appelle en jugement. »
Le Maharsha lui répondit :
« Écoute-moi bien. Tu es arrivé dans le monde futur avec une lourde charge de fautes. Elles ne se sont pas effacées. Simplement, tes grandes mitsvot ont créé une barrière entre toi et les accusateurs.
Mais maintenant, ces accusateurs cherchent à te faire tomber dans un piège. Ils veulent prouver que tu n’as aucune vraie valeur pour la Torah et que tu veux porter atteinte à un jeune qui étudie la Torah. Si tu poursuis cette accusation et que cela entraîne sa mort, toute la protection que tu as acquise grâce au respect et au soutien de la Torah disparaîtra. Et alors, on pourra te juger de nouveau sur toutes tes fautes.
Je te conseille donc : ne sois pas insensé. Pardonne-lui. Ainsi, tu conserveras la protection qui te préserve des punitions que tu méritais. »
Depuis ce jour, on cessa d’importuner le jeune homme, qui fit lui-même téchouva pour l’erreur qu’il avait commise.
De là, on voit combien la honte publique est grave, et combien la Torah protège.
Et le Maharil d’Iskhin explique à partir de cela que lorsqu’un serviteur a déjà été vendu en tant qu’esclave pour ses fautes, tant qu’il comprend le message et accepte la première punition, on ne le punit pas davantage. Mais s’il décide de rester, s’il accepte sa nouvelle situation sans chercher à évoluer, alors il faut le faire réfléchir davantage et le punir sur ses erreurs, afin qu’il comprenne réellement la gravité de ses actes.

