La Paracha Et Son Histoire: CHEMOT
- Or Torah | LDEJ

- 9 janv.
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Barouh Hachem, nous avons démarré un nouveau concept de la paracha et son histoire pour chabbat. Ce feuillet merveilleux rempli de beaux dvar torah et d'histoire vous permettra d'embellir votre table de chabbat.
La véritable Yirat Chamaïm
Lorsque le peuple d’Israël se retrouvait en Egypte après la mort des chefs des tribus, le Pharaon chercha à l’affaiblir, puis à l’anéantir en le réduisant en servitude. A un certain moment, il convoqua deux sages-femmes – nommées Chifra et Poua – qui étaient respectivement Yokhéved, la mère de Moché, et Miryam, la sœur de Moché, et leur ordonna qu’au moment de l’accouchement, avant même la naissance de l’enfant, elles tuent les garçons et laissent vivre les filles.
Deux raisons sont évoquées : selon un avis, le Pharaon voulait empêcher la naissance du futur libérateur du peuple d’Israël ; d’après un autre, il cherchait à détruire le peuple d’Israël par l’assimilation, en épargnant les filles et en tuant les garçons.
La Torah témoigne que ces deux sages-femmes craignaient Hachem, comme il est écrit : « Vatiréna hayaldot et HaElokim », et c’est pour cela qu’elles n’ont pas obtempéré à l’ordre du roi d’Egypte. Un autre verset précise : « Vatiréna ète hayéladim », c’est-à-dire qu’elles ont fait vivre les enfants.
Lorsque le Pharaon les convoqua pour savoir pourquoi elles avaient désobéi à ses instructions, elles répondirent que les femmes juives accouchaient toutes seules et n’avaient pas besoin d’elles. Quand elles arrivaient, il était déjà trop tard. Le Pharaon ne voulut pas créer de polémique et accepta leur excuse.
Nos Sages expliquent que l’expression « vatiréna ète hayéladim » signifie aussi qu’elles prenaient soin des femmes après l’accouchement : elles leur apportaient de la nourriture et de l’eau, ainsi qu’aux nouveaux-nés.
Hachem récompensa Yokhéved et Miryam : à Yokhéved furent octroyées la Kéhouna et la Lévia, et à Miryam la royauté. D’autres gratifications apparaissent également : la Torah fut donnée par Moché Rabbénou, fils de Yokhéved, et le Michkan fut construit par Betsalel, un descendant de Miryam.
Deux questions se posent alors. Premièrement, pourquoi tout est-il lié à la crainte ? Pourquoi la Torah insiste-t-elle sur le fait qu’elles avaient la crainte de Hachem ? Deuxièmement, pourquoi ont-elles fait plus que le strict minimum ? Pourquoi ne se sont-elles pas contentées de ne pas tuer les enfants ?
Le Midrach précise que si elles apportaient à manger aux femmes, c’est parce qu’elles se disaient : « Nous devons ressembler à Avraham Avinou, notre père. » Avraham Avinou donnait à manger aux passants, et la Torah témoigne à son sujet après la Akéda : « Ki yéré Elokim ata. » Elles se sont donc dit : « Tuer des nourrissons est impensable », et non seulement elles ne les ont pas tués, mais elles ont aussi nourri les femmes et les enfants.
La question demeure : comment cet acte d’amour est-il lié à la crainte de Hachem ?
Rabbénou Yona explique que celui qui possède la crainte de Hachem ne se contente pas de respecter les règles : il ajoute des barrières. C’est pour cette raison que celles instituées par nos Sages autour des paroles de la Torah sont si précieuses aux yeux de Hachem, parfois même plus que les mitsvot de la Torah elles-mêmes. En effet, le véritable témoignage de la crainte de Hachem, de la crainte de la faute, se manifeste par les protections que l’homme place autour de l’interdit.
Par exemple, celui qui évite de s’isoler avec une femme, même en dehors d’une interdiction formelle, agit ainsi parce qu’il est éclairé par la crainte de HaKadoch Baroukh Hou.
On retrouve cette idée dans la Guemara. Lorsque les Romains interdirent l’enseignement de la Torah, rabbi Akiva continua à enseigner publiquement. Papous ben Yéhouda lui en fit le reproche, et rabbi Akiva lui répondit, comme le rapporte la Guemara (Brakhot 61b), avec la parabole du renard : « La Torah est notre vie, nous ne pouvons pas cesser de l’étudier. »
Là aussi, une question se pose : pourquoi rabbi Akiva ne s’est-il pas contenté d’étudier la Torah en privé ? Pourquoi a-t-il continué à enseigner en public ?
Le message est clair : lorsqu’une chose est menacée ou interdite, si on se limite simplement à la maintenir, on s’expose, à D.ieu ne plaise, à la perdre. En revanche, si on comprend le danger et qu’on ajoute des protections, des barrières, et qu’on cherche à faire davantage, alors on la préserve durablement.
Les sages-femmes saisirent qu’un risque existait toujours : peut-être qu’un jour elles n’auraient pas la force de sauver un enfant, peut-être le décret de Pharaon finirait-il par les influencer. Alors, qu’ont-elles fait ? Elles ont agi à l’opposé : elles ont multiplié les actes de bonté afin de se protéger.
C’était là le signe authentique de leur crainte de Hachem.
C’est ce qu’elles ont appris d’Avraham Avinou : ne pas attendre que les gens demandent, mais aller soi-même à leur rencontre pour leur donner. Ainsi, la nature humaine et l’ego ne risquent pas de prendre le dessus. La véritable réussite dans le caractère, dans l’action et dans la crainte du Ciel, c’est lorsqu’on identifie une fragilité et qu’on ne se contente pas de préserver ce qui existe, mais qu’on cherche à faire encore mieux.
La Emouna jusqu’à la yéchoua : la force de Miryam
La paracha évoque l’histoire de Miryam, à travers laquelle on peut apprendre comment agir avec Emouna – la foi – même lorsque les choses ne se passent pas comme on l’avait espéré, et comment garder cette Emouna jusqu’au bout, jusqu’à voir la yéchoua de Hachem.
Amram, le père de Moché Rabbénou, décida de divorcer de sa femme quand le Pharaon décréta que les nouveaux-nés seraient jetés dans le fleuve. Selon lui, il n’y avait plus d’intérêt à continuer à fonder une famille. Tous les Bnei Israël lui emboîtèrent alors le pas et se séparèrent de leurs femmes.
Mais Miryam vint trouver son père et lui dit : « Ton décret est pire que celui du Pharaon. Lui n’a agi que contre les garçons, tandis que toi, tu le fais aussi contre les filles. Maintenant qu’il n’y a plus de mariage, il n’y aura plus ni garçons ni filles. »
Amram entendit cet avis, mais au-delà de cela, il y perçut une prophétie : il fallait continuer avec la Emouna. Il se remaria donc et eut un enfant, Moché Rabbénou.
Lorsque, trois mois plus tard, ils furent contraints de jeter le bébé à l’eau, Amram donna une tape sur la tête de Miryam en lui disant : « Où est ta prophétie ? Regarde ce qui est sorti de ce que tu as dit : finalement, nous devons jeter notre bébé dans le Nil. » Mais Miryam ne perdit pas espoir. Elle resta cachée là, au bord du fleuve, à attendre.
Au bout d’un certain temps, elle vit Batya, la fille du Pharaon, qui, selon certains avis, se rapprochait alors de Hachem et allait même se purifier dans le Nil. Quoi qu’il en soit, elle aperçut un nourrisson. Il est écrit qu’elle tendit la main, et un miracle se produisit : sa main s’allongea, elle attrapa le bébé, et il lui plut tellement qu’elle demanda à son père de le garder auprès d’elle.
Bien qu’il n’y ait aucune chance qu’il accepte, puisque le Pharaon voulait tuer les enfants des Bnei Israël, il y consentit. Ainsi, ce sont eux qui firent grandir le libérateur du klal Israël.
Comme le bébé refusait de boire le lait de toute femme, Miryam proposa de l’amener chez sa mère, Yokhéved. Le Midrach enseigne que les Tsadikim ne font jamais que récupérer ce qu’on leur a pris : on leur rend davantage encore, et on les rémunère même pour ce qu’ils ont fait. C’est parce que Yokhéved avait rêvé de retrouver son bébé qu’elle parvint à le nourrir, et en plus, elle fut payée par Batya, la fille du Pharaon.
Grâce à cet épisode, Miryam mérita une récompense extraordinaire : lorsque plus tard dans le désert, elle fut frappée de tsaraat, tout le peuple d’Israël – six cent mille personnes – l’attendit pendant sept jours, pour avoir attendu son frère quelques heures.
Telle était la force de la Emouna de Miryam. Même lorsque les choses semblaient ne pas fonctionner, même lorsque ce qu’elle avait espéré semblait s’effondrer, elle ne perdit pas la foi et la garda jusqu’au bout. Cette même qualité se retrouve lors du cantique de Miryam après la traversée de la mer des Joncs. Il est écrit que Miryam chanta avec les femmes en s’accompagnant de tambourins. Le Midrach s’interroge : d’où venaient ces tambourins ? La réponse est qu’elles avaient la Emouna que, en sortant d’Egypte, il y aurait des miracles, et c’est pourquoi elles avaient emporté des tambourins.
Même lorsque la mer était devant eux, que tout semblait impossible pour les Bnei Israël, et alors le Pharaon était sur le point de les rattraper pour les ramener en Egypte, ils ne perdirent pas la Emouna. C’est ainsi qu’ils purent chanter : « Az yachir Moché… »
Le grand message est que le conseil de Miryam était juste : il ne fallait pas divorcer, mais continuer à vivre et à construire avec la Emouna. Nos Sages enseignent qu’en réalité, ces bébés ne disparurent pas. Tous ceux qui se remarièrent eurent des enfants. Certes, on les jetait dans le Nil, mais le Midrach raconte que les femmes accouchaient dans les champs, et que leurs nouveaux-nés étaient miraculeusement avalés par la terre. Les Egyptiens couraient après eux et labouraient le sol pour tenter de les tuer, mais dès qu’ils s’éloignaient, les bébés ressortaient.
Hachem fit apparaître à leur intention des rochers dotés de deux sources : de l’une sortait du miel, de l’autre du lait. Ainsi, les enfants se nourrissaient, grandissaient, puis revenaient en Egypte par groupes entiers pour retrouver leurs parents. Ces parents – qui avaient gardé la Emouna, en disant : « Nous mettons des enfants au monde, même si nous ne savons pas ce qu’il adviendra d’eux » – les retrouvèrent finalement.
C’est là le secret : lorsque l’homme a la Emouna en HaKadoch Baroukh Hou, même lorsqu’il ne voit aucun espoir, qu’il continue à accomplir les mitsvot et à construire sa famille !
Le message est illustré par une histoire rapportée par rav Tauber. Sa mère s’était cachée en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle avait un teint clair et des yeux bleus. Pendant cette période, alors que chaque seconde représentait un danger de mort, elle eut plusieurs enfants.
. Plus tard, après leur montée en Erets Israël et leur salut, son fils lui demanda : « Quelle idée d’avoir des enfants pendant la Shoah alors qu’ils pouvaient mourir à tout instant ? » Elle lui répondit : « Pour moi, les femmes en Egypte raisonnaient ainsi : soit il y aura un miracle, soit nous reverrons nos enfants à la résurrection des morts. » Elles savaient qu’il fallait construire, et que si cela ne semblait pas réussir, cela réussirait autrement. Rien n’est perdu lorsqu’on construit pour HaKadoch Baroukh Hou. Et même si on ne voit pas le résultat immédiatement, il existe. Cette Emouna était la leur, et Baroukh Hachem, elles virent le miracle.
C’était là la force de Miryam : transmettre au klal Israël une Emouna authentique. Et cette Emouna porta ses fruits, en donnant naissance à Moché Rabbénou, le libérateur du klal Israël.
Partager le joug de son prochain
Notre maître, Moché Rabbénou, grandit dans un palais royal. Le jour où il en sortit, il vit la souffrance de ses frères. A ce moment-là, il fut bouleversé par une scène : un Egyptien frappait un Hébreu. A propos de l’Egyptien, il est écrit que Moché regarda « ko va-ko », des deux côtés. Rachi explique qu’il vit ce qu’il lui avait fait dans la maison et ce qu’il lui avait fait dans les champs.
En réalité, cet Egyptien était lié à une histoire plus complexe. Le Midrach raconte qu’une femme nommée Shlomit bat Divri manquait de tsniout. Elle s’appelait ainsi parce qu’elle parlait avec tout le monde, y compris avec les hommes. Cet Egyptien l’avait remarquée, désirée, et un matin, après le départ de son mari, il était venu et avait fauté avec elle.
De cette faute naquit celui que la Torah désignera par l’expression Ich mitsri, qu’on retrouvera dans le désert. N’ayant pas trouvé sa place au sein du peuple d’Israël – car personne ne voulait l’accueillir du fait de son origine problématique et de la mauvaise influence qu’il représentait – il finit par blasphémer le Nom de Hachem et fut mis à mort.
Ainsi, ce juif avait subi une double souffrance à cause de cet Egyptien. Moché Rabbénou n’hésita pas : il prononça le Nom de Hachem, tua l’Egyptien et l’enterra sur place. Cet acte eut pour Moché Rabbénou de lourdes conséquences. Le Pharaon voulut le faire exécuter, mais des miracles se produisirent : tous ceux qui l’entouraient devinrent aveugles, muets ou paralysés, ce qui permit à Moché Rabbénou de s’enfuir.
La Torah ne raconte pas en détail tout ce que vécut Moché Rabbénou durant ces années. Toutefois, selon certains Midrachim, il régna pendant une longue période. Et un jour, il se retrouva près d’un puits à Midyan, alors que les filles d’Itro arrivaient. Itro, à cette époque, se rapprochait de Hachem. Il cherchait la vérité, s’éloignait de l’idolâtrie et avait renoncé à son rôle de prêtre.
En conséquence, les habitants l’avaient rejeté et ils le méprisaient. Quand ses filles vinrent puiser de l’eau pour leur troupeau, on les chassa, et selon certains Midrachim, on les repoussa même violemment, jusqu’à les jeter dans l’eau. Moché Rabbénou intervint alors et les sauva. Cet acte fut à l’origine de son invitation chez Itro, de son mariage avec Tsipora, et de la construction de sa famille.
Quelque chose d’extraordinaire apparaît ici : comment Moché Rabbénou a-t-il pu s’engager dans des situations aussi dangereuses ? Comment a-t-il osé tuer un Egyptien alors qu’il vivait déjà en danger dans le palais royal en tant qu’Hébreu ? Comment a-t-il pu sauver les filles d’Itro alors que toute la population locale était contre lui et aurait pu lui nuire ?
La réponse se trouve dans le commentaire de Rachi. Il est écrit que Moché sortit et vit la souffrance de ses frères. Rachi explique que cela signifie qu’il donna son cœur et ses yeux pour être triste avec eux. C’est ici que se dévoile l’une des midot les plus extraordinaires, appelée dans les Pirkei Avot (6,6) : « Partager le joug de son prochain. »
D'après Rav Wolbe, c’est là le plus haut niveau de ‘héssed. Ce n’est pas simplement prononcer des paroles de politesse lorsqu’on entend la douleur d’autrui, mais prendre cette douleur sur soi, s’associer réellement à la souffrance de son prochain. D’une part, cette attitude pousse l’homme à rechercher les meilleures solutions pour autrui, et d’autre part, cette association elle-même constitue un acte de ‘héssed, car la Torah demande à l’homme de ressentir la douleur de l’autre.
Rav Simha Zissel de Kelm éduquait ainsi ses élèves : chaque jour, ils devaient consacrer quelques minutes à penser aux difficultés des autres. C’est de cette manière qu’on apporte de véritables solutions, et qu’on s’associe sincèrement à autrui. C’est le plus haut degré de ‘héssed.
A ce sujet, une histoire concerne rav Avraham Grodzinski, le Baal Torat Avraham. Un jour, alors qu’il se trouvait avec sa famille, il se mit à chanter pendant une heure entière. Comme on lui demandait ce qui se passait, il répondit : « J’ai un élève qui se marie à Vilna. Je ne peux pas assister à son mariage, mais au moins je veux ressentir sa joie et m’y associer. »
On raconte sur Rav Simha zissel que Chaque Chabbat, il rayonnait d’une splendeur et d’une lumière particulières. Un Chabbat, cependant, on le vit triste tout au long de la journée. Personne ne comprenait pourquoi. A la sortie de Chabbat, il expliqua : « Peretz Yanovski est mort. Le malheureux… qu’est-ce qui l’attend maintenant dans le Ciel ! Quelle âme terrible. » Cet homme avait causé beaucoup de tort à la communauté. Et pourtant, le rav ressentit avec douleur qu’un juif allait subir un châtiment très sévère, et il en fut triste durant tout le Chabbat.
C’est pour cette raison que nos Sages nous ont ordonné de visiter les malades : on allège ainsi leurs souffrances et on enlève une part de leur maladie.
C’est une mida extraordinaire à laquelle l’homme doit s’éduquer : lorsqu’autrui traverse une difficulté, il ne faut pas la prendre à la légère, mais la ressentir comme si elle était nôtre, et lui apporter nos encouragements les plus sincères et les plus forts.
L’éducation véritable selon la Torah
Le Midrach Tanhouma, sur Ve-élé Chemot, développe longuement le thème de l’éducation. Il explique que si Abraham n’a pas réussi l’éducation d’Ichmaël, si Itshak n’a pas réussi celle d’Essav, et si David n’a pas réussi celle d’Avchalom et d’Adoniyahou, c’est parce qu’ils les ont trop aimés. Ils les aimaient tellement qu’ils ne leur faisaient aucun reproche. Aveuglés par cet amour, ils ne voyaient pas leurs défauts, et ne les ont donc pas éduqués comme il se doit.
En revanche, la réussite d’Abraham avec Itshak, d’Itshak avec Yaakov, de Yaakov avec ses douze fils, et de David avec Chlomo, vient du fait qu’ils surent les éduquer et les corriger. Ils leur imposèrent l’étude, ils leur donnèrent beaucoup de Torah, et c’est précisément cela qui assura leur réussite.
Le Midrach rapporte à ce sujet le verset du roi Chlomo (14,24) : « ‘Hossekh chivto soné beno, véohavo chi’harô moussar » – Ménager les coups de bâton, c’est haïr son enfant ; mais avoir soin de lui enseigner, c’est l’aimer, et il conclut que les enfants qui n’ont jamais été corrigés, qui n’ont reçu que de l’amour sans éducation ni exigence, finissent par détester leurs parents. A l’inverse, ceux qui ont été éduqués et repris sont justement ceux qui les aimeront.
La question se pose alors : pourquoi le Midrach choisit-il de développer ce thème précisément à propos de Ve-élé Chémot ?
En réalité, le Midrach cherche à expliquer pourquoi le peuple d’Israël est le seul à avoir subi des exils aussi difficiles, alors même qu’il a été choisi par HaKadoch Baroukh Hou. Abraham Avinou a été choisi, Itshak Avinou a été choisi, Yaakov Avinou a été choisi : nous sommes le peuple élu. Les Bnei Israël accomplissaient les mitsvot. Pourquoi, malgré cela, ont-ils dû traverser toutes ces épreuves ?
Le Midrach renvoie ici à l’enseignement de rabbi Chimon bar Yohaï : « Tout ce que HaKadoch Baroukh Hou a donné au peuple d’Israël, Il ne le leur a donné qu’à travers l’effort, la peine et les souffrances. » De quoi s’agit-il ? De la Torah, d’Erets Israël et du Olam Haba.
Lorsqu’une chose est acquise par le labeur, elle devient une partie intégrante de la personne. Elle devient un kinyan personnel, et elle élève l’homme. « Adam léamal youlad » (Yiov 5,7) – L’homme a été créé pour l’effort. Il ne peut ni grandir ni devenir quelqu’un de grand sans travail.
Le roi Chlomo dit également (Michlei 16,26) : « Néfech amela amla lo » – C’est pour lui-même que travaille le laborieux. Autrement dit, l’effort construit l’homme.
Le Midrach explique ainsi pourquoi, dans Ve-élé Chémot, alors que le peuple d’Israël avait été apprécié et respecté en Egypte, il dut subir tant d’épreuves. C’est parce que Hachem voulait leur donner la Torah. Et puisque la Torah ne s’acquiert que par l’effort et la difficulté, ces épreuves étaient nécessaires.
Cela avait d’ailleurs été annoncé à Avraham Avinou, lorsque Hachem lui dit (Béréchit 15,13) : « Sache-le bien, ta postérité séjournera sur une terre étrangère. » Le Midrach explique également qu’Essav s’installa à Séïr parce qu’il ne voulait pas accepter cet engagement, ce « contrat » de souffrances et de labeur. Yaakov Avinou, lui, y consentit.
C’est précisément ce labeur qui permit aux Bnei Israël de recevoir la Torah et de devenir le peuple de HaKadoch Baroukh Hou.
HISTOIRES SUR PORTER LE JOUG DE SON PROCHAIN
Quand le ‘héssed dépasse l’humiliation
à Yerushalayim vivait un homme nommé Rav Zelig Beruvman. Il avait remarqué que, juste avant Shabbat, les pâtissiers jetaient une grande quantité de halot. Face à ce gaspillage, il décida d’ouvrir un g’mach : chaque veille de Shabbat, il ramassait toutes les halot avant la fermeture des commerces, et toute personne qui venait chez lui et en avait besoin recevait trois ou quatre halot.
Un jour, environ une heure avant l’entrée de Shabbat, un homme arriva chez lui et lui demanda :
« Est-ce que tu peux me donner des halot ? »
Le Rav lui répondit calmement :
« Écoute, je n’en ai plus. Même pour moi, il ne m’en reste que très peu. »
Mais l’homme insista :
« Est-ce que tu peux aller m’en chercher ? »
Le Rav lui dit alors :
« Je ne peux pas aller en chercher, tout est déjà fermé, je ne sais pas comment faire. »
À ce moment-là, l’homme se mit en colère et lui donna une gifle au visage, puis il partit.
Le Rav, immédiatement, prit la moitié des halot qu’il avait gardées pour lui-même, se mit à courir derrière l’homme et, avec un grand sourire, les lui donna . L’homme s’attendait à ce que le Rav le poursuive avec un balai pour se défendre, mais au lieu de cela, il le vit courir après lui avec des halot dans les mains.
Lorsque les gens virent la scène, ils lui dirent :
« Mais si tu pouvais lui donner des halot, tu aurais dû le faire avant qu’il te gifle. Pourquoi seulement après ? »
Le Rav répondit :
« En réalité, je n’ai même pas regardé la gifle. Quand je l’ai reçue, je me suis dit : s’il en est arrivé à un tel geste, c’est certainement qu’il est menacé par sa femme, que s’il ne ramène pas de halot, il ne pourra pas rentrer à la maison. Il est sûrement dans une situation extrêmement difficile. C’est pour cela que je lui ai donné, même celles que j’avais gardées pour mon propre Shabbat. »
Ainsi, le Rav a su voir au-delà de l’offense et entrer dans la douleur de l’autre, au lieu de se laisser gagner par la colère.
S’arrêter pour une larme
Un jour, Rav Ye’hezkel Avramski marchait dans la rue lorsqu’il aperçut une petite fille en train de pleurer. Bien qu’il fût un Rav très important, il s’arrêta et lui demanda doucement :
« Pourquoi est-ce que tu pleures ? »
La petite fille lui répondit :
« Écoute, ma mère m’a acheté une robe, mais les gens ont dit qu’elle n’était pas belle et que moi non plus je n’étais pas belle… »
Le Rav lui dit alors avec beaucoup de douceur :
« Pas du tout, pas du tout. Au contraire, ta robe est très, très, très jolie. Je vais même dire à mes petites-filles d’acheter la même. »
En entendant ces paroles, la petite fille se leva immédiatement, toute joyeuse, et rentra chez elle.
Les personnes qui avaient assisté à la scène demandèrent alors au Rav :
« Quoi ? Tu vas t’arrêter pour chaque enfant qui pleure ? »
Il leur répondit :
« Oui. Il est écrit que Dieu enlèvera les larmes de tous les visages. Si Dieu s’arrête pour essuyer les larmes des gens, comment pourrais-je, moi, ne pas m’arrêter pour enlever les larmes d’un enfant ? »
La délivrance naît de la compassion
Il y a une histoire semblable à propos d’un Rav qui se rendit dans un Shabbat plein, afin de renforcer les gens, de les rapprocher et de les ramener vers la téchouva. Ce soir-là, le repas de Shabbat s’éternisa : il y avait de nombreuses questions-réponses, des paroles de Torah et des discours.
À un moment, la fille du Rav lui dit qu’elle voulait aller dormir. Il lui donna alors les clés de la chambre d’hôtel. La jeune fille monta dans la chambre et, sans faire exprès, referma la porte derrière elle, puis s’endormit profondément. Vers deux heures du matin, le Rav voulut à son tour aller dormir. Il monta à l’étage, arriva devant la chambre… et constata que la porte était fermée. Il frappa, encore et encore, mais impossible d’entrer. Il se dit alors :
« Waouh, waouh… quelle nuit je vais passer maintenant. Je vais devoir dormir au refectoire, avec les mouches et tout le reste… »
Il commença à s’inquiéter. Il frappa longtemps, mais sa fille ne se réveillait pas. Il ne savait plus quoi faire. À ce moment-là, un autre Rav arriva, un collègue. Voyant la situation, il lui dit :
« Qu’est-ce qui se passe ? Viens, je vais t’aider. »
Lui aussi frappa à la porte, encore et encore, mais la jeune fille ne se réveillait toujours pas.
Finalement, ce Rav repartit. Puis, un peu plus tard, il revint accompagné de sa femme et dit :
« Ma femme et moi avons décidé que nous n’irons pas dormir tant que toi non plus tu ne dormiras pas. »
Le Rav leur répondit :
« Pas du tout, allez dormir, ce n’est pas grave. »
Mais ils insistèrent :
« Non, non. Nous allons descendre au lobby avec toi. »
Ils descendirent donc ensemble dans le hall de l’hôtel et restèrent là, à discuter, de deux heures à trois heures du matin, simplement pour ne pas le laisser seul. Vers trois heures du matin, l’employé de l’hôtel arriva pour arranger quelque chose. Ils lui dirent alors :
« Ah, parfait ! Est-ce que vous auriez les clés de la chambre ? »
Il répondit :
« Bien sûr. »
Ils prirent les clés, ouvrirent la chambre, et le Rav put enfin aller dormir.
Après Shabbat, le Rav reçut une nouvelle. Sa fille était rentrée se coucher à une heure et demie du matin. Les médecins avaient annoncé que sa situation était difficile et qu’une opération était nécessaire. Son mari s’était mis à prier intensément. Il dit alors :
« Ah, dommage que mon beau-père ne soit pas là pour prier pour sa fille… »
Et voilà qu’à trois heures du matin, sans aucune opération, elle accoucha. Un véritable miracle eut lieu.
Le Rav comprit alors que le moment précis où il était resté éveillé pour soulager son collègue, ce Rav qui n’avait aucun moyen d’entrer dans sa chambre, fut le moment où les portes se sont ouvertes aussi pour sa propre fille. De la même manière que la porte de la chambre s’était finalement ouverte, la délivrance s’était ouverte pour sa fille. Hachem lui avait accordé ce miracle parce qu’il avait su prendre la douleur de l’autre et l’accompagner.
CHABBAT CHALOM !!!


