LA SOIREE DU SEDER DE PESSAH .2.
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La Mitsva et son histoires 2
Le Seder de Pessah s'articule autour d'un ensemble de mitsvot dont le statut et le nombre ont connu une évolution significative entre l'époque du Beith Hamikdach et aujourd'hui.
Durant l'ère du Temple, la soirée était marquée par l'accomplissement de quatre mitsvot prescrites directement par la Torah et de deux ordonnances rabbiniques. Au cœur des obligations de la Torah figuraient :
1.L'offrande et la consommation du Korban Pessah.
2.La consommation de la matsa.
3.La consommation du maror, conjointement avec le Korban Pessah et la matsa.
4. Le récit de la sortie d'Égypte.
La disparition du Beith Hamikdach a entraîné quelques différences :
Le Korban Pessah : Ne pouvant plus être offert, cette mitsva n'est plus accomplie. Sa mémoire est préservée symboliquement sur le plateau du Seder par le Zeroa, que l'on ne mangera pas.
Le Maror : L'obligation min haTorah de consommer le Maror étant explicitement liée à celle du Korban Pessaẖ, elle a perdu ce statut après la destruction. Cependant, nos Sages ont institué sa consommation comme une mitsvah mideRabbanan afin d'en perpétuer le souvenir et la signification.
La Matsa : L'obligation de consommer la Matsa le soir du Seder conserve intégralement son statut de mitsvah min haTorah.
Le commandement de raconter la sortie d'Égypte de Sipour Yetsiat Mitsrayim, demeure une mitsvah min haTorah essentielle.
Aujourd'hui, le Seder comprend donc deux mitsvot min haTorah, qui sont la consommation de Matsa et Sipour Yetsiat Mitsrayim, et trois mitsvot deRabbanan principales : la consommation de Maror, l'obligation de boire les Arba Kossot – les quatre coupes de vin - et celle de s'accouder - Hasseba, ces deux dernières étant également des institutions rabbiniques.
La Mitsva de Matsa
Le soir de Pessah, nous avons une injonction divine explicite, « Baerev tokhlou matzot – Le soir, vous mangerez des matsot » (Chemot 12:18). Cette prescription constitue un commandement positif - mitsvat assei - distinct et indépendant de l'interdiction générale de consommer du Hamets durant les sept jours de Pessah. Si la Matsa est notre aliment de base pendant la fête, du fait que nous ne pouvons consommer aucun Hamets, sa consommation le soir du Seder revêt une obligation spécifique : chaque Juif est tenu ce soir-là de consommer une quantité minimale déterminée, appelée Kazayit.
L'importance unique de cette mitsva requiert qu'elle soit accomplie avec appétit, comme l'enseigne la Michna. Pour préserver cet appétit essentiel, plusieurs règles s'appliquent :
Il est interdit de consommer de la Matsa durant toute la journée du 14 Nissan, veille de Pessah, et ce, même lorsque ce jour coïncide avec le Chabbat.
Il convient également d'éviter, avant le Seder, tout aliment susceptible de diminuer l'appétit pour la Matsa.
De surcroît, la Matsa destinée à l'accomplissement de cette mitsva doit être confectionnée Lechem Mitsvat Matsa, c'est-à-dire avec l'intention spécifique qu'elle serve à l'accomplissement du commandement. En raison d'un débat halakhique quant à savoir si la "Matsa machine" répond pleinement à cette exigence, il est impératif d'utiliser de la Matsa confectionnée à la main - Matsa Yad ou Matsa Chemoura) pour le Kazayit du Seder, afin de s'assurer de la validité de la mitsva.
La consommation de la matsa, précédée de la brakha spécifique « Al Akhilat Matsa », doit se faire en étant accoudé, en signe de liberté.
Le Kazayit doit être ingéré dans un laps de temps relativement court, défini comme Kedei Akhilat Pras - le temps de manger une demi-portion de pain- généralement estimé à environ 4 minutes, certains décisionnaires autorisant jusqu'à 9 minutes pour les personnes fragiles.
Manger au-delà de ce délai invaliderait la mitsva. Cette exigence incite à une consommation concentrée et rapide.
Il est rapporté au nom du Michna Broura qu'il est louable, pour qui en est capable, d'introduire l'intégralité du Kazayit dans la bouche en une seule fois avant de le mâcher et de l'avaler.
Quant à la quantité précise du Kazayit, elle fait l'objet de discussions halakhiques complexes, notamment liées à l'évolution potentielle de la taille des œufs servant de référence au calcul des volumes. En pratique, pour une mitsva min haTorah telle que la Matsa du Seder, l'opinion la plus répandue et rigoureuse retient une mesure d'environ 32 grammes. Pour une obligation deRabbanan, comme le Kazayit de Matsa mangé lors du Korekh, une quantité moindre, d'environ 17 grammes, est jugée suffisante. (Ces calculs tiennent compte d'une marge de 2g qui va rester dans les dents.)
Le Michna Broura mentionne par ailleurs qu'il serait approprié de consommer deux Kazaytim lors de la mitsva initiale : l’un, correspondant à la brakha de Hamotsi et un autre pour la brakha spécifique de al hakhilat matsa. Toutefois, cette exigence étant elle-même d'ordre rabbinique, la majorité des décisionnaires considèrent que la consommation du Kazayit plus important requis min haTorah (environ 32 grammes), satisfait également à cette demande rabbinique des deux Kazaytim. Il n'est donc généralement pas nécessaire de consommer 60 grammes.
En résumé, pour la mitsva centrale de consommation de la matsa, une quantité d'environ 32 grammes de Matsa Yad doit être consommée en étant accoudé et dans le délai imparti, après avoir récité les brakhot appropriées.
Le Maror
La laitue romaine est l'espèce végétale privilégiée pour accomplir la mitsva du Maror.
Il est impératif d'utiliser des légumes certifiés sans insectes, ou de maîtriser parfaitement les techniques de vérification. Dans ce cas, il est absolument crucial de procéder à une vérification méticuleuse de chaque feuille, à contre-jour, afin de s'assurer de l'absence totale d'insectes. La consommation d'insectes constitue une transgression grave de plusieurs interdits de la Torah.
On raconte que le Ben Ich Haï, marchant un jour dans une rue, aperçut une femme qui préparait sa laitue romaine à la va-vite. Il lui dit : « Sachez que les fautes que vous êtes en train de commettre sont aussi nombreuses que les cheveux sur votre tête. »
Elle lui demanda : « Pourquoi cela ? » « Parce que vous ne vérifiez pas correctement », répondit-il. Elle rétorqua : « Mais j'ai beaucoup de monde à servir. » Il lui répliqua : « Certes, mais vous ne devriez pas leur faire commettre des fautes. Chaque insecte que l'on mange constitue plusieurs transgressions. C'est pourquoi la vérification doit être faite avec le plus grand soin. »
En cas d'impossibilité de se procurer de la laitue dûment vérifiée, les endives peuvent être utilisées comme alternative, bien que considérées comme un choix de second rang.
Comme nous l’avons vu, la consommation du Maror lors du Seder constitue aujourd'hui une obligation deRabbanan. Toutefois, puisqu'elle a pour vocation de commémorer le Maror qui était consommé min haTorah avec le Korban Pessah à l'époque du Beith Hamikdach, la Halakha prescrit une certaine rigueur quant à la quantité. Pour la première consommation de Maror, après la brakha « Al Akhilat Maror », il convient d'adopter le chiour le plus exigeant, correspondant à celui d'une mitsva min haTorah, estimé à environ 30 grammes. Tout comme pour la Matsa, ce Kazayit doit être consommé dans le laps de temps défini comme Kedei Akhilat Pras - environ 4 minutes.
Le maror vient nous rappeler l’amertume, on ne le mange donc pas accouder, contrairement au korekh.
Lors de la confection du Korekh, ce "sandwich" qui réunit Matsa et Maror en souvenir de la pratique de Hillel HaZaken au temps du Temple, les exigences sont moindres. S'agissant d'une commémoration, un Kazayit de base est suffisant tant pour la Matsa que pour le Maror, soit environ 17 grammes de chaque.
L'Afikoman
L'Afikoman, cette part de Matsa consommée à la toute fin du repas du Seder, revêt une importance capitale car il est institué en souvenir du Korban Pessah. C'est la dernière chose que l'on mange, afin de conserver le goût de la Matsa - symbolisant le Korban Pessah- jusqu'au matin, suivant la prescription concernant le Korban Pessah lui-même qui devait être consommé à la fin du repas.
Il faut savoir que pendant la fête de Pessah, chaque personne devait s’associer à un sacrifice en particulier. Pour accomplir la mitsva du Korban Pessah, il fallait consommer un kazaït de viande grillée du Korban Pessah à la fin du repas, une fois rassasié.
Cependant, durant le repas lui-même, on ne mangeait pas le Korban Pessah, mais plutôt le Korban Haguiga, qui était un sacrifice apporté lors de chaque fête de pèlerinage. Ainsi, pour rappeler ces deux sacrifices, il est louable de consommer deux Kazaytim de Matsa au moment de l’Afikoman, bien que ce ne soit pas une obligation, mais une recommandation pour ceux qui peuvent le faire.
la Halakha suggère que celui qui le peut consomme 32 grammes de matsa considérant que cette quantité peut suffire à représenter les deux aspects (un Kazayit d'environ 15g pour chaque Korban).
Pour une personne éprouvant des difficultés à consommer davantage à la fin du repas, il est permis de s'acquitter de l'obligation de l'Afikoman en ne mangeant qu'un Kazayit de base, soit environ 17 grammes.
Les quatre coupes de vin
Parmi les mitsvot mideRabbanan structurant le Seder de Pessah, l'obligation de boire quatre coupes de vin occupe une place centrale et revêt une importance considérable.
Ces quatre coupes ne sont pas de simples boissons ; elles incarnent une louange vibrante adressée à HKBH. Comme l'enseignent nos Sages, "Ein omrim Chirah ella al hayayin" - On ne dit de chant que sur le vin. Elles constituent également un moyen essentiel de Pirsoumei Nissa, de proclamation publique du miracle de la sortie d'Égypte.
Leur importance est telle que la Halakha stipule qu'il faut s'efforcer de les acquérir, quitte à vendre un vêtement si nécessaire. Cette exigence souligne aussi l'obligation d'assurer que les plus démunis disposent du nécessaire pour accomplir cette mitsva, au même titre que la Matsa. La Guemara (Pessa’him 108b) rapporte l'exemple d'un Sage qui endurait de sévères maux de tête jusqu'à la fête de Chavouot à cause du vin, mais accomplissait néanmoins scrupuleusement cette mitsva.
Le vin est la boisson idéale. Le jus de raisin est cependant une alternative permise, notamment pour ceux qui ne peuvent consommer d'alcool. Certains décisionnaires expriment des réserves quant au jus de raisin seul. Ainsi, pour concilier les différentes opinions, il est conseillé à ceux qui éprouvent des difficultés avec le vin pur de mélanger un peu de vin au jus de raisin. Néanmoins, en cas de nécessité absolue, le jus de raisin pur reste acceptable.
Il est préférable d'utiliser du vin rouge, considéré comme plus important que le vin blanc.
Certains y voient également, de par sa couleur proche du sang, une évocation des terribles souffrances endurées par les Bnei Israel en Égypte.
Les quatre coupes de vin sont bues à des moments précis du déroulement de la Haggada, et non consécutivement.
Concernant les brakhot - Borei Peri Hagafen, une divergence de coutumes existe. Selon le rite Sepharade, seules deux brakhot sur le vin sont récitées : la première lors du Kiddouch (première coupe) et la seconde avant de boire la troisième coupe, après le Birkat Hamazon. Il est important pour ceux qui suivent cette coutume, même en utilisant une Haggada de rite Ashkenaze, de s'en tenir à ces deux bénédictions. Selon le rituel Ashkenaze, chaque coupe est considérée comme une mitsva distincte justifiant une brakha propre, récitée avant de boire chacune des quatre coupes.
La quantité minimale requise pour chaque coupe (chiour reviit) fait l'objet de discussions halakhiques. Selon l'opinion de Rabbi Haim Naei, la mesure d’un Reviit correspond à 8,6 cl (valeur numérique du mot Kos). Le Hazon Ich préconise un volume plus important, environ 15 cl. En raison de la grandeur de cette mitsva, il est recommandé de s'efforcer d'utiliser un verre contenant au moins la mesure du Hazon Ich.
Il faut boire la majorité du contenu de la coupe entière. A posteriori, ou en cas de difficulté, il suffit de boire la majorité du chiour révvit requis (selon l'opinion suivie). Ceci doit se faire en étant accoudé, en signe de liberté. Il convient de boire de manière relativement continue. Une consommation trop étalée dans le temps, avec de longues interruptions, n'est pas considérée comme un acte de boire valide pour la mitsva.
Les femmes sont également tenues par la mitsva des quatre coupes. En cas de grande fatigue, une femme pourrait éventuellement, après le Birkat Hamazon, conclure rapidement la Haggada pour boire les coupes restantes, l'essentiel étant de boire les quatre coupes prescrites ce soir-là.
Pain du pauvre ou Symbole de liberté ?
Au début de la Haggadah, nous présentons la matsa comme le pain de pauvreté que nos ancêtres ont mangé en Égypte. Comme le témoigne le Rav Yossef Haezovi au nom du Ibn Ezra — qui, emprisonné en Inde, recevait régulièrement du pain azyme car celui-ci se digère très lentement et incite moins à la consommation — les Égyptiens donnaient également de la matsa aux Bné Israël. Ainsi, la matsa évoque d'abord le pain de servitude consommé pendant l'esclavage.
Cependant, plus loin dans la Haggada, nous affirmons que la matsa commémore également la sortie d'Égypte, lorsque les Bnei Israël partirent si précipitamment qu'ils n'eurent pas le temps de laisser lever leur pain. Le Aboudaram explique que, bien que les Bnei Israel aient déjà reçu l'ordre de manger la matsa depuis Roch Hodech Nissan pour le soir de Pessah, cette précipitation était prévue par D-ieu. Cette hâte représente un signe de libération rapide orchestrée par HKBH, qui venait les sauver des cinquante degrés de Touma. Comme l'enseigne le Arizal, s'ils étaient restés une seconde de plus, ils seraient tombés dans le cinquantième degré et n'auraient jamais pu être libérés. Cette précipitation révèle donc une immense bonté divine, et en consommant la matsa, nous rappelons cette bonté et ce miracle extraordinaire.
Le Maharal de Prague propose une interprétation différente. Pour lui, la matsa représente au contraire un pain de liberté, comme en témoigne son association avec la sortie d'Égypte. Selon cette lecture, lorsque nous disons que nos ancêtres l'ont mangée « en Égypte », cela fait référence au moment de la sortie d'Égypte, célébrant ainsi la liberté retrouvée.
Pourquoi la matsa évoque-t-elle la liberté ? Le Maharal nous offre une réflexion profonde : la matsa symbolise celui qui est libre de ses actions. À l'image de ce pain qui ne dépend pas d'ingrédients extérieurs, se contentant du capital essentiel — l'eau et la farine — et n'a besoin ni de levure ni d'additifs pour exister et être consommée. Elle incarne ainsi la véritable liberté : celle d'un être accompli et heureux par lui-même, capable d'agir selon sa volonté dans le bien, sans dépendre d'éléments extérieurs pour son bonheur. La vraie liberté réside dans la simplicité. Tous les autres éléments ne font qu'aider et améliorer la vie, mais la liberté fondamentale est déjà présente dans la matsa.
Une autre perspective remarquable montre que la matsa représente quelque chose d'existant et d'éternel. En effet, la matsa peut être conservée pendant plusieurs années tout en restant comestible, tandis que le pain ordinaire, comme la baguette, ne dure qu'une journée ou deux. Cette différence révèle une vérité profonde : ce qui dépend d'éléments extérieurs manque d'authenticité, contient une part de mensonge qui montre que dans le monde matériel, lorsqu'un homme construit sa vie sur des éléments extérieurs, celle-ci manque de solidité et son bonheur n'est pas véritable. La Matsa, dans sa simplicité et sa durabilité, devient ainsi un puissant symbole de Guéoula.
La Signification des quatre coupes de vin
La mitsva des quatre coupes de vin du Seder de Pessah, est riche de significations profondes.
L'explication la plus communément admise lie les quatre coupes aux quatre expressions de délivrance employées par HKBH dans la Torah (Chemot 6:6-7) pour annoncer la libération des Bnei Israel :
Vehotséti : « Je vous ferai sortir de la souffrance et des fardeaux égyptiens ».
Vehitzalti : « Je vous sauverai de leur servitude ».
Vegaalti : « Je vous délivrerai par une intervention puissante ».
Velakahti : « Je vous prendrai pour Moi comme peuple».
Ces quatre étapes de la Guéoula correspondent aux différentes phases de l'oppression subie en Égypte, dont nos Sages détaillent les aspects (amertume de la vie, décrets infanticides, intensification du travail forcé, etc.). Boire une coupe pour chaque expression célèbre la progression de la libération orchestrée par la Providence divine.
Une cinquième expression, Vehéveti : « Je vous amènerai en Erets Israel », figure dans le même passage. Cependant, nos Sages n'ont pas institué une cinquième coupe obligatoire, afin de souligner que l'essence de la Gueoula réside dans la relation unique établie entre D-ieu et Son peuple par le don de la Torah, une relation qui perdure même en exil, et non uniquement dans l'accession à la Terre Promise. Néanmoins, cette promesse est symboliquement rappelée par la coupe versée pour prophète Eliahou, annonciateur de la Guéoula finale. Diverses coutumes existent quant à l'usage du vin de cette coupe, certains le conservent pour le Kiddouch du lendemain, espérant la venue d'Eliahou le prophète, durant la nuit.
Cette coupe sera remplie juste avant le birkat hamazon.
D'autres interprétations, issues notamment du Midrach, enrichissent la symbolique des quatre coupes de vin. Rabbi Yehochua y voit une allusion aux quatre mentions du mot "Kos" -coupe - dans le récit du rêve de l'échanson de Pharaon (Beréchit 40). Rabbi Lévi les met en parallèle avec les quatre grands empires (Arba Malhouyot) qui ont opprimé Israël au cours de l'histoire, les coupes symbolisant la promesse divine de la délivrance finale de toute domination étrangère. Une autre lecture y voit l'annonce des quatre « coupes de châtiment » - Kos chel pouranout) que Dieu fera boire aux nations ayant persécuté Son peuple.
Une interprétation particulièrement intéressante, proposée par le Maharal de Prague, établit une symétrie entre les trois matsot du plateau du Seder et les quatre verres de vin. Les trois matsot correspondent aux trois patriarches : Abraham, Itshak et Yaakov.
Les quatre verres de vin symbolisent les quatre matriarches : Sarah, Rivka, Raḥel et Léa. Comme il est écrit « Medaleg al héharim - Il saute par-dessus les montagnes », Hachem s'est empressé de nous délivrer grâce aux mérites des matriarches. C'est pourquoi nous buvons ces quatre verres de vin, les femmes ayant été comparées à la vigne dans les Psaumes du roi David.
Le Hida explique que les quatre verres commémorent les quatre mérites par lesquels les Bnei Israël ont été délivrés :
Ils n'ont pas changé leurs noms ;
Ils n'ont pas changé leur langue ;
Ils se sont préservés des mœurs égyptiennes ;
Ils ont évité la médisance.
Récits illustratifs
Le Mérite Inestimable d'une mitsva
L'histoire suivante, survenue en Israël il y a quelques années, illustre de manière poignante la valeur éternelle d'une mitsva, en particulier celle de la Matsa accomplie avec messirout nefech.
Un survivant de la Shoah fut troublé par un rêve récurrent. Un ami d'enfance, fils d'un grand Admour décédé dans les camps, lui apparaissait et lui tenait ces propos : « Te souviens-tu de ce Seder de Pessah dans le camp, où je t’ai laissé le mérite de cette mitsva ? Aujourd'hui, dans le Olam HaBa, ce mérite me fait défaut. Pourrais-tu me le restituer ? »
Le survivant refusa initialement, mais le rêve le perturba profondément. Il se rendit à Jérusalem pour consulter son propre Admour et lui raconta l'histoire cachée derrière ce rêve. « Dans l'enfer du camp de concentration », commença-t-il, « se trouvait avec moi le fils de ce grand Rav. À l'approche de Pessah, il était consumé par le désir d'accomplir la mitsva de manger de la matsa. Il me supplia de l'aider à trouver du blé, une denrée quasi impossible à obtenir. Il eut alors une idée : un dépôt de blé voisin avait été bombardé par les Américains. 'Tu es plus fort que moi,' me dit-il, 'Pourrais-tu te faufiler et ramasser quelques grains à l'extérieur ?' C'était extrêmement dangereux. J'ai hésité, mais j'ai fini par accepter. Au péril de ma vie, j'ai réussi, jour après jour, à ramener discrètement de petites quantités de blé. Nous l'avons moulu clandestinement, trouvé une plaque de métal pour le cuire et avons réussi à confectionner deux maigres matsot, juste assez pour deux Kazayit. Hélas, en les transportant, nous fûmes surpris par le gardien du camps. J'ai été roué de coups, et les matsot furent brisées. Il n'en resta qu'un seul morceau, à peine un Kazayit. Le soir du Seder arriva. Dans l'obscurité de notre baraquement, mon ami récita la Haggada de mémoire. Au moment crucial de la akhilat matsa, un dilemme surgit : qui mangerait l'unique Kazayit ? Lui insistait : 'C'était mon rêve, tu m'as aidé, laisse-moi accomplir la mitsva.'
Je rétorquai : 'Mais j'ai risqué ma vie pour cette matsa !' Finalement, je lui ai proposé : 'Mange, toi, cette matsa, et je garde le mérite de la mitsva.' Il accepta. Malheureusement, affaibli, il ne survécut pas longtemps après. »
Des décennies s'étaient écoulées. Le survivant exposa son dilemme : « Comment refuser une telle demande venant du Olam Haémet ? Mais comment renoncer au mérite d'un acte pour lequel j'ai tant sacrifié ? »
L'Admour répondit avec sagesse : « Je ne t'ordonnerai pas de céder ainsi. Cependant, considère ceci : toi, tu es encore sur terre, tu as l'opportunité d'accomplir d'innombrables mitsvot, de manger la matsa chaque année. Lui n'a plus cette possibilité. Bien qu'il soit sans doute dans les plus hautes sphères célestes, cette mitsva spécifique lui manque et peut lui procurer une élévation spirituelle supplémentaire. Le fait qu'il vienne te la demander après tant d'années en souligne l'importance. Va à la synagogue, je te donne les clés. Ouvre le Aron Hakodech, parle à HKBH de tout ton cœur, raconte-Lui toute l'histoire. Puis, devant les Sifrei Torah, prends ta décision. »
L'homme suivit ce conseil. Après une prière intense et émouvante devant le Aron HaKodech, submergé par l'émotion, il déclara : « Je donne le mérite de cette mitsva à mon ami. » Épuisé mais en paix, il rentra chez lui. Le lendemain, en rapportant les clés, il informa son Admour de sa décision. La nuit suivante, son ami lui apparut à nouveau en rêve, rayonnant, le remerciant infiniment et lui confirmant l'immense élévation que ce mérite retrouvé lui procurait.
Le Chabbat suivant, l'Admour partagea cette histoire avec sa communauté, concluant par ces mots : « Voyez ! Cet homme est mort Al Kiddouch Hachem - en sanctifiant le Nom Divin, il jouit des plus grands mérites célestes. Pourtant, une seule mitsva accomplie sur terre avait encore une valeur inestimable pour lui, au point de descendre la réclamer. Combien plus devons-nous, qui sommes vivants, chérir chaque opportunité d'accomplir les mitsvot que Hachem nous offre, particulièrement les précieuses mitsvot de Pessah, et notamment celle de manger la matsa avec toutes les attentions requises. Réalisons la grandeur de ce mérite et efforçons-nous d'en profiter pleinement. »
La Matsa de l'Espérance
Au cœur des ténèbres d'un camp de concentration, à l'approche de Pessah, un groupe de Juifs, guidé par la présence inspirante de leur Admour, le blozohv Rebbe, nourrissait une aspiration ardente : accomplir la mitsva de manger de la Matsa.Animés par une foi et une volonté inébranlables, ils prirent la décision audacieuse, et périlleuse, de solliciter auprès des gardiens du camp l'autorisation d'échanger leur maigre ration quotidienne de pain contre de la farine.
Contre toute attente, après l'envoi d'une requête officielle à Berlin – en pleine guerre – une réponse favorable leur parvint.
Avec des moyens dérisoires, rassemblant des morceaux de métal, allumant un feu précaire, moulant les grains, pétrissant la pâte, ils s'attelèrent à la confection des matsot. Mais leur espoir fut brutalement anéanti. Un gardien nazi, furieux suite à l'évasion d'un autre détenu qui avait tenté de faire sortir des témoignages accablants sur les atrocités commises, fit irruption. Dans sa rage, il piétina et détruisit leur précieux travail, dispersant les fruits de leurs efforts. Seul un minuscule fragment de Matsa, de la taille d'une pièce de monnaie, put être sauvé in extremis.
Le soir du Seder arriva, empreint de tristesse et de déception. Réunis autour du Admour, ils célébrèrent la fête dans la clandestinité. Au moment de la consommation de la matsa, la question se posa : à qui reviendrait ce morceau symbolique ? Il ne constituait pas même un Kazayit, la quantité requise par la Halakha pour accomplir la mitsva, mais sa valeur émotionnelle et spirituelle était immense.
C'est alors qu'une femme, mère d'un jeune garçon de treize ans présent parmi eux, prit la parole avec une force tranquille : « Rebbe », dit-elle, « nul d'entre nous ne sait s'il survivra. Mon fils est jeune. Il a peut-être plus de chances que nous de voir l'avenir et de transmettre notre héritage. Il n'a jamais goûté la Matsa de la mitsva. Donnons-lui ce souvenir, ce symbole, pour qu'il puisse un jour raconter et perpétuer notre « massoreth ». La chaîne des générations est essentielle pour nous, d’autant plus en cette fête de Pessah entièrement tournée vers la transmission du patrimoine juif. »
Profondément touché par cette vision tournée vers l'avenir au milieu du désespoir présent, le Admour acquiesça.
Après la Shoah, le Admour, dont l'épouse avait péri dans les camps, choisit d'épouser cette même femme. Ce choix suscita l'étonnement parmi ses Hassidim, habitués à ce que les Admourim contractent des unions au sein de lignées rabbiniques établies. Interrogé un jour sur sa décision, le Admour expliqua : « Je n'ai eu aucune hésitation. Dans cette obscurité totale, où la mort nous côtoyait chaque jour et où l'espoir semblait éteint, à quoi pensait cette femme ? À l'avenir. À la transmission. À l'éternité du peuple juif. Son esprit était entièrement tourné vers Netsach Israel – l’esprit de l’Eternité du peuple d’israel. Une personne habitée par une telle force, une telle foi en la continuité de notre peuple, possède une grandeur d'âme exceptionnelle. C'est une telle femme que je devais épouser. »
Un Seder Secret à Rome
Ce dernier récit nous transporte dans un temps où la ville de Rome était interdite aux Juifs. Un commerçant juif, contraint par ses affaires de s'y rendre, dut dissimuler son identité. Malheureusement, ses tractations se prolongèrent et il se retrouva piégé dans cette ville, veille de Pessah, seul et sans coreligionnaire avec qui partager le Seder. L'angoisse le saisit. Comment accomplir les mitsvot de cette soirée si particulière ? Une idée lui vint : se poster au marché et observer attentivement.
Peut-être quelqu'un viendrait-il acheter de la laitue, le Maror indispensable au Seder ? Ce serait là un signe quasi certain de la présence d'un autre Juif.
Il attendit de longues heures, le cœur serré, mais en vain. Soudain, il aperçut le maire de la ville en personne. Celui-ci, s'adressant discrètement à son serviteur, le vit descendre et acquérir une quantité notable de belles feuilles de romaine. L'espoir naquit dans le cœur du commerçant. Malgré les apparences – le maire se mêlant à la foule, s'enquérant ostensiblement du bon fonctionnement du marché – l'intuition du voyageur était forte. Il n'y avait pas d'autre explication plausible.
L'heure avançant, il prit une décision audacieuse. Se rendant à la demeure du maire, il frappa à la porte, insistant sur l'urgence absolue de s'entretenir avec le magistrat. Conduit auprès de lui, il demanda une audience privée. Une fois seuls dans le bureau, il se dévoila : « Écoutez-moi. Je suis Juif. Ce soir, c'est Pessah. J'ai passé la journée à guetter un signe au marché et j'ai compris, en vous voyant acheter le Maror, que vous êtes Juif également. Je vous en supplie, permettez-moi de passer le Seder avec vous. »
Le maire, le visage impassible, sans l'ombre d'un sourire, lui dit simplement : « Venez avec moi. » Il le conduisit dans une pièce reculée, ferma la porte à clé, puis actionna un mécanisme révélant un passage souterrain. Celui-ci menait à une grotte aménagée où un spectacle incroyable attendait le commerçant : une table de Seder magnifiquement dressée, avec la Matsa, le vin, la viande, etc. « Soyez notre hôte ce soir », l'invita le maire.
Le Seder fut exceptionnel. L'hôte, érudit, partagea de nombreux commentaires sur la Haggada, enrichissant la soirée. Cependant, à la fin du repas, un gâteau ressemblant à un gâteau au fromage fut servi. Tous en prirent, mais le commerçant refusa net. « Comment est-ce possible ? » s'exclama-t-il, horrifié. « C'est Pessah, nous ne pouvons manger de Hamets ! Et de surcroît, consommer du lait après la viande est interdit ! » Le commerçant éclata en sanglots : « Je croyais avoir trouvé des frères observant la Torah ! Qui sait si je n'ai pas transgressé Pessah à votre table sans le savoir ! »
Le maire le laissa exprimer son désarroi, puis le calma : « Rassurez-vous. Si vous aviez goûté ce gâteau, vous auriez constaté qu'il est parfaitement Parve et confectionné sans aucun Hamets. Il est strictement « Cacher lePessah ». « Mais alors, pourquoi ce silence ? Pourquoi me laisser dans cette angoisse ? » demanda le commerçant, encore secoué. « C'était une épreuve », expliqua le maire. « Vivre notre judaïsme ici est périlleux. Nous devions nous assurer que vous n'étiez pas un espion venu nous piéger. En voyant votre réaction immédiate, votre crainte sincère du Hamets, votre attachement aux mitsvot, nous avons compris que vous étiez véritablement l'un des nôtres. Votre Crainte du Ciel a parlé pour vous. »
Ainsi rassuré, le commerçant put achever ce Seder inoubliable dans la fraternité et la joie profonde d'avoir trouvé des frères fidèles dans les circonstances les plus improbables.


