LA MITSVA DU OMER, LE COMPTE DU OMER RABBI AKIVA ET SES ELEVES, LE RESPECT DE SON PROCHAIN
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La Mitsva et son histoires 2
Dans ce feuillet, nous traiterons des trois sujets de fond qui traversent cette période du Omer qui va de Pessah à Chavouot :
la Mitsva du Korban Omer - offrande apportée au Beit Hamikdach le deuxième jour de Pessah ;
la Mitsva de compter le Omer durant 49 jours – à partir du deuxième jour de Pessah jusqu’à Chavouot ;
L'histoire des élèves de Rabbi Akiva
Le Korban Omer
La Mitsva du Korban Omer est de la plus haute importance. Il est écrit que cette Mitsva a accordé aux Bnei Israël le mérite d'hériter de la terre d'Israël – Elle correspond à l'interdit de la Torah de « ’Hadach » qui nous interdit la consommation de la nouvelle récolte de l’année avant d’avoir apporté l’offrande du Omer. Du temps du Beit Hamikdach, le 16 Nissan - deuxième jour de Pessah, on moissonnait de l'orge et on en apportait une mesure de Assirit Haéphah comme offrande au Beit Hamikdach.
La Guemara s’interroge sur la raison de cette Mitsva ordonnée par Hachem, d’apporter le Omer à Pessah, et répond : dans la mesure où cette période cprrespond précisément au moment où la récolte est en train de mûrir et où chacun attend la preuve de la bénédiction de sa récolte, Hachem dit : « Dans ce cas, apportez-Moi le Omer pour vous accorder la brakha sur vos plantations et sur tout ce qui pousse dans vos champs. »
Dans tous les cas, le « Issour Hadach » est l’interdiction de consommer de la nouvelle récolte de l’année tant que l'on n'avait pas apporté cette offrande. Du temps du Beit Hamikdach, il fallait attendre que passe l’offrande du Omer pour que la nouvelle récolte devienne permise à la consommation. Même aujourd'hui, où l’offrande n’a pas lieu, ce jour du 16 Nissan nous autorise à manger la nouvelle récolte en Israël – et selon d'autres avis, même en dehots d’Erets Israel. Cela explique la raison de certains certificats de surveillance de cacherout qui mentionnent : « Cacher sans risque de Tevel, et sans risque de ‘Hadach » - la récolte étant effectuée avant Pessah dans certains pays qui sèment le blé au printemps.
Cela revient à dire que si des pâtes ou du pain ont été confectionnés à partir de cette récolte, il est interdit de les consommer jusqu’au Pessah suivant selon les avis stipulant que le ‘Hadach est interdit même sur la récolte d'un non-Juif.
A plus forte raison si c'est en Israël, où il est clairement interdit de manger d’une telle production.
Ainsi, la surveillance rabbinique nous protège d’une telle transgression en certifiant qu'il n’existe pas de problème de ‘Hadach.Concernant la récolte d'un Juif en dehors d'Israël, d'après la majorité des avis, cette interdiction existe. Quant aux récoltes qui poussent chez les Goyim, il existe un débat halakhique à ce sujet.
D'une manière générale, la raison de cette Mitsva ressemble quelque peu à la raison invoquée concernant les mitsvot relatives aux prémices et au rachat des premiers-nés : lorsque nous prenons conscience que toute genèse revient à Hachem et que l’on reconnaît que c'est Lui qui nous a tout donné, que l’on relie l’origine de toute chose à sa source, cela engendre une vraie brakha. D’une manière générale, la reconnaissance qui conduit à remercier Celui qui a fourni la récolte avant d’en disposer librement, conduit la personne à tisser un lien plus étroit avec son Créateur et à se rattacher encore davantage à Lui.
la Mitsva de compter le Omer durant 49 jours
A cette Mitsva de l’offrande du Omer s’attache une autre Mitsva : celle de Sefirat Haomer. Après avoir moissonné le Omer (le 16 Nissan au soir), la Torah nous invite à compter les jours qui nous séparent de Chavouot. La Torah dit explicitement (Vayikra 23; 16) : “Vous compterez depuis le lendemain de la fête, depuis le jour où vous aurez offert le Omer, sept semaines complètes”, jusqu'au 50ème qui est la fête de Chavouot. Cette Mitsva est celle de Sefirat Haomer qui, à l'époque du Beit Hamikdach, était une Mitsva de la Torah. De nos jours, selon la majorité des décisionnaires, cette Mitsva est d’ordre rabbinique, hormis Maïmonide qui pense que cette Mitsva reste encore aujourd'hui une obligation de la Torah. D’ailleurs cela explique que la précision « mitsvat assei min hatorah » ne soit pas exprimée dans le Lechem Yihoud habituellement récité avant d’accomplir cette mitsva.
Trois raisons essentielles sont évoquées pour expliquer cette Mitsva quotidienne du compte du Omer :
1/ La première, la plus proche du sens littéral, nous est fournie par le Aboudraham : A l’époque, en cette période, les agriculteurs étaient très inquiets pour leur récolte. Hachem désirait apprendre le Bitahon [la confiance en D-ieu] à Son peuple, prendre conscience que c'est Lui qui pourvoit à la subsistance et à la parnassa de chacun. Il nous inculqua donc de commencer par offrir le korban Omer, et de compter durant toute cette période jusqu'à Chavouot – période des prémices et des fruits des arbres.
Il convient de compter tous les jours combien de jours sont passés depuis cette offrande et se rappeler qu'en fait la bénédiction vient du Ciel. C’est la raison pour laquelle Rabbi Akiva nous enseigne dans le Traité Roch Hachana : « Pourquoi Hachem nous a demandé d’apporter le Omer à Pessah ? Parce que c'est la période de la récolte. Je bénirai votre récolte par cela ». C'est ainsi, une manière de se rattacher au korban en question et ne pas oublier, durant toute cette période, que nous avons offert le Omer.
2/ Une grande partie des commentateurs, comme le Sefer Ha'Hinoukh, voient plutôt dans cette Mitsva une attente et un compte en vue de la fête de Chavouot, à l’occasion de laquelle nous recevons la Torah. Du fait que tout le but de la sortie d'Égypte était « Taavdoun et HaElokim al hahar hazé - Vous servirez D-ieu sur cette montagne-là », ainsi que Dieu l'a fait savoir à Moché Rabbénou, il convenait de créer immédiatement chez les Bnei Israel un moyen d'exprimer cette attente et ce désir. Ce languissement est comparé à un esclave qui travaille en plein soleil…quil souffre de la chaleur et n’a de cesse que de terminer pour aller se mettre à l'ombre et retrouver son calme et sa tranquillité. Dans la même veine, les Bnei Israël comptaient le Omer et attendaient de recevoir la Torah. Nous aussi chaque année, après avoir vécu la sortie d'Égypte, nous créons et exprimons ce désir ardent de recevoir la Torah, but de la création du Peuple d'Israël.
Le Or Hahaim Hakadoch ajoute à cela, que bien que le monde repose sur le piler de la Torah – il ne peut pas susister un seul instant sans Torah, comme D-ieu l'a dit aux Bnei Israël au Mont Sinaï : « Si vous n’acceptez pas de recevoir la Torah, le monde sera renversé » – jusque-là, durant 26 générations, HKBH a nourri le monde de Sa généreuse Bonté, d’où les 26 « Ki Leolam Hasdo » dits dans le Hallel Hagadol que nous récitons tous les Chabbat matins.
Dès lors que les Bnei Israël sont sortis d'Égypte, il convenait que le monde tienne sur son vrai pilier, celui de la Torah. L'importance de la préparation à la réception de la Torah est tellement grande que les Bnei Israël durent se purifier, comme l’épouse se purifie pour son mari. Cela explique la raison des sept fois sept jours pour arriver à Chavouot et pouvoir recevoir la Torah dans de bonnes conditions. Mais en même temps, il leur fallait prouver cette attente fébrile et ce désir ardent durant cette période de préparation.
Une telle explication sous-entend la nécessité d’un travail durant cette période. Pour les adeptes de la Kabbale, cela correspond aux 49 degrés de pureté. En effet, en sortant d'Égypte les Bnei Israël avaient atteint le 49ème degré d’impureté, au point qu’il était devenu urgent que D-ieu les fasse sortir rapidement. Ainsi, pour remonter la pente et être aptes à recevoir la Torah, il leur fallut se purifier jour après jour, pour pouvoir arriver au 50ème jour et être fin prêts à recevoir la Torah dans la Kédoucha.
Cela explique également le fait que la fête de Chavouot ne porte pas de nom spécifique lié à son essence. Le nom de cette fête est lié aux semaines : Hag Hachavouot, la fête des semaines, car c'est à travers notre préparation durant les semaines qui lui précèdent que nous prouverons notre aptitude à recevoir la Torah.
Les Baalei Moussar, comme le Rav Simha Zissel, voient dans le raffinement des midot, la préparation idéale pour recevoir la Torah. Les Pirkei Avot nous enseignent que 48 qualités permettent à l'homme d'acquérir vraiment la Torah. Ce nombre correspond aux 48 fois où le mot Beer (source d’eau) est écrit dans la Torah. Ainsi, comprend-il par-là, qu’il convient de pratiquer quotidiennement, un travail sur l’une des Midot, sur les traits de caractère. Comme l’exprime Rav Haim Vital : « le travail sur les mauvais caractères n'est pas écrit explicitement dans la Torah car il devance Kabbalat HaTorah : on ne peut recevoir la Torah avec de tels défauts ». C’est pourquoi, ces 48 jours en sont la préparation. Il précise également que le 49ème jour est destiné à résumer ces 48 traits. Le Or Hameir ramène lui aussi, que cette période est celle où l'homme doit travailler ses Midot et se préparer à Kabalat Hatorah.
3/ La troisième raison invoquée pour expliquer la Sefirat Haomer est proposée par le Maharal de Prague. Son approche va nous expliquer pourquoi nous ne comptons pas par rapport au futur, mais par rapport au passé. Nous disons « il s'est passé tant de jours du Omer ». Le Maharal explique qu'à Pessah, les Bnei Israël sont sortis d'Égypte. Ils étaient encore esclaves, ils sortaient à peine de l'esclavage, ils n'avaient pas encore la Torah. Or sans Torah, un homme est au niveau de l’animal. C'est ce qui explique que le korban apporté ce jour-là était un sacrifice d'orge, nourriture de prédilection du bétail. L’intention était de s’écarter et s'éloigner au maximum de ce niveau animal, pour accéder au rang d’Homme. Ces 49 jours permettent de mesurer jusqu’à combien nous sommes parvenus à nous éloigner de ce bas niveau, pour gagner Chavouot. A cette occasion, étaient apportés au Beit Hamikdach les deux pains de proposition, confectionnés à base de blé, qui autorisaient les offrandes de la nouvelle récolte de blé au Beith Hamikdach. Cela vient témoigner de ce passage du niveau animal au niveau de l'homme.
Le Hamets, symbole du Yetzer Hara, est interdit à Pessah alors qu'à Chavouot, deux pains de blé sont offerts… C’est une allusion au fait qu'en recevant la Torah, nous avons en même temps, reçu le remède contre le Yetzer Hara : « Barati Yetzer Hara, Barati lo Torah Tavlin - J'ai créé le mauvais penchant, J'ai créé à son intention, la Torah comme remède ». Cela venait donc exprimer cette prise de distance du niveau de bassesse pour s’élever à un niveau de grandeur.
Le Maharal ajoute une deuxième partie à cette explication : la vraie liberté n’a ni pour sens ne rien faire, ni faire n'importe quoi, et encore moins laisser libre-cours à ses pulsions. La liberté au sens de notre Torah, correspond à répondre à un rôle, à une mission, à un programme, à un devoir de grandeur qui n'est pas géré par les pulsions et instincts d’un corps animal, mais par un esprit clairvoyant. Ce qu’une telle personne décide de faire a été réfléchi en vertu du bien qui lui a été enseigné et de son aptitude à le réaliser. C’est cela, la liberté. Comme un enfant qui accepte d'aller à l'école et qui comprend que c'est son intérêt, même si parfois il y est réticent. Cet enfant vit sa liberté. A contrario, celui qui refuse de soumettre et et vit dans l’oisiveté, ne peut prétendre à une telle liberté.
De même, en quittant l’Egypte, les Bnei Israël pouvaient croire, même pour un court moment, que la liberté consistait à ne plus être soumis à personne. Hachem les engagea aussitôt dans le compte du Omer pour leur rappeler que même s’ils étaient sortis de la servitude égyptienne, ils allaient désormais endosser une autre servitude qui, elle, est une vraie liberté. Une liberté où chaque chose que l'homme fait est destiné à l’élever, à le pousser vers la grandeur.
C'est ce qui lui donne du mérite, c'est ce qui lui permet justement d'être au-delà des bassesses des désirs corporels. Un jour d’arrêt a été marqué pour faire ressentir aux Bnei Israel leur liberté par rapport à Pharaon. Mais aussitôt après, fut posé cet engagement qui vient justement prouver que pour gagner la vraie liberté, il convient de faire ce que l'on se doit de réaliser dans le sens positif des choses et dans celui de la grandeur. Contrairement au niveau animal qui ne cherche qu’à suivre ses instincts et faire ce qu’il désire pour ne s’être fixé aucun objectif élevé de vie.
Dans le même esprit, Rav Chimchon Raphaël Hirsch explique que le Omer vient précisément relier Pessah et Chavouot, et rappeler aux Bnei Israël que leur vraie liberté tient justement dans le fait de recevoir la Torah et devenir le peuple élu, le peuple de Hakadoch Baroukh Hou, le peuple de la grandeur, le peuple porteur de la mission de D-ieu sur terre, qui aura le mérite éternel et l'éternité. C’est ce qui fait le lien entre les deux évènements. Le compte était donc effectué par rapport au Omer, témoignant de notre passage du niveau d’animal au rang élevé de Adam.
Les règles halakhiques de la Mitsva du compte du Omer :
C'est une Mitsva qui exige une intense volonté et de la concentration car c’est justement là que se situe son essence-même. Cela appelle à une régularité sans faille et de n’omettre aucun jour.
Tous les soirs, à partir de la sortie des étoiles, nous comptons les jours du Omer avec Brakha.
Il existe un débat de fond entre les Richonim – La Mitsva du Omer est-elle une seule Mitsva, une seule entité, ou plusieurs entités, plusieurs Mitsvot ? Le Baal Halakhot Gedolot pense que si quelqu'un a oublié de compter le Omer un soir, et qu'il ne l'a pas rattrapé le lendemain où il est encore possible de compter [sans bénédiction], alors il ne peut plus compter avec Brakha les jours suivants. Cela s’explique par le simple fait que concernant le Omer, la Mitsva est Temima, elle se doit d’être entière. Si la personne n'a pas fait le compte tous les jours, elle a interrompu son compte et ne peut plus le poursuivre. Ainsi a tranché le Choulhan Aroukh : un homme qui aurait oublié de compter un jour devra tout de même continuer à compter, mais il ne pourra pas faire la brakha.
Cette Mitsva qui appelle à une vraie volonté, celle de sentir qu'il existe un challenge, une Mitsva unique, chaque année, qui dure 49 jours. En s'organisant et en étant animé d’une vraie volonté, il est possible d’accomplir cette Mitsva avec 49 bénédictions. Ou bien, à D-ieu ne plaise, à l'inverse, celui qui ne la prend pas au sérieux, qui ne décèle pas sa grandeur et le joyau dont il est question, aura perdu l’avantage de l’intégrité, il lui manquera la notion de Temimot, sans parler du fait qu’il ne pourra poursuivre son compte le lendemain avec brakha – On ne rencontre une telle dimension dans aucune autre Mitsva.
Détails halakhiques supplémentaires :
Comme on l'a dit, celui qui a oublié de compter le soir et qui compte le matin (sans bénédiction), conserve la suite de la Mitsva du compte. Celui qui a oublié de compter un soir et le jour suivant, cesse de compter avec brakha. Il est tout de même important de continuer de compter sans brakha, pour accomplir la Mitsva selon ceux qui disent que chaque jour est une Mitsva indépendante.
Il est important de pratiquer cette Mitsva en position debout, et il appartient à chacun de faire sa brakha individuellement.
Si on peut la faire avec Minyan, c'est encore mieux, mais dans tous les cas, chacun dit sa brakha.
Dès l'approche du coucher du soleil, on ne mentionne pas le nombre du soir, pour ne pas risquer de perdre le mérite de dire la brakha - car ce serait comme si l'on a déjà compté
En atteignant la fin du compte, à Chavouot, il est important de prier Arvit à la sortie des étoiles pour avoir un nombre de 49 jours complets dans cette Mitsva.
De grandes choses ont été dites relativement à cette Mitsva :
Ce moment est un grand moment où D-ieu bénit Son peuple. Il le bénit pour son attachement à cette Mitsva et la reconnaissance qu’il éprouve envers Lui qui nous accorde la Parnassa symbolisée par le Omer. C'est donc un moment fort ! Certains font des téfilot à ce moment, et nous disons le Lamnatseah à la fin, qui exprime que c'est D-ieu qui nourrit et qui envoie la Parnassa sur terre à toute créature.
La période du Omer
Cette période entre Pessah et Chavouot, connue comme celle du Omer, prend une tournure un peu particulière. Nahmanide la voit comme une période très élevée de préparation à la Kabalat Hatorah. Il la considère même comme le Hol Hamoed de la fête de Pessah. De même qu’après la fête de Souccot, nous fêtons Chemini Atseret, la fête de Chavouot elle-même, appelée Atseret, vient clôturer la fête de Pessah. Atseret signifie « vous êtes retenus ». Ainsi, Chavouot reste attaché à Pessah et vient justement nous retenir quelque peu encore, pour un dernier jour de fête et de rapprochement avec Hachem.
Paradoxe
Malgré tout, durant cette période, il existe des rappels de deuil que nous respectons ; ne pas procéder à des cérémonies de mariage, interdire les musiques et les danses, ne pas se couper les cheveux, ne pas se raser la barbe, la musique en audio… tout cela, en raison du deuil des élèves de Rabbi Akiva, morts tragiquement en cette période, tous frappés par la même épidémie.
Rabbi Akiva
Le Arizal nous apprend que Rabbi Akiva fut le père et le maître de la Torah Orale. La Guemara nous raconte que lorsque Hachem montra à Moché Rabbénou toutes les générations et tous les rabbanim à venir dans le peuple d'Israël, il s’arrêta sur Rabbi Akiva. Il demanda même de se projeter et d’assister à l’un de ses cours. Lorsqu’il assista à ce cours, il ne comprenait pas ce que disait Rabbi Akiva, jusqu'à ce que Rabbi Akiva dise : « Tout ce que j'ai enseigné, c'est Halakha de Moché au Sinaï ».
Ceci vient nous faire savoir que la clarté d'étude de Moché Rabbénou ne demandait pas ni analyses, ni des débats ou argumentations, car tout était limpide pour lui. Par contre, Rabbi Akiva arriva dans une génération où il fallait développer la Torah Orale et la manière de découvrir ce qui se cache entre les mots et dans ses messages, par le biais des 13 Middot avec lesquelles D-ieu nous a donné la capacité d'étudier la Torah et de développer ce qu’il nous incombe de savoir au moyen de l’étude de la Torah Orale. De cette manière, Rabbi Akiva s’attela à l’enseignement de la Torah et parvint à réunir autour de lui 24 000 élèves.
Ces derniers, malheureusement, sont morts entre Pessah et Chavouot – la fin de l’épidémie eut lieu à Lag BaOmer, 33ème jour du Omer. Leur mort entre Pessah et Chavouot fixa ce moment comme période de deuil. Leur disparition simultanée fut un message pour le peuple d'Israël, que l’on se devra de mettre à profit chaque année pour pouvoir recevoir la Torah comme il convient. Avec leur mort, le monde devint vide de Torah, jusqu'à ce que Rabbi Akiva se rende dans le sud et réunisse 5 nouveaux élèves, dont Rabbi Meïr, Rabbi Chimon Bar Yohaï et Rabbi Yossi etc., et rétablisse la Torah. Ce sont ces grands Maîtres qui sont les transmetteurs de notre Torah Orale.
Cela explique le comportement de deuil adopté durant cette période dans certains domaines. Il est rapporté que les communautés Ashkénazes prirent également certaines restrictions supplémentaires, car nous avons également souffert durant la période des croisades qui passaient de communauté en communauté, égorgeant des confréries entières qui refusaient de se convertir. C’est un deuxième évènement qui marqua notre Histoire. C’est ce qui explique qu’au niveau halakhique, certains décisionnaires Ashkénazes pensent qu’en cette période, comme dans celle des trois semaines avant Ticha Béav, on ne revêt pas de nouveaux habits, on évite d'acheter de nouveaux vêtements et on ne récite pas le brakha de Chéhéhéyanou. Ce n’est pas l’avais des décisionnaires Séfarades comme le Kaf HaHayim et Rav Hayim Palaggi qui affirment qu'il n'y a aucun lien avec la période des trois semaines où l'on s’endeuille sur la destruction du Beit Hamikdach. Ils permettent d’acheter et de porter de nouveaux vêtements et également de réciter le brakha de Chéhéhéyanou. Par contre, ils interdisent aussi les mariages et la musique en mémoire à la disparition des élèves de Rabbi Akiva. De même que l’on dit que celui qui pleure la mort des enfants d'Aharon à Kippour, se voit pardonné de ses fautes et protège ses enfants, à l’identique, nous devons nous attrister pour ce grand Maître en Torah qui démarra le développement de la Torah Orale et dont l’élan fut freiné en cette période, par cette tragédie.
Les élèves de Rabbi Akiva
Que se passa-t-il exactement avec les élèves de Rabbi Akiva ? Pourquoi le fait qu'ils se soient manqués de respect les uns envers les autres était-il tellement grave ? Quel message en retirons-nous chaque année en respectant ce deuil au cours de cette période où l’on se prépare à recevoir la Torah ?
Plusieurs explications ont été données, et c'est d’ailleurs un sujet qu’il convient de développer par tous les rabbanim en cette période. Il nous est possible néanmoins de rapporter quelques-unes de ces explications.
Il ressort essentiellement le fait que les élèves de rabbi Akiva portaient la responsabilité de la transmission de la Torah, auquel cas ils ne pouvaient transmettre une Torah dont l’authenticité absolue manquait en vertu d’un défaut de bonnes midot. Le fait qu'ils ne se soient pas accordés le Kavod attendu les uns envers les autres, ne pouvait non plus représenter le modèle de la Torah qu'il convenait de transmettre. Ces raisons engendrèrent leur disparition en cette période. Cette attitude venait prouver leur inaptitude à transmettre la Torah de Rabbi Akiva. Cet exemple extrême nous rappelle à nous aussi, que la Torah doit être respecteée et être étudiée dans des conditions optimales qui exigent de bons traits de caractère et une pureté.
Le Maharcha relève que les élèves de Rabbi Akiva sont morts de Askara [diphtérie], maladie liée à la respiration et à la parole, et qui vient précisément confirmer ce manque de respect et un Lachon Hara. La Parole de la Torah – le Dibbour – devait s'exprimer dans le monde, et celui-ci exprime l'analyse de la Torah Orale… Cela ne pouvait se concilier avec une négligence quelconque dans ce domaine.
Le Rav de Volozhin, quant à lui, explique ce manque de kavod comme un manque de partage de Torah. Chacun gardait sa Torah pour lui-même et regardait d’un œil restreint, la Torah de l'autre. Chacun réservait et cachait sa Torah pour lui-même, en quête d’honneur et de respect. Une telle attitude ne pouvait être compatible avec la transmission de la Torah.
D'une manière générale, ce manque de respect des uns envers les autres souligne le fait qu’ils ne s’honoraient pas à la hauteur de leur niveau. Manquer de respect à tout porteur de la Parole divine et du message de la Torah, revient à mépriser la Torah elle-même. Il importe de garder en permanence à l’esprit que lorsque nous témoignons du kavod à un Rav ou à toute personne qui enseigne la Torah, nous honorons directement le Sefer Torah et Hachem Ytbarakh. Comme le dit la Guemara : « Combien sont stupides ces Babyloniens qui se lèvent devant un Sefer Torah et ne se lèvent pas devant un Talmid Hakham, alors qu’il est lui-même, le vecteur de la Torah ! »
Rabbénou Yona nous met en garde avec force, à propos de toute personne qui regarde d’un œil réducteur quelqu'un qui se développe en Torah. Il est considéré comme l'ennemi de D-ieu directement. Celui qui évolue, grandit et transmet la Torah, devient à son tour, le messager du message divin dans le monde. Quant à celui qui regarde une telle évolution d’un œil négatif ou qui n'aime pas cette personne et la méprise, manque de Kavod à la Torah. Il est considéré comme l’ennemi de D-ieu, Has Véchalom. C'est ce qui causa la mort des élèves de Rabbi Akiva, dont l’attitude fut considérée comme un dédain envers la Torah.
Cela nous enseigne également combien il convient d’honorer et d’être respectueux envers les Talmidei Hakhamim.
Shimon Haamsoni s’appliquait à expliquer tous les « Ett » - ces particules écrites dans la Torah. Lorsqu’il parvint au verset « Ett Hachem Elokeha Tira - Tu craindras l'Éternel ton Dieu », il ne savait ce qu'il pouvait ajouter concernant la Crainte de D-ieu.
Il revint alors sur tous ses enseignements, jusqu'à ce que vint Rabbi Akiva et enseigne : la particule « Ett » nous apprend lerabot Talmidei Hakhamim ce qui revient à dire que l'on doit certes honorer Dieu, mais l'on doit également honorer les Talmidei Hakhamim.
De Rabbi Akiva lui-même, nous tenons le grand principe de la Torah « Veahavta Lereakha Kamokha -Tu aimeras ton prochain comme toi-même », dit : « Zé Klal Gadol baTorah - Ceci est règle fondamentale de la Torah ». Néanmoins ce sont précisément ses élèves qui faillirent à ce message et à ce Kavod à la Torah.
Les cinq nouveaux élèves de Rabbi Akiva reçurent son message dans son intégrité. Il leur transmit sa Torah entièrement et authentiquement. C'est pourquoi, Rabbi Chimon Bar Yohaï, l’un de ses disciples – qui décédera de longues années plus tard, après avoir dévoilé la Torah cachée – le Zohar Hakadoch - à Lag Baomer.
A cette date, cessèrent de mourir les élèves de Rabbi Akiva, témoignant que ces cinq nouveaux élèves avaient fidèlement transmis la Torah En même temps, ils nous ont instruits sur l’approche à avoir pour se préparer à la fête de Chavouot et transmettre le message de la Torah.
A titre d’exemple, les disciples de Novardok mettent à profit cette période de deuil pour se renforcer dans le domaine de la Zehirout Bekavod Havero - de l’attention à accorder au respect de son prochain. Ce sujet est capital.
Rav Haim Palaggi souligne avec force l'impératif, particulièrement sensible en cette période, de cultiver activement le chalom et de s'éloigner résolument de toute forme de querelle et dispute. Il atteste, par son expérience et son observation, d'une vérité constante : les communautés – qu'elles soient familiales ou sociales – où règnent paix et harmonie, connaissent la brakha et la hatslaha. Elles prospèrent, leurs membres réussissent et leurs descendances sont bénies. Inversement, là où s'installent les querelles, la médisance et la discorde, les structures finissent inéluctablement par se désagréger et se détruire, compromises dans leur avenir même. Cette période est donc une invitation pressante à travailler nos midot, avec une attention toute particulière portée au respect scrupuleux de son prochain.
Rabbi Akiva
En cette période où la mémoire des vingt-quatre mille disciples de Rabbi Akiva, partis tragiquement durant le Omer, est particulièrement présente dans nos esprits, il est opportun de revenir sur la figure impressionnante de leur maître, Rabbi Akiva ben Yossef.
Il est frappant de constater que celui qui deviendrait l'un des plus grands maîtres d'Israël vécut jusqu'à l'âge de quarante ans dans une profonde méconnaissance de la Torah, en véritable am haarets - ignorant. Certains commentateurs rapportent même qu'il nourrissait une certaine opposition envers les Talmidei Hakhamim, doutant de la sincérité de leur démarche spirituelle et les jugeant empreints d'orgueil.
Plusieurs récits illustrent sa métamorphose. Le plus célèbre est sans doute celui de la goutte d'eau persévérante qui parvint à percer la roche la plus dure. Observant ce phénomène, Rabbi Akiva en tira une leçon magistrale pour lui-même : « Si l'eau, si douce et inconsistante, peut percer la pierre, si résistante, à combien plus forte raison la Torah, comparée au feu, peut-elle pénétrer et façonner mon cœur de chair ! » Comme l'analyse Rav Israël Salanter, cet épisode marqua une prise de conscience décisive : la Torah possède une puissance intrinsèque capable d'élever l'individu vers des sommets de pureté, de grandeur et de proximité divine. Il comprit que chaque effort dans l’étude, chaque mitsva, même si son effet n'est pas immédiatement perceptible, laisse une empreinte indélébile qui, par accumulation, façonne l'être et le rend apte à recevoir la Lumière divine.
La première goutte ne semble rien faire, mais sans elle, le trou ne se formerait jamais.
La rencontre avec Rahel, fille du richissime Kalba Savoua de Yerouchalayïm, fut un autre tournant majeur. Kalba Savoua comptait parmi les trois notables les plus fortunés de Yérouchalayim, dont la richesse était telle qu'ils auraient pu, à eux seuls, nourrir la ville entière durant un siège prolongé de plus de vingt ans. Son nom même témoignait de sa richesse et du hessed qu’il prodiguait : on le nommait Kalba Savoua, car tout celui qui entrait chez lui affamé comme un chien (kelev) en ressortait pleinement rassasié (savea). Issue de cette maison fortunée, Rahel discerna chez Akiva, alors simple berger, des qualités morales exceptionnelles : une profonde modestie et une noblesse de caractère. Touchée par ces vertus, elle choisit de lier son destin au sien et lui proposa le mariage, à la condition qu'il se consacre à l'étude de la Torah. Ce choix audacieux lui valut d'être déshéritée par son père, qui fit même vœu de ne leur accorder aucun soutien.
Une fois mariés, leur dénuement initial fut extrême, au point qu’ils dormaient sur la paille. Ils en furent affligés au départ, jusqu’a ce que Eliahou Hanavi se présente à leur porte pour demander un peu de paille pour une femme venant d'accoucher. Alors Rabbi Akiva consola sa femme en lui montrant qu'il existait situation plus précaire encore que la leur.
L'engagement de Rabbi Akiva dans l'étude de la Torah fut associéeau plus haut niveau, au soutien indéfectible Rahel. C'est elle qui l’encouragea à rejoindre les bancs du Beit Hamidrach, malgré la profonde gêne qu’il ressentait, homme d’âge mûr, débutant parmi des enfants apprenant les lettres de l’alphabet. Rahel lui proposa une parabole vivante pour le pousser. Elle fit acquérir un âne, recouvrit son dos de terre et y fit germer de l'herbe. Puis, elle envoya son mari au marché avec cette étrange monture. Les premiers jours, l'âne végétalisé suscita l'étonnement et la curiosité des passants. Cependant, l'attraction de la nouveauté s'évanouit rapidement, et l'animal ne tarda pas à se fondre dans l'indifférence générale. Rahel tira alors la leçon pour son mari : « Vois-tu, lui expliqua-t-elle, l'étrangeté attire l'attention au début, mais l'habitude finit par l'emporter. Il en ira de même pour toi au Beit Hamidrach. La gêne des commencements s'estompera à mesure que ta présence deviendra familière. »
Le Talmud relate la suite de ce parcours hors du commun, soulignant encore une fois le rôle déterminant de Rahel dans la progression de son mari. C'est avec son plein assentiment, et même sur son insistance, que Rabbi Akiva s'absenta pour douze années d’étude, se vouant à un apprentissage assidu auprès des plus grands maîtres de son temps. Au terme de ces années, fidèle à sa promesse, Rabbi Akiva revint autour de sa demeure. Avant même d'en franchir le seuil, il surprit une conversation à travers la cloison. Une voisine plaignait Rahel, la comparant à une veuve délaissée par un mari indifférent. La réponse de Rahel se fit alors entendre : « Si seulement il pouvait m'entendre, je lui dirais de repartir pour douze années supplémentaires ! »
Entendant ces mots, et comprenant l'aspiration profonde de son épouse, il fit demi-tour sur-le-champ. Les commentateurs expliquent ce geste par la volonté de ne pas laisser retomber la ferveur de son étude. Interrompre cet élan, même brièvement, aurait risqué d'éteindre la flamme, à l'image d'une eau que l'on réchauffe par intermittence et qui n'atteint jamais l'ébullition.
Lorsqu'il revint enfin, ce n'était plus un étudiant isolé, mais un Maître vénéré, accompagné d'une impressionnante assemblée de vingt-quatre mille élèves ! Apprenant son retour, Rahel vint à sa rencontre au milieu de la foule. Dans un geste d'humilité et de respect, elle se prosterna à ses pieds. Ses élèves, ne la reconnaissant pas dans sa simplicité et jugeant sa présence déplacée, tentèrent de l'écarter. Mais Rabbi Akiva intervint aussitôt, reconnaissant instantanément la grandeur de celle qui avait rendu possible son élévation spirituelle. « Laissez-la ! Ne la touchez pas ! » déclara-t-il à ses disciples, « Cheli vechelahem chela hi – Ce qui est à moi [en Torah] et ce qui est à vous, lui appartient ». Par ces mots, il leur faisait comprendre que toute la Torah qu'il avait acquise, et celle qu'il leur transmettait, trouvaient leur source ultime dans le sacrifice et le soutien indéfectible de son épouse.
Son beau-père, Kalba Savoua, venu solliciter l'annulation de son neder auprès de ce sage renommé sans savoir qu'il s'agissait de son gendre, fut libéré de son vœu lorsque Rabbi Akiva lui fit réaliser que s'il avait su la grandeur future de son gendre, il n'aurait jamais prononcé un tel serment. Comme le souligne Tosfot, l'ascension de Rabbi Akiva n'est pas un miracle inattendu, mais la conséquence logique d'un dévouement total à l'étude. Rabbi Akiva devint ainsi une figure centrale de la transmission de la Torah Orale, le père de l'analyse et de la profondeur, à une époque cruciale.
La Michna dans Pirkei Avot enseigne un principe fondamental : « Quiconque s'adonne à l'étude de la Torah dans le dénuement finira par l'étudier dans l'aisance. » Le parcours de Rabbi Akiva illustre de manière éclatante l'accomplissement de cette promesse. Après des années d'étude marquées par une pauvreté extrême, la Guemara relate plusieurs épisodes qui contribuèrent à sa richesse matérielle :
Un jour, Rabbi Akiva dut emprunter une très grande somme d’argent à une princesse. Celle-ci lui demanda : « Qui sera le garant de cette dette ? » Rabbi Akiva lui répondit : « Dieu sera mon garant. » La princesse accepta. Mais au moment de rembourser, Rabbi Akiva tomba gravement malade et ne put honorer sa dette. La princesse, se rappelant que Dieu avait été désigné comme garant, s’adressa à Lui en disant : « Dieu, Tu es le garant, agis comme tel. » À ce moment-là, Dieu provoqua une folie passagère chez une autre princesse, qui se trouvait au bord de la mer dans un autre pays.
Dans sa folie, elle jeta sa boîte à bijoux, remplie de diamants, dans l’eau. Par miracle, cette boîte dériva jusqu’à la première princesse, qui reçut ainsi bien plus que la somme prêtée. Plus tard, lorsque Rabbi Akiva guérit et se rendit immédiatement auprès d’elle pour la rembourser, elle lui dit : « Dieu m’a déjà remboursée au-delà de ce que tu me devais. Garde donc l’argent. »
Ketia Bar Shalom, un conseiller romain de haut rang mais sympathisant du peuple juif, s'opposa courageusement à un décret impérial visant implicitement les Juifs. Un jour, lors d'une réunion du conseil, l'empereur posa une question insidieuse, lourde de menaces voilées : « Que faire d'une verrue sur son corps ? Comment s'en débarrasser ? », faisant allusion au peuple juif, perçu comme une nuisance par les cercles du pouvoir romain. Ketia Bar Shalom osa prendre la parole : « Peut-on décider de supprimer l'air qui nous entoure ? Le monde ne saurait exister sans l'existence du peuple d'Israël, dispersé aux quatre coins du vent comme l’air sur terre. » L'empereur admit la vérité de ces propos, mais cependant, contredire ouvertement l'empereur était un crime capital. La sentence fut donc prononcée. Alors que Ketia Bar Shalom était conduit vers son exécution, une matrone romaine, croisant le cortège, dit alors : « Malheur au navire qui prend la mer sans s'acquitter des droits de douane ! » Ketia comprit immédiatement la parabole. Son âme s'apprêtait au voyage vers le Monde Futur, mais il ne s'était jamais converti au judaïsme. Il prit alors une pierre tranchante et accomplit sur lui-même la Brit Milah sur le chemin même de sa mort. À cet instant précis, une Voix Céleste proclama : « Ketia Bar Shalom est convié au Gan Eden ! » Avant de mourir, Ketia Bar Shalom légua l'intégralité de sa fortune considérable à Rabbi Akiva.
Réconcilié avec son beau-père Kalba Savoua, ce dernier, reconnaissant enfin la grandeur de son gendre, leur transmit un leg important en héritage.
Des marins, missionnés par Rabbi Akiva pour lui rapporter des trouvailles marines, lui présentèrent une caisse découverte en mer. Celle-ci se révéla contenir une somme d'argent importante.
Une figure de proue massive, utilisée à l’époque pour dissimuler des richesses à bord des navires, s'échoua sur le rivage. Rabbi Akiva la découvrit, y trouvant un trésor caché.
L'épouse de Turnus Rufus Harasha, le gouverneur romain tristement célèbre pour sa cruauté envers les Juifs, embrassa le judaïsme après la mort de son mari. Elle épousa alors Rabbi Akiva, lui apportant avec elle une fortune conséquente.
La vie de Rabbi Akiva s'acheva dans le martyre, parmi les Assara harouguei malkhout – les dix martyrs, sa néchama quitta ce monde au moment où il proclamait le Ehad du Chema Israël, symbolisant son union ultime avec Hakadosh Baroukh Hou.
La tragédie de ses disciples, disparus pour n'avoir pas témoigné suffisamment de respect mutuel, nous rappelle avec force, l'enseignement de Rabbi Eliezer à ses élèves. Cherchant à connaître les voies menant au Olam Haba, ceux-ci reçurent plusieurs enseignements essentiels, parmi lesquels figurait cette injonction directe : « Hizaherou bikhvod havereikhem » – Soyez particulièrement attentifs à l'honneur de vos compagnons.
Cette exigence est si fondamentale que nos Sages enseignent qu'il est préférable pour un homme de se jeter dans une fournaise ardente plutôt que de faire publiquement honte à son prochain. L'attitude de Tamar [belle-fille de Yéhouda] en offre une illustration poignante : confrontée à une situation où elle aurait pu révéler l'identité de Yehouda pour se sauver d'une mort certaine, elle préféra le silence et le risque du bûcher plutôt que de le couvrir d'opprobre. Si l'aveu final de Yehouda la sauva, son geste initial demeure un témoignage éclatant de l'importance suprême accordée au respect de l’honneur de l'autre.
Ce souci scrupuleux de la dignité d'autrui transparaît également dans le récit de Mar Oukva et de son épouse. Ils avaient coutume de distribuer la tsédaka de manière anonyme, en glissant des pièces sous la porte des nécessiteux durant la nuit, afin de leur épargner toute gêne. Surpris un jour par un pauvre désireux de connaître ses bienfaiteurs, ils prirent la fuite. Pour préserver à tout prix l'anonymat et ne pas humilier cet homme – qui aurait été profondément gêné de découvrir qu'il s'agissait du Rav de la ville –, ils n'hésitèrent pas à se réfugier dans l'enceinte brûlante d'un four de boulanger. Miraculeusement préservés, la Guemara précise que l'épouse fut totalement épargnée en vertu de son implication plus directe dans l'acte de tsédaka, tandis que son mari subit de légères brûlures aux pieds.
À cet égard, l'enseignement de Rav Haïm Shmoulewitz ztsl sur la gravité extrême de la peine infligée à autrui est fondamental. Il explique que même une offense commise involontairement, ou avec des intentions louables – Léchem Chamayim –, n'est pas excusable aux yeux du Ciel quant à la douleur ressentie par la victime.
Pour illustrer ce principe, il évoque le récit poignant de Hannah et Penina, les deux épouses d'Elkanah. Tandis que Penina était bénie d'une nombreuse progéniture, Hannah souffrait douloureusement de sa stérilité, une peine encore redoublée lors des pèlerinages annuels au Beit Hamikdach. Sa peine était si profonde qu'elle en refusait de manger. Nos Sages expliquent que Penina, bien qu'animée d'une intention Léchem Chamayim – voulant pousser Hannah à prier Hachem avec une ferveur accrue pour mériter un enfant – ne cessait de la tourmenter par des remarques blessantes sur sa propre maternité épanouie. Or, malgré cette intention peut-être louable en apparence, la conséquence fut terrible : pour chaque enfant que Hannah mit finalement au monde après sa prière émouvante et la bénédiction d'Eli HaCohen donnant naissance à Chmouel Hanavi, Penina en perdit deux. Elle dut implorer le pardon de Hannah pour que ses deux derniers enfants soient épargnés, enfants qui furent par la suite désignés par le nom de Hannah.
Rav Shmoulewitz tire de là une leçon saisissante : causer de la peine à son prochain s'apparente à toucher du feu. Quelles que soient les motivations, le contact avec le feu brûle inévitablement. De même, Penina, en "touchant" à la sensibilité de Hannah, en a subi les conséquences douloureuses, malgré ses intentions pures.
Cette idée est certifiée par l'histoire tragique de Rav Rehoumi, rapportée dans le Talmud. Ce dernier avait coutume de passer l'année en yéchiva, ne revenant auprès de son épouse que pour la période des fêtes, à commencer par Yom Kippour. Son épouse attendait ce retour avec une immense impatience. Une année, absorbé par la profondeur de son étude, Rav Rehoumi oublia l'imminence de la fête et tarda à rentrer.
Rav Shmoulewitz souligne l'apparente absurdité tragique de la situation : l'épouse n'a tiré aucun "bénéfice" de la punition de son mari, bien au contraire. Pourtant, la leçon demeure implacable : la peine causée à autrui, même involontairement comme dans ce cas où l'oubli était dû à l'étude, déclenche une réaction d'une gravité absolue, semblable aux effets inéluctables du feu. La douleur de l'autre est une réalité dont les conséquences nous dépassent et devant laquelle la plus grande vigilance s'impose.
Deux autres récits, issus de la vie de nos Maîtres, viennent encore éclairer la priorité absolue accordée à la sensibilité d'autrui.
Le premier concerne le Rav Israël Yaakov Loubchansky zt"l. Alors qu'il officiait comme Rav d'une communauté, il constata que le bedeau, chargé d'allumer le système de chauffage chaque matin, s'acquittait de sa tâche avec négligence, laissant les fidèles grelotter lors des prières du matin. Pour pallier ce manquement sans humilier le responsable, le Rav prit sur lui de venir discrètement avant l'aube pour allumer lui-même le feu, une opération qui nécessitait d'engager la tête dans la cheminée et les braises.
Un matin, le chamach arriva et découvrit, sans le reconnaître, le Rav ainsi affairé. Furieux de voir quelqu'un empiéter sur ses prérogatives, il injuria violemment l'intrus, allant jusqu'à lui donner un coup de pied avant de s'éloigner. Pour épargner au bedeau la honte terrible qu'il aurait ressentie en découvrant l'identité de celui qu'il malmenait, le Rav Loubchansky demeura caché dans la cheminée, endurant les insultes et le danger du feu qui commença à lui brûler la barbe. Ce n'est qu'après le départ du chamach qu'il put s'extraire et regagner son domicile pour constater les dégâts. Plus tard, à la synagogue, nul ne comprit l'origine de la brûlure sur le visage du Rav, tant son souci de préserver l'honneur de l'autre avait primé sur son propre Kavod et sa sécurité personnelle.
Le second épisode met en scène Rav Aharon Kotler ztsl, durant la Première Guerre mondiale, alors que les yechivot étaient contraintes à un exil constant. Un jeune étudiant de sa yéchiva particulièrement entreprenant, nommé Yaakov, déployait des efforts considérables pour obtenir un visa lui permettant de fuir en Angleterre. Après maintes démarches infructueuses, il obtint une attestation à la valeur incertaine et vint demander conseil au Rosh Yeshiva : devait-il risquer le voyage avec ce seul papier ? Rav Aharon, initialement réservé, finit par céder à l'insistance de l'étudiant et lui accorda sa brakha.Yaakov entreprit alors un voyage périlleux dans des trains surchargés. Or, peu de temps après son départ, Rav Aharon reçut la confirmation officielle : le visa de Yaakov avait été accordé et l'attendait au port d'embarquement. Sans hésiter un instant, malgré les difficultés et les dangers inhérents aux déplacements en temps de guerre, Rav Aharon Kotler prit lui-même le train pour retrouver son élève. Lorsqu'il le rejoignit enfin, Yaakov s'étonna : pourquoi le Roch Yechiva s'était-il donné tant de peine, puisque le visa était assuré ? La réponse de Rav Aharon fut la suivante : « Je ne pouvais supporter l'idée que tu fasses ce voyage dans l'angoisse et l'incertitude. J'ai préféré me déranger pour t'apporter moi-même la bonne nouvelle et apaiser ton esprit sans attendre. »
Ce geste illustre la sollicitude extrême d'un Gadol, prêt à s'imposer un inconfort et un risque considérable pour épargner à son prochain, ne serait-ce que quelques heures, le poids de l'inquiétude et de la peine.
histoire de rabbi Eliezer
La première histoire concerne Rabbi Eliezer. Elle raconte qu’à l’époque du Talmud, un bateau fit naufrage en mer. Un morceau de bois sauva un enfant, le portant jusqu’au rivage. L'enfant, épuisé, avait perdu ses vêtements dans les vagues. Il se réfugia derrière un arbre pour se cacher.
Des élèves du Bet Hamidrash passèrent par là. Lorsqu’il leur demanda de l’aide, ils se moquèrent de lui, le méprisèrent, et lui lancèrent des pierres. Le pauvre enfant resta seul, abandonné.
C'est alors que Rabbi Eliezer arriva. L'enfant lui demanda de l'aide et Rabbi Eliezer, plein de compassion, lui donna des vêtements, le ramena chez lui, le lava, lui offrit de nouveaux habits, à manger, à boire, et même 200 dinars, une somme importante. Rabbi Eliezer l'accompagna sur plusieurs kilomètres pour lui montrer le chemin de chez lui.
Les années passèrent. Cet enfant, sauvé autrefois, devint roi. Désireux de se venger de ceux qui l'avaient méprisé, il décréta que les hommes juifs soient tués et que les femmes et enfants soient expulsés du pays — un décret terrible.
Les sages (Chachamim) allèrent consulter Rabbi Eliezer pour lui demander d'intercéder auprès du roi. Rabbi Eliezer accepta, sans savoir que le roi était cet enfant qu’il avait autrefois sauvé. Il rappela aux sages que, dans ce royaume, sans argent, on ne pouvait rien obtenir, alors ils préparèrent 4000 dinars.
Lors de l’entrevue, le roi expliqua à Rabbi Eliezer : « Sais-tu pourquoi j'ai édicté ce décret ? Car autrefois, on m’a méprisé. Pourtant, la Torah enseigne : "Lothétaev Edomi" – ne rejette pas un Édomite, même s’il n’est pas de ton peuple. Ils ont transgressé cette règle. »
Rabbi Eliezer le supplia de pardonner. Le roi répondit : « Puisque toi, tu m'as aidé, je vais leur pardonner. Les 4000 dinars seront pour toi. Et puisque tu m'as habillé, je vais t'offrir 70 habits tirés de mes trésors. Parce que tu t’es occupé de moi, j'annule le décret. Enseigne à ton peuple de ne jamais mépriser qui que ce soit. »
C’est à propos de cette histoire que le roi Salomon a dit :
« Jette ton pain sur les eaux, car avec le temps, tu le retrouveras. »
Il ne faut jamais mépriser personne, car on ne sait jamais comment la vie peut tourner.
Diklout le berger
La deuxième histoire, semblable à la première, concerne un jeune berger nommé Diklout. Il gardait les troupeaux tandis que les élèves du Bet Hamidrash, sortant du cours de Rabbi Yehuda, se moquaient souvent de lui.
Avec le temps, Diklout devint empereur. Désirant se venger, il promulgua un décret convoquant les sages le samedi soir, sachant qu'ils ne pourraient pas voyager pendant Shabbat.
À ce moment-là, un esprit (jnoun) occupait le Mikvé où les sages allaient. Un sage suggéra que, peut-être, cet esprit avait été envoyé par Dieu pour une mission. Lorsqu'il vit la tristesse des sages, le jnoun leur demanda la raison. Après l'avoir apprise, il leur promit de les transporter en un instant pour répondre à la convocation.
Ainsi, samedi soir, grâce au jnoun, ils arrivèrent à la porte de l'empereur. Surpris, l'empereur exigea d’abord qu'ils se lavent. Il avait fait chauffer tous les bains publics à une température extrême pour leur causer du mal. Mais le jnoun rafraîchit miraculeusement les eaux, permettant aux sages de se laver sans danger.
Devant l’empereur, celui-ci leur expliqua : « Je vous ai convoqués car vous m'avez autrefois méprisé. »
Les sages répondirent : « Ce n'était pas envers l'empereur que le manque de respect a eu lieu, mais envers un simple berger. »
L’empereur reconnut leur sagesse, admettant que même si Dieu leur avait fait un miracle, il était essentiel de toujours respecter autrui.
La leçon de ces deux histoires est claire : il faut veiller à respecter chaque être humain, peu importe son statut ou son apparence actuelle.


