La Paracha Et Son Histoire: DEVARIM - ECOUTER GRANDIR ET MERITER
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Premier sujet :
Avec la paracha Dévarim, nous commençons le Michné Torah, le livre dans lequel Moché Rabbénou répète la Torah au peuple d’Israël.
La paracha débute par des réprimandes. Moché Rabbénou commence par rappeler aux Bnei Israël toutes les fautes qu’ils ont commises. Pourtant, le premier verset est très étonnant : « Voici les paroles que Moché adressa à tout Israël. » Ensuite vient une dizaine de références de lieux où Moché leur a parlé.
Pourquoi la Torah précise-t-elle autant d’endroits ? Il aurait suffi d’indiquer un seul lieu. Pourquoi mentionner tout ce qui les entoure ?
Rachi explique qu’en réalité, cela correspond aux endroits où les Bnei Israël fautèrent durant leur traversée du désert. Mais afin de ne pas leur adresser des reproches de manière directe, Moché Rabbénou le fait uniquement par allusion, en rappelant simplement là où ces fautes avaient été commises.
Rachi ajoute que réprimander est une action délicate. C’est pourquoi Moché Rabbénou ne choisit de les réprimander qu’à la fin de sa vie, car s’il l’avait fait plus tôt, cela aurait pu éloigner les Bnei Israël de lui.
Cette même idée se retrouve chez Yaakov Avinou. Il n’adressa de reproche à Réouven qu’au jour de sa mort, de peur que celui-ci ne rejoigne Essav, son frère. Il attendit donc le dernier jour de sa vie.
Cela soulève plusieurs questions.
Tout d’abord, à la fin de la vie de Moché, il est évident que les Bnei Israël auraient accepté ses reproches. Pourquoi fallait-il attendre autant avant de les leur adresser ? Et pourquoi les formuler uniquement par allusion ?
Deuxièmement, nos Sages disent que Yaakov craignait que Réouven aille chez Essav. Cela paraît inconcevable. Comment peut-on imaginer une telle chose ?
Enfin, une troisième question se pose : la réprimande est-elle bonne ou mauvaise ?
D’un côté, les Sages font un immense éloge de la réprimande. Rabbi ‘Haïm de Volozhin rapporte les paroles de Rabbénou Hakadoch (Tamid 28a)
: « Quel est le bon chemin que l’homme doit choisir dans sa vie ? Aimer les reproches. » Grâce aux réprimandes, les malédictions s’éloignent du monde. La réprimande est donc présentée comme très positive.
Mais d’un autre côté, nous voyons que Moché Rabbénou et Yaakov Avinou craignaient qu’elle puisse faire du mal et éloigner les personnes concernées. Et c’est pour cette raison qu’ils attendirent la fin de leur vie et qu’ils choisirent de réprimander uniquement par allusion.
Alors, la réprimande est-elle bonne ou non ?
Pour le comprendre cela, nous développerons trois sujets.
1)Qu’est-ce réellement que réprimander ?
Rav ‘Haïm Chmoulevitch explique, sur cette paracha, que la réprimande ne consiste pas simplement à dire à quelqu’un qu’il a eu tort. Une véritable réprimande, c’est lui montrer qu’il s’est trompé dans sa perception des choses. C’est le mettre face à une réalité qui lui permet de prendre conscience qu’il a fait une erreur.
Nous retrouvons cette idée chez Its’hak Avinou qui pensait qu’Essav était un homme juste, et il voulut lui transmettre ses bénédictions. Mais lorsqu’il les donna finalement à Yaakov, et qu’Essav arriva, les Sages expliquent qu’Its’hak vit le Guéhinam ouvert sous Essav. Il est alors écrit (Bérechit 27,33) : « Vaye’herad Its’hak ‘harada guédola ad méod » – Its’hak fut saisi d’une très grande frayeur.
Pourquoi une telle frayeur ? Parce qu’il réalisa qu’il s’était trompé. Et en prendre conscience peut provoquer un bouleversement immense.
C’est aussi le cas avec Yossef Hatsadik et ses frères. Les Sages disent ('Haguiga 4b) : « Malheur à l’homme au jour du jugement, malheur à l’homme au jour de la réprimande. » Lorsque Yossef dit à ses frères (Béréchit 45,3) : « Ani Yossef », il est écrit ensuite : « Nivhalou mipanav » – ils furent bouleversés devant lui. Pourquoi furent-ils si bouleversés ? Parce qu’ils avaient refusé d’accepter que Yossef puisse un jour être roi sur eux. Ils l’avaient vendu, ils lui avaient causé énormément de douleurs, ainsi qu’à leur père Yaakov.
Et ils étaient persuadés d’avoir agi pour se protéger.
En seulement deux mots, « Ani Yossef », ils comprirent qu’il était devenu vice-roi, qu’ils n’avaient rien empêché, que tout s’était déroulé selon la volonté de Hachem, et qu’ils s’étaient totalement trompés. Cette prise de conscience provoqua chez eux un immense bouleversement.
C’est de là que les Sages apprennent ce que tel sera le jour de la réprimande. Durant sa vie, l’homme se cache derrière de nombreuses excuses. Il justifie ses actes, explique pourquoi il n’a pas fait certaines choses, pourquoi il ne pouvait pas agir autrement. Mais le jour du jugement, on lui démontrera, à travers ses propres actes, qu’il s’est simplement voilé la face, et qu’il n’a pas voulu voir la vérité. Une telle prise de conscience risque d’être un choc terrible.
Rav ‘Haïm Chmoulevitch en déduit qu’il faut être extrêmement prudent avant d’adresser une réprimande, que ce soit à ses enfants, à son conjoint, à des amis ou à des élèves. Comme il l’explique à propos de la faute du Veau d’or, tant qu’un homme est stable, le yétser hara ne peut l’influencer que progressivement. Il essaiera de l’attirer petit à petit. En revanche, lorsqu’une personne est déstabilisée, le yétser hara peut la faire tomber du plus haut niveau au plus bas, de la montagne jusqu’au fond du ravin, et commettre les plus grandes erreurs.
C’est pourquoi, lorsqu’un enfant reçoit une réprimande très dure de ses parents, une femme de son mari, un ami proche d’un ami, ou un élève de son Rav, cela peut parfois être si bouleversant que cela peut se révéler dangereux.
Une personne m’a raconté cette semaine qu’à l’époque où elle étudiait à la yeshiva, un Chabbat, un Rav dit à tous les étudiants : « Je vais dire à chacun ce qu’il doit réparer. » Il passa alors de l’un à l’autre, mais lorsqu’il arriva devant lui, il déclara : « Toi, je n’en parle même pas : tu es un cas perdu. »
Cet homme m’a confié que ces paroles l’avaient tellement bouleversé qu’il avait failli abandonner complètement la Torah. Ce n’est que grâce à un autre Rav, qui le réconforta et le soutint, qu’il put se relever.
Cela montre à quel point une réprimande peut être nuisible. Nous pensons parfois qu’en mettant quelqu’un face à la réalité, nous agissons pour son bien, et que cela le fera réfléchir. Au contraire, cela peut parfois le briser complètement.
C’est pourquoi Moché Rabbénou agit avec autant de précautions. Yaakov Avinou également. Nous aussi, nous devons faire preuve d’une immense prudence avant d’adresser une remontrance à autrui.
2) La réprimande doit toujours préserver le respect et la dignité de la personne qui se trouve face à nous.
L’honneur d’un homme est quelque chose d’extrêmement précieux. Les Sages enseignent que, lorsque les élèves de Rabbi Eliézer lui demandèrent, avant son départ de ce monde, quels conseils il pouvait leur donner, il leur en confia quatre. L’un d’entre eux était : « Faites attention à l’honneur de votre prochain. » C’est l’un des devoirs les plus fondamentaux et les plus précieux de la Torah.
Nous savons combien était élevé le niveau des élèves de Rabbi Akiva. Pourtant, ils furent punis parce qu’ils ne témoignaient pas suffisamment de respect les uns envers les autres.
Or, une réprimande touche directement à la dignité et à l’honneur de la personne. C’est pourquoi la Torah nous demande d’être extrêmement vigilants.
Nous le voyons notamment avec la destruction du Beit Hamikdach.
Pourquoi le Temple fut-il détruit ? A cause de la honte infligée à autrui.
Lors du célèbre épisode qui opposa Kamtsa et Bar Kamtsa, quand l’hôte aperçut son ennemi à son repas, il le chassa sans aucun ménagement. Malgré toutes les supplications de Bar Kamtsa, qui alla jusqu’à lui proposer de payer l’intégralité du repas, il refusa de l’écouter et l’expulsa devant tout le monde. Les Sages présents ne dirent rien. Bar Kamtsa ressentit alors une humiliation si profonde que, même s’il était un racha, le Ciel l’aida à mener à bien son projet : dénoncer les Bnei Israël auprès de l’empereur, l’encourager à envoyer un sacrifice, provoquer un défaut dans celui-ci afin qu’il ne puisse pas être offert, et entraîner ainsi la destruction du Beit Hamikdach.
Dans la Guemara (Guitin 57a), Rabbi Eliézer dit : « Viens voir combien la honte est grave ! » Le Ciel a même aidé Bar Kamtsa dans son projet, tant l’humiliation qu’il avait subie était grande.
Nous retrouvons cette même idée avec Bilam, comme le développe également Rav ‘Haïm Chmoulevitch. Son ânesse lui adressa des reproches devant tous. Et après cet épisode, Hachem la fit mourir. Pourquoi ? Afin qu’on ne puisse pas dire : « Voici l’ânesse qui a remis Bilam à sa place. » Pourtant, elle aurait pu être à l’origine d’un immense Kidouch Hachem. Tous ceux qui l’auraient croisée auraient pu dire : « Regardez l’ânesse qui a parlé ! Quel miracle extraordinaire ! » Malgré cela, Hachem préféra y renoncer plutôt que d’humilier Bilam.
Cette idée apparaît également dans le Talmud (Brakhot 27b). Lorsque Rabban Gamliel fut destitué de sa fonction de président parce qu’il avait offensé Rabbi Yehochoua, les Sages cherchèrent qui nommer à sa place. Parmi les candidats figurait justement Rabbi Yehochoua. Pourtant, ils refusèrent de le choisir. Pourquoi ? Parce que le nommer à la place de Rabban Gamliel aurait été une humiliation supplémentaire pour ce dernier, puisqu’il aurait été remplacé précisément par celui qu’il avait offensé.
Même si Rabbi Yehochoua était parfaitement digne d’occuper cette fonction, ils préférèrent renoncer à cette possibilité afin de préserver l’honneur de Rabban Gamliel.
Nos Sages enseignent également qu’il vaut mieux qu’un homme se jette dans une fournaise plutôt que de faire honte à son prochain. C’est ce que fit Tamar. Lorsqu’elle fut condamnée à être brûlée parce qu’elle était enceinte, elle ne révéla pas publiquement que le père de ses enfants était Yéhouda. Elle préféra lui envoyer discrètement les objets qui lui appartenaient, en espérant qu’il reconnaîtrait lui-même la vérité. Elle était prête à être jetée au feu plutôt que d’humilier quelqu’un en public.
C’est pourquoi la réprimande est quelque chose de très délicat. Elle doit être faite avec beaucoup de recul et jamais dans la précipitation.
C’est d’ailleurs l’une des plus grandes erreurs dans l’éducation. Parfois, les parents s’énervent et, au lieu d’éduquer leurs enfants, ils leur adressent des reproches et les rabaissent. Cela crée progressivement une distance entre eux, jusqu’au point où les parents ne peuvent plus rien leur dire.
Si nous apprenions simplement à nous taire sur tout ce qui ne relève pas réellement de l’éducation, beaucoup de choses se corrigeraient naturellement avec le temps.
Il faut savoir quand faire une réprimande, ne pas agir sous le coup de la colère, prendre du recul et attendre le bon moment.
Il en va de même dans le couple. On ne fait jamais une remontrance au moment d’une dispute ou sous l’effet de la colère. Rav Chlomo Zalman Auerbach disait qu’il n’avait jamais eu besoin de demander pardon à son épouse après une dispute, car ils ne se querellaient jamais. L’une des raisons qu’il donnait était qu’il ne disait jamais ce qu’il avait à dire lorsqu’il y avait un désaccord ou une tension.
C’est là un immense enseignement pour toute la vie. Car en agissant sous l’effet de la colère, nous risquons de rabaisser l’autre, de l’humilier et de porter atteinte à sa dignité.
Or, cela est très grave aux yeux de la Torah, il vaut donc parfois mieux se taire que d’adresser une réprimande dans de mauvaises conditions.
A ce sujet, on rapporte que Rav Eliahou Lopian mit deux semaines avant d’adresser une réprimande à son fils. Pourquoi une telle attente ? Parce qu’il voulait être absolument certain qu’il n’était plus en colère, qu’il n’agissait pas sous l’effet de la contrariété, et qu’il ne faisait pas cette réprimande dans un intérêt personnel.
En effet, une réprimande doit être quelque chose de constructif. Elle doit avoir pour seul objectif de faire grandir l’autre. Et la manière dont elle est formulée doit elle aussi aller dans ce sens.
C’est pourquoi une réprimande ne peut être faite qu’avec du recul, au bon moment et dans les bonnes conditions, comme le fit Moché Rabbénou.
3)La bonne manière de recevoir une remontrance
Les Sages enseignent que celui qui veut choisir le bon chemin dans la vie doit aimer les reproches. Ils disent également (Pirkei Avot 1,6) : « Acquiers-toi un ami. » L’une des raisons est qu’un véritable ami saura nous dire, lorsque nous nous trompons, ce que nous ne sommes pas capables de voir.
Pourquoi la réprimande éloigne-t-elle tant de malheurs et apporte-t-elle la bénédiction ?
Le Talmud enseigne qu’il vaut mieux qu’un homme se fasse une réprimande à lui-même plutôt que de recevoir cent coups de bâton. Lorsqu’un homme réfléchit à sa conduite, qu’il examine ses choix de vie et qu’il se remet en question, cette réflexion peut remplacer les souffrances. Car Hachem ne cherche qu’une seule chose : rapprocher l’homme de Lui et le ramener sur le droit chemin.
Lorsqu’un homme est capable de se remettre en question, ou d’accepter une réprimande lorsqu’elle est formulée avec toute la délicatesse et la diplomatie nécessaires, cela devient quelque chose d’immense.
Aimer les reproches est une qualité extraordinaire. Seulement, celui qui réprimande doit le faire avec beaucoup de finesse et de délicatesse. Celui qui est capable de la recevoir, de l’accepter, d’en tirer un enseignement, d’essayer de comprendre le message qu’elle contient et d’analyser ce qu’elle vient lui apprendre, peut accomplir de très grandes choses.
A propos des lois des dommages, Rabbénou Yona explique que lorsqu’une personne blesse son prochain, elle doit lui payer le prix du membre qu’elle a atteint. Mais si elle l’a rendu sourd, elle doit payer la valeur de tout son corps. Pourquoi ? Parce que, grâce à l’écoute, un homme peut transformer toute sa vie. Il peut s’élever du plus bas niveau jusqu’au plus haut. La capacité d’écouter des paroles de morale, d’accepter les messages que Hachem lui envoie au cours de sa vie, lui permet de sauver tout son être et de construire un bonheur infini.
C’est par cette capacité d’écoute que tout commence.
Un homme fait Téchouva parce qu’il écoute des cours de Torah.
Un homme fait Téchouva parce qu’il accepte une réprimande.
Un homme fait Téchouva parce qu’il traverse des épreuves qui l’amènent à se remettre en question.
Et lorsqu’il sait écouter ces messages, c’est un bonheur immense.
C’est à ce sujet que le roi Chlomo dit (Michlé 15,31) : « Prêter une oreille attentive aux instructions salutaires, c’est mériter de vivre parmi les Sages. » Celui qui sait écouter les reproches finira par rejoindre la société des Sages.
Le roi Chlomo dit également (Michlé 26,12) : « Vois-tu un homme qui se prend pour un sage ? Il y a plus à attendre d’un sot que de lui. » Pourquoi ? Parce que le sot pourrait progresser, tandis que celui qui est persuadé d’avoir toujours raison ne peut plus avancer.
Savoir écouter, être capable de recevoir un message, et se remettre en question est un immense bonheur. Ainsi, malgré toute la prudence nécessaire lorsqu’il s’agit d’adresser une réprimande, et même si l’homme ne doit pas vivre en se reprochant constamment ses défauts – car vivre consiste aussi à avoir confiance en soi et à connaître ses qualités – il a toujours besoin de savoir entendre ses erreurs pour continuer à grandir et devenir meilleur.
La sagesse de demander conseil
Un adolescent ne voulait plus écouter ses parents. Il était persuadé d’être plus intelligent qu’eux et avoir une meilleure perception de la vie. Son père voulut alors lui faire comprendre qu’en écoutant ses conseils, il aurait beaucoup à gagner.
Un midi, il l’invita à déjeuner. A cette époque, les œufs étaient un aliment coûteux et très apprécié. Le père servit deux assiettes de spaghettis, et demanda à son fils : « Laquelle choisis-tu ? »
Le jeune garçon les observa et choisit celle qui lui paraissait la plus remplie. Ils commencèrent à manger. A un moment le père souleva les pâtes de son assiette, et découvrit trois œufs cachés en dessous.
Le fils s’exclama : « Quel dommage ! Si j’avais choisi cette assiette, j’aurais eu les œufs !
– Il te suffisait de me la demander, et je te l’aurais donnée. »
Le lendemain, le père l’invita de nouveau à déjeuner. Cette fois, il servit deux assiettes de riz. Sur l’une se trouvait un œuf bien visible, tandis que l’autre n’en avait pas.
Le fils réfléchit : « Hier, les œufs étaient cachés. Donc aujourd’hui, ils doivent sûrement être cachés dans l’assiette où l’on ne voit rien. » Et il choisit cette assiette. Il mangea… mais il n’y avait aucun œuf. Déçu, il s’exclama : « Quel dommage ! J’aurais dû prendre l’autre assiette.
– Il te suffisait de me la demander, et je t’aurais donné l’assiette avec l’œuf. »
Le jeune homme commença alors à réfléchir.
Le troisième jour, son père l’invita une nouvelle fois. Cette fois-ci, il apporta deux assiettes de couscous. Aucun œuf n’était visible. Le fils dit alors à son père : « Papa, s’il te plaît, peux-tu me dire dans quelle assiette se trouvent les œufs ? J’aimerais en avoir. »
Son père lui répondit avec un sourire : « Prends celle-ci. Trois œufs sont cachés sous le couscous. »
A travers cette petite leçon, il voulait lui transmettre un message essentiel : dans la vie, il faut savoir demander conseil et apprendre à écouter ceux qui ont plus d’expérience que nous. C’est ainsi qu’on avance plus rapidement vers la réussite et le bonheur.
Deuxième sujet
Dans la paracha, Moché Rabbénou rappelle que, lorsque les Bnei Israël s’apprêtaient à faire la guerre contre les peuples qui occupaient les terres avant leur entrée en Erets Israël, ils durent affronter Og, roi de Bachan.
Og était un géant qui vivait depuis l’époque du Déluge et possédait une force extraordinaire. A ce moment-là, Hachem dit à Moché Rabbénou (Dévarim 3,2) : « Al tira oto » – N’aie pas peur de lui.
Rachi s’interroge : pourquoi Moché Rabbénou avait-il peur ? Nous savons que Sihon, le frère de Og, possédait une puissance comparable, et Moché Rabbénou n’avait éprouvé aucune crainte lorsqu’il l’avait affronté. Pourquoi, cette fois-ci, avait-il peur ?
Rachi répond que Moché craignait le mérite de Og. En effet, c’est lui qui avait annoncé à Avraham Avinou que Loth avait été fait prisonnier. Grâce à cette information, Avraham était parti en guerre pour sauver son neveu. Quelques centaines d’années plus tard, Moché Rabbénou redoutait encore que cette mitsva accomplie par Og lui procure un mérite suffisant pour remporter la guerre.
Pourtant, nos Sages expliquent que les intentions de Og étaient loin d’être pures. Il espérait qu’Avraham mourrait au combat et qu’il pourrait ainsi épouser Sarah, qui était l’une des plus belles femmes du monde. Malgré cela, le simple fait d’avoir accompli un acte qui permit d’aider Avraham Avinou lui procura un mérite immense et une récompense considérable, au point que Moché Rabbénou craignait encore sa force spirituelle plusieurs siècles plus tard.
Nous voyons de là à quel point le mérite d’une mitsva est immense.
Le peuple d’Israël reçoit principalement la récompense de ses mitsvot dans le monde futur. Certes, la Michna enseigne qu’il existe certaines mitsvot dont on goûte déjà les fruits dans ce monde, tandis que le capital reste réservé pour le monde futur, comme le respect des parents, les actes de bonté ou encore l’étude de la Torah. Mais l’essentiel est conservé pour le Olam Haba.
Lorsque nous voyons que des personnes qui ne méritaient pas le monde futur ont tout de même reçu une récompense aussi extraordinaire dans ce monde pour une seule bonne action, cela nous donne une petite idée de l’immensité du salaire réservée aux justes.
Cela renforce les paroles de la Michna (Pirkei Avot 2,1) : « Hevei rats lémitsva kala kévakhamoura » – Cours pour accomplir une mitsva mineure comme pour une mitsva conséquente, car tu ne connais pas la récompense des mitsvot. »
Chaque pas accompli pour une mitsva possède une valeur immense.
Nous retrouvons cette idée avec Nabuchodonosor.
Le roi ‘Hizkiyahou était gravement malade. Les prophètes lui avaient déjà annoncé qu’il allait mourir. Mais il pria Hachem avec une telle intensité que sa prière traversa tous les Cieux. Et Hachem lui annonça alors qu’Il le guérirait. ‘Hizkiyahou demanda néanmoins un signe. Hachem lui répondit en faisant reculer le soleil de plusieurs heures, accomplissant ainsi un miracle extraordinaire.
Lorsque Nabuchodonosor constata que le jour se prolongeait anormalement, il demanda ce qui s’était passé. On lui raconta alors le prodige. Il écrivit immédiatement une lettre à Jérusalem dans laquelle il saluait le roi d’Israël ainsi que le D.ieu d’Israël. Mais après avoir confié cette lettre à son messager, il se ravisa : « Je n’ai pas honoré Hachem comme il se doit. Il faut d’abord écrire : "Béni soit le D.ieu d’Israël", puis seulement mentionner le roi. » Il fit alors quatre pas pour rattraper le messager et récupérer la lettre afin de la modifier.
Nos Sages enseignent que, pour ces quatre pas accomplis en l’honneur de Hachem, il mérita que lui-même, ainsi que trois générations de ses descendants règnent sur le monde entier.
Une récompense immense pour seulement quatre pas !
Nous réalisons ainsi combien chaque pas accompli pour une mitsva est précieux, combien chaque mitsva est immense, et combien Hachem récompense chacun de nos efforts, même les plus petits, d’une manière qui dépasse toute imagination.
Lorsque Yéhochoua vint conquérir la terre d’Israël, il existait une ville dont les habitants vivaient extrêmement longtemps. Mais personne ne connaissait le chemin permettant d’y accéder. Un habitant savait comment y pénétrer, mais il lui était interdit de le révéler. Selon un avis, il se contenta de lever le doigt pour indiquer la direction. D’après un autre avis, il bougea simplement son nez afin de montrer le chemin, sans prononcer le moindre mot.
Pour ce simple geste, lorsque les soldats de la tribu de Yossef prirent cette ville, ils exécutèrent tous les habitants, mais épargnèrent cet homme et toute sa famille.
Le Talmud ('Houlin 87a) rapporte également qu’un jour, Rabbénou Hakadoch eut un débat avec un sadducéen qui avait l’habitude de le contredire et de lui poser de nombreuses questions. A la suite de cette discussion, le sadducéen lui dit : « Laisse-moi trois jours pour réfléchir quoi te répondre. » Après ces trois jours, ne trouvant aucune réponse, il se suicida. Un homme vint alors annoncer cette nouvelle à Rabbénou Hakadoch.
Au début, le Rav pensa qu’il venait le déranger, mais l’homme lui dit : « Non, je viens t’annoncer une bonne nouvelle : ton adversaire est mort. » Rabbénou HaKadoch le fit alors entrer chez lui et lui servit à manger. A la fin du repas, il lui demanda : « Que préfères-tu : recevoir quarante pièces d’or ou réciter le Birkat Hamazon ? » Le Talmud enseigne en effet que celui qui prive son prochain d’une bénédiction doit lui verser dix pièces d’or. Puisque le Birkat Hamazon comporte quatre bénédictions, sa valeur est donc de quarante pièces d’or. Cet homme choisit de réciter le Birkat Hamazon.
La Guemara témoigne que, grâce à l’honneur qu’il accorda à cette mitsva, il mérita une bénédiction exceptionnelle : il construisit des villes entières, eut une descendance nombreuse et prospère, et tous purent constater la réussite extraordinaire qu’il avait obtenue grâce à l’honneur qu’il avait accordé à cette mitsva.
Il y a également la célèbre histoire de la mère du Gaon de Vilna. Chaque vendredi, avec une amie, elle parcourait la ville afin de récolter de l’argent pour venir en aide aux pauvres et leur permettre de passer le Chabbat dans de bonnes conditions.
Un vendredi, il leur manquait encore de l’argent, et elles ne savaient plus quoi faire. A ce moment-là, l’une d’elles leva le doigt en montrant un homme riche et dit : « Regarde, il y a un homme riche là-bas. Allons lui demander de participer. »
Les années passèrent. Les deux femmes s’étaient fait la promesse que celle qui quitterait ce monde la première reviendrait révéler à l’autre ce qui se passait dans le Ciel. Lorsque l’une décéda, elle apparut à son amie en rêve et lui raconta de nombreuses choses sur le monde d’En-Haut. Elle lui dit notamment : « Il y a une petite chose qui crée un immense écart entre nous dans le Ciel. Ce jour-là, j’ai levé le doigt pour montrer l’homme riche. Ce simple geste a été considéré comme une participation supplémentaire à la mitsva. »
Ainsi, même un geste qui paraît insignifiant est récompensé à des niveaux tellement élevés qu’il peut créer une immense différence dans le monde futur.
Troisième sujet
Le livre de Dévarim est appelé « Michné Torah », c’est-à-dire « la répétition de la Torah ».
Le Midrach enseigne qu’il existe une différence entre les quatre premiers livres de la Torah et le cinquième. Les quatre premiers auraient été dits directement par Hachem, tandis que celui de Dévarim aurait été prononcé par Moché Rabbénou.
Cette affirmation est difficile à comprendre, car nous savons que toute la Torah a été donnée par Hachem. Que signifie donc que le livre de Dévarim aurait été dit par Moché Rabbénou ?
Les Richonim proposent plusieurs explications.
Selon certains, cela signifie que Moché Rabbénou prononça ces paroles, que Hachem approuva chacune d’entre elles et, qu’au moment où elles furent mises par écrit, c’est Hachem qui les dicta à Moché.
Une deuxième explication est rapportée par le Maharcha et les Tossafot. D’après eux, le livre de Dévarim est entièrement la parole de Hachem. La seule différence est que les enseignements y sont présentés d’une autre manière et formulés différemment. Mais son origine reste entièrement divine.
Enfin, un troisième avis est celui du Gaon de Vilna et du Maharal.
Le Gaon de Vilna explique que, dans les quatre premiers livres, Hachem parle directement par la bouche de Moché Rabbénou. En revanche, dans le livre de Dévarim, Moché exprime lui-même les paroles, mais sous l’effet de la prophétie. Tout provient donc de Hachem : la seule différence réside dans la manière dont cette parole fut transmise.
Le Maharal a une autre approche. Il explique que les quatre premiers livres présentent la Torah du point de vue du Noten, Celui qui la donne, c’est-à-dire Hachem. Tout y est exprimé selon le niveau le plus élevé, la source divine. Toutefois, le livre de Dévarim présente la Torah du point de vue du Mékabel, celui qui la reçoit, c’est-à-dire les Bnei Israël. Et c’est pour cette raison que l’on trouve plusieurs différences, notamment dans les Dix Commandements entre la paracha Yitro et la paracha Vaèt’hanan. Ce ne sont pas des contradictions. Elles expriment simplement deux perspectives différentes.
Pour ce simple geste, lorsque les soldats de la tribu de Yossef prirent cette ville, ils exécutèrent tous les habitants, mais épargnèrent cet homme et toute sa famille.
Le Talmud ('Houlin 87a) rapporte également qu’un jour, Rabbénou Hakadoch eut un débat avec un sadducéen qui avait l’habitude de le contredire et de lui poser de nombreuses questions. A la suite de cette discussion, le sadducéen lui dit : « Laisse-moi trois jours pour réfléchir quoi te répondre. » Après ces trois jours, ne trouvant aucune réponse, il se suicida. Un homme vint alors annoncer cette nouvelle à Rabbénou Hakadoch.
Au début, le Rav pensa qu’il venait le déranger, mais l’homme lui dit : « Non, je viens t’annoncer une bonne nouvelle : ton adversaire est mort. » Rabbénou HaKadoch le fit alors entrer chez lui et lui servit à manger. A la fin du repas, il lui demanda : « Que préfères-tu : recevoir quarante pièces d’or ou réciter le Birkat Hamazon ? » Le Talmud enseigne en effet que celui qui prive son prochain d’une bénédiction doit lui verser dix pièces d’or. Puisque le Birkat Hamazon comporte quatre bénédictions, sa valeur est donc de quarante pièces d’or. Cet homme choisit de réciter le Birkat Hamazon.
La Guemara témoigne que, grâce à l’honneur qu’il accorda à cette mitsva, il mérita une bénédiction exceptionnelle : il construisit des villes entières, eut une descendance nombreuse et prospère, et tous purent constater la réussite extraordinaire qu’il avait obtenue grâce à l’honneur qu’il avait accordé à cette mitsva.
Dans les quatre premiers livres, les raisons sont expliquées selon leur racine céleste, telle qu’elles existent auprès de Hachem. Dans le livre de Dévarim, ces mêmes enseignements sont présentés de la manière dont celui qui reçoit la Torah doit les vivre, les ressentir et les appliquer dans sa vie quotidienne.
Rav Chimchon Raphaël Hirsch ajoute que, même si le livre de Dévarim reprend plus d’une centaine de mitsvot déjà mentionnées, il contient également environ soixante-dix nouvelles mitsvot.
En réalité, tout le livre de Dévarim a pour objectif de préparer les Bnei Israël à leur entrée en Erets Israël. C’est pourquoi on y trouve toutes les mitsvot liées à la vie sur la terre d’Israël, les lois concernant les relations avec son prochain, la Tsédaka, le soutien et l’encouragement de l’autre, ainsi que tous les conseils que Moché Rabbénou adressa au peuple : comment vivre une vie de Torah et que la Torah est une source de bonheur.
Ainsi, le livre de Dévarim contient de nombreuses nouvelles mitsvot, principalement liées à la vie concrète et active que les Bnei Israël devront mener une fois installés en Erets Israël.
La tzedaka, une protection venue du Ciel
Il y a une très belle histoire au sujet de la tsédaka, qui montre que donner la tsédaka ne signifie pas manquer d'argent, se priver ou s'appauvrir. Au contraire, c'est une véritable protection contre les mauvais décrets.
Il y avait un homme nommé Rav Meïr de la ville de Mir. Son maître était Rabbi Mordekhaï, un grand Rav 'hassidique.
Un jour, alors qu'il était en voyage d'affaires, Rav Meïr s'arrêta dans une auberge. Il y rencontra un groupe de pauvres qui voyageaient d'une ville à l'autre. Pendant le repas, il remarqua qu'un des pauvres agissait avec une concentration et une réflexion particulières. Même lorsqu'il fit la bénédiction du Hamotsi, il ne mangea pas le pain qui avait été servi à l'auberge, mais sortit son propre pain de son sac.
Rav Meïr se dit alors qu'il devait certainement y avoir un problème avec le pain de l'auberge. Il pensa peut-être que la propriétaire avait oublié de prélever la 'halla. Il alla donc à la cuisine pour lui poser la question. Effectivement, elle s'exclama : « C'est vrai ! J'ai complètement oublié de prélever la 'halla ! »
Rav Meïr comprit alors que cet homme possédait le Roua'h Hakodech et qu'il avait senti que le pain n'avait pas été prélevé correctement. Il voulut immédiatement le retrouver, mais le pauvre avait déjà quitté les lieux. Il demanda aux autres où il était parti.
Ils lui répondirent qu'il s'agissait d'un homme très mystérieux, qui cachait sa véritable identité et passait de longues heures à prier dans la forêt.
Rav Meïr se rendit donc dans la forêt. Après l'avoir cherché, il le trouva en pleine prière et attendit qu'il termine. Dès qu'il eut fini, Rav Meïr lui demanda : « S'il vous plaît, faites-moi une bénédiction. »
Cet homme, qui était en réalité un grand Tsadik vivant sous l'apparence d'un pauvre et qui avait accepté de s'exiler pendant plusieurs années afin de réparer ses fautes et de s'élever spirituellement, lui répondit : « Si tu veux une bénédiction, donne-moi deux cents roubles. »
Sans la moindre hésitation, Rav Meïr lui remit les deux cents roubles, et le Tsadik lui donna une grande bénédiction.
Quelques semaines plus tard, Rav Meïr repartit en voyage avec tout son argent. Alors qu'il traversait une forêt, des brigands armés l'arrêtèrent et lui ordonnèrent de leur remettre toute sa fortune. Comprenant qu'il n'avait aucune chance de résister, il descendit immédiatement de sa charrette afin de sauver au moins sa vie.
Quelques instants plus tard, une grande caravane de riches voyageurs, escortée par des soldats armés, arriva sur les lieux. En voyant les brigands, les soldats les éliminèrent immédiatement.
Les voyageurs dirent alors à Rav Meïr : « Tu as eu beaucoup de chance. Normalement, nous ne devions pas passer par cette route. Nous allions dans une toute autre direction, mais au dernier moment, sans savoir pourquoi, nous avons changé d'itinéraire. Maintenant, nous comprenons que c'était pour te sauver. Sinon, ils t'auraient peut-être tué, et au minimum ils t'auraient pris tout ton argent, ta charrette et tes chevaux. »
Rav Meïr remercia Hachem pour ce grand miracle, puis poursuivit son voyage jusqu'à son maître, Rabbi Mordekhaï.
À peine était-il entré que son Rav lui dit : « Le Tsadik que tu as rencontré était le Rav Lev Sarahs. C'était un immense Tsadik qui avait vécu caché pendant plusieurs années. Tu as eu une immense chance qu'il t'ait demandé de lui donner de l'argent, car cet argent t'a sauvé des brigands. Comme le disent nos Sages : "Tsédaka tatsil mimavet" — "La tsédaka sauve de la mort."
La bénédiction que tu as reçue et le don que tu as fait ont été les instruments de ton salut. De là, nous apprenons que lorsqu'Hachem offre à une personne l'occasion de donner la tsédaka, ce n'est pas pour la priver de son argent, mais au contraire pour la protéger et la bénir.

