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La Paracha Et Son Histoire: HOUKAT BALAK - Émouna, Torah et Kedoucha : les fondements de la grandeur d’Israël

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Premier sujet :

La paracha Houkat commence par : « Zot ‘houkat HaTorah » et traite de la mitsva de la vache rousse.

A l’époque du Beit Hamikdach, lorsque quelqu’un devenait impur au contact d’un mort, il devait être aspergé avec une eau particulière, préparé à partir des cendres d’une vache rousse. Celle-ci devait être entièrement rousse, au point de ne même pas posséder deux poils noirs. Grâce à ce processus, la personne retrouvait son état de pureté.

Rachi explique que la mitsva de la vache rousse constitue une réparation de la faute du Veau d’or. En effet, au mont Sinaï, les Bnei Israël avaient atteint un niveau spirituel exceptionnel, équivalent à celui d’Adam avant sa faute. A ce moment-là, la mort avait été annulée. Mais après la faute du Veau d’or, la mort et l’impureté prirent de nouveau place.

Rachi apporte une comparaison : un enfant a sali le palais du roi. Le roi déclare alors : « Que la mère vienne nettoyer les saletés de son fils. » De la même manière, puisque le Veau d’or a provoqué cette dégradation spirituelle, la vache rousse vient en réparer les conséquences et purifier les Bnei Israël.

Cependant, cette mitsva est connue comme étant un ‘hok, une loi dont la raison profonde nous échappe. Le roi Chlomo lui-même a affirmé (Kohélet 7,23) : « Je voulais me rendre maître de la sagesse, mais elle s’est tenue loin de moi. »

Comme d’autres mitsvot – l’interdiction du chaatnez ou de consommer le porc – elle fait partie des commandements que les nations ont parfois du mal à comprendre et qu’elles remettent en question.

Pourquoi donc la Torah, qui contient tant d’enseignements et de raisons profondes, a-t-elle voulu inclure des mitsvot qui dépassent totalement notre compréhension ?

Et aussi pourquoi le verset dit-il : « Zot ‘houkat haTorah » – Voici le décret de la Torah, comme si toute la Torah en dépendait ?

Les Méfarchim expliquent que ces mitsvot nous apprennent une leçon fondamentale : Hachem nous demande d’accomplir certains commandements sans en comprendre la logique, et nous invite ainsi à réaliser que même les mitsvot dont nous connaissons certaines raisons dépassent en réalité infiniment notre compréhension.

Autrement dit, lorsqu’une mitsva possède une explication, cela ne signifie pas que nous en avons saisi toute la profondeur. Ce que nous connaissons n’en représente qu’une infime partie.

Celui qui pense avoir totalement compris une mitsva risque de réduire sa grandeur. La Torah est bien plus profonde que ce que l’intelligence humaine peut appréhender.

Le Rambam développe cette idée à plusieurs reprises. Lorsqu’un homme étudie la Torah, ses mitsvot ou les récits qu’elle contient, il ne doit jamais croire qu’il en a épuisé le sens. Derrière chaque mot, chaque commandement et chaque détail se cache une profondeur immense.

Ainsi, même lorsque nous comprenons la raison d’une mitsva, ce n’est pas cela qui doit constituer le fondement de notre pratique. La véritable motivation doit rester le désir d’accomplir la volonté de Hachem.

Les mitsvot nommées ‘houkim viennent donc nous rappeler une règle qui concerne toute la Torah, et voilà pourquoi le verset dit : « Zot ‘houkat haTorah. » Cette idée n’est pas limitée à la vache rousse : elle s’applique à l’ensemble de la Torah.

C’est également dans cet esprit que les Bnei Israël reçurent la Torah lorsqu’ils proclamèrent (Chémot 24,7) : « Naassé Vénichma » – Nous ferons et nous comprendrons. Avant même de tout comprendre, ils acceptèrent d’accomplir la volonté de Hachem avec une confiance totale. Ils savaient que la Torah était infiniment plus grande qu’eux, et que sa profondeur dépassait ce qu’ils pouvaient saisir.

C’est précisément grâce à cette confiance et à cette attitude de « Naassé Vénichma » qu’ils méritèrent de recevoir la Torah et d’en découvrir progressivement la grandeur.


Deuxième sujet : « Zot ‘Houkat HaTorah ».

De cette expression, les Sages déduisent un enseignement fondamental : « La Torah ne se maintient que chez celui qui se sacrifie pour elle. » C’est pourquoi le verset poursuit : « Adam ki yamout baohel » – L’homme qui meurt dans la tente. Cette « tente » fait référence au Beit Hamidrach et à la yeshiva. Pour mériter véritablement la Torah, l’homme doit être prêt à s’investir totalement dans son étude, à s’y consacrer pleinement et l’approfondir en y employant tous ses efforts

Une question se pose alors : quel est le lien entre la mitsva de la vache rousse – qui renvoie à la purification de l’impureté de la mort – et cette idée de l’effort nécessaire pour acquérir la Torah ?

La vache rousse possède déjà quelque chose de paradoxal : elle purifie celui qui reçoit l’aspersion, mais elle rend impur celui qui participe à sa préparation. Quelle est donc la logique de cette mitsva ?

Les commentateurs expliquent qu’apparaît ici un symbole qui concerne toute la Torah. Lorsque les cendres de la vache rousse sont mélangées à l’eau, elles s’y dissolvent et deviennent une partie de celle-ci. C’est précisément cette union qui produit la purification.

De la même manière, lorsqu’un homme devient impur au contact d’un mort, il doit retrouver la domination de son âme sur son corps. Car la source de cette impureté provient justement de la rencontre avec un corps privé de sa néchama.

L’être humain possède en lui une dimension physique et une dimension spirituelle. Lorsqu’il est confronté à la mort, il rencontre un corps dont l’âme s’est retirée, et cela donne davantage de place à la matérialité et à l’impureté.

La vache rousse représente cette matière qui s’annule dans les mayim ‘haïm, les eaux vivantes du Beit Hamikdach. En s’intégrant à l’eau, elle devient un instrument de purification.

Le message adressé à l’homme est clair : s’il veut que la Torah fasse réellement partie de lui, il doit apprendre à soumettre son corps à la néchama et à donner la priorité à sa dimension spirituelle.

Cette idée apparaît dans de nombreux domaines.

Le Ari zal explique, par exemple, que lorsqu’un homme mange, il existe toujours le risque que la nourriture renforce uniquement son aspect matériel et physique, au détriment de sa dimension spirituelle. C’est pourquoi nous récitons une bénédiction avant de manger. La brakha réveille l’étincelle de sainteté présente dans chaque élément matériel. Ainsi, ce n’est plus la matière qui domine l’homme, mais la sainteté qui s’y trouve.

La nourriture n’est plus alors un facteur d’éloignement spirituel : au contraire, elle participe à son élévation.

On retrouve ce principe dans toute la Torah. Pour chaque réalité matérielle, Hachem a placé un élément spirituel qui vient lui donner son véritable sens.

Au niveau des récoltes, il y a les prélèvements et les dîmes. A la naissance d’un enfant, il y a la brit-mila et le pidyon haben (son rachat s’il est premier-né). Et dans la semaine, il y a le Chabbat.

Ainsi, chaque aspect matériel de la vie possède une dimension spirituelle destinée à guider et à élever l’homme. Lorsqu’il place cette dimension spirituelle en priorité, il s’éloigne naturellement des influences négatives de la matière et les transforme au contraire en outils au service de la sainteté.

Nos Sages enseignent également que celui qui récite le Chéma avant de dormir est protégé des influences négatives. Le Chéma renforce la dimension spirituelle de l’homme au moment où il s’apprête à dormir et empêche les forces d’impureté de prendre de l’importance.

Le même principe apparaît au réveil. Dès que l’homme ouvre les yeux, avant toute autre activité, il effectue la nétilat yadaïm.

 Pendant le sommeil, une partie de la néchama s’élève dans les mondes supérieurs, ce qui laisse une certaine place à l’impureté. Lorsqu’il se réveille, sa néchama revient et repousse cette impureté. Cependant, celle-ci demeure sur les mains jusqu’à ce qu’il fasse nétilat yadaïm de la manière prescrite.

Cette idée permet également de comprendre pourquoi le contact avec un mort rend impur. Lorsque la néchama quitte le corps, celui-ci n’a plus la force spirituelle nécessaire pour repousser les influences d’impureté qui viennent s’y attacher. C’est pourquoi celui qui entre en contact avec cette impureté doit passer par un processus de purification.

Le message de cette mitsva est donc très profond : dans toute son existence, l’homme doit faire en sorte que sa néchama domine son corps. Plus la dimension spirituelle prend sa place, plus la matière elle-même s’élève et participe à la sainteté.

C’est également le secret de l’acquisition de la Torah. Celui qui veut réellement mériter la Torah doit apprendre à s’effacer devant elle, à soumettre ses intérêts personnels à sa recherche de vérité et laisser sa néchama guider sa vie. C’est ainsi que la Torah devient une partie intégrante de son être.


Troisième sujet : la faute des Eaux de Mériva.

A la fin des quarante années dans le désert, après le décès de Myriam, les Bnei Israël se retrouvèrent sans eau. Ils se rebellèrent alors contre Moché et Aharon et se plaignirent de leur situation. Hachem ordonna à Moché : « Parle au rocher et il donnera son eau. » Moché rassembla tout le peuple, mais il se mit en colère et leur dit : « Ecoutez donc, rebelles ! », en leur reprochant durement leur attitude.

Moché chercha ensuite à accomplir l’ordre de Hachem. Cependant, comme l’explique Rachi, le rocher auquel il devait parler s’était déplacé parmi les autres rochers. Moché ne s’adressa donc pas immédiatement au bon rocher. Et après plusieurs tentatives, seules quelques gouttes d’eau sortirent.

Finalement, il frappa le rocher, et une grande quantité d’eau jaillit pour tout le peuple. Mais Hachem déclare à Moché et Aharon : « Puisque vous ne M’avez pas sanctifié aux yeux des Bnei Israël, vous ne ferez pas entrer cette assemblée dans le pays que Je leur ai donné. »

C’est la raison principale pour laquelle Moché et Aharon ne purent pas pénétrer en Erets Israël.

Cela est très difficile à comprendre. Quelle était exactement la faute de Moché Rabbénou ? Pourquoi est-elle considérée comme un manque de sanctification de Hachem ? Pourquoi la conséquence fut-elle si grave ? Et surtout, selon Rachi, si le rocher s’était caché, et que cette situation n’était pas entièrement de sa faute, pourquoi cela lui est-il reproché ?

Rachi donne une première explication selon le sens simple du texte.

Si Moché avait simplement parlé au rocher et que l’eau était sortie, les Bnei Israël en auraient tiré une leçon extraordinaire. Ils auraient raisonné ainsi : « Si un rocher, qui n’a ni récompense ni libre arbitre, obéit immédiatement à la parole de Hachem, alors nous, qui avons reçu tant de bienfaits de Sa part et à qui Hachem a donné la Torah, devons à plus forte raison accomplir Sa volonté ! » Cette réflexion aurait renforcé leur service divin et leur Emouna.

Même un léger progrès dans la manière de servir Hachem possède une valeur immense. Ainsi, que cette leçon n’ait pas pu être pleinement transmise représente déjà, à la mesure de la grandeur de Moché Rabbénou, une faute considérable.

Mais les maîtres de la pensée juive approfondissent encore davantage cette question. Ils expliquent que cet épisode se produisit juste avant l’entrée en Erets Israël, qui devait marquer un changement fondamental dans la manière dont le peuple allait vivre sa relation avec Hachem.

Dans le désert, les miracles étaient visibles et constants : la manne tombait du ciel, les Nuées de Gloire entouraient le peuple, et l’eau accompagnait les Bnei Israël de façon miraculeuse.

En Erets Israël, au contraire, les miracles deviendraient plus discrets. Ils existeraient toujours, mais ils se manifesteraient à travers la prière, l’effort et la confiance en Hachem.

Selon cette approche, le peuple devait apprendre à passer d’une Emouna fondée sur les miracles révélés à une Emouna capable de reconnaître l’action de Hachem même lorsqu’elle est moins évidente.

Le Netsiv explique que Hachem avait demandé à Moché de prendre son bâton, mais que l’objectif principal restait de parler au rocher. Le peuple devait comprendre que la prière et la confiance en Hachem pouvaient elles-mêmes faire venir l’eau.

Moché pensait que les Bnei Israël auraient dû atteindre ce niveau. Lorsqu’il se mit en colère, il leur reprochait justement de ne pas être parvenus à cette maturité spirituelle. Cependant, dans cette tension, il ne leur transmit pas pleinement le message de la force de la prière et de la Emouna.

Les Bnei Israël ne furent donc pas amenés à se tourner vers Hachem comme ils auraient dû le faire. L’eau ne leur parvint pas par l’entremise de cette démarche spirituelle, mais par un miracle plus visible, comme au cours des années précédentes dans le désert.

Ainsi, le passage vers la nouvelle étape spirituelle qui devait précéder l’entrée en Erets Israël ne se réalisa pas pleinement.

Selon cette explication, la faute ne résidait pas simplement dans le fait d’avoir frappé le rocher, mais dans l’occasion manquée d’enseigner au peuple une autre manière de vivre sa relation avec Hachem : faire jaillir la bénédiction par la prière, la confiance et la Emouna.

C’est pourquoi cet événement fut considéré comme une perte spirituelle importante. Le peuple ne bénéficia pas de l’enseignement qui aurait dû l’accompagner dans son entrée en Erets Israël, et c’est à la mesure de la grandeur de Moché Rabbénou que Hachem lui demanda des comptes.

Le Sfat Emet propose une explication différente de la faute des Eaux de Mériva. Selon lui, l’objectif n’était pas seulement d’enseigner aux Bnei Israël le chemin de la Emouna. Moché Rabbénou devait leur montrer que la nature elle-même est soumise à la volonté de Hachem. Si Moché avait simplement parlé au rocher, et que l’eau en était sortie, cela aurait démontré que toute la création répond à la parole de Hachem. Les Bnei Israël auraient compris qu’il n’est pas nécessaire de vivre constamment avec des miracles extraordinaires et visibles pour ressentir la présence divine. Ils auraient appris qu’en Erets Israël, même lorsque les lois de la nature semblent fonctionner normalement, tout est en réalité dirigé par Hachem. Parler au rocher était donc une manière de révéler que la nature elle-même est au service de Hachem, du tsadik et du peuple d’Israël.

Moché Rabbénou vivait à un niveau spirituel exceptionnel. Son niveau était celui de la vérité absolue, le niveau du Emet. Pour lui, la séparation entre nature et miracle n’existait pratiquement pas. Les miracles lui semblaient aussi naturels que les phénomènes ordinaires. Lorsque le rocher ne répondit pas immédiatement, il le frappa. En agissant ainsi, il démontra qu’il est possible de contraindre la nature à obéir à la volonté de Hachem.

Cette démonstration était certes vraie, mais elle correspondait au niveau spirituel de Moché Rabbénou lui-même, un niveau très élevé, au-delà de celui du peuple. Or, ce n’était pas le message que les Bnei Israël avaient besoin d’apprendre avant leur entrée en Erets Israël. Ils devaient découvrir Hachem à travers la nature et non uniquement par des miracles éclatants.

C’est pourquoi, selon le Sfat Emet, le peuple n’atteignit pas le niveau spirituel que Hachem souhaitait lui transmettre à ce moment-là.

Une troisième explication est proposée par Rabbi Tsadok haCohen.

D’après lui, cet épisode met en lumière deux manières différentes de servir Hachem.

La première consiste à dominer et à annuler totalement les tendances matérielles afin de se consacrer exclusivement à la spiritualité. C’était le niveau de Moché Rabbénou, qui vivait dans un attachement exceptionnel à Hachem et réduisait au maximum la place de la matérialité.

La seconde revient à utiliser le monde matériel lui-même pour servir Hachem, en élevant la matière et en la mettant au service de la sainteté.

La différence entre parler au rocher et le frapper renvoie à ces deux approches.


Frapper représente une forme de domination et de soumission de la matière. Parler, au contraire, révèle que la matière elle-même peut participer volontairement au service divin et s’élever.

Selon Rabbi Tsadok haCohen, avant l’entrée en Erets Israël, Hachem voulait enseigner au peuple cette seconde voie. Les Bnei Israël allaient désormais travailler la terre, cultiver des champs, construire une société et vivre au contact permanent du monde matériel. Leur mission n’était plus de fuir la matière, mais de l’utiliser pour servir Hachem.

La voie symbolisée par le bâton correspondait davantage à l’approche de Moché Rabbénou, fondée sur la domination totale du yétser hara et l’effacement de la matérialité. Mais ce n’était pas l’enseignement dont le peuple avait besoin à ce moment-là. Avant d’entrer en Erets Israël, ils devaient apprendre à sanctifier le monde matériel et à le transformer en instrument de Avodat Hachem.

C’est pourquoi, selon cette explication, le peuple ne reçut pas le message spirituel que Hachem souhaitait lui transmettre par cet épisode, et n’atteignit pas le niveau auquel il était destiné.


Quatrième sujet de la paracha.

Les Bnei Israël souhaitaient traverser le territoire d’Edom, le pays des descendants d’Essav, afin de raccourcir leur route vers Erets Israël. Ils envoyèrent un message au roi d’Edom, lui promettant qu’ils ne profiteraient pas de ses ressources. Ils n’utiliseraient pas les puits d’eau et paieraient tout ce qu’ils consommeraient. Ils demandaient simplement l’autorisation de traverser le territoire, ce qui aurait également représenté un avantage économique important pour Edom.

Mais la réponse fut sans appel. Edom refusa catégoriquement et menaça même les Bnei Israël : s’ils tentaient de passer, il leur ferait la guerre. Peu après, Edom mobilisa effectivement son armée afin d’empêcher leur passage.

Juste après cet épisode, la Torah relate le décès d’Aharon Hacohen. Rachi relève la proximité entre ces deux événements et explique qu’il existe un lien entre eux.

Cela est pourtant difficile à comprendre. Les Bnei Israël ne cherchaient pas à se rapprocher d’Edom pour s’en instruire ou s’associer à ses valeurs. Ils voulaient simplement traverser son territoire afin de gagner du temps sur leur trajet vers Erets Israël.

Pourquoi cela est-il malgré tout considéré comme une forme de rapprochement avec des réchaïm ?

L’explication repose sur un principe fondamental enseigné par nos Sages. La Michna dans Pirkei Avot (1,7) enseigne : « Eloigne-toi d’un mauvais voisin et ne t’approche pas du racha, de l’impie. »

De même, Avot deRabbi Nathan stipule que celui qui fréquente les réchaïm finit par subir les conséquences de leur influence, même s’il ne participe pas directement à leurs actions. Le simple fait de vivre à proximité du mal ou de s’y exposer laisse toujours une empreinte sur la personne.

Selon cette explication, le reproche adressé aux Bnei Israël est le suivant : Edom était prêt à renoncer à un bénéfice financier considérable simplement pour empêcher son peuple d’être influencé positivement par les Bnei Israël. Les habitants d’Edom craignaient que la grandeur spirituelle du peuple juif ait un impact sur leurs propres citoyens et les rapproche de Hachem. Pour cette raison, ils préférèrent perdre de l’argent plutôt que de permettre ce contact.

Le reproche adressé aux Bnei Israël est donc le suivant : si Edom était prêt à subir une perte matérielle pour protéger son peuple d’une influence qu’il considérait comme dangereuse, pourquoi les Bnei Israël n’étaient-ils pas prêts à rallonger leur route afin d’éviter toute exposition à l’influence négative d’Edom ?

Le gain de temps était-il suffisamment conséquent pour justifier ce risque spirituel ?

On leur reprochait d’avoir accordé trop d’importance à l’avantage matériel et pas assez à la protection spirituelle.

C’est dans ce sens que l’on comprend le lien avec la perte d’Aharon Hacohen.

Nos Sages veulent nous enseigner combien il est essentiel de s’éloigner des influences négatives et de ne pas rechercher la facilité lorsqu’elle implique un danger spirituel.

La Guemara donne un exemple similaire : lorsqu’un homme a le choix entre deux chemins, l’un plus court, mais exposé à des situations pouvant entraîner la faute, et l’autre plus long, mais plus sûr spirituellement, il doit choisir le second.

Celui qui choisit volontairement le chemin risqué alors qu’il pouvait l’éviter est considéré comme responsable de son choix.

Le message est donc très fort : un juif doit être prêt à fournir des efforts, à perdre du temps, son confort ou même certains avantages matériels afin de préserver sa pureté spirituelle. Car la proximité avec les réchaïm et leurs influences n’est jamais anodine. Même sans participer à leurs actes, l’homme risque d’en être affecté.

La Torah nous enseigne ainsi qu’il faut tout faire pour s’éloigner du mal, ne pas s’habituer à ses valeurs et ne jamais chercher à s’en rapprocher lorsque cela peut être évité.



paracha balak ; Racines, Torah et avenir : le secret d’Israël

 

 Premier sujet : le personnage de Bilam.

Bilam était un immense prophète parmi les nations, comme l’affirme le verset (Devarim 34,10) : « Il ne s’est plus levé en Israël un prophète tel que Moché. » Nos Sages expliquent qu’en Israël, il n’y en eut pas nul autre comme Moché Rabbénou, mais parmi les nations, il y eut Bilam. Hachem se dévoilait à lui, et il connaissait même, comme le rapporte la Guemara (Berakhot 7a), l’instant précis où Hachem se mettait en colère contre le monde, à la fraction de seconde près.

On voit également comment Hachem essaya de le sauver en lui envoyant de nombreux signes, ce qui témoigne de sa grandeur. Pourtant, à la fin de la paracha, il est écrit qu’il retourna chez lui et perdit sa qualité de prophète. Il s’écria alors : « Balak m’a fait descendre de mon rang. » C’est-à-dire qu’il était un homme puissant, mais en l’invitant à maudire le peuple d’Israël, Balak l’a entraîné dans une terrible chute.

Il perdit tout. Dans les parachiot suivantes, il est indiqué qu’il commit des fautes particulièrement graves. Comme il n’avait pas réussi à maudire les Bnei Israël, pensant pouvoir contrer la volonté de Hachem, il leur donna le conseil de les faire fauter au niveau des mœurs, ce qui provoqua la mort de 24 000 Bnei Israël. Finalement, Pin’has le tua et il mourut dans un état spirituel très dégradé.

Pourtant, dans l’une de ses prophéties, Bilam déclare : « Que mon âme meure de la mort des justes et que ma fin soit comme la leur. » Il souhaitait mourir comme les Yécharim, Avraham, Its’hak et Yaakov, et avoir part au même monde futur qu’eux.

Pourquoi Hachem l’a-t-Il choisi comme prophète des nations ? Rachi explique que c’était afin que les nations ne puissent pas avancer qu’elles n’avaient pas eu de prophète, et que si elles en avaient reçu un, elles auraient suivi la volonté divine. Bilam fut donc choisi pour sa grandeur et ses capacités exceptionnelles. Les nations lui envoyaient même des lettres pour lui demander des bénédictions, car celles-ci pouvaient faire gagner des guerres.

Comment un homme d’un tel niveau a-t-il pu tomber si bas ? Comment a-t-il pu finir accusé par son ânesse elle-même, conseiller la débauche et mourir à la guerre, au lieu de connaître la fin des justes qu’il désirait tant ?

La Michna dans Pirkei Avot (4,21) répond à cette question : « La jalousie, les désirs et la recherche des honneurs font sortir l’homme du monde. » Ces trois mauvais traits de caractère détruisent même les plus grandes qualités  d’un individu. Il peut posséder l’intelligence la plus haute, mais s’il ne travaille pas ses midot, il finira par tout perdre.

LesPirkei Avot disent également (5,19) : « Vois la différence entre les élèves d’Avraham Avinou et ceux de Bilam Haracha ! » Les élèves d’Avraham héritent du Olam Haba et profitent aussi de ce monde, ceux de Bilam, eux, descendent au Guéhinam et perdent tout.

Quels étaient les trois défauts de Bilam ? Le mauvais œil envers autrui, le désir de tout posséder, et une recherche excessive des plaisirs et des honneurs. On les retrouve tout au long de son histoire. Hachem lui envoya de nombreux messages pour lui faire comprendre qu’il ne devait pas maudire le peuple d’Israël. D’abord ce fut un refus clair. Puis, lorsqu’il insista, Hachem lui dit qu’il pouvait y aller, mais qu’il ne pourrait pas les maudire, ce qui rendait son voyage inutile.

Malgré cela, Bilam continue. Son ânesse lui écrase une fois le pied, puis une deuxième fois, puis une troisième fois où elle s’arrête complètement d’avancer. Finalement, il voit un ange de Hachem tenant une épée devant lui. Terrifié, il demande s’il doit retourner en arrière.

L’ange lui reproche alors d’avoir frappé son ânesse au lieu de comprendre les signes. Si une ânesse fidèle se comporte ainsi à plusieurs reprises, il aurait dû s’interroger. Comme l’explique Rachi, Hachem avait pitié de lui et voulait le sauver.

Mais il existe une règle : on laisse l’homme avancer sur le chemin qu’il choisit d’emprunter. Hachem dit à Bilam qu’il ne devait pas partir, mais puisqu’il avait opté pour cette voie, il fut laissé libre de continuer.

Son désir de richesse l’aveugla. Lorsqu’il dit à Balak : « Même si tu me donnais une maison remplie d’argent et d’or... », Rachi explique qu’il révélait ainsi son immense attirance pour les richesses. Ce désir le poussa toujours plus loin, jusqu’à l’abaissement total.

Pourtant, Hachem le força à prononcer des prophéties extraordinaires. A ce moment-là, il aurait encore pu changer. Mais ses mauvais traits de caractère étaient devenus son mode de vie. Il les avait même transmis à ses disciples. C’est pourquoi la Michna parle des « élèves de Bilam Haracha ». Lorsqu’un homme reste prisonnier de ses mauvaises midot, même s’il est doté d'une intelligence exceptionnelle, il finit par tout perdre.


Le Messilat Yécharim écrit à propos des honneurs : « Le kavod n’est que vanité et illusion. » Il en est de même pour les mauvais désirs, la haine et la jalousie qui habitaient Bilam.

Bilam est donc le stéréotype d’une grande personnalité qui ne corrigea pas ses traits de caractère. Dès lors, il n’est plus étonnant de voir jusqu’où il est tombé, et comment il finit par perdre tout ce qu’il possédait.

Deuxième sujet : Bilam a tout essayé pour maudire le peuple d’Israël.

Bilam utilisa toutes les ruses possibles. Comme l’explique Rachi, il observait les Bnei Israël avec l’intention de leur porter le mauvais œil, le ayin hara, qui peut provoquer de grands dégâts. Il offrit même quarante-deux sacrifices afin de trouver grâce aux yeux de Hachem et d’obtenir le droit de maudire Israël.

La Guemara enseigne également qu’il connaissait l’instant extrêmement précis où Hachem se mettait en colère pendant une fraction infime de seconde. Cela correspond, selon nos Sages, à l’instant où les rois d’Orient et d’Occident retirent leur couronne devant leurs idoles. C’est un moment de rigueur très dangereux. Bilam voulait en profiter pour rappeler les fautes des Bnei Israël, notamment celle du Veau d’or, afin de réveiller l’attribut de rigueur dans le Ciel.

La Guemara (Berakhot 7a) rapporte qu’un hérétique faisait beaucoup souffrir Rabbi Yehochoua ben Lévi. Rabbi Yehochoua voulut alors utiliser ce même instant pour le maudire. Il plaça un coq près de son lit, car il existe un moment où la crête du coq blanchit, signe de cette rigueur céleste. Mais Rabbi Yehochoua s’endormit, et il ne put pas venir à bout de son projet. Du Ciel, on voulait lui enseigner qu’il ne convient pas à un tsadik de maudire, même s’il s’agit de punir un racha.

Bilam voulait à tout prix utiliser ce moment contre Israël. Mais Hachem nous a accordé un bienfait extraordinaire, au point que nous avons la mitsva de nous en souvenir chaque jour : durant toute cette période, Hachem ne se mit pas en colère afin de ne pas permettre à Bilam de faire passer sa malédiction.

Les Bnei Israël se trouvaient donc dans une situation dangereuse, car Bilam cherchait par tous les moyens à leur nuire. Pourtant, il ne réussit pas. Au contraire, Hachem le força à bénir Israël. Balak s’emporta et le lui reprocha : « Je t’ai appelé pour les maudire, et voilà que tu les bénis ! »

Dans ses bénédictions, Bilam révèle en réalité les trois grandes forces qui protègent le peuple d’Israël.

1)Les racines

Bilam déclare : « Je le vois du sommet des rochers et je le contemple depuis les collines. » Rachi explique que ces rochers et ces montagnes représentent les patriarches et les matriarches : Avraham, Its’hak, Yaakov, Sarah, Rivka, Ra’hel et Léa. Ce sont eux qui ont construit les fondations du peuple juif et lui ont donné des racines extrêmement solides.


Lorsqu’un juif se rappelle qu’il est l’enfant d’Avraham, d’Its’hak et de Yaakov, il se rattache à cette chaîne extraordinaire. C’est d’ailleurs pour cela que nous commençons chaque Amida en disant : « Eloké Avraham, Eloké Its’hak, véEloké Yaakov. »

Bilam comprit alors qu’il était impossible de maudire un peuple dont les racines sont aussi profondes.

2)Le quotidien

Bilam dit que le peuple d’Israël se lève comme un lion et comme une lionne. Rachi explique que, dès son réveil, un juif se précipite pour accomplir des mitsvot : lire le Chéma, mettre les tefillin, porter les tsitsit. Le soir également, il récite le Chéma avant de se coucher afin de se protéger et de terminer sa journée dans la sainteté.

C’est cette vie quotidienne remplie de Kedoucha qui donne sa force au peuple juif.

Puis Bilam déclare : « Qu’elles sont belles tes tentes, ô Yaakov. »

Rachi donne deux explications. La première renvoie aux synagogues et aux lieux d’étude. Ils élèvent l’homme et le purifient, tout comme l’eau d’un fleuve purifie.

La deuxième explication est que les tentes des Bnei Israël n’étaient pas placées avec leurs ouvertures l’une en face de l’autre. Chacun respectait l’intimité de son voisin et évitait de regarder ce qu’il possédait. Cela développait un bon œil, un regard positif sur les autres.

Tel est la deuxième force du peuple juif : un quotidien construit autour de la sainteté, de la Torah, des mitsvot et du respect d’autrui.

3)L’avenir

Bilam évoque l’espérance du Machia’h et de la Guéoula qui enseigne aux Bnei Israël que, même s’ils traversent des difficultés, celles-ci ont un sens. Toutes les épreuves ne sont qu’une étape vers la délivrance finale.

Lorsqu’un homme vit avec la conscience du Olam Haba et du Machia’h, ses souffrances prennent une autre dimension. Elles ne sont plus une perte, mais un passage vers quelque chose de plus grand.

C’est pourquoi Bilam se tourne vers Yitro et lui dit en substance : « Tu as fait le bon choix. Lorsque nous étions chez Pharaon, tu t’es éloigné du mal. Aujourd’hui, même si tu traverses des difficultés avec le peuple d’Israël, vous hériterez finalement de la terre, et vous obtiendrez la délivrance. »

Ainsi, Bilam révèle lui-même le secret de la force du peuple juif : des racines solides dans le passé, une vie de sainteté dans le présent et une espérance immense pour l’avenir.

Tant que ces trois éléments existent, personne ne peut détruire le peuple d’Israël.


Troisieme sujet:

Dans cette paracha, se trouve l’un des versets les plus célèbres de la Torah : « Ma tovou ohalekha Yaakov, michkenotekha Israël » – Qu’elles sont belles tes tentes, Yaakov, tes demeures, Israël.

Bilam compare ensuite le peuple d’Israël à des fleuves qui s’étendent, à des jardins arrosés, à des arbres plantés par Hachem et à des cèdres au bord des eaux. Toutes ces images expriment l’abondance, la bénédiction et la vitalité du peuple juif.

La Guemara (Sanhedrin 105b) enseigne que toutes les bénédictions que Bilam fut contraint de prononcer à la place de ses malédictions finirent, malheureusement, par se renverser lorsque les Bnei Israël ne furent plus méritants. Comme elles avaient été dites initialement avec une intention négative, elles purent redevenir des malédictions. Cependant, une seule bénédiction n’a jamais été annulée : celle concernant les synagogues et les maisons d’étude, les Batei Knessiot et les Batei Midrachot, elle est restée éternelle.

Pourquoi ? Parce que la Torah est la source de vie du peuple d’Israël. Tant que nous restons attachés à la Torah et que nous la considérons comme notre vie même, personne ne peut nous atteindre

Le Maharal explique que les Batei Knessiot et les Batei Midrachot sont la véritable source de vitalité du klal Israël. C’est de là que proviennent la force spirituelle, la bénédiction et la protection du peuple juif.

C’est également le sens de la comparaison avec les fleuves. De même que l’eau irrigue les jardins, leur donne la vie et leur permet de grandir, la Torah apporte la vie et la bénédiction dans tous les domaines de l’existence.

On comprend ainsi combien l’attachement à un makom Torah, un lieu de Torah, peut préserver une personne et lui apporter toutes les bénédictions dont elle a besoin, même sur le plan matériel.

C’est pour cette raison que Rabbi Yossi, lorsqu’on lui proposa de s’installer dans une ville dépourvue de Torah en échange d’une immense fortune, répondit (Pirkei Avot 6,9) : « Même si on me donnait tout l’argent, l’or et les pierres précieuses du monde, je n’habiterais que dans un lieu de Torah. » Car la Torah est notre source de vie. C’est elle qui nous fait vivre, qui nous protège et qui nous donne la bénédiction. Et cette bénédiction-là ne pourra jamais être annulée, conformément à la promesse divine.


Quatrieme sujet:

À la fin de la paracha, Bilam constate qu’il n’a pas réussi à maudire le peuple d’Israël. Il décide alors d’employer une autre stratégie : les faire tomber dans la faute. Il explique que Hachem déteste certaines fautes de mœurs, alors en poussant les Bnei Israël à les commettre, ceux-ci perdront leur protection spirituelle. C’est ainsi qu’il conseille de les faire

trébucher.

Les Madianites installèrent donc des tentes où ils vendaient toutes sortes de vêtements et d’objets en lin. Comme le rapporte le Midrach, ils savaient que les Bnei Israël les appréciaient particulièrement. A l’extérieur se tenait une femme âgée qui attirait les passants, tandis qu’à l’intérieur se trouvait une jeune femme.

Lorsqu’un juif s’arrêtait pour négocier un achat, la jeune femme l’invitait à entrer afin de poursuivre la discussion. Une fois à l’intérieur, elle lui faisait boire du vin. A cette époque, le vin des non-juifs n’était pas encore interdit. Quand il était finalement entraîné vers la faute, elle lui demandait de servir tout d’abord son idole, le Baal Péor. Cette idolâtrie était particulièrement dégradante, puisqu’elle consistait à accomplir ses besoins devant une statue. C’est ainsi que les Bnei Israël furent amenés à fauter.

En conséquence, une terrible épidémie éclata, et vingt-quatre mille Bnei Israël périrent.

De cet épisode, nous pouvons tirer trois enseignements fondamentaux.

–La gravité des fautes de mœurs et de l’importance de s’éloigner des situations dangereuses. Les Bnei Israël auraient dû renoncer à ces bonnes affaires plutôt que de s’approcher d’un environnement spirituellement risqué. C’est précisément pour cela qu’ils finirent par succomber.

–La portée des barrières instaurées par nos Sages. A l’époque, le vin des non-juifs n’était pas encore interdit. Plus tard, les ‘Hakhamim instituèrent l’interdiction du stam yénam afin de créer une protection supplémentaire. D’autres décrets, comme certaines règles concernant la nourriture préparée par un non-juif, ont pour objectif de préserver l’homme de fautes beaucoup plus graves. Ces barrières ne sont pas des contraintes inutiles ; elles sont là pour protéger.

–Un danger spirituel peut être plus grave encore qu’un danger matériel. Nos Sages enseignent (Bamidbar Rabba 21,4) : « Plus grave est celui qui fait fauter son prochain que celui qui le tue. » Celui qui tue ne touche qu’à ce monde, tandis que celui qui fait fauter atteint l’homme dans sa dimension spirituelle.

Bilam avait essayé de nuire aux Bnei Israël par toutes sortes de moyens : malédictions, sacrifices et forces spirituelles. Il n’obtint aucun résultat. En revanche, lorsqu’il réussit à les faire tomber dans la faute, leur protection disparut et les conséquences furent terribles.

C’est pourquoi nos Sages enseignent qu’il faut fuir la faute et les situations dangereuses avec la même énergie que l’on fuirait un incendie, voire davantage encore.

Histoire 1 : Le pouvoir d’un bon regard

La première histoire porte sur l’importance d’avoir un bon œil sur les autres.

Un homme, en Erets Israël, construisait une nouvelle maison. Comme il suivait son chantier et devait acheter de nombreux matériaux, il demandait souvent conseil à des personnes qui avaient elles aussi construit leur maison. Il s’intéressait à ce qui se faisait chez les autres.

Un jour, un ami lui dit : « J’ai un peu peur du ayin hara, car tu regardes ce que je fais et tu me poses beaucoup de questions. Mais il existe une solution. Nos Sages disent que lorsqu’on voit quelque chose de beau ou de positif chez son prochain, il faut le bénir à ce moment-là. »

À partir de ce jour, chaque fois qu’il voyait quelque chose de beau chez quelqu’un, il le bénissait. Cela lui apprenait à être toujours plus généreux et à développer un regard positif sur les autres.

Un jour, alors qu’il se promenait avec sa femme, ils passèrent devant un appartement auquel on avait ajouté un très bel étage. Il le montra à sa femme en lui disant combien c’était magnifique. Puis il ajouta : « Puisque nous avons regardé, bénissons-les. Prions pour qu’ils aient beaucoup de réussite, de bons enfants et toutes les bénédictions. »

Ils se mirent donc à prier sincèrement pour cette famille, puis poursuivirent leur chemin. Plus tard, en revenant, ils croisèrent la femme qui habitait cet appartement. Ils lui dirent : « Il y a quelques minutes, nous étions devant chez vous et nous avons prié pour votre réussite. »

La femme leur répondit avec émotion : « Vraiment ? Peut-être que vos prières ont sauvé mon fils. »

Elle leur raconta alors ce qui s’était passé. Après avoir fait des courses, ils étaient revenus chez eux où le chef de chantier les attendait pour des finitions. Dans la précipitation, ils avaient oublié leur enfant dans la voiture, sous une chaleur très importante. Dix minutes plus tard, ils réalisèrent qu’il n’était pas avec eux. Ils coururent alors vers la voiture, sans savoir s’il était encore en vie.

Baroukh Hachem, lorsqu’ils arrivèrent, l’enfant dormait paisiblement et était en parfaite santé.

La femme leur dit : « Allez savoir si ce ne sont pas vos prières qui ont sauvé notre enfant. »

De là, nous voyons combien il est important de prier pour les autres. Comme le disent nos Sages : « Celui qui prie pour son prochain est exaucé en premier. »

Lorsqu’une personne porte un regard positif sur les autres, elle mérite elle-même la bénédiction. Comme le dit le verset : « Tov ayin hou yevorakh » — celui qui a le bon œil sera béni.

À l’inverse, Bilam cherchait à porter un mauvais regard sur le peuple d’Israël. C’est le sens du verset : « Vayar ketsé haam » — il regarda l’extrémité du peuple, cherchant à leur porter le ayin hara.


Histoire 2: Le regard positif qui sauve.

Deuxième histoire, qui montre jusqu’où un homme peut aller dans sa bonté envers les autres.

Il s’agit d’un homme qui vivait à Anvers avant la Shoah. Il possédait un grand restaurant qui fonctionnait très bien. Ce restaurant était divisé en deux parties distinctes. Une première partie était réservée aux Juifs, avec une cuisine exclusivement cachère où l’on ne servait

que de la nourriture bassari.

Une seconde partie était destinée aux non-Juifs. On y servait aussi bien de la viande que des produits lactés, bien entendu sans les mélanger, mais la cuisine était ouverte aux deux types de repas.

L’établissement connaissait un grand succès. Afin d’éviter tout risque de mélange entre les deux cuisines, il avait instauré une règle stricte : rien ne devait être rapporté des tables vers la cuisine.

Malheureusement, un jour, sa femme entra dans la cuisine cachère et aperçut une tartine au fromage. Elle s’inquiéta immédiatement et lui dit : « Peut-être qu’à travers ton activité, sans le savoir, tu fais fauter des Juifs. Regarde, malgré toutes les précautions prises, cela est arrivé. »

En entendant cela, il prit une décision radicale : il vendit son restaurant afin d’écarter tout risque de faire trébucher un autre Juif.

Avec l’argent de la vente, il acheta une importante quantité de diamants auprès d’une personne qu’il connaissait bien, dans l’espoir de commencer à travailler dans la bourse aux diamants. Mais lorsqu’il apporta sa marchandise à la bourse, on lui annonça que tous les diamants étaient falsifiés.

Il fut bouleversé. En un instant, il comprit qu’il avait perdu tout son argent. Sa situation devint extrêmement difficile.

N’ayant plus d’autre choix, il décida de partir aux États-Unis. Comme il savait faire la che’hita, il travailla très dur dans ce domaine ainsi que dans d’autres métiers. Peu à peu, il réussit à gagner suffisamment d’argent pour rembourser le prêt qui lui avait permis d’acheter son billet. Puis il économisa encore davantage et fit venir sa femme et ses enfants aux États-Unis.

Un an plus tard, la Shoah éclata.

Il comprit alors que grâce à tous les efforts qu’il avait fournis, Hakadoch Baroukh Hou l’avait en réalité sauvé, lui ainsi que toute sa famille.

Après la guerre, l’homme qui l’avait trompé en lui vendant les faux diamants arriva lui aussi aux États-Unis. Il avait passé cinq années à Auschwitz et avait traversé des souffrances indescriptibles.

Au lieu de lui garder rancune, cet homme l’accueillit chaleureusement. Il l’aida à s’installer, lui trouva un travail et fit tout ce qui était en son pouvoir pour lui venir en aide.

Un jour, cet homme lui demanda : « Après tout le mal que je t’ai fait, comment peux-tu agir ainsi envers moi ? »

Il lui répondit : « En réalité, tu ne m’as pas fait de mal. Tu as été l’envoyé d’Hakadoch Baroukh Hou pour me sauver la vie. Car si j’étais resté là-bas, je ne serais peut-être plus vivant aujourd’hui, et ma famille non plus. »

Cette histoire nous enseigne la grandeur de celui qui cherche toujours à voir le côté positif des choses et à reconnaître le bien même au cœur des épreuves.

 
 

🌍Saint Mandé

📖 Paracha : Ḥouqat - Balaq / חקת - בלק

🕯️ Chabbat : 21:39 → 23:04

📅 Date : 12 Tamouz 5786

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