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La Paracha Et Son Histoire: MATOT MASSEI - Priorités, Émouna et Brakha - Faire de l'essentiel… l'essentiel

Barouh Hachem, nous avons démarré un nouveau concept de la paracha et son histoire pour chabbat. Ce feuillet merveilleux rempli de beaux dvar torah et d'histoire vous permettra d'embellir votre table de chabbat.


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Premier Sujet

Le grand sujet de cette paracha est celui des enfants de Gad et des enfants de Réouven. Ils viennent voir Moché Rabbénou et lui disent :

« Nous possédons une immense richesse et de très nombreux troupeaux. Les terres situées de l'autre côté du Jourdain sont vastes et particulièrement adaptées à notre bétail. Peux-tu nous permettre de ne pas entrer en Erets Israël et de recevoir ces territoires ? »

En entendant cette demande, Moché Rabbénou se met en colère. Il leur répond :

« N'avez-vous pas honte ? Vous allez décourager vos frères d'aller combattre ! Nous avons déjà connu cela avec les explorateurs : ils ont découragé le peuple, et à cause d'eux toute cette génération est morte dans le désert. Et maintenant, vous voulez recommencer ? »

Il va même jusqu'à les appeler « Tarbout Anachim Hataïm », une éducation d'hommes fautifs.

Les deux tribus lui répondent alors :

« Pas du tout ! Nous avons bien l'intention de partir combattre aux côtés de nos frères. Nous ne prendrons possession de notre héritage qu'une fois toutes les guerres terminées. »

Moché Rabbénou leur répond :

« Si telle est réellement votre intention, alors je vous accorderai ces territoires, à condition que vous alliez combattre avec vos frères. »

Et c'est effectivement ce qu'ils feront. Non seulement ils participeront aux sept années de conquête, mais ils resteront également pendant les sept années du partage du pays. Ce n'est qu'après ces quatorze années qu'ils retourneront chez eux, de l'autre côté du Jourdain. En revanche, dès le départ, ils y avaient installé leurs femmes, leurs enfants et leurs troupeaux.

Une grande question se pose : pourquoi Moché Rabbénou n'a-t-il pas compris immédiatement que leur intention était sincère et qu'ils comptaient réellement partir à la guerre avec leurs frères ? Pourquoi les a-t-il attaqués aussi durement dès le début ?

La réponse est très profonde.

Moché Rabbénou leur fait remarquer que, dans leurs propres paroles, ils ont d'abord parlé de construire des enclos pour leurs troupeaux, et seulement ensuite des maisons pour leurs enfants. Ils avaient inversé les priorités : ils avaient fait passer le secondaire avant l'essentiel, et l'essentiel après le secondaire.

Un médecin, lorsqu'il aperçoit les premiers signes d'une maladie, même si le malade n'en a pas conscience, s'inquiète immédiatement. Il pense déjà aux conséquences futures et cherche à empêcher la maladie de se développer.

C'est exactement ce que Moché Rabbénou a vu. Lorsqu'une personne est prête à renoncer à Erets Israël, à s'éloigner de ses frères simplement pour obtenir de meilleures conditions matérielles, cela révèle que son échelle de valeurs commence à vaciller.

simplement pour obtenir de meilleures conditions matérielles, cela révèle que son échelle de valeurs commence à vaciller.

Et une personne dont les valeurs ne sont plus à leur juste place risque, au dernier moment, de ne plus aller combattre avec ses frères. Elle risque d'abandonner ses engagements.

C'est pourquoi Moché Rabbénou s'est immédiatement emporté. Il voyait déjà la maladie se propager.

Lorsqu'une personne fait passer l'argent avant tout, lorsqu'elle laisse les préoccupations matérielles prendre le dessus, elle risque finalement d'abandonner ce qu'elle a de plus précieux : sa famille, ses valeurs et même Hachem.

D'ailleurs, l'histoire lui donnera raison. Leur territoire deviendra tellement marqué par les homicides involontaires que Moché Rabbénou y établira trois villes de refuge pour seulement deux tribus et demie, alors que trois autres villes suffiront pour les neuf tribus et demie vivant en Erets Israël.

Ces villes accueillaient les personnes ayant tué involontairement. Elles devaient s'y réfugier pour échapper au vengeur du sang et y rester parfois de nombreuses années, jusqu'au décès du Cohen Gadol.

Pourquoi un nombre identique de villes de refuge pour une population pourtant beaucoup plus petite ? Parce que Moché Rabbénou avait déjà compris que les conséquences de leur choix seraient particulièrement graves.

Cela permet également de répondre à une autre question.

Pourquoi Moché Rabbénou ne leur a-t-il pas simplement donné un conseil ? Pourquoi ne leur a-t-il pas dit qu'il était dommage de renoncer à Erets Israël, alors qu'il savait que ce choix entraînerait de lourdes conséquences ?

En réalité, il savait qu'une fois qu'une personne s'est engagée dans une telle direction, elle n'est plus prête à entendre ce genre de conseil. Lorsqu'une personne a commencé à perdre le sens de ses priorités, il faut d'abord essayer de limiter les dégâts. Mais lui demander de revenir complètement en arrière est souvent impossible, car elle n'est plus disposée à écouter.

C'est pourquoi Moché Rabbénou est allé dans leur logique et leur a imposé des conditions.

Le premier enseignement est donc de toujours veiller à préserver sa véritable échelle de valeurs.

Si une personne sent que les choses les plus essentielles de sa vie commencent à perdre de leur importance, elle doit immédiatement réagir, renforcer son étude du moussar, remettre ses priorités à leur juste place et stopper cette maladie avant qu'elle ne se propage et ne l'entraîne beaucoup plus loin.


Deuxième point

Un deuxième enseignement ressort de cet épisode.

Nous voyons que les enfants de Gad et les enfants de Réouven ont choisi de rester de l'autre côté du Jourdain. Pourtant, dans le livre de Dévarim, Moché Rabbénou leur dit :

« Je sais que si vous voulez rester ici, c'est parce que moi aussi je vais rester ici. » Comme il est écrit : « Ki cham helkat mechokek safoun ».

Autrement dit, puisqu'ils savaient que Moché Rabbénou serait enterré de l'autre côté du Jourdain, ils souhaitaient rester près de lui.

Une question se pose alors.

D'un côté, dans notre paracha, Moché Rabbénou leur adresse de vifs reproches. De l'autre, dans le livre de Dévarim, il semble reconnaître que leur motivation était noble.

Certains expliquent même que leur intention était de développer leur richesse afin de pouvoir protéger et soutenir leurs frères installés en Erets Israël.

Une autre question se pose également.

Pourquoi Moché Rabbénou compare-t-il leur attitude à celle des explorateurs ? Est-ce simplement un exemple choisi au hasard, ou bien voyait-il un véritable point commun entre les deux fautes ?

En réalité, le désert représentait un mode de vie exceptionnel.

C'est là que se trouvait Moché Rabbénou. C'est là que la Présence Divine était révélée. C'était un endroit où l'on pouvait servir Hachem sans être préoccupé par les difficultés matérielles, sans avoir à se soucier de la parnassa.

Les enfants de Gad et de Réouven se sont dit :

« Puisque Moché Rabbénou restera ici, continuons à vivre dans son atmosphère. Nous possédons déjà une immense richesse. Nous pouvons vivre dans la tranquillité, sans avoir besoin d'entrer en Erets Israël, de labourer les champs, de semer ou de travailler la terre. Nos troupeaux trouveront facilement de quoi paître dans ces vastes pâturages, et nous aurons ainsi davantage de temps pour servir Hachem. »

À première vue, leur raisonnement paraît même très spirituel.

Mais c'est précisément là que Moché Rabbénou a reconnu la même erreur que celle des explorateurs.

Les explorateurs pensaient eux aussi :

« Pourquoi entrer en Erets Israël ? Là-bas, il faudra travailler, construire, gagner sa vie, affronter toutes les préoccupations matérielles. Nous ne pourrons plus servir Hachem avec la même sérénité que dans le désert. Restons donc ici, dans cette réalité où la Présence Divine est manifeste. »

Pourtant, ce n'était absolument pas le projet d'Hachem.

Le but d'Erets Israël est justement d'apprendre à vivre avec la émouna au cœur de la vie quotidienne.

Servir Hachem lorsque Sa Présence est moins visible, lorsqu'Il se cache derrière les événements naturels, derrière le travail, la parnassa et les responsabilités de la vie.

C'est précisément dans cet effort que l'homme apprend à reconnaître la main d'Hachem.

Voilà pourquoi Moché Rabbénou a immédiatement rejeté ce faux calcul.

Il ne faut pas croire que c'est en recherchant uniquement la tranquillité que l'on servira mieux Hachem.

Au contraire, il faut accepter le labeur de la vie, découvrir la présence d'Hachem au sein même de ce labeur, et c'est précisément à travers lui que l'on parvient à Le servir.

Troisième point

Essayons maintenant de comprendre plus profondément quelle a été l'erreur des enfants de Gad et des enfants de Réouven.

Nos Sages enseignent que, suite à leur choix, ils furent les premiers à partir en exil, bien avant le reste du peuple d'Israël. Leur territoire fut marqué par de nombreux meurtres et assassinats. Et eux-mêmes, après être revenus de la guerre, finirent par reconnaître leur erreur, comme le dit le roi Chlomo :

« Mieux vaut une poignée dans la tranquillité qu'une maison remplie de richesses accompagnées de disputes et de haine. »

Comment un choix qui semblait pourtant logique a-t-il pu conduire à de telles conséquences ?

Le Midrash rapporte le verset :

« Celui qui se précipite au début, sa fin ne sera pas bénie. »

Autrement dit, puisque leur choix initial n'était pas juste, leur fin ne pouvait pas être bénie.

Le Midrash ajoute ensuite un enseignement remarquable.

Il existe trois grands cadeaux dans ce monde : la sagesse, la richesse et la force. Celui qui mérite véritablement l'un de ces trois biens possède déjà un immense bonheur.

Pourtant, nous trouvons des exemples de personnes qui ont reçu chacun de ces cadeaux et qui ont malgré tout tout perdu.

Le Midrash cite notamment Kora'h, qui possédait une immense richesse mais n'a pas su en faire bon usage. Sa fortune n'a finalement servi qu'à provoquer sa chute.

Il rapporte également des hommes d'une immense sagesse et des hommes d'une force exceptionnelle, comme Shimshon et Goliath, qui eux aussi ont tout perdu.

Le Midrash conclut alors que tout dépend de la manière dont ces qualités sont obtenues.

Si elles sont vécues comme un cadeau envoyé par Hachem, elles deviennent une immense bénédiction.

Mais si l'homme cherche à se les approprier par lui-même, comme si elles étaient uniquement le fruit de sa propre puissance, elles finissent par devenir une source de destruction.

Que signifie concrètement recevoir un cadeau du Ciel ou, au contraire, vouloir se l'arracher ?

Évidemment, tout ce que nous possédons vient d'Hachem.

Mais Moché Rabbénou leur avait déjà révélé où se situait leur erreur.


Lorsqu'ils ont présenté leur projet, ils ont commencé par parler des enclos pour leurs troupeaux, puis seulement ensuite des maisons pour leurs enfants. Ils avaient inversé leur échelle de valeurs : le secondaire était devenu essentiel, et l'essentiel était devenu secondaire.

C'est précisément là que résidait tout leur échec.

Lorsqu'un homme fait de son argent, de sa force ou de sa réussite matérielle le centre de sa vie, et qu'il relègue les véritables priorités au second plan, il finit par tout perdre.

Peu à peu, il délaisse sa famille. Il néglige la Torah. L'orgueil prend le dessus. Il s'éloigne de ses amis. Toute son échelle de valeurs se dérègle.

Il y a également une autre erreur dans leur attitude.

Ils sont venus demander à Moché Rabbénou l'autorisation d'agir, mais ils ne sont jamais venus lui demander conseil.

Pourtant, ils avaient un Rav.

Avant de prendre une décision aussi importante, ils auraient dû chercher à savoir quelle était la volonté d'Hachem.

Le fait de ne demander qu'une permission montre qu'ils avaient déjà tellement accordé d'importance à leur richesse que leur décision était, au fond, déjà prise.

Comme le disent nos Sages :

« Dans le chemin que l'homme veut emprunter, on le laisse avancer. »

À l'inverse, certains tsadikim ont mérité d'obtenir à la fois la richesse matérielle et la grandeur spirituelle. Chez eux, ces réussites étaient de véritables cadeaux du Ciel, car ils ne les recherchaient pas pour elles-mêmes.

Les enfants de Gad et de Réouven, eux, ont voulu les obtenir selon leur propre raisonnement.

Comment reconnaître la différence ?

Le signe est simple.

Lorsqu'un homme oublie que tout vient d'Hachem, ou lorsqu'il poursuit un objectif au détriment de ce qu'Hachem attend réellement de lui, il transforme une bénédiction en échec.

C'est précisément ce que Moché Rabbénou voulait leur enseigner.

Le plus grand danger dans la vie est de perdre son échelle de valeurs.

Lorsqu'un homme déconnecte sa réussite de sa source, lorsqu'il oublie que toute bénédiction vient d'Hachem et qu'elle doit être mise au service de Son projet, alors la bénédiction cesse d'être une bénédiction.


C'est pour cette raison que leur histoire s'est terminée de manière si douloureuse.

Pour illustrer cet enseignement, racontons une histoire sur un homme extrêmement riche, très influent auprès du pouvoir russe, qui s'appelait Dvaïs. Il vivait à l'époque de Rav El'hanan Wasserman, Roch Yéchiva de Baranovitch et grand disciple du 'Hafets 'Haïm.

Cet homme était non seulement immensément riche, mais également un grand tsadik. Il possédait de profondes valeurs et soutenait généreusement de nombreuses yéchivot. Beaucoup de personnes venaient le consulter ou s'associer avec lui pour d'importantes affaires.

Un jour, Rav El'hanan Wasserman se retrouva face à une situation dramatique : sa yéchiva traversait une grave crise financière et risquait de fermer.

Malgré un hiver particulièrement rigoureux, alors que les voyages étaient difficiles et éprouvants, il décida de partir demander de l'aide à ce riche bienfaiteur afin de sauver la yéchiva.

Il prit le train et, lorsqu'il arriva à destination, il n'avait même pas assez d'argent pour payer un cocher qui l'aurait conduit jusqu'à la demeure de ce riche, située en pleine forêt.

Il dut donc parcourir plusieurs kilomètres à pied, dans la neige et la boue.

Lorsqu'il arriva enfin, ses vêtements et ses chaussures étaient entièrement couverts de boue.

Il se dit alors : « Comment puis-je entrer par l'entrée principale et salir toute la maison ? »

Il décida donc de passer par une petite entrée de service, celle qui donnait sur les cuisines et par laquelle on faisait habituellement entrer les marchandises.

Il frappa à la porte.

L'une des deux filles du riche lui ouvrit, le fit entrer et alla prévenir son père.

Lorsque celui-ci arriva, au lieu de l'accueillir immédiatement, il lui dit avec émotion :

« Rav, pourquoi m'avez-vous fait cela ? Qu'ai-je fait pour mériter une chose pareille ? »

Rav El'hanan ne comprenait absolument pas ce qu'il voulait dire.

Alors le riche lui expliqua :

« J'ai deux filles. Depuis toujours, je m'efforce de leur transmettre que la chose la plus importante dans la vie est le kavod de la Torah et des mitsvot. Si elles voient que le Rav entre par la porte de derrière, celle des marchandises, tandis que les ministres et les hommes puissants entrent par la porte principale, quel message vont-elles retenir ? Elles risquent de croire que les hommes importants sont les dirigeants de ce monde, alors que le véritable honneur appartient aux talmidé 'hakhamim. Je vous en prie, faites le tour et entrez par l'entrée principale. »

Rav El'hanan lui répondit : « Mais tes tapis sont magnifiques, je vais les salir complètement ! »

Le riche lui répondit : « Ce n'est absolument pas grave. »

Le Rav fit donc le tour de la maison et entra par la grande porte.

On apporta aussitôt des bassines d'eau, des serviettes, on lui lava les pieds et on lui rendit les plus grands honneurs.

Rav El'hanan fut profondément impressionné.

Il comprit qu'il avait devant lui un homme qui avait su préserver la véritable hiérarchie des valeurs : l'honneur de la Torah passait avant toute considération matérielle.

Quelques années plus tard éclata la révolution russe.

Les bolcheviks, puis les cosaques, confisquèrent toute sa fortune.

Du jour au lendemain, il perdit absolument tout.

Il ne lui resta que les vêtements qu'il portait sur lui.

Il alla alors vivre chez ses deux filles, l'une mariée à un grand Rav d'une importante communauté, l'autre à un grand Roch Yéchiva.

Un jour, on lui demanda :

« Comment avez-vous réussi à supporter une telle chute ? Passer d'une immense richesse à une pauvreté totale est une épreuve qui peut rendre un homme fou. »

Il répondit avec une sérénité extraordinaire :

« Ce qui m'a sauvé, ce sont mes deux pierres précieuses : mes deux filles. Ce sont elles que j'ai véritablement préservées. Tant que je les possède, je sens que je n'ai rien perdu. Elles sont ma plus grande richesse et me donnent les plus grandes forces au monde. »

Cette histoire nous enseigne combien il est essentiel de toujours garder les bonnes priorités : faire de l'essentiel l'essentiel, et du secondaire le secondaire.

Le roi David nous donne un exemple extraordinaire.

Chaque matin, lorsqu'il quittait sa maison, il réfléchissait au chemin qu'il allait emprunter. Mais, finalement, ses pieds le conduisaient naturellement vers le Beth Hamidrach.

C'est ce que dit le verset.

Malgré toutes ses responsabilités, malgré les honneurs et les occupations liés à la royauté, le roi David gardait toujours la même priorité : la Torah.

Il disait que lorsqu'il se trouvait auprès des rois et des grands de ce monde, eux parlaient de leurs préoccupations matérielles, de leurs richesses et de leurs honneurs. Mais lui, au milieu d'eux, parlait de Torah et de mitsvot.

Bien qu'il fût déjà roi d'Israël, il continuait à se rendre au Beth Hamidrach pour étudier.

Il allait jusqu'à répondre aux questions de Halakha les plus délicates, même celles qui exigeaient de vérifier des cas de pureté familiale et qui salissaient ses mains. Loin d'en éprouver de la gêne, il en était fier.

Il restait au Beth Hamidrach, continuait à interroger les Sages et n'avait jamais honte d'apprendre ou de demander lorsqu'il ne savait pas.

Pourquoi ?

Parce que le roi David avait toujours conservé le véritable sens des priorités, le sens de la direction, le sens de ce qui est réellement important dans la vie, et surtout, le sens de la vérité.


Les Nédarim : un engagement à prendre avec responsabilité

Au début de cette paracha, la Torah aborde le sujet des nédarim, les vœux.

La Torah donne à l'homme la possibilité de faire un neder, c'est-à-dire de s'interdire une chose ou de prendre sur lui un engagement particulier.

Mais une question se pose : faire un neder est-ce une bonne chose ou non ?

D'un côté, la Torah reconnaît cette possibilité et lui donne une véritable place.

D'un autre côté, le roi Chlomo affirme :

« Tov acher lo tidor michétidor vélo techalem » : « Mieux vaut ne pas faire de vœu que d'en faire un sans l'accomplir. »

En réalité, le neder est un outil très puissant.

Il permet à une personne de prendre une décision forte, de s'imposer une limite, ou encore de transformer une bonne résolution en véritable obligation.

C'est donc quelque chose de très positif... à condition d'être certain de pouvoir tenir son engagement.

On retrouve ainsi les nédarim de tsédaka, ou encore les engagements d'apporter un sacrifice au Beth Hamikdach. Ces nédarim étaient de grandes mitsvot, mais uniquement lorsqu'ils étaient accomplis.

En revanche, lorsqu'une personne fait un neder simplement pour se motiver, sans être sûre de pouvoir le respecter, elle prend un risque considérable.

Car la faute de ne pas accomplir un neder est extrêmement grave.

C'est pourquoi il vaut mieux ne pas s'engager plutôt que de prendre une responsabilité que l'on ne pourra finalement pas assumer.

Il existe toutefois une situation particulière.

Lorsqu'un homme traverse une période difficile ou se trouve dans un danger, il est bon de faire un neder.

Nous l'apprenons de Yaakov Avinou. Lorsqu'il fuyait devant Essav et qu'il se trouvait dans une situation très dangereuse, il fit un neder.

Il dit que si Hachem le protégeait et le faisait revenir en paix, il érigerait un autel à l'endroit du futur Beth Hamikdach et prélèverait le maasser sur tout ce qu'Hachem lui accorderait.

Nos Sages apprennent de là que lorsqu'une personne traverse une épreuve et attend une délivrance, il est permis, et parfois même recommandé, de prendre un engagement envers Hachem.

Mais là encore, à une seule condition : être prêt à l'accomplir.

Nos Sages enseignent également que celui qui ne respecte pas ses nédarim met en danger sa femme et ses enfants.

Pourquoi une conséquence aussi sévère ?

Parce que ne pas accomplir un neder signifie ne pas assumer les responsabilités que l'on a volontairement acceptées.

Or, si une personne ne prend pas au sérieux les devoirs qu'elle s'impose, Hachem peut, mesure pour mesure, lui retirer certaines des responsabilités les plus précieuses qu'Il lui avait confiées.

Même à l'époque du Beth Hamikdach, lorsqu'une personne s'engageait à offrir un sacrifice, la Torah lui accordait un délai pouvant aller jusqu'à trois fêtes de pèlerinage pour accomplir son engagement.

Passé ce délai, elle transgressait l'interdit de Bal Téa'her, l'interdiction de retarder l'accomplissement d'un vœu.

La gravité est telle que la Guémara explique que certains malheurs pouvant toucher une famille peuvent parfois être liés au fait qu'une personne n'a pas respecté les nédarim qu'elle avait pris sur elle.

À ce sujet, on raconte une petite histoire, rapportée avec humour.

Un homme vint voir son Rav et lui dit :

« Rav, notre couple traverse une période très difficile. J'aimerais divorcer, mais je n'en ai absolument pas la possibilité. »

Le Rav, qui connaissait bien cet homme et savait au fond qu'il aimait profondément son épouse, lui répondit :

« Nos Sages disent que celui qui fait un neder sans l'accomplir risque de perdre sa femme. Je te conseille donc de prendre sur toi de financer le mikvé de la communauté. C'est une somme très importante. En même temps, tu honoreras énormément ton épouse, car il n'y a pas de plus beau cadeau pour le foyer juif. »

L'homme accepta.

À partir de ce moment-là, le chalom baït revint peu à peu dans leur maison.

En honorant autant son épouse, leur relation se transforma complètement et ils retrouvèrent une véritable harmonie.

Quelque temps plus tard, il revint voir le Rav en lui disant :

« Rav, maintenant j'ai peur ! Puisque celui qui ne respecte pas son neder risque de perdre sa femme, je n'ai surtout pas envie que cela m'arrive ! »

Le Rav lui répondit avec un sourire :

« Dans ce cas, tu n'as plus le choix... maintenant, il faut payer le mikvé ! »


La vengeance contre Midian

La paracha aborde également le sujet de la guerre contre Midian.

Reprenons d'abord les faits.

Après que les filles de Midian et de Moav eurent fait fauter les Bné Israël, Hachem demanda à Moché Rabbénou d'envoyer une armée afin d'exécuter la vengeance contre Midian.

Une première question se pose immédiatement : comment comprendre cette notion de « vengeance » ? La Torah condamne pourtant la vengeance. Comment Hachem peut-Il Lui-même demander de se venger ?

La Torah précise également que cette vengeance ne devait pas être exercée contre Moav.

Pourquoi ?

Nos Sages donnent plusieurs raisons.

La première est que les Moabites avaient agi par peur des Bné Israël, tandis que les Midianites avaient agi par haine gratuite.

La seconde est qu'Hachem savait que de Moav devaient sortir deux femmes extraordinaires : Ruth, l'ancêtre du roi David, et Naama l'Ammonite, qui deviendra l'ancêtre de la dynastie royale de Juda.

Hachem annonce ensuite à Moché Rabbénou qu'une fois cette guerre achevée, sa mission sur terre prendra fin et il quittera ce monde.

Lorsque les Bné Israël apprennent cela, ils ne veulent plus partir combattre. Ils refusent de perdre leur maître. Mais Moché Rabbénou ne fait aucun calcul personnel.

Bien qu'il sache parfaitement que cette guerre entraînera sa mort, il ordonne immédiatement le départ.

Il rassemble douze mille hommes pour combattre et douze mille autres pour prier en faveur de l'armée. Ils remportent la guerre et Midian est puni.

Trois grands enseignements ressortent de cet épisode.

Premier point : la véritable signification de la vengeance

Le Or Ha'Haïm Hakadoch explique que lorsqu'un mal profond a été commis, en particulier lorsqu'une personne a fait fauter son prochain — faute encore plus grave que de lui ôter la vie — il ne suffit pas de réparer extérieurement les conséquences.

Le mal a laissé une empreinte dans le cœur.

Pour l'en déraciner complètement, il faut créer une véritable répulsion envers ce mal.

Puisqu'il y a eu un plaisir dans la faute, il faut désormais susciter un rejet de cette faute.

La vengeance dont parle la Torah n'est donc pas une vengeance dictée par la colère ou la haine.

Elle consiste à rétablir la vérité, à détruire le mensonge et à apprendre à détester ce qui éloigne de la volonté d'Hachem.

Deuxième point : ne jamais faire de calculs dans l'accomplissement d'une mitsva

Moché Rabbénou savait que cette guerre marquerait la fin de sa vie.

Pourtant, il ne chercha jamais à la repousser.

La Torah dit qu'il acheva pleinement sa vie.

À l'inverse, nous trouvons chez Yéhochoua un épisode différent.

Hachem lui avait annoncé : « Lorsque tu auras terminé le partage de la Terre d'Israël, tu quitteras ce monde. » Yéhochoua ralentit alors quelque peu le partage.

Son intention était bonne : il souhaitait rester plus longtemps auprès du peuple d'Israël. Mais malgré la pureté de sa motivation, il fit un calcul personnel.

Nos Sages enseignent qu'à cause de cela, sa vie fut raccourcie de dix années et qu'il vécut cent dix ans.

Nous retrouvons ici l'idée développée la semaine dernière.

Lorsqu'un homme accomplit la volonté de la Torah sans faire de calculs personnels, même s'il a l'impression d'y perdre, il ne perd en réalité jamais rien.

Bien au contraire. Moché Rabbénou en est la preuve : il n'a perdu aucun instant de vie. Il a vécu exactement le nombre d'années qui lui étaient destinées.

Nous retrouvons le même principe dans un autre enseignement rapporté par Rabbi Tsadok HaCohen.

Lorsqu'une ville entière sombrait dans l'idolâtrie, la Torah ordonnait de la détruire totalement.

Or un tel acte pourrait naturellement rendre un homme cruel.

Pourtant, juste après, la Torah promet : « Hachem te donnera de la compassion. »

Autrement dit, lorsqu'un homme accomplit la volonté d'Hachem, même si l'action semble, en apparence, développer un mauvais trait de caractère, Hachem fait exactement l'inverse : Il renforce en lui la miséricorde.

Nous retrouvons également ce principe à propos de la richesse.

La Guémara enseigne que les riches de la diaspora méritaient leur fortune parce qu'ils honoraient le Chabbat ou parce qu'ils donnaient fidèlement le maasser.

Pourtant, honorer le Chabbat coûte cher.

Donner le maasser revient à se séparer d'une partie importante de son argent.

Logiquement, on pourrait penser que cela appauvrit.

Mais la Torah enseigne exactement le contraire.

Comme le dit le verset : « Asser bichvil ché tit'acher » — « Donne le maasser et tu t'enrichiras. »

Lorsque l'on accomplit la volonté d'Hachem, ce qui semble être une perte devient finalement un immense gain.

Troisième point : pourquoi Pin'has a-t-il été choisi ?

La Torah raconte que Pin'has fut désigné pour accompagner cette guerre.

Rachi donne trois explications.

La première : c'est lui qui avait commencé cette mitsva en mettant fin à la faute de Zimri. Or celui qui commence une mitsva mérite de la terminer.

La deuxième : il devait venger Yossef, qui avait été vendu par les Midianites.

La troisième : Pin'has était le Cohen Machoua'h Mil'hama, le Cohen spécialement désigné pour accompagner Israël pendant les guerres.

La deuxième explication paraît étonnante.

Quel rapport existe-t-il entre la vente de Yossef et la guerre contre Midian, plusieurs siècles plus tard ?

Les Sages expliquent que les Midianites étaient déjà profondément corrompus dans leurs mœurs.

Ce n'est pas un hasard si ce sont eux qui ont conduit Yossef jusqu'en Égypte, le pays où il allait devoir affronter les terribles épreuves de la maison de Potiphar.

Pin'has est donc parti combattre Bilam, qui avait fait tomber Israël dans l'immoralité, ainsi que les Midianites, qui avaient eux aussi entraîné Israël vers cette faute.

En poursuivant cette mission, il prolongeait l'œuvre de Yossef Hatsadik : lutter contre ceux qui cherchent à faire tomber le peuple d'Israël dans les fautes liées aux mœurs et affaiblir les forces qui propagent cette corruption dans le monde.


La colère : un danger même lorsqu'elle est justifiée

Dans cette paracha, nous voyons que Moché Rabbénou se met en colère.

Après la guerre contre Midian, les Bné Israël reviennent avec le butin… mais ils ramènent également les jeunes femmes de Midian, celles-là mêmes qui avaient entraîné le peuple d'Israël à la faute.

En les voyant, Moché Rabbénou s'emporte.

Il leur dit :

« Comment avez-vous pu laisser ces femmes en vie ? Ce sont précisément elles qui ont fait fauter les Bné Israël ! Toute cette guerre avait pour but de réparer cette faute. »

À ce moment-là, malgré le fait que sa colère était justifiée, Moché Rabbénou oublie une partie de la Torah.

Il oublie les lois de la cachérisation des ustensiles.

En effet, lorsqu'un ustensile a absorbé un aliment interdit, il doit être cachérisé selon la manière dont il a absorbé : soit par immersion dans l'eau bouillante, soit par le feu.

C'est également dans cette paracha que sont enseignées les lois de la tevilat kélim, l'obligation d'immerger dans un mikvé les ustensiles neufs afin de les faire entrer dans la sainteté d'Israël.

Or Moché Rabbénou oublie toutes ces lois à cet instant, et c'est Éléazar le Cohen qui devra les enseigner au peuple.

Rav 'Haïm Chmoulevitz explique que, même lorsque la colère est parfaitement justifiée, elle brouille malgré tout les facultés de l'esprit.

Nos Sages disent : « La colère brûle l'intelligence. »

Autrement dit, lorsqu'un homme se met en colère, sa sagesse cesse de fonctionner normalement.

C'est comparable à un ordinateur ou à un téléphone qui se bloque.

On peut appuyer sur tous les boutons, toucher l'écran dans tous les sens… rien ne répond plus.

La colère produit le même effet sur l'esprit humain.

Et c'est un danger immense.

Ce n'est d'ailleurs pas la seule fois où cela arrive à Moché Rabbénou.

Une deuxième fois, lorsqu'une partie du peuple avait laissé de la manne jusqu'au Chabbat, contrairement à l'ordre d'Hachem, Moché se mit en colère. Là encore, sa réaction était justifiée.

Pourtant, nos Sages expliquent qu'il oublia alors certains détails des lois du Chabbat.

Une troisième fois, après le décès des deux fils d'Aharon, celui-ci, étant endeuillé, ne mangea pas un des sacrifices.

Moché Rabbénou lui reprocha vivement son attitude.

Aharon lui répondit que ce sacrifice faisait partie des sacrifices permanents des générations, et qu'un endeuillé n'avait effectivement pas le droit de le consommer.

À ce moment-là, Moché reconnut qu'Aharon avait raison. Pourtant, cette halakha, il la connaissait parfaitement.

Mais parce qu'il s'était laissé gagner par la colère, il l'avait momentanément oubliée.

Il est remarquable de constater que Moché Rabbénou était l'homme le plus humble de la terre.

Sa colère était motivée uniquement par l'honneur d'Hachem.

Et malgré cela, nos Sages enseignent : « Lorsqu'un sage se met en colère, sa sagesse l'abandonne. »

À plus forte raison devons-nous prendre conscience du danger de la colère.

Nous avions déjà consacré un cours entier à ce sujet, ainsi qu'un chapitre dans le livre La Mitsva et son histoire.

Rav Sim'ha Zissel explique que la patience n'est pas simplement une belle qualité parmi d'autres.

Elle est la racine de toutes les bonnes middot.

Elle est le fondement de toutes les mitsvot et, plus largement, de tout le comportement de l'homme.

Apprendre à être patient est donc un travail essentiel.

À ce sujet, il y a une très belle histoire.

Il y avait un homme nommé Rav Pin'has.

C'était un immense talmid 'hakham, un homme fortuné qui donnait énormément de tsédaka. Il excellait dans tous les domaines. Mais il avait un défaut : lorsqu'il se mettait en colère, il explosait immédiatement. Il travaillait sur lui depuis des années, sans parvenir à se maîtriser.

Un jour, un grand Admour arriva dans sa ville. Il alla le voir et lui dit en pleurant : « Rabbi, l'argent ne compte pas pour moi. Je donne généreusement la tsédaka. Je consacre du temps à la Torah, à la synagogue, au 'hessed… Mais la colère, je n'arrive pas à la vaincre. Que puis-je faire ? »

L'Admour lui répondit : « Sais-tu que la Guémara enseigne que celui qui se met en colère est considéré comme s'il pratiquait l'idolâtrie ? Nos Sages disent également que toutes les forces négatives viennent s'attacher à lui. »

L'homme répondit : « Justement, Rabbi ! Je connais ces enseignements, et c'est ce qui me fait encore plus souffrir. Malgré tout, je n'y arrive pas. »

Alors le Rabbi lui proposa une idée étonnante.

Il lui dit :« Tu ne peux évidemment pas prier Hachem avec des vêtements destinés à l'idolâtrie. Si la colère est comparée à l'idolâtrie, il est inconcevable de porter les mêmes vêtements lorsque tu pries et lorsque tu te mets en colère.

Je te conseille donc de préparer des vêtements spécialement réservés à tes moments de colère. Répartis-les dans différents endroits de la maison. Et chaque fois que tu voudras te mettre en colère, commence d'abord par aller les enfiler… ensuite seulement, tu pourras t'énerver.» En entendant cela, Rav Pin'has comprit immédiatement le message. Le simple fait de devoir s'arrêter, réfléchir et changer de vêtements faisait retomber toute sa colère.

Grâce à cette méthode, il réussit peu à peu à vaincre ce défaut.

Cet enseignement nous montre combien il est important de mettre en place des stratégies concrètes pour ne pas se laisser emporter par la colère.

Car même lorsqu'elle paraît justifiée, la colère reste un immense danger pour l'homme.


HISTOIRES

La patience qui a sauvé une vie

On raconte qu'une famille avec des enfants habitait dans un immeuble très calme. Un jour, de nouveaux voisins sont arrivés. Le soir de leur déménagement, ils ont fait beaucoup de bruit, jusqu'à deux ou trois heures du matin.

La femme dit alors à son mari :

 « Ce n'est pas possible ! Viens, on va leur demander de se calmer. »

Son mari lui répondit : « Essaie de les comprendre. Ils sont en plein déménagement, ce n'est sûrement pas facile pour eux. Laissons passer cette fois-ci. » Ils ne dormirent donc pas très bien cette nuit-là, mais ils choisirent de ne rien dire.

La nuit suivante, après une longue journée de voyage, ils rentrèrent chez eux vers une heure du matin. Les voisins faisaient encore du bruit. La femme, épuisée, dit à son mari :

« Je suis tellement fatiguée, je ne veux pas que cette nuit soit gâchée. Viens, on va leur parler, ce n'est pas possible ! »

Le mari lui répondit :

« Regarde, on voit qu'ils sont en train de terminer leur déménagement. Faisons encore un effort. Tu sais quoi ? Allons dormir dans la salle à manger. »

Ils prirent leur bébé et allèrent s'installer pour la nuit dans la salle à manger.

Au milieu de la nuit, la femme eut besoin d'aller chercher quelque chose dans leur chambre. En entrant, elle aperçut un scorpion posé sur le couffin de son bébé.

Elle appela immédiatement le service compétent. Après lui avoir posé quelques questions, ils lui répondirent :

 « C'est un scorpion extrêmement dangereux. S'il injecte son venin, la paralysie est immédiate. »

Très bouleversée, elle retourna auprès de son mari. Les secours lui expliquèrent comment capturer le scorpion sans danger.

Ils réalisèrent alors que, grâce à la patience dont ils avaient fait preuve et à l'effort qu'ils avaient accepté de faire en allant dormir ailleurs, ils avaient tout simplement sauvé la vie de leur enfant.


La patience qui préserve les bénédictions

On raconte qu'une famille revenait d'un long voyage. Il était deux heures du matin et tout le monde était épuisé.

Le mari dit à sa femme :

« Je suis vraiment crevé, je vais aller dormir. »

Sa femme lui répondit :

« Moi, je dois absolument préparer les cadeaux de fin d'année pour les professeurs des enfants. »

Vers quatre heures du matin, elle dit à son mari :

« Je voulais mettre 100 shékels dans le cadeau de chaque professeur. Est-ce que tu peux me donner trois billets de 100 shékels ? »

Le mari lui répondit : « Regarde dans la poche de ma veste. Il y a une enveloppe avec les billets. Je suis vraiment très fatigué. Prends ce qu'il te faut. »

Quelques instants plus tard, elle revint et lui dit : « Écoute, je ne trouve pas les billets de 100 shékels, et j'aimerais terminer les cadeaux. »

Le mari lui répondit : « Je t'en prie, laisse-moi dormir, je suis épuisé. »

Mais elle insista. Malgré sa grande fatigue, le mari voulut faire plaisir à sa femme, même si cela pouvait attendre le lendemain matin.

Il se leva et alla chercher l'enveloppe. En regardant de plus près, il s'aperçut que la grosse enveloppe contenant les billets n'était plus là. Sa femme lui dit : « Elle est peut-être tombée dans la voiture. »

Le mari répondit :

 « Comment ? Descendre en pleine nuit, en pyjama ? »

Malgré tout, il descendit, fouilla toute la voiture, mais ne trouva rien.

En refermant la portière, il aperçut soudain, au sol, près du trottoir, son enveloppe. Il la ramassa et remercia Hachem. Il se dit alors :

 « Si je n'avais pas eu la patience et la bonté d'aider ma femme cette nuit, demain matin, c'est la personne qui nettoie les rues qui aurait trouvé cette enveloppe. »

Voilà la récompense et le mérite de la patience.


Ne jamais perdre de vue l'essentiel

À propos de l'importance de toujours garder l'essentiel comme essentiel, et de ne jamais le reléguer au second plan, la Guémara dans Taanit raconte l'histoire d'Ilfa et de Rabbi Yo'hanan.

Ilfa et Rabbi Yo'hanan étaient deux amis qui étudiaient la Torah à la Yéchiva. Ilfa avait même un niveau encore plus élevé que celui de son ami. Un jour, ils décidèrent d'aller travailler, en s'appuyant sur le verset qui dit qu'il ne doit pas y avoir de pauvres parmi le peuple d'Israël. Ils partirent donc travailler. Au cours de leur voyage, alors qu'ils marchaient à pied sous une forte chaleur, ils s'arrêtèrent pour se reposer à l'ombre d'un mur.

Pendant qu'ils dormaient, Rabbi Yo'hanan entendit deux anges dire :

 « Viens, faisons tomber ce mur sur eux, car ils ont abandonné la vie éternelle pour une vie secondaire. »

En effet, puisqu'ils étaient déjà pleinement engagés dans l'étude de la Torah, à l'image de Rabbi Chimon Bar Yo'haï, qui enseignait que celui qui consacre sa vie à la Torah reçoit sa subsistance d'Hachem, le fait de quitter cette voie était considéré comme un grand reproche : pourquoi délaisser la vie éternelle au profit de la vie matérielle ?

Rabbi Yo'hanan entendit alors les anges ajouter :

 « Ne faisons finalement pas tomber le mur, car parmi eux se trouve celui qui deviendra un très grand Rav, un très grand Roch Yéchiva. »

Rabbi Yo'hanan demanda à Ilfa :

 « As-tu entendu quelque chose ? »

Mais Ilfa n'avait rien entendu.

À partir de ce moment-là, Rabbi Yo'hanan décida de retourner à la Yéchiva, tandis qu'Ilfa poursuivit son chemin.

Rabbi Yo'hanan devint par la suite le grand de sa génération. Lorsqu'il fut nommé Roch Yéchiva, comme c'était l'usage à l'époque, on lui fournit tout ce dont il avait besoin pour vivre. Les gens lui apportèrent d'importantes sommes d'argent, ce qui lui permit de vivre dans la tranquillité matérielle tout en poursuivant pleinement son étude de la Torah.

Quelques années plus tard, Ilfa revint. Bien qu'il soit allé travailler, il n'avait jamais cessé d'étudier et avait conservé un niveau très élevé en Torah.

Cependant, lorsqu'il vit son ami Rabbi Yo'hanan devenu Roch Yéchiva, bénéficiant à la fois d'une immense grandeur en Torah et d'une large aisance financière, cela lui fit beaucoup de peine.

Il monta alors sur la barre de son bateau et déclara :

 « Si quelqu'un me pose une question sur tout le Talmud et que je ne sache pas y répondre, je me jetterai à l'eau. »

Ces paroles furent entendues dans le Ciel. On envoya alors Eliyahou Hanavi lui poser une question particulièrement difficile.

Ilfa sut parfaitement y répondre.

Cela le rassura : lui aussi avait atteint un très haut niveau en Torah et n'avait rien perdu de son étude.

Dans cette histoire, nous voyons également que Rabbi Yo'hanan n'a jamais révélé à Ilfa ce qu'il avait entendu des anges. Cela rappelle l'attitude de Moché Rabbénou envers les Bné Gad et les Bné Réouven : il n'a pas cherché à les décourager ni à les faire changer d'avis, car il a compris que si Ilfa n'avait pas entendu ce message, c'est que ce chemin lui était destiné.

Quoi qu'il en soit, les deux ont su préserver leurs véritables priorités. Rabbi Yo'hanan est retourné entièrement à l'étude de la Torah, tandis qu'Ilfa, même en travaillant, n'a jamais cessé d'étudier et n'a jamais oublié que l'essentiel doit toujours rester l'essentiel.


L'éternité avant tout

Le Talmud raconte qu'il y avait deux grands Sages de la Torah : Avdan et Rabbi Ichmaël.

Un jour, une grande altercation éclata entre eux.

À l'époque, les élèves s'asseyaient par terre pour étudier. Traverser l'endroit où ils étaient assis revenait, d'une certaine manière, à passer au-dessus de leur tête, ce qui était considéré comme un manque de respect.

L'un des deux traversa malgré tout, ce qui provoqua une discussion particulièrement vive, au point que des paroles blessantes furent prononcées.

Quelques jours plus tard, Avdan apprit que des membres de sa famille avaient péri lorsque leur bateau avait fait naufrage.

Tous les 'Hakhamim s'attristèrent avec lui. Puis ils dirent :

« Béni soit Hachem qui a puni Avdan dans ce monde-ci et non dans le monde futur. »

Nous retrouvons cette même idée dans l'histoire de Na'houm Ich Gamzou.

Na'houm Ich Gamzou était un immense Tsadik. C'est lui qui est à l'origine de la célèbre expression : « Gam zou létova », « Tout est pour le bien ».

Même lorsqu'un roi voulut le mettre à mort, il continua à répéter : « Gam zou létova », et finalement il fut sauvé.

À la fin de sa vie, ses élèves vinrent lui rendre visite.

Ils le trouvèrent dans un état extrêmement difficile : ses membres étaient gravement atteints, tout son corps était couvert de lèpre et la maison dans laquelle il se trouvait menaçait de s'effondrer à tout instant. Na'houm Ich Gamzou leur dit : « Si vous voulez que la maison ne s'écroule pas, faites-moi sortir en premier. Tant que je suis à l'intérieur, elle ne tombera pas. »

Ils le firent sortir, et immédiatement après, la maison s'effondra.

Ses élèves lui demandèrent : « Un si grand Tsadik, d'un niveau si élevé, comment est-il possible que tu souffres autant ? »

Il leur répondit : « C'est moi qui ai demandé cette punition, et je vais vous raconter pourquoi. »

« Un jour, je me rendais chez mon beau-père avec deux ânes chargés de nourriture. En arrivant à destination, un pauvre est venu vers moi dans un état de faiblesse extrême.

Il m'a supplié :

 "S'il te plaît, donne-moi à manger."

Je lui ai répondu :

 "Attends juste quelques instants, le temps que je décharge les ânes, et je te donnerai tout ce qu'il te faut."

Mais pendant que je déchargeais les ânes, il est tombé et il est mort.

Même si ce n'était pas réellement de ma faute, je me suis senti responsable.

J'ai alors prié Hachem de m'envoyer toutes ces souffrances afin d'obtenir le pardon de mes fautes.

Et je veux que vous soyez heureux de me voir dans cet état, car je préfère supporter les plus grandes souffrances dans ce monde plutôt que de perdre la moindre part de mon monde éternel dans le monde futur. »

Toutes ces histoires nous montrent à quel point les grands de la Torah savaient toujours placer l'essentiel à sa juste place.

Un Juif doit constamment se rappeler que l'essentiel est l'éternité, ce qui accompagnera réellement l'homme après sa vie.

Comme l'enseigne la Michna dans les Pirkei Avot, après le départ de ce monde, ni l'argent, ni l'or, ni les richesses n'accompagnent l'homme.

Seuls la Torah et les maassim tovim, les bonnes actions, l'accompagnent pour l'éternité.


Choisir l'essentiel plutôt que les richesses

À ce sujet, on peut également rapporter l'histoire de Rabbi Yossi ben Kisma, racontée dans la dernière Michna des Pirkei Avot.

Un jour, Rabbi Yossi ben Kisma était en voyage lorsqu'il rencontra un homme. Après avoir échangé quelques paroles de politesse, celui-ci lui demanda de quelle ville il venait.

Puis il lui proposa :

« Viens habiter dans notre ville. En échange, je te donnerai des milliers et des milliers de pièces d'argent et d'or comme salaire. »

Rabbi Yossi ben Kisma réfléchit un instant puis lui répondit :

« Même si tu me donnais tout l'argent et tout l'or qui existent dans le monde, je n'habiterais que dans un Makom Torah, un endroit où l'on étudie la Torah. »

Nos Sages enseignent qu'il s'agissait en réalité d'Eliyahou Hanavi, venu du Ciel pour le mettre à l'épreuve.

La réponse de Rabbi Yossi ben Kisma fut immédiate et sans hésitation : il était hors de question pour lui d'abandonner l'essentiel pour des choses éphémères et secondaires. Sa vie était le Makom Torah.

La Michna conclut en citant les paroles du roi David :

« Je préfère la Torah à des milliers de pièces d'or et d'argent. »

Celui qui garde toujours cette vérité à l'esprit ne risque jamais de transformer le secondaire en essentiel.


La véritable grandeur de l'homme

La dernière histoire est celle de Rabbi Chimon Bar Yo'haï.

Après avoir passé treize années dans la grotte, dans des conditions extrêmement difficiles, Rabbi Chimon Bar Yo'haï et son fils sortirent enfin. Durant toutes ces années, hormis les moments consacrés à la prière, ils restaient enfouis dans le sable jusqu'au cou afin de préserver leurs vêtements. Malgré cette situation, ils atteignirent un niveau d'étude de la Torah absolument exceptionnel.

Il est même rapporté qu'Eliyahou Hanavi venait les voir deux fois par jour pour étudier avec eux.

À leur sortie de la grotte, Rav Pin'has ben Yaïr, son beau-père — selon certains avis, son gendre — emmena immédiatement Rabbi Chimon Bar Yo'haï afin qu'il puisse se laver, tant son corps était marqué par les souffrances.

En voyant les nombreuses fissures et blessures qui couvraient son corps, Rav Pin'has ben Yaïr se mit à pleurer.

Les larmes qui tombaient sur les plaies de Rabbi Chimon Bar Yo'haï lui causaient une vive douleur.

Rav Pin'has ben Yaïr s'écria alors :

« Oy li chéreïtikha békakh ! Malheur à moi de t'avoir vu dans un tel état ! »

Rabbi Chimon Bar Yo'haï lui répondit par une phrase extraordinaire :

« Achrékha chéreïtaní békakh ! Heureux es-tu de m'avoir vu dans cet état. Car si tu ne m'avais pas vu ainsi, tu n'aurais jamais vu la grandeur que j'ai atteinte. »

La Guémara explique qu'avant leur séjour dans la grotte, lorsque Rav Pin'has ben Yaïr posait une question, Rabbi Chimon Bar Yo'haï répondait par douze explications.

Après les treize années passées dans la grotte, la situation s'était inversée et même doublée : Rav Pin'has ben Yaïr posait une question, et Rabbi Chimon Bar Yo'haï répondait par vingt-quatre explications.

Mon père, le Roch Yéchiva, le Rav Bedia Shneor, disait souvent dans ses cours :

« En réalité, Rabbi Chimon Bar Yo'haï voulait lui dire : chaque fissure sur mon corps m'a apporté une réponse supplémentaire en Torah. »

Par ces paroles, Rabbi Chimon Bar Yo'haï enseignait que, pour lui, l'essentiel n'était pas son confort physique, mais sa grandeur spirituelle et son élévation dans la Torah.

Lorsque Rabbi Chimon Bar Yo'haï sortit de la grotte, il vit des hommes occupés à travailler. Il eut alors le sentiment qu'ils délaissaient la vie éternelle pour la vie matérielle. Son regard était si puissant que tout ce qu'il regardait était consumé.

À cause de cette attitude, le Ciel lui demanda de retourner dans la grotte pendant douze mois supplémentaires.

Au terme de cette période, Rabbi Chimon Bar Yo'haï comprit que les hommes devaient travailler pour assurer leur parnassa et qu'ils ne perdaient pas nécessairement leur temps.

Cependant, son fils, Rabbi Elazar, avait encore du mal à accepter cette idée. Il répétait :

« Ils abandonnent la vie éternelle pour s'occuper de la vie éphémère ! »

Ce n'est qu'en voyant un vieillard courir à l'approche de Chabbat avec deux branches de myrte qu'ils changèrent de regard.

Ils lui demandèrent :

« Pourquoi portes-tu deux branches ? »

Il répondit :

« L'une est pour Zakhor et l'autre pour Chamor. »

À ce moment-là, Rabbi Chimon Bar Yo'haï dit à son fils :

« Regarde combien les mitsvot sont chères au peuple d'Israël. Même lorsqu'ils travaillent pour leur parnassa, ils savent consacrer leur temps à la Torah et aux mitsvot. Leur véritable vie reste la Torah. »

même si chacun doit s'occuper de sa parnassa et des nécessités de la vie, ce qui demeure l'essentiel de l'essentiel, le mérite suprême et le bien éternel, ce sont la Torah, les mitsvot et les maassim tovim.


Ne pas se tromper de richesse

Pour conclure, on peut rapporter la parabole suivante.

Il est raconté qu'un homme avait beaucoup de difficultés à gagner sa parnassa. À cette époque, lorsqu'une personne ne parvenait plus à subvenir à ses besoins, elle partait souvent à l'étranger pendant plusieurs années afin d'y trouver de quoi vivre.

Après avoir obtenu l'accord de sa femme, cet homme partit donc très loin.

Grâce à Hachem et après beaucoup d'efforts, il réussit à amasser une belle fortune.

Le moment venu, il décida de rentrer chez lui.

Mais, au fil des années, il avait oublié ce qui avait réellement de la valeur dans son pays.

Avant de repartir, il se renseigna sur ce qui se vendait le plus cher dans la région où il se trouvait. On lui répondit que le commerce le plus rentable était celui de la viande et du lait.

Il remplit alors plusieurs bateaux de viande et de lait et prit le chemin du retour.

Malheureusement, pendant le voyage, la viande se gâta, le lait tourna et une grande partie de la marchandise dut être jetée à la mer.

Même ce qu'il réussit à sauver n'avait, une fois arrivé chez lui, absolument aucune valeur.

Alors il se mit à pleurer et s'écria :

« Je suis parti si loin… et je reviens les mains vides. Je n'ai rien rapporté. »

Rabbenou Yona explique que cette parabole est celle de chaque homme.

Nous sommes tous des envoyés dans ce monde. Cette vie n'est qu'un passage, un couloir qui mène au monde éternel.

Celui qui n'oublie jamais ce qui a réellement de la valeur ne consacrera pas toute son existence à accumuler des richesses qui ne l'accompagneront pas.

En revanche, celui qui garde toujours en tête que l'essentiel est la Torah, les mitsvot et les maassim tovim, reviendra avec la plus belle des richesses : une couronne sur sa tête et le bonheur éternel.

 
 

🌍Saint Mandé

📖 Paracha : Ki tavo / כי-תבוא

🕯️ Chabbat : 20:23 → 21:30

📅 Date : 16 Eloul 5786

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