La Paracha Et Son Histoire: PINHAS - Craindre, agir et mériter
- Or Torah | LDEJ
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Barouh Hachem, nous avons démarré un nouveau concept de la paracha et son histoire pour chabbat. Ce feuillet merveilleux rempli de beaux dvar torah et d'histoire vous permettra d'embellir votre table de chabbat.
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Premier sujet : que s’est-il passé pour que les Bnei Israël se soient laissé influencer à ce point ?
Bien évidemment, ils n’auraient pas dû se rapprocher de ces femmes. Bien évidemment, le vin des non-juifs n’était pas encore interdit. Bien évidemment, ils ont été entraînés par la ruse. Mais il existe aussi une explication plus profonde, d’ordre mystique.
Le verset (Bamidbar 22,22) – « La colère de Dieu s’enflamma parce qu’il [Bilam] était parti [avec les princes de Moav] » – témoigne de la très grande colère de HaKadoch Baroukh Hou. Mais en réalité, Son indignation était liée au projet de Bilam, qui savait qu’on pouvait maudire Israël précisément au moment où le Maître du monde se mettait en colère. Pour empêcher cela, Hachem fit en sorte que celle-ci ne se manifeste pas lors de ces jours-là.
Or, cette colère – qui ne dure qu’un très court instant chaque jour contre les fauteurs – provoque dans le monde la crainte de D.ieu. Et pour ceux qui souhaitent en bénéficier, comme les Bnei Israël, cette crainte les protège et les éloigne de la faute. Mais puisque, ces jours-là, Hachem ne se mit pas en colère, cette crainte divine était absente du monde. C’est ce manque qui favorisa la faute
.
En accomplissant la kinat Hachem, Pinhas a ramené cette crainte divine dans le monde et a obtenu l’expiation pour les Bnei Israël.
De là, on comprend la Michna dans Pirkei Avot (1,3) : « Servez HaKadoch Baroukh Hou non en vue de recevoir une récompense. » Mais même lorsqu’on sert Hachem par amour, il faut également avoir de la crainte de Hachem.
Pourquoi ? Parce que le Midrach enseigne que, même lorsqu’on sert Hachem avec amour, il est indispensable de conserver cette crainte. Celui qui la possède ne se permettra jamais certains écarts ou comportements. En revanche, celui qui ne Le sert que par amour peut parfois connaître des moments de faiblesse et chuter.
C’est pourquoi il faut toujours réunir les deux : servir Hachem avec amour, tout en gardant la crainte de la punition, et surtout la crainte de la grandeur de HaKadoch Baroukh Hou, afin de ne pas tomber dans la faute.
Au début de la paracha, HaKadoch Baroukh Hou dit : « Pinhas, fils d’Eléazar, fils d’Aharon le Cohen, a détourné Ma colère de dessus les Bnei Israël. »
A ce moment-là, Zimri était le dirigeant de la tribu de Chimon. Les membres de sa tribu sont venus le voir et lui ont dit : « Nous sommes en train de mourir, une épidémie frappe le peuple, et toi, tu restes sans rien faire ? » Zimri alla alors prendre l’une des filles du roi de Midian. En effet, elles avaient été envoyées pour faire fauter les Bnei Israël, avec la demande précise de ne séduire que les responsables et les personnes importantes.
Avec une grande audace, Zimri la saisit par les cheveux et l’amena devant Moché Rabbénou. Il lui dit : « Si cette femme m’est interdite, qui t’a permis, à toi, d’épouser Tsipora, la fille de Yitro, qui est elle aussi Madianite ? »
Le peuple d’Israël ne savait pas comment réagir. Pinhas s’approcha alors de Moché Rabbénou et lui rappela une halakha (Sanhédrin 82a) : « Haboel aramit, kanaïm pogin bo » – Celui qui entretient publiquement une relation avec une non-juive peut être frappé par un homme animé d’une véritable kanaout, d’un zèle pour l’honneur de Hachem.
Cette halakha est très particulière. Celui qui commet cette faute ne peut pas être condamné par un tribunal. Au contraire, si quelqu’un vient demander au tribunal s’il peut agir ainsi, on ne lui enseigne pas cette halakha. Pourquoi ? Parce qu’elle ne peut être appliquée que par une personne qui ressent, au plus profond d’elle-même, une douleur sincère devant la profanation du Nom de Hachem, et qui agit seulement pour défendre Son honneur.
Comme l’explique le Rambam, lorsqu’un juif vit avec une non-juive, il se coupe du peuple d’Israël, car les enfants issus de cette union ne seront pas juifs. C’est pourquoi, quand il agit uniquement par zèle pour Hachem, le kanaï a le droit d’intervenir.
Quand Pinhas rappela cette halakha à Moché Rabbénou, celui-ci lui répondit (Sanhédrin 82a) : « Karyana deigarta ihou lehevei parvanka » – Celui qui lit la lettre du roi est celui qui doit l’appliquer.
Autrement dit, cette halakha ne peut être accomplie que par celui qui s’en souvient et qui la ressent véritablement. Puisque Moché l’avait oubliée, il ne pouvait pas agir lui-même.
Pinhas s’avança alors avec un calme absolu. Comme l’explique Rav Simha Zissel, il n’était animé ni par la colère ni par l’excitation, mais par une profonde sérénité. Il dit aux membres de la tribu de Chimon : « Moi aussi, je veux entrer. » Ils le laissèrent donc passer. Et il tua Zimri ainsi que la Madianite d’un seul coup de lance, puis il les souleva afin de montrer à tout le peuple la faute qu’ils avaient commise.
Le Midrach enseigne que Pinhas bénéficia alors de dix miracles. Sans ces miracles, les membres de la tribu de Chimon l’auraient tué. Mais Hachem lui donna une force extraordinaire : il put les soulever d’une seule main, les maintenir sur sa lance sans qu’ils tombent, les porter tous les deux en même temps et les montrer publiquement afin que chacun constate leur faute. Face à cela, la tribu de Chimon ne pouvait plus rien dire.
Par cet acte, Pinhas apaisa la colère de HaKadoch Baroukh Hou et sauva le peuple d’Israël, et mérita la récompense de Brit Kéhounat Olam, l’alliance éternelle de la prêtrise.
Deuxième sujet : pourquoi Moché Rabbénou a-t-il oublié cette halakha ?
Rachi pose cette question. Après tout, lorsqu’il descendit du mont Sinaï après la faute du Veau d’or, Moché s’était retrouvé face à tout le peuple d’Israël, devant plus de 600 000 personnes. Il avait pris le Veau d’or, l’avait réduit en poussière, et puni les fauteurs, il ne craignait donc personne. Alors pourquoi, ici, a-t-il oublié cette halakha ?
Le Midrach répond que Hachem le lui a fait oublier afin que Pinhas puisse recevoir sa récompense.
Qu’est-ce que cela signifie ? Lorsque Moché oignit Aharon et ses fils pour les consacrer en tant que Cohanim, Pinhas était déjà né. Seuls Aharon, ses fils et leurs descendants reçurent la Kéhouna à ce moment-là. Pinhas ne fut donc pas oint et ne devint pas Cohen. Toute sa vie, il aspira à mériter la Kéhouna. Il travailla sur lui-même pour en être digne. Et Hachem lui réserva alors cette occasion unique.
C’est pourquoi Hachem fit en sorte que tout le monde oublie cette halakha, afin que seul Pinhas s’en souvienne, accomplisse cet acte de kinat Hachemi, et mérite ainsi la Brit Kéhounat Olam, l’alliance éternelle de la prêtrise.
D’après nos Sages, Pinhas est Eliyahou Hanavi, qui n’est jamais mort. Cette Kéhouna éternelle lui fut donc accordée en récompense de son propre mérite.
A ce sujet, le Midrach cite le verset (Kohélet 7,1) : « Tov chem michémen tov » – Un bon renom vaut mieux qu’une huile précieuse.
L’onction de l’huile, par laquelle les Cohanim était consacré, leur était exclusivement destinée, et ce privilège était transmis de père en fils. En revanche, la grandeur de Pinhas ne lui fut pas attribuée par héritage, mais uniquement par son propre mérite, au point que Hachem fit oublier cette halakha à Moché Rabbénou afin de réserver cette récompense à Pinhas.
Cependant, il faut distinguer deux enseignements, car une difficulté apparaît.
Un Midrach, dans le Midrach Tanhouma, enseigne que c’est parce que Moché Rabbénou fut en quelque sorte « paresseux » dans cette affaire en ne prenant pas lui-même l’initiative de défendre l’honneur de Hachem face à Zimri, que personne ne connaît aujourd’hui le lieu de sa sépulture.
La question est donc évidente : n’y a-t-il pas une contradiction ? D’un côté, on dit que Hachem lui a fait oublier cette halakha afin que Pinhas reçoive sa récompense. Mais de l’autre, on affirme que Moché fut réprimandé pour avoir été « paresseux » !
En réalité, il n’y a pas de contradiction.
Certes, Hachem avait réservé cette mission à Pinhas. Mais si Moché Rabbénou avait développé un désir encore plus profond, et s’était davantage préparé intérieurement à être prêt, en toutes circonstances, à défendre l’honneur de Hachem, cette situation ne lui aurait peut-être pas échappé.
Même lorsque Hachem fait oublier quelque chose à un homme de la grandeur de Moché, il existe malgré tout un enseignement : sur ce sujet précis, il lui a manqué cette préparation intime, et cette aspiration profonde qu’on lui retrouve dans d’autres domaines.
Le Midrach donne plusieurs exemples : les villes refuges que Moché établit de l’autre côté du Jourdain ne pouvaient accueillir les meurtriers involontaires tant que celles d’Erets Israël n’étaient pas mises en place.
Pourtant, Moché désirait tellement accomplir cette mitsva qu’il commença malgré tout à la préparer. Hachem lui en accorda alors le mérite.
De même, Moché n’avait pas pour mission de construire le Michkan de ses propres mains. Il aspirait tant à y prendre part que, lorsque vint le moment de le dresser, personne ne réussit. Dès que Moché s’approcha et entreprit de le soulever, il s’éleva immédiatement.
Pourquoi ? Parce que lorsqu’une personne désire profondément effectuer une mitsva, Hachem lui réserve une part dans son accomplissement.
C’est dans ce sens qu’il faut comprendre la critique adressée à Moché Rabbénou. Lorsqu’on dit qu’il fut « paresseux », cela ne signifie évidemment pas une paresse au sens ordinaire. Cela veut dire qu’il lui manqua, sur ce point précis, cette préparation intérieure et cette aspiration permanente à être prêt à défendre l’honneur de Hachem avec le même zèle que Pinhas.
Sujet 3: Encore un sujet concernant Pinhas !
HaKadoch Baroukh Hou dit : « Pinhas, fils d’Eléazar, fils d’Aharon le Cohen… »
Rachi explique pourquoi la Torah rappelle toute sa généalogie. En effet, les tribus d’Israël critiquaient Pinhas. Elles disaient : « Regardez ce fils de Pouti ! », faisant allusion à son grand-père Yitro, nommé ici « Pouti », parce qu’avant sa conversion, il engraissait des veaux destinés à l’idolâtrie (pitem agalim laavoda zara).
Les Bnei Israël remettaient donc en cause les origines de Pinhas. C’est pourquoi la Torah souligne qu’il est aussi le petit-fils d’Aharon, le Cohen.
Que signifie cette critique ? Et pourquoi Hachem eut-Il besoin de le défendre ?
Le Midrach enseigne que ce ne sont pas seulement les Bnei Israël qui critiquaient Pinhas, mais également certains ‘Hakhamim. Son acte n’était pas conforme à l’esprit habituel (lo birtsone ‘hakhamim haya). C’est alors que HaKadoch Baroukh Hou Lui-même témoigna en sa faveur.
Quelle était donc cette critique ? Et qu’est-ce qui y a répondu ?
Le ‘Hafets ‘Haïm explique qu’il existe des actes extrêmement délicats. Par exemple, lorsqu’il est question de détruire une ir hanida'hat, une ville entièrement tournée vers l’idolâtrie, la Torah (Dévarim 13,18) promet à celui chargé d’exécuter ce commandement : « Hachem te prendra en pitié. » Pourquoi ? Parce que faire preuve d’une grande sévérité, même pour accomplir la volonté de Hachem, pourrait développer chez l’homme une certaine cruauté.
La Torah garantit donc que de cette mitsva il ne découlera aucun mauvais trait de caractère.
L’acte de Pinhas relevait exactement de cette catégorie. C’était un geste d’une extrême délicatesse.
S’il est accompli 100 % léchem Chamaïm, uniquement pour l’honneur de Hachem, alors il devient une immense mitsva. En revanche, si, à D.ieu ne plaise, s’y mêle la moindre pensée d’intérêt personnel, cet acte est assimilable à un meurtre.
Ainsi, cette halakha ne peut être appliquée que si l’intention est entièrement pure. Puisque cette personne ne peut pas être condamnée par un tribunal, tout repose sur la kavana. Dans cette situation, l’intention est essentielle. S’il manque cette kavana, si elle n’est pas totalement et exclusivement léchem Chamaïm, alors cet acte peut, à D.ieu ne plaise, être un véritable acte de cruauté.
C’est pourquoi HaKadoch Baroukh Hou témoigna Lui-même que l’action de Pinhas n’était motivée par aucun intérêt personnel. Elle provenait uniquement de son amour pour Hachem, pour le peuple d’Israël et de sa volonté de défendre l’honneur divin.
C’est pour cette raison que la Torah rappelle que Pinhas est le petit-fils d’Aharon, qui était « ohev chalom vérodèf chalom », qui aimait la paix et poursuivait la paix.
Autrement dit, même un acte aussi radical fut, pour Pinhas, l’expression de l’amour, et non de la violence. Son geste a été accompli uniquement pour sauver le peuple d’Israël et défendre l’honneur de HaKadoch Baroukh Hou.
C’est pourquoi ce témoignage divin était indispensable.
Dans le même esprit, nos Sages enseignent qu’un Cohen ne peut servir au Beit Hamikdach que s’il est chalem, sans défaut physique (moum). C’est pour cela que, dans le Séfer Torah, le vav dans « bériti chalom » est coupé (vav ketia).
Pourquoi est-il coupé ? Les commentateurs expliquent qu’en retirant symboliquement le vav de chalom, on obtient le mot chalem. Cela vient enseigner que, pour servir Hachem, il faut être chalem, entier.
Mais pourquoi cette allusion apparaît-elle précisément ici ? Parce qu’elle est directement liée à l’acte de Pinhas. Son geste ne pouvait être valable que s’il était entier, parfaitement pur, 100 % léchem Chamaïm. S’il y avait eu la moindre imperfection dans son intention, son acte aurait immédiatement pris le caractère d’un acte de cruauté.
La Torah vient donc témoigner que Pinhas a agi avec une intention parfaite, entièrement motivée par l’amour de Hachem, l’amour du peuple d’Israël et le désir de défendre l’honneur divin.
Une autre question se pose.
Même si l’acte de Pinhas était immense et extraordinaire, pourquoi a-t-il pu mériter la Kéhouna grâce à lui ? Nous savons qu’un Cohen qui a tué un homme, même involontairement (béchogueg), ne peut plus faire la Birkat Cohanim ni servir au Beit Hamikdach. Comment un acte consistant à donner la mort a-t-il pu devenir précisément ce qui lui valut la Kéhouna ?
Rabbi Tsadok HaCohen explique un principe fondamental.
Chaque fois qu’une personne agit conformément à la Torah, même si, humainement, on a l’impression que cela risque de lui faire perdre quelque chose, le résultat sera toujours exactement l’inverse : elle n’en retirera que du bénéfice.
La Guemara (Chabbat 119a) enseigne, par exemple, que les personnes riches méritent leur richesse parce qu’elles honorent le Chabbat. Pourtant, on pourrait penser qu’honorer le Chabbat représente une perte d’argent : on cesse de travailler, on dépense davantage pour les repas et les préparatifs. Mais c’est précisément le contraire qui se produit. Grâce au respect du Chabbat, elles méritent la richesse.
Car accomplir la volonté de la Torah ne peut avoir que des conséquences positives, même si, au premier regard, on pourrait croire que cela entraînera une perte. Et il en va de même à propos de la ir hanida’hat : on pourrait penser qu’exécuter une ville devenue entièrement impie pourrait faire naître chez l’homme une certaine cruauté. Mais la Torah affirme exactement l’inverse : « Hachem te donnera de la miséricorde. » Parce qu’un acte accompli conformément à la volonté de Hachem fera naître davantage de compassion et de miséricorde dans le cœur de celui qui le réalise.
Cette même Guemara (Chabbat 119a) donne un autre exemple : les riches s’enrichissent grâce au maasser, comme il est dit (Taanit 9a) : « Asser bichvil chétitacher » – Prélève la dîme afin de t’enrichir.
Là encore, cela semble paradoxal. Donner le maasser diminue, en apparence, l’argent que l’on possède. On pourrait donc penser que cela entraîne une perte. Mais la Torah enseigne que c’est précisément l’inverse : en donnant le maasser, on mérite davantage de bénédictions.
C’est exactement le même principe pour Pinhas. Puisque son acte a été accompli de manière totalement conforme à l’esprit de la Torah, 100 % léchem Chamaïm, alors, au lieu de l’éloigner de la Kéhouna à cause du sang qu’il avait versé, cet acte l’en a au contraire rapproché. Ce qui, en apparence, aurait dû lui faire perdre la Kéhouna est précisément ce qui lui a permis de la mériter pour l’éternité.
HISTOIRES
Histoires 1: Une perte apparente, un immense cadeau du Ciel
L'histoire concerne le Rav Shlomo Kluger, qui est devenu orphelin alors qu'il était encore très jeune. Grâce à de bonnes personnes qui l'ont accueilli chez elles et qui ont su reconnaître son immense potentiel, sa grande intelligence et ses connaissances, il a pu grandir et devenir l'un des plus grands Guedolim, auteur de centaines de livres.
On raconte qu'un homme très riche souhaitait à tout prix marier chacun de ses fils à de grands Talmidé Hakhamim. Lorsqu'il apprit qu'à seulement quinze ans, ce jeune orphelin était déjà un prodige de la Torah, il décida de le prendre comme gendre, malgré sa situation matérielle difficile. Il s'engagea même à subvenir à ses besoins pendant plusieurs années afin qu'il puisse poursuivre son étude de la Torah.
Quelques années plus tard, le beau-père décéda. Toute la famille perdit alors le soutien financier qu'il leur apportait. Les autres gendres acceptèrent des postes de rabbanim dans de grandes villes. On proposa également au Rav Shlomo Kluger de devenir rav d'une grande ville, mais il refusa, préférant continuer à étudier et à se développer dans la Torah.
Avec le temps, la situation financière de sa famille devint de plus en plus difficile. Il décida donc, avec son épouse, d'ouvrir un petit magasin afin de subvenir à leurs besoins. La plupart du temps, c'était sa femme qui tenait le magasin. Lui n'y passait que quelques heures, et même lorsqu'il s'y trouvait, il était entièrement plongé dans son étude. Certaines personnes profitaient même de son manque d'attention pour ne pas le payer. Malgré cela, le magasin leur permettait de gagner leur parnassa.
Un jour, un client entra et demanda à acheter une très grande quantité de marchandises. Il indiqua le nom d'une ville voisine d'où il venait. Comme il achetait presque la moitié du stock du magasin, le Rav lui accorda un très bon prix. Toute la marchandise fut chargée, puis le client repartit... sans payer.
Le Rav, tellement absorbé par ses pensées de Torah, avait tout simplement oublié de lui demander le règlement.
Lorsque son épouse arriva et vit que la moitié du magasin était vide, il lui raconta ce qui s'était passé. Ce n'est qu'à ce moment-là qu'il réalisa que le client était parti sans payer. Il en fut bouleversé. Sa femme lui dit que cela allait les mettre dans une situation très difficile. Il répondit alors qu'il allait se rendre dans cette ville pour retrouver cet homme. Elle lui fit remarquer qu'il était impossible de chercher une personne dans une ville entière sans même connaître son nom. Mais, face à la gravité de la situation, il décida malgré tout de tenter sa chance.
Il faisait extrêmement froid et la neige recouvrait les routes. Aucun cocher ne voulait l'emmener. Il décida donc de partir à pied, malgré le peu d'espoir qu'il avait de retrouver cet homme.
Alors qu'il marchait, une charrette s'arrêta devant lui. Les voyageurs descendirent et lui témoignèrent un immense respect. Ils lui dirent qu'ils venaient de la ville de Klakov, que leur rav venait de décéder et qu'on leur avait conseillé de lui proposer de devenir le nouveau rav de leur ville. Ils lui présentèrent immédiatement le contrat de rabbanout.
À ce moment-là, le Rav traversait une période particulièrement difficile à cause de la perte financière causée par ce client. Il accepta donc la proposition. De retour chez lui, il annonça à son épouse qu'il avait accepté de devenir le rav d'une grande ville. Bien entendu, elle en fut très heureuse, car cela faisait longtemps qu'elle espérait cette décision. Elle savait que cette fonction leur apporterait enfin une parnassa stable, même si la perte subie au magasin restait importante.
Le Rav comprit alors que tout cela venait du Ciel. Hachem voulait qu'il devienne un grand dirigeant du peuple d'Israël. Par la suite, il devint le rav de grandes villes, accomplit énormément pour le Klal Israël et put étudier la Torah dans la sérénité grâce à une bonne parnassa.
On voit une fois de plus combien Hakadoch Baroukh Hou veille sur celui qui s'investit pleinement dans la Torah et lui ouvre toutes les portes afin qu'il puisse atteindre toute sa grandeur.
HISTOIRES 2: Une mitsva qui a tout changé
L'histoire raconte celle de deux jeunes hommes qui s'étaient énormément investis dans l'étude de la Torah. Ils étaient très brillants et possédaient de très grandes connaissances.
Mais le Yétser Hara fit tout son possible pour les éloigner du monde de la Torah. Malheureusement, il y parvint. L'un partit poursuivre de très grandes études et se consacra à la philosophie, tandis que l'autre se lança dans les affaires. Tous deux s'éloignèrent complètement de la Torah.
Celui qui se lança dans le business s'enrichit considérablement.
Malheureusement, il s'éloigna de plus en plus, se maria avec une non-juive, eut des enfants qui n'étaient pas juifs et abandonna totalement la Torah et les mitsvot.
Un jour, alors qu'il se promenait avec son chien au bord d'un lac, il aperçut un corps flottant à la surface de l'eau. En s'approchant, il constata qu'il s'agissait d'un Juif. Il imagina que cet homme avait été assassiné par des personnes cruelles avant d'être jeté dans le lac.
Il prit alors l'initiative de récupérer le corps et de l'amener au Rav de la ville afin qu'il puisse s'occuper de son enterrement dans les règles.
À partir de ce moment-là, quelque chose changea profondément en lui. Peut-être également grâce à l'immense mitsva qu'il venait d'accomplir, il fut profondément bouleversé. Il commença à regretter tout le chemin qu'il avait emprunté et décida sincèrement de faire téchouva.
Discrètement, il se rendit chez le Rav de la ville et lui dit :
« Rav, je veux tout abandonner. »
Il lui dit : « Je veux faire téchouva. »
Le Rav pensa d'abord qu'il n'était pas sincère. Il craignait qu'il s'agisse d'un piège. Mais cet homme réussit à le convaincre qu'il désirait véritablement revenir vers Hachem.
Le Rav lui dit alors, en toute discrétion : « Je vais te rédiger une lettre. Tu iras voir un de mes amis, rav d'une ville très éloignée d'ici. C'est lui qui t'accompagnera dans ton chemin de téchouva. »
L'homme prit son argent, partit discrètement et se rendit auprès de ce Rav. Celui-ci lui indiqua le chemin de la téchouva, qu'il suivit de tout son cœur. Peu à peu, il revint à une vie de Torah. Grâce aux grandes connaissances qu'il possédait déjà, il retrouva rapidement un niveau d'étude élevé. Il fut de plus en plus apprécié et occupa une place importante au sein de la communauté.
Quelques années plus tard, le Rav de cette ville déclara à sa communauté :
« Je vais bientôt quitter ce monde et je souhaite que cette personne me succède. »
Toute la communauté accepta cette proposition à l'unanimité. Tous reconnaissaient en lui un homme de grand talent, très apprécié. Lorsque le Rav fut niftar, c'est lui qui prit sa place et dirigea la communauté avec beaucoup de réussite.
Un jour, on amena devant lui un Juif atteint de troubles mentaux. On voyait qu'il avait autrefois été un homme tout à fait normal, mais qu'il était tombé dans une profonde maladie qui le poussait à dire toutes sortes de paroles incohérentes.
Le Rav demanda alors que toute la communauté se réunisse à la synagogue afin de prier pour sa guérison.
Au milieu de la prière, cet homme s'adressa soudain au Rav et lui cria :
« Mais toi, tu étais mon ami lorsque nous étions jeunes ! Tu n'as pas honte ? Tu t'es éloigné de la Torah, tu t'es marié avec une goya ! »
Et il continua à l'insulter devant toute l'assemblée.
Le Rav le calma aussitôt en lui disant :
« Nous sommes réunis ici pour prier pour ta guérison. »
Puis il se leva et déclara devant toute la communauté :
« Écoutez-moi bien. Tout ce que cet homme vient de dire est vrai. J'ai fauté. Je me suis éloigné de la Torah. Grâce au Rav de cette ville, j'ai fait une véritable téchouva et j'ai sincèrement regretté tout ce que j'avais fait. Je n'ai aucune honte à reconnaître que je me suis trompé et que j'ai commis de graves erreurs. Aujourd'hui, j'ai fait une téchouva complète. »
Loin de le mépriser, les membres de la communauté furent profondément touchés par sa sincérité et l'apprécièrent encore davantage.
Le Maguid de Koujnitz expliquait à propos de cette histoire qu'Hakadoch Baroukh Hou avait fait en sorte que son ancien ami arrive précisément à ce moment-là. Pourquoi ? Parce que les fautes qu'il avait commises avaient été publiques. Pour que sa téchouva soit parfaite, il fallait également qu'elle soit publique. Même si cela représentait une immense honte, Hachem lui donna l'occasion de reconnaître publiquement ses erreurs. C'est ainsi qu'il put atteindre les plus hauts niveaux de la téchouva.
Histoires 3: Le courage de défendre la vérité
Puisque la paracha parle de la nomination de Yéhochoua comme dirigeant du peuple d'Israël, il existe une histoire à propos du Rav Moché Feinstein, lorsqu'il quitta la Russie pour s'installer aux États-Unis.
À cette époque, il n'était pas encore un Rav très connu. Un jour, un Juif simple engagea un Din Torah contre le Igoud HaRabbanim, l'Union des Rabbanim d'Amérique. Cette institution était l'organisation orthodoxe la plus importante, la plus respectée et la plus influente du pays.
Même si cette démarche était très humiliante pour eux, ils n'avaient pas d'autre choix que d'accepter un Din Torah. Le problème était que tous les Rabbanim américains faisaient partie de cette organisation. Aucun d'entre eux ne pouvait donc siéger comme juge.
Ils proposèrent alors au Rav Moché Feinstein, qui venait tout juste d'arriver de Russie, de présider ce Din Torah.
Après avoir entendu les deux parties, Rav Moché Feinstein rendit son jugement. À la surprise générale, il donna raison à ce Juif simple et condamna le Igoud HaRabbanim à lui verser la somme qui lui était due.
Cette décision provoqua un véritable choc. Beaucoup de personnes étaient indignées. Un groupe vint même trouver discrètement le Rav et lui dit :
« Écoutez, avec la décision que vous venez de rendre, vous prenez un risque énorme. Vous ne pourrez probablement jamais devenir Rav d'une communauté, car vous vous êtes opposé au Igoud HaRabbanim, qui exerce une grande influence sur toutes les communautés juives des États-Unis. »
Le Rav leur répondit :
« Je ne suis pas un homme qui déforme la vérité. Mon rôle est de rendre la justice. Je ne suis pas venu en Amérique pour obtenir un poste. J'étais déjà Rav en Russie, et si je ne deviens le Rav d'aucune communauté ici, cela ne me dérangera pas. Mais la vérité reste la vérité. Puisque cet homme est dans son droit, je ne peux pas modifier mon jugement, même d'un millimètre, sous prétexte que la partie adverse est importante. »
C'est ainsi que les choses se passèrent.
Finalement, loin de se retourner contre lui, cette décision lui valut l'admiration de tous. Chacun reconnut en lui une intégrité et une grandeur exceptionnelles.
Comme on le sait, Rav Moché Feinstein devint par la suite le plus grand Rav des États-Unis. Il fut reconnu et admiré par tout le monde et laissa derrière lui une œuvre immense, à travers ses nombreux livres et l'héritage spirituel considérable qu'il transmit au peuple juif.
