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La Paracha Et Son Histoire: Vaykra

Barouh Hachem, nous avons démarré un nouveau concept de la paracha et son histoire pour chabbat. Ce feuillet merveilleux rempli de beaux dvar torah et d'histoire vous permettra d'embellir votre table de chabbat.


Chers Amis

Cette année prenez part à la grande distribution des Paniers de Pessah



Premier sujet :

Le Roch Hodesh Nissan est le premier Roch Hodesh de tous les Roch Hodesh. C’est le tout premier, le Roch Hodesh des Roch Hodeshim. Il représente le moment du renouveau du Klal Israël, la hit’hadshout.

Il y a ici une idée magnifique. Le passouk dans Vayikra commence par le mot « Vayikra » : Hachem a appelé Moché. Et on pourrait se dire : waouh, on va commencer toute la partie des korbanot, des sacrifices. S’il a fauté, il doit amener tel korban, tel autre…

Mais Rachi nous dit quelque chose d’extraordinaire. « Vayikra » est un langage d’amour. Appeler, c’est un langage d’affection. Et Rachi précise qu’avant chaque dibour et avant chaque amira, il y avait un appel.

Le dibour est un langage dur, alors que l’amira est un langage doux. Pourtant, même lorsque Hachem voulait parler de manière ferme ou de manière douce avec Moché Rabbénou, Il commençait toujours par un appel, un appel rempli d’amour et d’amitié. Il appelait.


Et là, il y a un message absolument incroyable : toute la Torah est un rapprochement basé sur l’amour.

Les korbanot, les sacrifices, étaient assurés par Aharon HaCohen et ses enfants. Quelles étaient les qualités qui leur ont permis d’avoir ce rôle ? « Ohev shalom vérodev shalom » : il aimait la paix et il courait après la paix. Comme le dit le Maharal, la paix ne vient pas toute seule ; si tu ne cours pas après elle, c’est la dispute qui prend place.

« Ohev et habriyot » : il aimait les créatures, les gens, et il les rapprochait de la Torah.

Aharon avait aussi ce cœur capable de se réjouir de la grandeur de son frère. Moché Rabbénou, lui aussi, se réjouissait de la réussite d’Aharon. Et c’est Aharon qui recevait le peuple d’Israël lorsqu’ils venaient réparer leurs fautes ou apporter un sacrifice.

On retrouve également ce message dans le Méïl, le manteau du Cohen Gadol. Il est écrit que ce manteau comportait des clochettes. Lorsque le Cohen arrivait, on entendait le bruit : il annonçait sa venue.

La Guemara en déduit une règle de politesse : quand tu arrives chez quelqu’un, tu dois prévenir, frapper à la porte. Il ne faut pas brusquer les gens.

Mais quel est le lien ? Une maison, ce n’est pas le Mishkan…

En réalité, notre maison est aussi un Mishkan, un lieu de présence divine. Aujourd’hui, c’est justement le jour où le Mishkan a été monté, un jour qui a reçu huit couronnes. Cela nous rappelle que notre maison est elle aussi un Mishkan.

Nos Sages l’ont comparée à cela. Comme le dit Rabbi Akiva : un homme et une femme, s’ils en sont méritants, la présence divine réside parmi eux. Il y a le youd et le hé.


Avec ce « Vayikra », ces paroles douces, cette politesse, cette attention et cette pensée pour l’autre, on apprend quelque chose d’essentiel : avant même de parler, même si on doit dire quelque chose de dur, on commence par de la douceur, de l’amour, de l’amitié, de l’attention.

Ensuite seulement vient le reste.

C’est pour cela que la Torah nous enseigne la politesse de prévenir, et elle l’apprend du Mishkan, parce que notre maison est elle-même un Mishkan.

Je voudrais terminer avec un message extraordinaire.

Dans deux semaines, nous serons le soir du Seder. Tout est magnifique : les préparatifs, les matsot, les bons vins… Et là, on commence le Seder. Que dit-on ?

« Que toute personne qui a faim vienne et mange. »

On s’est posé la question : pourquoi commence-t-on le Seder avec cette invitation ? Pourquoi ne pas le faire à Souccot ou à Chavouot?

En plus, la Michna, dans le dixième chapitre de Pessa’him, précise dès le début des lois du Seder qu’il faut faire attention à ce qu’un pauvre ait au moins les quatre verres de vin. On met en place pour cela la farine de Pessa’h, les paniers de Pessa’h.

Alors pourquoi ne fait-on pas la même chose à Souccot, pour qu’il ait un étrog, un loulav, une soukka, du pain ? Pourquoi spécifiquement à Pessa’h ?

La réponse est que Pessa’h correspond à la naissance du peuple d’Israël.


C’est pour cette raison que l’on mange des matsot. Comme l’explique le Ram’hal, la matsa est une nourriture de nourrisson. De la même manière qu’un nourrisson a besoin d’une alimentation particulière, nous aussi, après Pessa’h, nous renaissons.

À ce moment-là, on enlève le yetser hara, le mauvais penchant, symbolisé par la levure. Après Pessa’h, on le réintégrera et on apprendra à le canaliser.

Mais à cet instant précis, on doit se ressentir comme si on sortait d’Égypte : c’est notre naissance.

Et puisque c’est une naissance, elle ne peut pas commencer sans le ‘hessed. C’est l’aliment indispensable du nourrisson spirituel.

Avraham Avinou, le fondateur du peuple d’Israël, a commencé par quoi ? Par le ‘hessed.

 « Titen emet léYaakov, ‘hessed léAvraham » : la base du peuple d’Israël, c’est le ‘hessed.


Nous sommes « rachmanim, baishanim, gomlei ‘hassadim » : des personnes pleines de compassion, de pudeur, et qui font du bien autour d’elles.

Pessa’h est donc une fête où l’on remet toutes les valeurs à zéro, où l’on revit notre naissance en tant que peuple. Et dans ces valeurs fondamentales, la base, c’est le respect et le ‘hessed.

Et le Mishkan, comment commence-t-on la paracha qui parle de son utilisation ?

Par « Vayikra ». Par la douceur. Par la gentillesse.

À ce sujet, il y a une histoire.

C’est l’histoire d’un homme qui se disputait énormément avec sa femme. Il y avait beaucoup de tensions entre eux, et cela durait, cela perdurait sans s’arrêter. Un jour, il dit à sa femme :

 « Voilà, je vais partir une semaine à Tibériade pour me changer les idées et réfléchir à ce qu’on doit faire pour l’avenir. »

Il part donc, arrive là-bas, s’assoit à la synagogue et commence à étudier. Comme c’était quelqu’un qui avait déjà un bon niveau en Torah, lorsque le Rav de la synagogue est entré, il a commencé à échanger avec lui. Le Rav a rapidement compris qu’il avait affaire à un homme avec beaucoup de connaissances. Il lui a alors demandé :

 « Qu’est-ce que tu fais ici ? » L’homme lui a répondu :

 « Je suis venu pour une semaine, mais je n’ai pas vraiment d’endroit où loger. »

Le Rav lui a dit : « Dans ce cas, tu es mon invité. Viens à la maison. »

Il l’a accueilli chaleureusement et s’est occupé de lui.

Le lendemain matin, alors qu’ils s’apprêtent à aller prier ensemble, l’homme voit le Rav préparer un café au lait… et l’apporter à sa femme, qui était encore dans son lit. Cette scène le met très mal à l’aise. Il dit alors au Rav : « Écoutez, je pense que je vais rentrer chez moi. Je ne veux pas vous déranger. Si votre femme, la Rabbanit, est malade, je n’ai pas envie de vous déranger davantage. »

Le Rav lui répond : « Mais qui t’a dit que ma femme est malade ? »

Il lui dit : « Eh bien… parce que vous lui avez apporté un café au lait. J’ai pensé que c’était parce qu’elle était souffrante. »

Le Rav se met à rire et lui dit :

 « Pas du tout ! Depuis que nous sommes mariés, lorsque je vois que ma femme reste dans son lit, je lui apporte un café au lait. »

L’homme est surpris :

 « Ah bon, vraiment ? »

Puis il réfléchit et dit :

 « Eh bien… j’ai compris le message. L’erreur, elle est chez moi. Si j’ai autant de disputes dans mon couple, c’est parce que je ne sais pas donner, je ne sais pas penser à l’autre, je ne sais pas avoir cette attention.

Comme on l’a dit : “Vayikra lashon ‘hiba” — appeler, c’est un langage d’amour.

J’ai compris le message. Je vais rentrer chez moi dès aujourd’hui et je saurai désormais comment me comporter. »


Pour compléter le premier sujet, nos Sages enseignent encore quelque chose de très fort sur le mot « Vayikra ».

Ils disent : « Kol talmid ‘hakham shé’en bo da’at… névéla tova hémenou » — même un talmid ‘hakham, un sage en Torah, s’il n’a pas de da’at, de finesse d’esprit, de conscience, alors même une carcasse d’animal est meilleure que lui.

Pourquoi une parole aussi forte ?

Parce qu’on voit chez Moché Rabbénou un comportement exemplaire : il n’entrait pas tant qu’il n’était pas appelé. Il attendait toujours qu’Hachem l’appelle — « Vayikra ».

Et de là, on apprend que ce mot n’est pas seulement un détail de langage, c’est un véritable enseignement de vie.

À travers « Vayikra », nos Sages nous apprennent les règles fondamentales de la politesse et du comportement. Mais ce n’est pas simplement de la politesse extérieure.

C’est ce qu’ils appellent le « da’at ».


Nos Sages disent :

 « Im ein da’at, ein kloum » — si tu n’as pas de da’at, tu n’as rien.

 Et à l’inverse : si tu as le da’at, tu as tout.

Mais qu’est-ce que le da’at ?

C’est cette conscience intérieure, cette capacité à réfléchir avant d’agir. Comme l’explique le Messilat Yécharim, c’est la « zéhéroute », la vigilance : un homme ne doit pas avancer dans la vie comme un aveugle qui marche au bord d’un fleuve, sans réfléchir.

Il doit au contraire observer ses actions, réfléchir à ses comportements, éviter les erreurs, éviter de faire du mal aux autres.

Et tout cela est contenu dans ce simple mot : « Vayikra ».

Lorsque la Torah commence la paracha des korbanot, elle en profite justement pour nous enseigner que la faute — même une faute involontaire — provient souvent d’un manque de da’at : un manque de réflexion, un manque de conscience, un manque d’attention.


Finalement, la Torah nous apprend ici que, même avant de parler de fautes et de sacrifices, il faut apprendre à se comporter correctement avec les autres.

Savoir parler avec douceur, avec des paroles d’amour.

 Savoir prévenir avant d’arriver.

 Savoir ne pas entrer si l’on n’a pas été appelé.

Savoir ne pas être brusque, ni agressif, ni dur dans son comportement.

Tout cela est inclus dans « Vayikra ».

Et c’est cela, le vrai travail de l’homme : développer cette finesse, cette attention, cette conscience dans chaque relation avec autrui.


Il y a une histoire qui illustre parfaitement cette idée.

Un jour, un Roch Yéchiva amène ses élèves chez leur Rav, le Rav Isser Zalman Meltzer. Il les amène notamment pour les faire évaluer, comme un contrôle, pour voir leur niveau.

Avant de commencer, le Roch Yéchiva dit au Rav :

 « Fais particulièrement attention à l’un des élèves. C’est un génie. Je voudrais que tu lui accordes une attention spéciale. »

Le Rav écoute, puis commence à discuter avec les élèves, à échanger avec eux.

Mais, de manière surprenante, il ne porte aucune attention particulière à cet élève en question.

À la fin, en sortant, le Roch Yéchiva lui demande :

 « Je ne comprends pas… Je vous ai dit que c’était un génie. Pourquoi ne lui avez-vous pas accordé d’attention particulière ? »

Le Rav lui répond :

 « Pendant que je parlais avec lui, j’ai observé son comportement. J’ai vu qu’il prenait son doigt, le mettait dans sa bouche, puis utilisait sa salive pour récupérer les grains de sucre tombés sur la table. »

Et il ajoute :

 « Quand j’ai vu cela, j’ai compris qu’il manquait de finesse, de da’at. Et j’ai pensé qu’il ne sortirait rien de lui. »

Et effectivement, le Roch Yéchiva témoigne qu’avec les années, malgré son intelligence exceptionnelle, cet élève n’est devenu rien de particulier. Il n’a pas réussi, et même moins que cela.


Dans ce même passouk de Vayikra, où l’on voit toute l’attention qu’Hachem portait à Moché Rabbénou, on découvre aussi une autre qualité essentielle : la modestie de Moché Rabbénou.

Le mot « Vayikra » est écrit avec un petit aleph. Et nos Sages expliquent quelque chose de très profond à ce sujet.

« Vayikra », avec un aleph, est un langage d’amour, un appel proche, une relation forte. En revanche, « Vayikar », sans aleph, est un langage occasionnel, quelque chose de ponctuel, qui arrive de temps en temps, sans proximité particulière.

D’ailleurs, concernant Bilam, il est écrit « Vayikar » : Hachem se révélait à lui de manière occasionnelle, sans ce lien profond.

Or, Moché Rabbénou, dans son immense humilité, ne voulait pas montrer à quel point il était important et proche d’Hachem. Il ne voulait pas mettre en avant ce niveau exceptionnel.

C’est pourquoi il voulait écrire « Vayikar », sans aleph.

Mais Hachem lui a dit de mettre malgré tout le aleph. Alors Moché a accepté… mais il l’a écrit en petit. Ce petit aleph est justement le symbole de sa modestie. Certains expliquent même que l’encre qui restait de ce petit aleph a été utilisée par Hachem pour la déposer sur le front de Moché Rabbénou, ce qui a fait que son visage rayonnait, qu’il brillait. On comprend donc ici quelque chose de très fort : ce qui a permis à Moché Rabbénou d’être autant apprécié, autant aimé, et que chaque parole divine commence par un langage d’amour à son égard, ce n’est pas seulement son niveau spirituel…

C’est aussi, et surtout, parce que lui-même était profondément humble. Il ne cherchait pas à montrer son importance. Il ne cherchait pas à se mettre en avant.

Et c’est justement cette modestie qui a fait de lui quelqu’un d’aussi élevé.


De là, la Guemara, au début de Pessa’him, nous enseigne que l’homme doit s’habituer à parler avec un langage propre, un langage raffiné.

Pourquoi ? Parce que la Torah elle-même a allongé ses phrases, elle a ajouté des lettres et des mots, uniquement pour éviter de s’exprimer de manière impure.

On le voit à plusieurs endroits dans la Torah. Par exemple, au lieu de dire directement « une bête impure », la Torah utilise l’expression : « acher einena tehora » — « qui n’est pas pure ».

Elle préfère rallonger la formulation plutôt que d’utiliser un terme impur. Cela nous enseigne combien il est important de parler avec délicatesse.

La Guemara raconte aussi une histoire à ce sujet.

Il y avait deux Cohanim qui parlaient entre eux. L’un d’eux a dit :

 « J’ai reçu une part du pain des Lé’hém Hapanim de la taille d’une queue de lézard. »

Cette expression n’a pas du tout plu aux Sages. Ils ont dit qu’il fallait vérifier qui était cet homme.

Après vérification, ils ont découvert que ce Cohen n’était pas cachère.

Pourquoi ? Parce qu’il a utilisé l’image d’un animal impur pour décrire quelque chose de sacré qu’il avait reçu.

Même cela — la manière de parler — peut révéler le niveau de da’at, de sagesse et de finesse d’une personne.

On voit donc à quel point la grandeur d’un homme se mesure aussi dans les détails, dans sa manière de s’exprimer.

Nos Sages disent également qu’un homme peut être jugé sur des choses très petites, des détails qu’il aurait pu considérer comme insignifiants.

La Guemara donne un exemple : quelqu’un qui crache, ou qui fait un geste qui dégoûte son prochain.

Même pour cela, un homme peut être jugé.

Pourquoi ? Parce que la Torah exige de nous une pudeur, à la fois dans nos paroles, dans nos attitudes et dans nos actions.

Et surtout, elle nous demande de ne jamais manquer de respect envers autrui, même dans les plus petits détails.


Deuxieme sujet

Dans la paracha, il est écrit qu’un homme qui a un doute — qui ne sait pas s’il a fauté — doit tout de même apporter un « asham talouy », un sacrifice lié au doute.

La Torah dit à ce sujet : « vélo yada vénaça avono » — s’il ne sait pas qu’il a fauté, il portera malgré tout sa faute, car il n’a pas de moyen clair de se faire pardonner.

On voit donc que beaucoup de sacrifices concernaient des fautes commises par erreur, par oubli, par manque de connaissance. Même une faute faite « béchogeg », involontairement, nécessite une réparation et un pardon.

Mais là, Rachi nous rapporte plusieurs enseignements des ‘Hakhamim de la Guemara.

Le premier est celui de Rabbi Yossi, qui dit :

 « Si déjà un homme qui ne sait même pas qu’il a fauté porte sa faute, alors combien est-ce grave pour quelqu’un qui sait qu’il a fauté et qui ne cherche pas à se faire pardonner. »

Ensuite vient Rabbi Yossi Haglili, qui ajoute :

 « Viens apprendre d’ici l’importance de chaque mitzvah. »

Pourquoi ? Parce que Adam Harichon n’avait qu’une seule mitzvah… et il ne l’a pas respectée. Il a fauté, et cela a entraîné des conséquences immenses : la mort pour lui, pour ses enfants et pour toutes les générations.

Et si cela est vrai dans le négatif, on sait que la récompense dans le positif est bien plus grande. Hachem récompense le bien cinq cents fois plus qu’Il ne punit le mal.

Donc, lorsqu’un homme accomplit une mitzvah, imagine combien de bien il se procure — pour lui-même, mais aussi pour toutes les générations à venir.

Le Midrash rapporte cette idée à plusieurs reprises : quand un homme fait une mitzvah, il ne fait pas seulement du bien à lui-même, mais à toute sa descendance.

On en voit plusieurs exemples :

Avraham Avinou a refusé de prendre ne serait-ce qu’un fil du butin de Sédom. En récompense, nous avons mérité le fil des tsitsit.

Shem, le fils de Noa’h, a pris l’initiative de couvrir son père avec un vêtement : grâce à cela, nous avons mérité le talit.

Yefet, qui s’est simplement associé à son frère dans cet acte, a lui aussi reçu une récompense : lors de la guerre de Gog et Magog, ses descendants auront le mérite d’être enterrés avec honneur.

On voit donc que même quelqu’un qui n’est pas forcément un tsadik, mais qui fait un petit geste positif, reçoit une récompense immense.

Par exemple, Nevoukadnetsar : pour avoir fait seulement quatre pas en l’honneur d’Hachem, il a mérité que lui et trois de ses descendants règnent, soit quatre générations qui ont dominé le monde.

Og, roi du Bashan, a lui aussi été récompensé : pour être venu annoncer à Avraham qu’on avait pris Lot en otage, il a mérité une très longue vie. Au point que lorsque Moché Rabbénou est venu faire la guerre contre lui pour le peuple d’Israël, il a eu peur, justement à cause de ce mérite qui lui avait donné une telle longévité.

De là, on comprend : si déjà un non-juif peut recevoir une telle récompense pour une seule bonne action, alors combien plus grande est la récompense pour une mitzvah accomplie par un Juif.

L’explication est donnée par la Guemara :

 « S’har mitzvah behay alma leka » — il n’y a pas de récompense véritable des mitzvot dans ce monde-ci.

Pourquoi ? Parce qu’il n’existe rien, dans tout ce monde matériel, qui soit suffisant pour récompenser ne serait-ce qu’une seule mitzvah.

Une mitzvah est de nature spirituelle, et le monde matériel ne peut pas en contenir la valeur.


Donc, lorsqu’un homme est protégé dans ce monde grâce à une mitzvah, ce n’est qu’un « avant-goût », une petite conséquence.

Mais en réalité, cette protection et ces bienfaits s’étendent sur lui, sur ses enfants, et sur toutes les générations à venir, jusqu’à la fin des générations.

Il y a une histoire où quelqu’un est allé voir le ‘Hafets ‘Haïm et lui a posé la question suivante :

Puisqu’on dit qu’une mitzvah est tellement importante et qu’elle apporte une récompense immense, pourquoi ne pas utiliser cela pour aider les autres ?

Il lui a dit :

 « Il y a tellement de Juifs qui souffrent d’un manque de parnassa… Moi, je suis prêt à donner le mérite d’une mitzvah de téfilines que j’accomplis, afin qu’Hachem envoie la parnassa à tout le peuple d’Israël. »

Le ‘Hafets ‘Haïm lui a répondu par une image très parlante.

Il lui a dit :

 « Cela ressemble à un enfant qui a reçu une très, très grosse somme d’argent.

Cet enfant demande à son père : “Est-ce que je peux utiliser une petite partie de cet argent pour acheter des bonbons et des friandises à tous mes copains ?”

Et non seulement cela, mais il veut en acheter en grande quantité pour tout le monde. »

Évidemment, le père ne va pas accepter. Il ne va pas laisser son enfant gaspiller un argent aussi précieux — un argent qui doit lui servir pour construire sa vie — simplement pour des bonbons et des friandises.

Le ‘Hafets ‘Haïm conclut alors :

 « C’est exactement la même chose.

Hakadosh Baroukh Hou n’acceptera pas que tu “échanges” ou que tu “dépenses” le mérite d’une mitzvah comme celle des téfilines, car cette mitzvah a une valeur immense, elle t’apporte un mérite et une récompense extraordinaires. »


Troisième sujet.

Cette paracha parle beaucoup des korbanot, des sacrifices. On y voit le cas d’un homme qui a fauté « béchogeg », sans le vouloir, ou même quelqu’un qui a un doute — peut-être qu’il a fauté — et qui doit malgré tout apporter un sacrifice pour obtenir le pardon.

Mais il est écrit dans les paroles de nos Sages, sur le passouk :

 « Ki ‘hessed ‘hafatsti velo zéva’h » — « J’ai désiré la bonté et non les sacrifices. »

Le Midrash explique que, lorsque le Beth Hamikdash existait, on obtenait le pardon grâce aux sacrifices.

Aujourd’hui, puisque nous n’avons plus le Beth Hamikdash, nous obtenons le pardon grâce au ‘hessed, grâce aux actes de bonté, aux guemilout ‘hassadim.

On voit également que nos ‘Hakhamim disent que le ‘hessed et le ‘emet yehoupa avon et le ‘emet, c’est la Torah — ont la capacité de pardonner les fautes.


Rabbenou Yona explique longuement que même pour certaines fautes pour lesquelles la téchouva seule ne suffit pas entièrement, un homme qui fait du ‘hessed et qui étudie la Torah peut obtenir le pardon.

La question est alors : quel est le lien entre le ‘hessed et les sacrifices ?

En réalité, on apprend cela déjà depuis Noa’h.

Lorsqu’il est sorti de la Téva, il s’est arrêté, il a réfléchi, et il s’est dit :

 « Hakadosh Baroukh Hou m’a sauvé. Donc je dois Lui exprimer ma reconnaissance. »

Et cette reconnaissance, il l’a exprimée en apportant un sacrifice.

Alors, quel sacrifice Noa’h a-t-il apporté ?

Il est écrit qu’Hachem a senti « une bonne odeur » provenant de ce sacrifice.

Mais que signifie cette « bonne odeur » ?

Le Midrash explique quelque chose d’extraordinaire : Hachem n’a pas simplement senti l’odeur matérielle du sacrifice. Il a « perçu » l’odeur spirituelle des actes futurs, comme celui d’Avraham Avinou qui a ete jeté dans le feu pour sanctifier le Nom d’Hachem, celui de ‘Hanania, Michaël et Azaria qui ont fait de même, ainsi que toutes les générations de Juifs qui ont été prêts à se laisser brûler pour le Kiddouch Hachem, notamment à l’époque de l’Inquisition.

Toutes ces « odeurs » étaient contenues dans ce sacrifice.

Mais qu’est-ce que cela signifie réellement ?

 Qu’est-ce que représente cette « bonne odeur » ?

On voit d’ailleurs dans toute la paracha que les korbanot sont associés à cette notion : un bon sacrifice produit une « bonne odeur » devant Hachem.

Le Midrash donne une parabole : un roi reçoit un repas qui dégage une bonne odeur, et cela lui plaît. À l’inverse, un repas qui sent mauvais ne sera pas accepté.

Mais comment comprendre cela dans le cadre des korbanot ? Quelle est cette « bonne odeur » qui rend un sacrifice acceptable ?


Le Rav Goldwicht explique que tout repose sur le ‘hessed et sur l’annulation de soi.

Le monde a été créé par le ‘hessed, parce qu’Hachem a voulu donner du bien à Ses créatures. Le ‘hessed n’est pas seulement une belle qualité : c’est l’architecture même du monde, son fondement, la manière dont il a été construit.

Noa’h, lui, n’a pas réussi à sauver sa génération. C’est pourquoi il a dû passer une année entière dans la Téva à s’occuper des autres, à donner sans arrêt, jour et nuit, afin de reconstruire en lui cette mida de ‘hessed.

Lorsque Avraham Avinou a demandé à Shem, le fils de Noa’h : « Par quel mérite avez-vous été sauvés ? », il lui a répondu : « Parce que nous faisions du ‘hessed jour et nuit. »

On comprend donc que le ‘hessed est ce qui donne l’existence.

Mais il y a encore plus profond.

Comme l’explique le Ramban, lorsqu’un homme apportait un sacrifice, il devait ressentir que, en réalité, c’est lui-même qui aurait dû être offert.

Et que si Hachem accepte un animal à sa place, c’est un immense acte de bonté divine.


Le korban est donc un acte d’annulation de soi.

C’est le sentiment que l’on ne s’est pas annulé comme on aurait dû le faire devant Hachem.

Et c’est cela que nos Sages appellent un « ‘hassid » : quelqu’un qui sait s’annuler devant son Créateur.

Ainsi, l’annulation de soi devient le cœur même du korban.

Et c’est ce que le korban de Noa’h a initié : toute la chaîne des générations qui ont été capables de s’annuler totalement pour Hachem, comme Avraham Avinou et tous ceux qui ont sanctifié le Nom divin.

À l’inverse, celui qui ne fait que prendre, sans jamais donner, s’éloigne de cette racine.

Car la racine du ‘hessed, c’est justement cette capacité à casser son ego pour donner aux autres.

Et c’est cela, le véritable secret des korbanot :

 l’annulation de soi, au service du don et de la relation avec Hachem.

 
 

🌍Saint Mandé

📖 Paracha : Vayiqra / ויקרא

🕯️ Chabbat : 18:44 → 19:52

📅 Date : 3 Nissan 5786

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