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PESSAH CHENI, RABBI MEIR, BAAL HANESS




פסח שני הילולה רבי מאיר בעל הנס


Le 14 Iyar, soit exactement un mois après Pessah, correspond au jour de Pessah Chéni. Bien qu’il existe des divergences concernant la date de la mort de Rabbi Meir Baal Haness, ce jour a néanmoins aussi été retenu et établi comme étant celui de sa hiloula.


Pessah Chéni, concrètement, aujourd’hui, alors qu’il n’y a plus le Beit Hamikdach et que nous ne pouvons plus y apporter des sacrifices, est marqué par le fait que l’on ne récite pas de Ta’hanounim dans la Tefila. On a également la coutume de manger de la matsa, afin de se souvenir de Pessah Chéni. Cependant, à l’époque du Beit Hamikdach, ce jour avait une grande importance.


Qu’est-ce que Pessah Chéni ? Les Bnei Israël qui étaient impurs – soit parce qu’ils s’étaient occupés du cercueil de Yossef Hatsadik, soit de la dépouille des enfants d’Aharon Hacohen, ou pour d’autres motifs – au moment du korban Pessah dans le désert vinrent voir Moché Rabbénou et lui dirent (Bamidbar 9,7) : « Lama nigara » – Pourquoi en serions-nous privés ? Pourquoi n’aurions-nous pas la possibilité d’offrir le korban pessah, qui est un sacrifice si important pour le klal Israël ?

Comme nous l’avons déjà mentionné, le korban pessah fait partie, avec la brit-mila, des deux seules mitsvot positives pour lesquelles la Torah prévoit, en cas de non-accomplissement, la sanction de Karet (excommunication), qui est la punition la plus grave. Ces deux mitsvot sont essentielles dans le cœur du peuple juif, et à la racine de son existence.

Moché Rabbénou les félicita et leur dit : « Grâce à vous, une nouvelle paracha de la Torah sera enseignée, une paracha qui n’a pas encore été révélée ; vous avez le mérite d’en être à l’origine. » Il leur expliqua donc qu’ils avaient la possibilité d’offrir le sacrifice pascal le 14 Iyar, soit un mois après Pessah.

Ce principe est en soi très rare dans la Torah : lorsqu’une échéance est manquée, il est exceptionnel de pouvoir bénéficier d’une seconde opportunité. Pourtant, pour le korban Pessah, cela a été accordé, même si cela n’impliquait pas les exigences de la première fête, notamment l’interdiction du ‘hamets.


Ainsi, cette mitsva a été donnée au klal Israël afin que celui qui n’a pas pu accomplir le korban pessah dans un cas de force majeure puisse se rattraper en offrant le pessah chéni.

Une idée très intéressante est développée par Rav Goldwirth sur le sens et la profondeur de ce jour, qui est justement lié au compte du Omer de ce soir-là. Ainsi qu’au fait que cette fête tombe dans la période où, dans la Sefirat HaOmer, on commence la dimension correspondant à Hod, c’est-à-dire la splendeur.

Ce n’est pas non plus un hasard si, ce soir-là, nous avons l’habitude de célébrer la hiloula de Rabbi Meir Baal Haness. Cette période du Omer est en réalité un temps de préparation à la Kabbalat HaTorah, et on peut y distinguer deux aspects.


Le premier renvoie à la Torah écrite, cette Torah que, justement, les premiers élèves de Rabbi Akiva ne réussirent pas à transmettre et à dévoiler.

En effet, Rabbi Meir – au sujet duquel on dit « Stam Michna, c’est Rabbi Meir » – incarne la transmission de la Torah orale. Or, les premiers élèves de Rabbi Akiva ne réussirent pas à assurer le développement de la Torah orale, qui constituait pourtant le rôle essentiel de leur maître.

Ainsi, dans cette période où les élèves de Rabbi Akiva cessèrent de mourir, commence justement la dimension de Hod, la splendeur. Et ce soir-là correspond à Hod chebeHod, qui est aussi associé à Rabbi Chimon bar Yohaï. C’est donc à partir de ce moment que se dévoile petit à petit la lumière de la Torah orale, et que la préparation à l’accès à cette dimension de la Torah débute véritablement.


C’est également pour cela que, selon certains avis, on interrompt les marques du deuil pour les élèves de Rabbi Akiva à ce moment-là, car les cinq derniers élèves – parmi lesquels Rabbi Meir et Rabbi Chimon bar Yohaï – réussirent, eux, à développer et transmettre la Torah orale.


Cela fait écho à Pessah Chéni : des hommes sont venus et ont dit que, même si, dans la Torah écrite, il n’était pas encore explicitement mentionné ni enseigné qu’il était possible d’accomplir Pessah Chéni, ils ont malgré tout cherché, réfléchi et analysé en se demandant : « Peut-être existe-t-il une solution pour nous ? »

Cette capacité d’analyse, appelée Bina (comprendre une chose à partir d’une autre), correspond précisément à la Torah orale. Leur demande – ainsi que la réponse positive qui leur fut donnée : « Vous pourrez offrir un pessah chéni » – marque le moment où commence à la préparation à la Torah chebe’al pé, la Torah orale.

Par conséquent, les dix-sept jours qui restent ensuite dans la Sefirat HaOmer correspondent justement au dévoilement progressif de cette Torah orale. Pessah Chéni apparaît donc comme un moment clé, inscrit dans la période du Omer, qui vient ajouter une étape supplémentaire dans la préparation à la Kabbalat HaTorah.


Une histoire magnifique qui s’est déroulée en Sibérie témoigne comment la force de Pessah Chéni peut « rattraper » des mitsvot, même à travers les générations.

Pendant la guerre, lorsque certains juifs se retrouvèrent en Russie, l’un d’entre eux fut déporté en Sibérie. Il passa plusieurs années dans des camps de prisonniers et de travaux forcés, jusqu’à être finalement libéré.

N’ayant nulle part où aller, il s’installa dans un petit village de Sibérie où il n’y avait aucun juif. Malgré tout, il avait pris soin de garder le compte du temps, sans calendrier, uniquement grâce à ses calculs. Il arriva ainsi à la conclusion que la fête de Pessah devait tomber à une certaine date.

Il fabriqua alors un four dans son jardin, se prépara comme il le pouvait, et il confectionna des matsot. Fier de lui, il les mangea le soir du Séder.

Après Pessah, un cho’het et mohel, qui parcourait le pays pour apporter des produits casher et renforcer les gens dans la Torah, vint le voir. Il lui donna de la viande casher, et lorsqu’il vit le four, il lui demanda ce que c’était. L’homme lui répondit que c’était là qu’il avait préparé ses matsot.

Le visiteur lui dit alors que, selon lui, elles n’étaient pas casher, et il lui en donna d’autres pour les consommer à une date précise. Sans entrer dans les détails, il lui dit simplement « pour Pessah ».

L’homme ne comprit pas. Et après le départ du visiteur, il se mit à pleurer : comment était-il possible que ses matsot ne soient pas casher ? Pourquoi lui avait-il donné ces nouvelles matsot ? Très peiné, il se dit qu’il avait fait de son mieux, mais qu’il n’avait sans doute pas mérité d’accomplir la mitsva de la matsa.

Cependant, à la date indiquée, qui, d’après ses calculs, correspondait à Pessah Chéni, il décida de manger ces matsot, au moins en souvenir de la mitsva. Et c’est ce qu’il fit.

Les années passèrent, et il monta finalement en Erets Israël. Un jour, dans une synagogue, il entendit un Rav donner un cours sur Pessah. A la fin, il alla le voir et lui raconta son histoire avec beaucoup d’émotion et de tristesse : son désir immense d’accomplir la mitsva après sa libération des camps, et sa déception d’apprendre que ses matsot n’étaient pas valables, même s’il en avait au moins mangé à Pessah Chéni.

Le Rav l’écouta attentivement, mais une fois rentré chez lui, il réfléchit : d’après les éléments donnés, cela s’était passé en 1954. Il consulta le calendrier et il découvrit que cette année-là comportait deux mois de Adar.

Cela changeait tout : en réalité, lorsque cet homme pensait être à Pessah Chéni, il se trouvait en fait au moment du premier Pessah. Il s’était trompé dans ses calculs, puisqu’il ignorait l’existence d’un mois supplémentaire.

Ainsi, quand le mohel lui avait donné des matsot et lui avait indiqué de les manger plus tard, c’était en fait à la bonne date de Pessah.

Le Rav le contacta alors et lui annonça sa découverte : au moment où il avait mangé ces matsot, il était exactement à la bonne date, et il avait donc réellement accompli la mitsva de manger la matsa à Pessah.

L’homme fut rempli de joie. Le Rav lui expliqua que, min haChamayim, grâce à sa volonté de rattraper la mitsva à travers Pessah Chéni, il avait finalement mérité d’accomplir la mitsva de Pessah elle-même.

Cette anecdote témoigne à quel point, dans n’importe quelle situation, les juifs ont toujours tout fait pour accomplir les mitsvot, et comment cette volonté profonde peut ouvrir des portes inattendues.


Hilloula                                                   

Le jour de Pessah Chéni est aujourd’hui considéré, par beaucoup, comme étant celui de la hiloula de Rabbi Meir Baal Haness. Le Hikré Lev explique que nombreux sont ceux qui pensent qu’il s’agit du 14 Iyar, mais qu’il n’existe en réalité aucune source claire à ce sujet. En revanche, après avoir interrogé les ‘Hakhamim de Tibériade, il lui a été rapporté que ce jour correspond à celui où la construction du tombeau (ainsi que de la synagogue haut dessus du tombeau de Rabbi Meir) a été achevée. C’est ainsi que cette date a été fixée comme jour de sa hiloula.

Et lorsqu’une pratique est acceptée par le peuple d’Israël, cela lui confère une valeur et une importance particulières : elle devient un symbole fort. Certains expliquent également que cette date a été fixée durant cette période, car les voyageurs qui se rendaient autrefois à Lag BaOmer à Méron, souvent à dos de chameaux, passaient par là. C’était pour eux l’occasion de marquer l’anniversaire de Rabbi Meir Baal Haness en chemin.

Quoi qu’il en soit, de nos jours, ce moment est particulièrement important. On y évoque la grandeur et la mémoire de Rabbi Meir Baal Haness. Dans le peuple d’Israël, de nombreuses prières – notamment rapportées dans les écrits du ‘Hida – enseignent que lorsqu’une personne prie, donne de la tsédaka, allume des bougies et invoque son mérite, ses demandes peuvent être exaucées.

Il est même mentionné dans le Midrach Talpiyot qu’il était connu que celui qui perdait un objet, ou à qui on avait volé quelque chose, qui priait et donnait de la tsédaka ou de l’huile en mémoire de Rabbi Meir Baal Haness, pouvait le retrouver, à condition qu’il n’ait pas été détruit.

C’est donc largement reconnu comme étant un puissant levier pour voir ses prières exaucées, fondé notamment sur ce qui valut à Rabbi Meir le surnom de « Baal Haness », le maître du miracle, comme l’illustre l’histoire suivante.


Rabbi Hanina ben Teradion, qui fait partie des dix martyrs, fut mis à mort par les Romains. Ceux-ci décrétèrent ensuite que sa fille – qui était la belle-sœur de Rabbi Meir Baal Haness – serait envoyée dans un lieu destiné aux femmes vouées à la faute.

Berouria, l’épouse de Rabbi Meir Baal Haness, une femme d’un niveau spirituel exceptionnel, grande érudite en Torah et capable de débattre avec les ‘Hakhamim, lui dit : « Jusqu’à quand ma sœur restera-t-elle dans un endroit impur ? » Rabbi Meir lui répondit : « Si elle n’a pas fauté, je m’engage à la libérer. »

Il se déguisa alors en cavalier Romain et alla la voir. Il lui proposa de fauter avec lui, mais il constata qu’elle trouvait toutes sortes de prétextes pour refuser. Il comprit ainsi qu’elle était restée pure. Il se rendit alors auprès du gardien de la prison et lui demanda de la libérer. Pour cela, il avait apporté un sac rempli d’argent. Il lui dit : « Une partie pour toi, et une autre pour apaiser ceux qui pourraient te faire du mal.

 – Et si, à la fin, on m’attrape et qu’on veut me tuer, que ferai-je ?

 – Dis : "Elaha deMeir, aneni" – D.ieu de Meir, réponds-moi, et ils ne pourront rien te faire. »

Le gardien demanda une preuve et Rabbi Meir accepta. Il y avait des chiens féroces qui gardaient la prison et qui pouvaient attaquer violemment.

Il les provoqua en leur jetant des pierres et ils se précipitèrent avec force. Mais Rabbi Meir prononça : « Elaha deMeir, aneni », et les chiens s’arrêtèrent aussitôt, sans lui faire de mal.

Convaincu, le gardien accepta et libéra la jeune femme. Mais lorsque les Romains l’apprirent, ils voulurent le pendre. Chaque fois qu’ils tentaient de l’exécuter, il répétait : « Elaha deMeir, aneni », et il était sauvé. Intrigués, ils lui demandèrent de s’expliquer, et il raconta toute l’histoire.

Les Romains lancèrent alors de grandes recherches pour retrouver Rabbi Meir. Un jour, alors qu’ils étaient sur le point de le capturer, selon une version, il entra dans un restaurant non casher et fit semblant de manger ; les poursuivants se dirent alors que ce ne pouvait pas être lui. D’après une autre version, le prophète Eliahou hanavi apparut sous la forme d’une femme qui s’approcha de lui et l’embrassa, ce qui convainquit immédiatement les Romains qu’il ne pouvait pas s’agir de Rabbi Meir. Il fut ainsi sauvé de manière miraculeuse.


Cette histoire témoigne qu’il bénéficiait d’une force de miracle exceptionnelle. C’est pourquoi, dans le peuple d’Israël, on a l’habitude de prier en invoquant son mérite, et c’est pour cela qu’on l’appelle Rabbi Meir Baal Haness, le « maître du miracle ».

Le Talmud rapporte que Rabbi Meir Baal Haness était à la fois très discret et très modeste, tout en possédant une puissance exceptionnelle en Torah, au point que ses contemporains avaient parfois du mal à saisir pleinement la profondeur de ses enseignements.


Un vendredi soir, il donna un discours, mais cette fois plus long que d’habitude. Une femme, qui appréciait particulièrement ses enseignements, resta à la synagogue pour l’écouter. Lorsqu’elle rentra chez elle, son mari se mit en colère à cause de son retard et déclara : « Tu ne rentreras pas à la maison tant que tu n’auras pas craché sur Rabbi Meir. »

Lorsque cette histoire fut rapportée à Rabbi Meir, il réagit avec une grande humilité et dit : « Dites-lui que j’ai un problème de santé et que, pour le guérir, il est nécessaire qu’on crache devant lui. » C’était en effet une pratique connue à l’époque pour éloigner le mauvais œil ou une influence néfaste.

On l’appela alors et elle cracha devant lui sous ce prétexte thérapeutique. Rabbi Meir lui dit alors : « Va dire à ton mari que ce qu’il demandait une fois, tu l’as accompli sept fois devant moi. »

Ses élèves furent choqués : « Mais maître, nous aurions dû punir cet homme !

Comment peut-on tolérer un tel manque de respect envers un Sage ? » Mais il rétorqua : « Si déjà, pour rétablir la paix entre un homme et une femme dans le cas de la Sota, Hachem accepte qu’on efface Son Nom, alors à plus forte raison, devons-nous être prêts à nous abaisser pour préserver le chalom entre un mari et sa femme. »


Un jour, Rabbi Meir Baal Haness passait devant une maison où, chaque vendredi, un couple se disputait à grands cris. Il demanda la permission d’entrer chez eux. Ils l’accueillirent avec un grand respect, et, en sa présence, il était évident qu’ils ne pouvaient pas se quereller.

Il répéta cela trois fois, et à la troisième fois, ils entendirent le Satan dire : « Aïe, aïe, aïe, Rabbi Meir m’a chassé de chez moi ! » En effet, après ces trois interventions, le Satan ne parvint plus à les inciter à la dispute.

Il est aussi rapporté que Rabbi Meir fut l’élève de Elicha ben Abouya, appelé également « A’her ». Cet homme avait atteint des niveaux extrêmement élevés en Torah et faisait partie des quatre sages – dont Rabbi Akiva – qui sont entrés dans le Pardes, c’est-à-dire aux plus hauts degrés spirituels et kabbalistiques. Cependant, il s’écarta malheureusement du droit chemin et s’éloigna de la Torah. Malgré cela, Rabbi Meir continua à aller apprendre auprès de lui, en disant : « Je mange le fruit de la grenade et je jette son écorce », pour signifier qu’il prenait le bien de ses enseignements et rejetait le reste. La Guemara rapporte plusieurs explications à cette chute. Selon le Talmud de Jérusalem, sa mère, alors qu’elle était enceinte de lui, serait entrée dans un lieu où se trouvaient des aliments non casher et en aurait respiré les odeurs. D’autres sources affirment qu’il écoutait de la musique grecque et lisait des livres interdits. Mais une autre explication avance que, lors de sa brit-mila, son père invita de nombreux ‘Hakhamim. Pendant le repas, ils se mirent à étudier des sujets de Torah et de Kabbala, et un feu descendu du ciel les entoura. Impressionné, son père déclara que son fils serait consacré à la Torah. Cependant, cette décision n’était pas motivée par une intention pure, mais par la recherche des honneurs. Ce manque de profondeur aurait engendré, chez Elicha A’her, un décalage entre sa grandeur et son niveau réels, ce qui contribua à sa chute.

Il est rapporté que Rabbi Meir a tenté à plusieurs reprises d’encourager Elisha A’her à faire téchouva. Cependant, Elisha A’her lui répondait qu’il avait entendu une voix céleste, provenant de derrière le rideau du ciel, déclarer que tout le monde pouvait faire téchouva, sauf lui. À cause de cela, il refusait de s’engager dans ce processus. Dans plusieurs commentaires anciens, il est écrit que Rabbi Meir continua malgré tout à essayer de le ramener à la téchouva, en dépit de cette voix céleste affirmant que sa téchouva ne serait pas acceptée.

 En réalité, s’il avait persévéré et insisté, sa téchouva aurait été acceptée, car on ne refuse la téchouva à personne. Mais Elisha refusait, estimant, à cause de cette voix céleste, que cela ne servirait à rien. Lorsqu’il mourut, il ne put être admis ni au Gan Eden, car il avait fauté à la fin de sa vie, ni au Guéhinam, car il était rempli de Torah. Il resta donc dans un état intermédiaire, ce qui lui provoquait une grande souffrance, puisqu’il ne pouvait ni se purifier ni atteindre la réparation nécessaire pour accéder au Gan Eden. Rabbi Meir déclara alors : « Lorsque je quitterai ce monde, vous verrez de la fumée sortir de sa tombe ; ce sera le signe que j’aurai réussi à le faire entrer au Guéhinam afin qu’il puisse se purifier et, ensuite, accéder au Gan Eden. » Effectivement, après la mort de Rabbi Meir, une fumée apparut sur sa sépulture.

Plus de cent ans plus tard, avant sa propre mort, Rabbi Yohanan déclara : « Est-ce une solution de le laisser se consumer ainsi ? Lorsque je quitterai ce monde, la fumée cessera ; ce sera le signe que je l’aurai fait entrer au Gan Eden. » Et c’est ce qui se produisit.


Le dernier chapitre des Pirkei Avot est associé à Rabbi Meir Baal Haness. Il commence par : « Celui qui étudie la Torah lichma (pour elle-même) mérite de nombreuses choses… » La Michna développe que celui qui étudie la Torah de manière désintéressée méritera une multitude de bienfaits : il aura de nombreuses qualités, le monde entier tirera profit de lui, il sera appelé ami, aimé de Dieu et aimé des hommes. La Torah l’habillera d’humilité et de crainte, elle le rendra juste, pieux, droit et fidèle. Elle l’éloignera de la faute et le rapprochera du mérite, et les gens tireront de lui conseil et sagesse. Elle lui conférera royauté, autorité et discernement dans le jugement. Elle lui révélera ses secrets, et il deviendra comme une source intarissable et comme un fleuve qui ne cesse de couler. Ainsi, les paroles de Rabbi Meir viennent conclure les Pirkei Avot en démontrant la grandeur de celui qui s’attache à la Torah avec sincérité et profondeur.

En réalité, Rabbi Meir Baal Haness est décédé à Assia, comme cela est mentionné dans le Talmud de Jérusalem (Kilaïm 9,3). Mais il aurait demandé que son cercueil soit placé sur l’eau, et il fut transporté jusqu’à Tibériade.

Selon une autre explication rapportée à ce sujet, il aurait en fait demandé à ses élèves de l’emmener et de l’enterrer en Erets Israël.


Un jour, alors que Rabbi Meir Baal Haness était au Beit Haknesset, ses deux enfants moururent en plein Chabbat. Leur mère, Berouria, les recouvrit et ne dit rien à son mari.

A la sortie de Chabbat, elle lui demanda : « Si quelqu’un t’a confié un dépôt, et qu’il vient ensuite te le réclamer, devrais-tu le lui rendre ou non ?

 – Bien sûr, il faut le lui rendre.

 – Eh bien, sache que Celui qui nous avait confié nos deux enfants est venu les reprendre », et elle lui annonça ainsi leur mort.

Rabbi Meir fut profondément attristé, mais elle lui rappela : « Ne m’as-tu pas dit qu’un dépôt doit être rendu à celui qui l’a donné ? »

Il déclara : « Hachem natan, Hachem lakakh, yéhé chem Hachem mévorakh » – D.ieu a donné, D.ieu a repris, que le Nom de D.ieu soit béni.


L’INTERPRÈTE DES NOMS

Rabbi Meïr était capable de connaître le caractère d’un homme à partir de son nom seulement. C’est à son sujet que le Talmud nous raconte (Talmud de Babylone YOMA 83 b) : Rabbi Meïr, Rabbi Yéhouda et Rabbi Yossé étaient en chemin. Rabbi Meïr avait l’habitude de prêter une attention particulière aux noms des gens, alors que Rabbi Yéhouda et Rabbi Yossé n’y accordaient aucune importance. Arrivés à une certaine localité, ils ont cherché une auberge pour y passer la nuit. En arrivant à l’auberge qu’on leur a indiquée, ils ont dit au propriétaire : Quel est ton nom ? Il leur a dit : KIDOR. Rabbi Meïr s’est dit : j’en conclus que cet homme est malhonnête car il est écrit : “c’est une génération (KI – DOR) de perversité” (Deutéronome 32-20). Rabbi Yéhouda et Rabbi Yossé lui ont confié leur bourse (ils sont arrivés à l’auberge* la veille de Chabat), Rabbi Meïr ne la lui a pas confiée, mais il est allé la déposer près de la tombe du père de KIDOR. Ce dernier est apparu en rêve à KIDOR : viens reprendre la bourse qu’il a déposée à ma tête. Le lendemain il a dit aux sages : Voici ce que j’ai vu dans mon rêve. Ils lui ont dit : ce qu’on rêve le vendredi soir n’a aucun sens. Rabbi Meïr est quand même allé et il a surveillé sa bourse toute la journée et il l’a reprise. Le lendemain les autres ont dit au propriétaire : donne-nous notre bourse. Il leur a dit : il n’en a jamais été question ! Rabbi Meïr leur dit alors : pourquoi n’avez-vous pas tenu compte de son nom ? Ils lui ont dit : Pourquoi ne nous l’as-tu pas dit ? Il leur a dit : j’ai parlé seulement d’une possibilité en raison de son nom. Rabbi Meïr ne perdit pas son sang froid. Il remarqua que KIDOR venait de manger des lentilles et qu’il en était resté une sur ses lèvres. Il se mit en route avec ses compagnons pendant que KIDOR donnait l’argent à sa femme ; argent dont il venait de dépouiller les voyageurs.

Après un quart d’heure de marche, Rabbi Meïr retourna seul à la maison de KIDOR et raconta à la femme de l’aubergiste que ce dernier l’envoyait pour qu’elle lui remette l’argent que lui avait confié son mari, ce dernier devant investir cet argent dans une affaire ; comme preuve de la véracité de sa mission, il ajouta : “vous avez mangé des lentilles aujourd’hui”. La femme ne douta plus et remit l’argent à Rabbi Meïr, qui alla sans plus tarder rejoindre ses amis. Lorsque KIDOR revint le soir chez lui, sa femme s’empressa de lui raconter qu’elle avait remis l’argent au messager qu’il avait envoyé. Décrire la fureur de KIDOR est impossible. Il comprit que c’était un des hôtes de la veille qui avait repris son argent volé et il se vengea en tuant sa femme.

Pourquoi Rabbi Meïr a-t-il passé la nuit chez cet aubergiste malhonnête ? Parce que, d’après Maharcha, il n’a pas trouvé d’autre auberge dans cette région.


Il convient de préciser que, selon le Ben Ich Haï, la hiloula de Rabbi Meir Baal Haness n’a pas lieu le 14 Iyar, mais le 1er Tévet, et qu’il est de coutume d’allumer une bougie en sa mémoire ce jour-là.

On rapporte aussi que lorsque les Romains voulurent détruire le Temple, Vespasien envoya Néron à Jérusalem dans ce but. Néron prit alors des flèches et les tira dans les quatre directions, et toutes se dirigèrent vers Jérusalem. Il comprit ainsi que sa destruction avait été décrétée par le Ciel. Il déclara alors : « Je ne veux pas être l’instrument chargé d’exécuter un décret divin et en porter ensuite toutes les conséquences. » Selon la tradition, il refusa alors d’accomplir cette mission. Et Rabbi Meir serait l’un de ses descendants.

On rapporte aussi à propos de Rabbi Meir, qu’il possédait une puissance exceptionnelle en Torah, dans la profondeur de son analyse. On disait qu’il était capable, par la force de son raisonnement, de « broyer deux montagnes l’une contre l’autre », image illustrant bien l’intensité et la force de son étude et de sa compréhension de la Torah.

 
 

🌍Saint Mandé

📖 Paracha : Ḥouqat - Balaq / חקת - בלק

🕯️ Chabbat : 21:39 → 23:04

📅 Date : 12 Tamouz 5786

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